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Archive for March, 2009

Automelodi lance un disque

March 31st, 2009

Georges Dimitrov / Zoé Starchild

automelodi_ep_cover_art200 Avec une joie non dissimulée, nous apprenions récemment que l’une de nos formations montréalaises préférées était sur le point de lancer son premier EP. Automelodi, nouveau véhicule créatif de Xavier Paradis, déjà responsable de plusieurs projets musicaux au cours des dernières années, s’exprime maintenant avec le bien nommé Automelodi fait ses courses. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec Xavier, et vous présentons en primeur un excellent et contagieux premier extrait du disque, Schéma corporel.

Quelle est la genèse du projet Automelodi ?

Vers 2006, par une calme nuit d’été, je fus réveillé par des sons étranges provenant d’une autre pièce de l’appartement. Leur volume était plutôt modéré, si bien que pendant quelques minutes (ou plusieurs heures à l’échelle onirique) je suis resté endormi, croyant que ces sons – cette musique en fait – tapissaient les parois de mon rêve. Quand j’ai fini par me réveiller, constatant que ça n’avait pas cessé, j’ai décidé de me lever pour trouver d’où ce chant pouvait provenir. Voyant qu’une faible lueur provenait de la cuisine, je me suis dirigé dans cette direction et j’y ai aperçu sur le plancher une petite machine de forme cubique, à peu près de la taille d’un réveille-matin (je sais, je sais…). L’appareil semblait assez “hermétique”… deux ou trois diodes électroluminescentes qui clignotaient lentement et de façon plus ou moins aléatoire et asynchrone, témoignant d’un code auquel je ne comprenais rien, et aucun bouton ou interrupteur de quelque sorte. Cherchant à y voir plus clairement, j’ai allumé la lumière dans la pièce. La machine a disparu à ce moment (évidemment).

Malgré son côté furtif, cette machine réapparaît encore depuis ce temps à intervalles irréguliers, généralement la nuit. Elle chante à chaque fois un air qui semble inspiré par celui chanté lors de son apparition précédente mais qui n’est jamais pourtant identique.

C’est l’Automelodi.

Fin de la science-fiction cheap (pour l’instant).

Votre musique affiche clairement plusieurs influences “rétro” : quelle serait leur importance dans votre création par rapport à la recherche d’un son plus actuel ?

Bon, ça y est, ça va devoir être un peu long… Il est difficile pour moi de répondre à cette question sans d’abord demander “Qu’est-ce que le rétro exactement?”… Par exemple, aujourd’hui, une quantité de musiciens qui se définissent comme pop/rock/indie baignent, voire même se noient dans des sonorités des années 60/70… il y a des cohortes de jeunes producteurs qui se plient en quatre (et ça ne me déplaît pas nécessairement…) pour sonner comme Brian Wilson en 1966… et pourtant dans ces cas personne ne pense plus à prononcer le mot “rétro”. On peut en déduire que, dans un contexte post-moderne, les idées et les sonorités des années 60 et (du début) des années 70 font maintenant partie d’un patrimoine quasiment indiscutable. Ça n’est toutefois plus le cas quand on touche à la fin des années 70 et aux années 80… soudain le terme “rétro” ressort. Je ne veux pas trop m’avancer dans le débat “historico-démographico-sociologique” (le mot composé est déjà interminable alors imaginez la discussion…) mais à mon avis, c’est en grande partie un phénomène de générations.

J’ai moi-même dans ma palette d’influences beaucoup de musiques des années 60 et 70 mais j’ai choisi de ne pas pour autant renier celles des années 80 parce qu’elles (entre autres) ont marqué mon enfance et ma jeunesse et me permettent de saisir une certaine pureté, une certaine “fragilité”. Cette notion est importante pour moi dans la musique et dans l’art en général. Dénuée de toute fragilité, la musique devient une sorte de “sport de performance” qui ne m’intéresse plus.

Un autre facteur qui fait qu’on nous attribue le terme “rétro” est peut-être ironiquement le fait d’utiliser des synthés, et pas nécessairement les plus neufs. Beaucoup de gens ont encore l’idée préconçue voulant que la musique électronique doit forcément se vouloir “très moderne” ou “futuriste”. Personnellement, mes dernières illusions futuristes relatives à la musique électronique se sont évanouies après les débuts de la scène techno/rave, vers la fin de la décennie 80, début 90… La “société des loisirs” n’est pas arrivée et nous ne sommes pas tous ensemble unis pour l’éternité à nous gaver de pilules du bonheur et à danser dans une station spatiale multicolore.

