Archive for May, 2009
À propos des Dirtbombs il y a deux mois, nous vous avons mentionné un projet musical rassemblant le dessinateur de romans graphiques Alan Moore et le bassiste de Bauhaus, David J. Le résultat de cette collaboration particulière fut un single unique, paru en 1983 sous le titre The March Of The Sinister Ducks, les musiciens s’étant eux-mêmes nommés The Sinister Ducks.
La “marche” en question est un succulent morceau de musique sombre, absurde et loufoque, qui saura sans doute plaire aux amateurs des iconoclastes Tiger Lillies. Dans le même style cabaret quelque peu déjanté, Moore nous déclame d’une voix sépulcrale et passionnée sa profonde haine des canards. Vous les trouviez doux et mignons ? Entrez dans un univers où ces petits animaux fument des cigares en manteaux noirs, tout en vous épiant dans l’obscurité avec des petits yeux déments. La réputation de la prose d’Alan Moore n’étant plus à faire, nous vous joignons ci-dessous le texte entier de la chanson, d’une grande qualité. D’ailleurs, même si la pièce titre retient principalement l’attention, les deux chansons qu’on retrouve sur ce 7″ valent la peine d’être découvertes, le b-side (Old Gangsters Never Die) étant une longue ballade obscure et désespérée rappelant énormément le style lyrique de Nick Cave. Quack, quack !
Everyone thinks they’re such sweet little things
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Soft downy feathers and nice little wings
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
But there’s a poison I’d like to administer,
You think they’re cuddly but I think they’re sinister.
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
What are they doing at night in the park?
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Think of them waddling about in the dark.
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Sneering and whispering and stealing your cars,
Reading pornography, smoking cigars.
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Nasty and small undeserving of life.
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
They smirk at your hairstyle and sleep with your wife.
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Dressed in black jackets and horrible shoes,
Getting divorces and turning to booze.
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Forcing old ladies to throw them some bread.
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Who could deny they’d be better off dead?
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Look closer and you may recoil in surprise,
At web-footed fascists with mad little eyes.
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Ducks, Ducks! Quack, Quack! Quack, Quack!
Revenons aujourd’hui à l’une de nos premières passions, à savoir le glam rock, avec la parution du dernier disque des New York Dolls. Oui oui, vous avez bien lu. La légendaire formation, autrefois fondée en 1971 et dissoute six ans plus tard, s’était en effet reformée en 2004 et, dans la foulée, avait fait paraître One Day It Will Please Us To Remember Even This. Il apparaît maintenant que cette réunion inespérée est visiblement faite pour durer : les paillettes du nouvel album Coz I Sez So le prouvent bien – notez au passage les savantes fautes d’orthographe du titre, gracieuseté de la grande période du glam (quelqu’un se souviendrait-il des excentricités grammaticales de Slade ?).
Cette nouvelle mouture des New York Dolls semble aujourd’hui la seule (et digne) représentante de l’authentique glam ou glitter rock (les français disent aussi rock décadent). Deux albums classiques (un éponyme en 1973 et le bien nommé Too Much Too Soon l’année suivante) en ont fait de véritables légendes, unanimement établies comme les ancêtres du punk. Au début des années 1970 toutefois, l’heure était aux chansons pop déglinguées et ironiques, caractérisées par un chant hargneux et des guitares hautement efficaces. L’heure était également aux platform boots ainsi qu’à l’abus d’eyeliner et de métal lamé, un look théâtral et provocateur faisant partie intégrante de la musique.
Presque trente ans après ces folles années, les New York Dolls originaux ne sont plus que deux : le chanteur David Johansen et le guitariste Sylvain Sylvain. Les autres sont perdus dans la brume ou morts, comme le mythique guitariste Johnny Thunders, disparu au cours d’une doûteuse overdose en 2001. Au sein du cimetierre du glam, qui compte autant d’oubliés que de légendes ayant viré leur cuti depuis des lustres, les poupées de New-York font ainsi figure de dinosaures… Car loin d’avoir succombé aux sirènes de la modernité, leur musique semble au contraire avoir été figée dans le temps. Grand bien leur en fasse, car en plus de ravir les fans de la première date, une galette aussi énergique que Coz I Sez So tombe à pic alors que le son rétro-rock revient en grâce sur la scène internationale – pour preuve l’oeuvre intégrale de Franz Ferdinand. Outre la qualité moderne de la production, Coz I Sez So aurait sans problème pu être enregistré en 1973 : on y retrouve la même langueur bluesy sortie tout droit de East Village, la même voix baveuse et sexy de Johansen, la même urgence sympathique. Tout en réussissant l’exploit non négligeable de ne pas avoir l’air ridicule en “glamant” à 60 ans, les New York Dolls poussent également l’autodérision jusqu’à réenregistrer une version reggae-pop de leur classique Trash. Une attitude tout à fait rafraîchissante que l’on ne peut que saluer… rock on.
Avant tout, nous tenons à remercier tous nos lecteurs qui se sont déplacés dimanche dernier pour la soirée Cold War Nightlife : ce succès nous permet de vous annoncer que la même équipe sera de retour le 21 juin prochain. Durant la préparation de cette soirée, nous avons fait une découverte intéressante que nous tenons à partager avec vous aujourd’hui : une formation belge intitulée Siglo XX. Selon les rares sources d’information sur internet, le nom du groupe (qui se traduit par “vingtième siècle” en espagnol) ferait référence à un mouvent anarchiste. C’est également le nom d’une célèbre mine d’étain en Bolivie, au cœur de nombreuses luttes et enjeux politiques, qui fut le théâtre du plus important massacre d’ouvriers de l’histoire du pays lorsque la junte militaire prit la mine d’assaut en juin 1967. Incidemment, les membres de Siglo XX sont eux-mêmes originaires d’une triste cité minière du nom de Genk, qui a sombré dans la dépression après la fermeture des ses mines de charbon dans les années 1970 : un terreau historiquement fertile pour une jeunesse désabusée en quête d’expression musicale.