La musique électronique n’échappe pas à la rouille du post-modernisme et j’en suis très conscient. Automelodi ne cherche donc pas à faire “moderne”, “futuriste” ou “actuel”. À la limite, l’approche d’Automelodi est presque folk…en tant qu’auteur-compositeur, j’utilise des synthés et des boîtes à rythmes comme d’autres utilisent une guitare acoustique. C’est aussi pertinent… je sors dans la rue la nuit et j’entends l’onde en dents de scie d’un néon à moitié cassé qui brille au dessus de moi. Ce chant de l’enseigne néon brisée a pour moi la même fragilité, la même mélancolie que le son d’un vieux synthé mal accordé. Ça fait partie de l’environnement technologique plus ou moins “dysfonctionnel” dans lequel nous vivons et j’écris des chansons en utilisant certaines sonorités qui en témoignent. D’une certaine façon c’est très actuel… Cela dit, en même temps, l’idée de “sonner actuel” n’a pas vraiment d’importance à mes yeux. Je ne cherche pas non plus à reproduire une autre époque… Je préfère avoir une approche plus instinctive et libérée de ce genre de considérations. J’aime mieux passer mon temps à chercher des passages secrets entre les mots et les notes qu’à courir après le style musical officiel d’un présent qui sera déjà révolu quand vous aurez fini de lire cette phrase.

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La musique d’Automelodi présente une instrumentation à caractère très électronique. Est-ce un défi lors de la présentation en concert ?

Oui, surtout lorsqu’on cherche à créer des sonorités hybrides où les éléments “organiques” comme la batterie et la guitare doivent créer un agencement tissé serré avec les sonorités synthétiques. Pour des raisons pratiques, de plus en plus de musiciens électroniques choisissent d’utiliser un “laptop” sur scène. Personnellement, je ne suis pas attiré par cette formule…je trouve que malgré sa petite taille, l’ordinateur portable impose souvent l’idée d’un “écran” entre le public et l’artiste. Dès le départ, nous avons plutôt voulu créer une formule où l’électronique est présente de façon plus tangible sur la scène. Nous pouvons interagir avec les machines (synthé, boîte à rythmes/échantillonneur) qui fonctionnent en temps réel. Nous pouvons modifier certains réglages et oui, ces machines peuvent aussi “planter” (comme un guitariste peut casser une corde ou comme un batteur peut fendre une baguette). Nous ne cherchons d’ailleurs pas nécessairement à reproduire exactement sur scène ce que nous faisons en studio, peut-être parce que l’énergie de la musique électronique se canalise sur scène de façon différente.

Quelle est enfin la réalité d’un groupe émergent à Montréal ? Comment composer avec la publicité, la recherche de lieux de diffusion, la réalisation d’un album ?

Pour être franc, je suis de moins en moins à l’aise avec le terme “émergent”…ça sonne un peu comme un communiqué de la SOPREF circa 2001, et ça implique même parfois une certaine hypocrisie vaguement paternaliste voulant qu’un groupe ou artiste doit nécessairement vouloir “émerger”, telle une amanite phalloïde visant désespérément le yoni rédempteur d’un “grand public” standardisé. Pour répondre encore par une question, je pourrais demander “qu’est-ce que l’émergence au Québec?… Participer un jour, plein d’espoir, aux Francouvertes, pour ensuite l’année suivante se retrouver à chanter un medley aux côtés d’un rejeton de Star Académie dans une émission à la “Belle et Bum” ? Le plus fou là-dedans, c’est de voir à quel point il y en a, des musiciens dits “émergents” qui ajustent leur musique et leur image pour pouvoir passer sous ce rouleau compresseur.

Oui, bien sûr, comme tout groupe ou artiste, Automelodi cherche à rejoindre un certain public… ça implique des gens à Montréal, mais aussi quelques-uns à Paris/Bruxelles/Berlin/New York/ailleurs et il faut inventer des façons de les rejoindre au-delà d’Internet. Dans cette optique, je dirais qu’on pourrait peut-être remplacer le terme “émergent” par “parallèle”. Automelodi fait de la “Pop parallèle”, peut-être même de la “Pop perpendiculaire”, tant qu’à citer mes paroles de chanson.

Pour ce qui est des enregistrements, jusqu’ici tout a été auto-produit. Dès mes débuts dans la musique dans les années 90 j’ai été attiré par la réalisation sonore (ce qu’on appelle communément le rôle de “producteur”). Mon cheminement a fait que je peux réaliser moi-même des projets comme Automelodi avec relativement peu de moyens techniques et un budget assez restreint. Avec l’aide de quelques précieux collaborateurs et en essayant d’utiliser de façon créative le peu d’équipement et d’espace dont nous disposons afin d’en tirer le maximum, il y a généralement moyen d’en arriver au son recherché.

Pour ce qui est de la publicité/promo/diffusion, je suis à un point où je préfère ne pas me prendre pour un super gérant tentaculaire… Je préfère garder les choses à échelle humaine, vendre les disques directement au public, etc. Ça peut aussi impliquer de jouer dans des salles plus modestes, mais avec des groupes et artistes qui nous plaisent vraiment, comme ce sera le cas lors du concert de lancement.

Automelodi en concert :

Xavier Paradis - voix / synthé / sampler / boîte à rythmes
Patrizio Rossellini - guitare / synthé
Guglielmo Testanera - batterie / synthé / voix supplémentaires

Le groupe lancera son disque ce samedi 4 avril 2009 au Green Room (5386 St-Laurent, Montréal).

Automelodi, Postcards et Bernardino Femminielli - de 20h30 à minuit.

From Russia with rock

March 25th, 2009

Zoé Starchild

handsome_furs-face_control-album_artEncore médiatiquement surexposée il y a à peine trois ans, la scène rock “indie” de Montréal serait, aux dires de nombreux chroniqueurs musicaux, en plein déclin. En effet, à l’exception de la locomotive Arcade Fire, la plupart des seconds albums des formations “phares” de cette scène sont plutôt passés inaperçus. La fameuse hype rock ne serait donc plus domiciliée à Montréal ? Ce n’est pas une raison pour passer sous silence l’excellent deuxième disque des Handsome Furs, Face Control.

Le groupe est formé du couple Dan Boeckner/Alexei Perry, marié à la ville comme à la scène. Contrairement à la plupart de ces duos mixtes, c’est ici Monsieur qui chante et manie la guitare. Madame, également romancière, s’occupe des claviers. Si vous pensez avoir déjà entendu cette voix particulièrement expressive, vous ne vous trompez pas : Boeckner est également le chanteur de Wolf Parade, autre sensation montréalaise dont le premier album Apologies Of The Queen Mary avait fait grand bruit lors de sa sortie en 2005. Le premier effort des Handsome Furs, Plague Park, date quand à lui de 2007. Si ce projet pouvait au départ sembler parallèle à la carrière principale de Dan Boeckner, la qualité de Face Control laisse présager une toute nouvelle orientation – d’autant plus que le second album de Wolf Parade, At Mount Zoomer (2008), n’a remporté qu’un très modeste succès.

Les douze chansons de Face Control furent inspirés par une tournée récemment effectuée par le duo en Russie… d’où l’image plutôt inusitée de Vladimir Poutine ornant l’arrière de la pochette ! L’atmosphère parfumée de corruption, l’ambiance méfiante et les règles de sécurité héritées de l’URSS inspirèrent au couples des titres tels que Nyet Spasiba ou Passport Kontrol. Au premier abord, les admirateurs de Wolf Parade ne seront pas déboussolés par la proposition musicale des Handsome Furs. Les intonations de Boeckner, immédiatement reconnaissables, dominent des mélodies aussi pop que recherchées, parsemées de sonorités inusitées. L’omniprésence insistante du drum machine, manié par les deux membres du groupes, donne une couleur électro/industrielle à une majorité de chansons, ce qui confère au son des Handsome Furs une expression singulière. En guise d’encouragement à notre scène locale, voici donc trois extraits de Face Control dont le troisième, I’m Confused, pourrait bien à notre humble avis être sacré “chanson pop montréalaise” du printemps 2009.

Froide analyse

March 21st, 2009

Georges Dimitrov

scan0031web1Encore un peu de musique cold wave aujourd’hui à Blackout, avec le groupe britannique Oppenheimer Analysis. Le duo, originalement en activité de 1982 à 1984 et reformé depuis peu, se compose de Andy Oppenheimer et Martin Loyd, deux passionés de David Bowie, de science-fiction, de propagande “guerre froide” et (accessoirement) de synthétiseurs.