Il en a résulté une série de singles et albums qui ont jalloné toute la décennie 1980, créant pour Siglo XX un culte certes restreint mais très suivi. Nous vous présentons ici trois chansons tirées de leur première période, qui fit l’objet d’une compilation intitulée Re-Released 80-82 (1984). Musicalement, le groupe nous propose un post-punk très froid et nihiliste, qui rappelle beaucoup les premieres oeuvres de Joy Division (le EP Warsaw) ou de The Cure (Three Imaginary Boys). Une instrumentation acoustique réduite et épurée, des rythmes et mélodies minimalistes, une voix dont le désespoir se perd dans la réverberation lo-fi : un son et une charge émotive qui ont étonnamment peu vieilli.
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Amateurs montréalais de cold-wave, post-punk, glam-rock et autres genres dérivés, amateurs de musique underground qui sort de l’ordinaire, vielles perles oubliées ou découvertes à la fine pointe confondues : ce dimanche 17 mai, Blackout Musique présente pour vous une soirée intitulée Cold War Nightlife. Les artisans de ce blogue seront accompagnés aux platines de leur invité spécial Xavier Paradis (Automelodi), qui nous revient tout juste de New York avec plein de curiosités passionnantes et dansantes. On vous promet une ambiance musicale inédite comme vous n’entendrez pas souvent ailleurs ! De plus, l’entrée est gratuite et le dimanche 17 mai n’est pas un dimanche comme les autres : gracieuseté de la fête de la Reine/Dollard/Patriotes, le lundi suivant est un congé férié. Vous pouvez donc venir danser ou simplement prendre un verre sans culpabilité dans le magnifique décor du Salon Officiel.
Pour poursuivre dans le thème, nous vous proposons aujourd’hui deux pièces authentiquement cold-wave/cold war. Tout d’abord, vous pouvez écouter Satellite To Russia du groupe australien Informatics, une formation passablement obscure du début des années 1980, qui fit paraitre un seul EP de 4 pistes en 1982: Dezinformatsiya. Débordante de petits bruits de synthétiseurs plus symathiques les uns que les autres, la chanson nous offre la rare occasion d’écouter du cold-wave en Russe (merci à Systems of Romance pour la découverte). Prétez ensuite attention à Demain Berlin des bien nommés Guerre Froide, une formation française datant de la même période. Parue en 1981 sur un EP éponyme, la chanson au ton plus sombre oscille entre des textes français, anglais et allemands. Une unique ligne lancinante de synthétiseur forme l’essentiel de l’accompagnement, que vient rejoindre une guitare déchainée dans la partie centrale.
Cold War Nightlife
Avec DJ Starchild, DJ Transmission et Xavier Paradis (invité spécial)
Dimanche 17 mai dès 21h30
Salon Officiel, 351 rue Roy (coin Henri-Julien)
De tous les grands dinosaures de la new wave, Depeche Mode semble presque le seul à être encore vivant. Il a survécu autant aux extravagances des années 1980 qu’aux abus dramatiques des années 1990, qui ont assisté à la très médiatique descente aux enfers du chanteur Dave Gahan. Toujours actif, le groupe publie un nouvel album tous les deux-trois ans et enchaîne les tournées mondiales. L’exploit est que malgré des critiques parfois un peu tièdes, le succès semble généralement toujours au rendez-vous. C’est une fois de plus le cas pour le dernier-né de la formation, le bien nommé Sounds Of The Universe, qui a réussi à se classer numéro 1 un peu partout lors de sa sortie il y a quelques semaines.
Contrairement à plusieurs autres groupes issues de son époque, Depeche Mode a réussi à se défaire du fameux son “années 1980″ entièrement synthétique, autrefois si moderne et aujourd’hui si souvent décrié. Le changement de cap, amorcé avec le triomphe de Violator (1990), fut confirmé par les guitares sales de Songs Of Faith And Devotion (1993), l’album de la déchéance et de la rédemption. Les parutions suivantes se situèrent toutes dans la même direction, avec plus ou moins de succès mais toujours avec constance. Ainsi Ultra (1997), Exciter (2001) et Playing The Angel (2005) semblent-ils tracer la voie d’un groupe ayant délaissé autant la pop bonbon que le rock de stade, et dont la maturité se caractérise par un apaisement particulièrement sombre.
Tout comme ses prédécesseurs, ce nouveau Sounds Of The Universe est un disque plutôt calme malgré ses moments de haute tension. Les différents sons synthétiques, toujours très recherchés chez des musiciens d’expérience comme Depeche Mode, sont souvent aériens ou planants. Au premier abord, l’apparente uniformité des ambiances ainsi que la longueur des titres crée une certaine distance avec l’auditeur. Sounds Of The Universe est cependant un disque qui mérite plusieurs écoutes. Le fan de longue date ne sera ni surpris ni déçu d’y retrouver des classiques ayant fait la marque du groupe au fil des années : le succès imparable taillé sur mesure pour le dancefloor (Wrong), l’efficace chanson de rock brut et torturé (Miles Away / The Truth Is), et finalement la ballade intense aux relents mystiques chantée par Martin Gore (Jezebel). Des compositions toujours dominées par de magnifiques et sensuels duos de voix, gracieusetés du couple Gahan/Gore.