Comme plusieurs autres groupes underground de l’époque, Oppenheimer Analysis n’ont presque pas fait parâitre de matériel de manière commerciale durant leur courte existence : l’essentiel de leur production musicale se retrouve sur une cassette demo vendue durant leurs concerts et par correspondance. Intitulé New Mexico, cet “album” a tout de même réussi à obtenir un accueil critique favorable de la part de quelques magazines spécialisés et finit par se retrouver en rupture de stock. Sur les treize chansons disponibles, trois retiennent particulièrement l’attention : la douce et mélancolique Scorpions, la visionnaire Modern Wodern aux proportions épiques, et bien sur The Devil’s Dancer, leur principal succès. La musique d’Oppenheimer Analysis est envoutante, tout comme leurs paroles au caractère très littéraire (And here we lie in disarray, Surrounded by the present day, All this Modern Wonder, Ripped our lives asunder). Pour plus d’informations sur le groupe, visitez leur site officiel au www.oppenheimeranalysis.com.

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Étincelles glam

March 14th, 2009

Zoé Starchild

p16497g4k17Nous vous mentionnions dans notre précédent post le groupe créateur de la chanson Sherlock Holmes, à savoir les Sparks. Dans le monde merveilleusement flamboyant de la musique tendance glitter, ces derniers apparaissent parfois un peu dans l’ombre face aux imposants T. Rex, Roxy Music ou autres légendes du style David Bowie. Pourtant, le duo formé en 1970 par les frères Mael (Russell au chant et Ron aux claviers) demeure l’une des voix les plus originales, intéressantes et persistantes du glam rock.

Contrairement à la plupart de leurs homologues stylistiques, les Sparks sont américains, de Los Angeles plus précisément. Tout au long d’une carrière de presque quarante ans, ils ont enregistré plus de vingt albums studio tout en influençant durablement autant de groupes que de genres différents : tout un exploit pour une formation qui a toujours travaillé au sein de l’underground et de l’avant-garde. Initialement passionnés par le rock anglais sixties, les Sparks adoptent ensuite un son glam qui ne les quittera jamais totalement, même lors des expérimentations plus électroniques des années 1980. Impossible de les écouter sans être frappé par la voix étincelante de Russell Mael, vertigineuse dans les aigus, délicatement maniérée, à nulle autre pareille. En comparaison, son frère Ron se distingue par une attitude sérieuse et stoïque (mais tout aussi théâtrale), assortie d’une petite moustache à la Hitler. Tout comme leur musique, l’approche visuelle des Sparks se définit par une recherche esthétique constante… additionnée de beaucoup d’humour. Il suffit de contempler leurs pochettes d’albums, où le duo apparaît régulièrement sous forme de couple plus ou moins loufoque, pour s’en convaincre. Avec son allure androgyne, Russell Mael ne semble craindre aucun déguisement !

Immigrés en Angleterre en 1973, les Sparks y produisent Kimono my house (1974). Cet album leur vaut un véritable succès populaire lorsque l’incroyable This Town Ain’t Big Enough For The Both Of Us se hisse contre toute attente jusqu’à la deuxième place du palmarès brittanique. Devenue depuis un classique, cette chanson est caractéristique de l’incandescence pop des Sparks : instrumentation luxuriante, paroles ironiques, prouesses vocales et singularité quasi expérimentale. La méconnue Lost And Found, véritable perle glam, est quant à elle le B-side d’Amateur Hour, autre single issu du même album : une rareté à découvrir. Enfin, pour terminer, nous vous présentons l’une des nombreuses collaborations du groupe, celle-ci avec les Rita Mitsouko. En 1988, le duo français enregistre l’un des ses albums les plus pointus, Marc et Robert, incluant deux titres où le mariage des voix de Russell Mael et Catherine Ringer fait merveille. En lieu et place du succès Singin’ In The Shower, nous avons décidé de vous présenter aujourd’hui la plus obscure Live In Las Vegas : un choix sophistiqué qui fait honneur à la démarche artistique inédite des Sparks.

Alan Moore, Bauhaus et Sherlock Holmes

March 12th, 2009

Georges Dimitrov

157485041_28d0a673ce1Après vous avoir présenté The Gories le mois dernier, poursuivons avec The Dirtbombs, le groupe formé en 1996 par le chanteur Mick Collins suite à la dissolution de son projet précédent. La formation (à géométrie variable) ne devait au départ qu’enregistrer quelques singles: l’excellent réception de ceux-ci finit toutefois par les convaincre d’enregistrer un premier album, Horndog Fest (1998). Le retour à la mode du rock garage peu après propulse The Dirbombs à l’avant-scène pour deux disques subséquents en 2001 et 2003; ils enregistreront d’ailleurs à cette époque un single conjoint avec leurs compatriotes de Detroit les White Stripes.

C’est toutefois de leur dernier album, paru l’an dernier après une longue abscence, que nous vous parlerons aujourd’hui : We Have You Surrounded (2008) est en effet remarquable par sa capacité à conjuguer une énergie brute qui rappelle les premiers enregistrements des Gories avec une coté pop et immédiatement accrocheur. Wreck My Flow est ainsi dansante à souhait, faisant le bonheur des clubs depuis sa sortie; c’est cependant au sein des chansons plus sombres qu’on retrouve quelques curiosités fort intéressantes.

Le premier titre valant le détour est Sherlock Holmes, une reprise des Sparks qui enregistrèrent la version originale en 1982 sur leur album Angst In My Pants. Se mesurer au chant à la fois si glam et si tendre de Russel Mael n’est pas chose aisée et Collins s’en tire très honorablement, supporté par une instrumentation où des guitares au son sale remplacent les nappes de synthétiseur mélancoliques. Leopardman at C&A est encore plus particulière, étant une des rares chansons écrites par Alan Moore, le dessinateur bien connu de romans graphiques (Watchmen, V for Vendetta). Moore a initalement écrit cette chanson pour David J., le bassiste de Bauhaus, avec qui il a brièvement formé un groupe en 1980. Les célèbres gothiques anglais n’ont cependant jamais eu l’occasion de l’enregistrer avant leur séparation, et la chanson est restée sur les tablettes durant presque trente ans. La version des Dirtbombs est heureusement excellente, avec des riffs et solos désacordés de guitare dont n’aurait pas à rougir Daniel Ash, et un abus de réverbation sur la voix pour un effet “Peter Murphy 1979″ instantané. “Who are these shadows in my way?”. Bonne écoute.

From Gray City Walls

March 10th, 2009

Georges Dimitrov

200px-alles_ist_gutLa Neue Deutsche Welle – ou nouvelle vague allemande – est un mouvement musical qui s’étend de 1979 à 1984, puisant son inspiration dans les musiques punk et new-wave. Étant initialement un mouvement underground centré à Berlin, Düsseldorf et Hambourg, la NDW s’est peu à peu popularisée et commercialisée pour produire des artistes avec une résonance internationale comme Alphaville ou Peter Schilling. Nous vous présentons cependant aujourd’hui une des figures de proue de la période plus radicale du mouvement : Deutsch-Amerikanische Freundschaft, plus connus sous l’acronyme D.A.F.. Le nom du groupe, se traduisant littéralement par “L’amitié Américaine-Allemande”, fait référence au Deutsch-Sowjetische Freundschaft, le pacte “d’amitié” liant l’Allemagne de l’Est à sa mère patrie soviétique; de telles références politiques à connotation nihiliste, tenant de démontrer l’absurde par l’ironie, abondent d’ailleurs dans leur production musicale. Der Mussolini, une de leurs chansons les plus connues et que nous vous présentons ici, propose par exemple des paroles qui firent scandale à l’époque : “Dance the Mussolini, move your behind, clap your hands, and now the Adolf Hitler, and now the Jesus Christ, and now the communism…” (traduction de Wikipedia). Le groupe a évidemment nié en bloc toute référence fachiste, étiquette trop facilement attribuée à des formations de nature agressive chantant en langue allemande.

Cette chanson, tout comme Als wär’s das letzte Mal (Comme si c’était la dernière fois), est tirée de Alles is Gut (1981), leur troisième album et le premier où apparait dans sa version définitive le son minimaliste caractéristique de D.A.F.. Les deux membres fondateurs Gabriel Delgado-López (chant) et Robert Görl (batterie) ont alors abandonné leurs collaborateurs en même temps que le style noise/expérimental de leurs premiers disques au profit d’une esthétique épurée où seuls une ligne de basse au synthétiseur et une batterie robotique font contraste avec un chant d’une grande violence expressive. Après une séparation en 1983, D.A.F. se sont reformés pour un nouvel album en 2003, vingt ans après; leur oeuvre a entre-temps exercé une influence durable sur l’évolution de la musique techno ainsi que sur des sous-genres tels le dance-punk ou l’électroclash.

Poland calling

March 5th, 2009

Zoé Starchild

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Ce n’est pas un scandale, mais tout de même un fait : lorsqu’un groupe rock souhaite faire une carrière mondiale, il chante en anglais. Avec l’emploi de la “langue internationale”, les marchés s’ouvrent, le succès s’étend, et aussi (et surtout) les disques sont disponibles hors du marché local. En effet, pas toujours facile de se procurer du rock émergent en italien, finlandais ou japonais – à moins, bien sûr, de faire des recherches exhaustives sur place. C’est pourquoi il nous fait grand plaisir de vous présenter aujourd’hui un cas particulier venu d’Europe de l’est : Cool Kids Of Death est un groupe polonais qui, malgré leur nom dans la langue de Shakespeare, chante… en polonais.

Nous avons découvert le groupe simplement en synchronisant Eska Rock, sympathique station de radio de Varsovie. Formé en 2001, il a quatre albums à son actif, le seul en notre possession étant 2006, paru la même année. La musique de Cool Kids Of Death est un rock assez radical mâtiné d’influences punk et post-punk. Le chant agressif de Krzysztof Ostrowski domine des guitares parfois hurlantes et toujours à l’avant-plan, créant des chansons très énergiques mais toujours mélodiques et dansantes. Et les paroles sont paraît-il à l’avenant : les membres du groupe sont en effet reconnus en Pologne pour incarner la voix publique de Generacja Nic (Generation Nothing), un “mouvement” social exprimant la colère et la frustration des jeunes du pays, englués dans les complications bureaucratiques et économiques de l’après-communisme. Les trois titres que nous vous présentons aujourd’hui sont tous tirés de 2006, le troisième disque du groupe, qui prouve que Cool Kids Of Death présente plusieurs qualités non négligeables : une musique inspirée, un discours pertinent, et l’indiscutable originalité d’exprimer leur fureur rock dans leur langue maternelle. Na zdrowie !

Rational Wave

March 3rd, 2009

Georges Dimitrov

200px-rationalyouth-cold_war_night_lifeLa classification de la musique en genres et styles est une opération parfois hasardeuse, toujours contestée. Le terme new wave est utilisé aujourd’hui pour qualifier un très large spectre de styles musicaux aux instrumentations ou aux atmosphères parfois très disparates. Alors que l’électronique et les synthétiseurs sont considérés comme emblématiques du mouvement, un groupe comme The Cure en est un des représentants les plus cités bien qu’il emploie des instruments principalement acoustiques. Dans tout cet éclectisme, un style retient particulièrement notre attention : employant une instrumentation strictement électronique, des structures majoritairement répétitives et un ton froid et mélancolique faisant appel à des modes musicaux sombres, la cold wave (ou encore minimal wave) s’impose comme le noyau dur de la new wave dans la première moitié de la décennie 1980. Aux cotés de représentants plus connus comme Visage ou The Human League se profilent en effet des dizaines de groupes méconnus de plusieurs pays, alignant fièrement rythmes hypnotiques et voix réverbérées.

Une de ces formations qui impressionne par la qualité de son travail est Rational Youth, un groupe montréalais en activité depuis 1981. Formé par Bill Vorn et Tracy Howe (claviériste pour Men Without Hats à ses heures), Rational Youth a sorti en 1982 un excellent premier album intitulé Cold War Nightlife. D’une rare constance du début à la fin, le disque oscille avec justesse entre des chansons plus sombres et plus « pop ». City Of Night, en tant que hit de l’album, est sans doute la meilleure représentante de cette deuxième catégorie avec sa constellation de petites notes synthétiques et son rythme entraînant ; Close To Nature, plus atmosphérique, évoque quant à elle grandement Kraftwerk, tant dans les lignes mélodiques que dans les sonorités choisies. Entre les deux se retrouve notre coup de cœur, Saturdays In Silesia, touchante et mélancolique avec une section centrale magnifique (« And if the soldiers put a padlock on the door/We’ll break it open like we’ve always done before… »). Nous vous joignons enfin Power Zone, une pièce instrumentale très intéressante qui illustre parfaitement le côté plus dark et expérimental du groupe. Et si vous aimez les chansons présentées ici, nous vous invitons à télécharger l’album complet sur l’excellent Systems of Romance.

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