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Archive for June, 2009

Total Control

June 30th, 2009

Georges Dimitrov

absbocot1absbocot2absbocot3Bien que la plupart des groupes cold wave du début des années 1980 n’aient fait que passer sur la scène musicale le temps d’un 7″ ou deux, quelques uns se distinguent par un réel talent et une créativité qui leur a permis d’acquérir une certaine longévité. Parmi ceux-ci, nous vous présentons aujourd’hui Absolute Body Control, une formation belge de plus à ajouter au palmarès. Avec un style musical sombre, minimal et épuré comme il se doit, ces jeunes émules de Kraftwerk on réussi à faire paraître et diffuser trois excellents albums, tous sur cassette faute d’un contrat d’enregistrement en bonne et due forme. Nous avons choisi de vous offrir ici une chanson tirée de chaque parution afin d’illustrer l’évolution de leur son.

Weaving Hands ouvre le premier album éponyme, paru en 1981. Ajoutées au chant angoissé de Dirk Ivens (qui sonne comme la réincarnation d’un Ian Curtis), la production lo-fi et la mélancolie des mélodies confèrent à cet opus un côté résolument sombre. Un an plus tard parait Numbers, un deuxième album à caractère plus expérimental : de nature entièrement instrumentale, les pistes de la cassette sont simplement numérotées de 01 à 16. La collection est forcément inégale, quelques “chansons” étant parfois un peu trop minimales : l’auditeur attend en vain que la pièce réalise son plein potentiel. D’autres pistes sont par contre de véritables petites perles, telles que 04 que nous vous présentons ici.

Absolute Body Control revient à des composition plus traditionnelles pour une dernière parution originale, Figures (1983). La production est ici plus léchée; les arrangements et les textures, plus complexes et subtils. Plusieurs titres valent ici le détour et nous vous offrons Love At First Sight, gothique et désespérée à souhait. Les cassettes sont évidemment aujourd’hui quasi introuvables : pour les fans absolus toutefois, Vinyl On Demand on fait paraître il y a deux ans une intégrale de leur œuvre sur cinq disques vinyle; pour les autres, le deuxième album est disponible en téléchargement sur Systems Of Romance.

Médecine rock de Chicago

June 26th, 2009

Georges Dimitrov

Tour EPEn tant que blogue musical, nous recevons fréquemment du matériel envoyé par des artistes émergents. Trop peu se distinguent hélas du lot, et c’est pourquoi nous sommes contents de vous présenter aujourd’hui un quatuor originaire de Chicago, Apteka. Sur le EP que nous avons reçu, le groupe propose un rock solide aux influences métissées mais fortement teintées de vintage. Hard rock et glam rock côtoient allègrement des influences plus minimales et post-punk, Black Sabbath rencontrant Jesus & Mary Chain au sein de chansons alternativement énergiques (on aime) ou planantes (moins attirantes).

Plus près de nous et au-delà des évidentes comparaisons à faire avec Interpol ou Stellastarr*, Apteka nous surprennent favorablement par leur rare ressemblance avec le groupe britannique Supergrass. Les refrains de chansons telles que She Is Riots ou Cicada Song semblent tout droit sortis de In It For The Money (1997), avec leur avalanche de guitares et le chant affecté aux inflexions si glam. Au contraire de certains autres groupes se spécialisant dans le côté sombre voire dépressif de la musique, ce trait confère aux pièces des Chicagoans une exubérance rafraîchissante, assortie d’un visuel recherché. En plus des deux chansons cités plus haut, nous vous joignons également une troisième, It’s A Wilderness. Pour plus d’informations vous pouvez visiter leur site officiel au www.aptekamusic.com.

Voici venir la nuit des longs couteaux

June 24th, 2009

Zoé Starchild

00731454843126_SDe toute la panoplie d’artistes issus de la francophonie, difficile de trouver une figure plus fédératrice que celle de Serge Gainsbourg. Serait-ce à cause d’une carrière légendaire étendue sur quarante ans, d’une démarche aussi séduisante que provoc’, ou tout simplement à cause d’un immense et plus que singulier talent ? Bref, tout le monde semble fasciné par la vie et l’œuvre du grand Serge, à commencer par les jeunes minets du rock anglais (en 2006 paraissait Monsieur Gainsbourg revisited, collections de reprises par Franz Ferdinand, Placebo et autres Jarvis Cocker) et le bédéiste Joann Sfar qui lui a récemment consacré son premier long-métrage (Serge Gainsbourg vie héroïque sortira plus tard cette année).

Des années 1950 à sa mort prématurée en 1991, le dandy sulfureux aura bien entendu connu diverses révolutions de personnalité. Certains se souviennent davantage du Gainsbourg des sixties, composant de manière compulsive des ritournelles aussi pop que désespérées, interprétées par lui-même ou offertes en pâture à toutes ces stars yé-yé bien trop naïves. D’autres ne se seront pas remis des provocations puériles et troublantes de Gainsbarre, terrible alter ego d’un chanteur qui, dans les années 1980, semblait se complaire dans la solitude, l’alcool et une certaine vulgarité people. Nous préférons quant à nous nous intéresser à un Gainsbourg particulièrement inspirant : celui des années 1970, qui en quelques albums-phare révolutionna la chanson française pour la faire définitivement basculer dans l’avant-garde.

L’objet de notre attention aujourd’hui est le choquant Rock Around The Bunker. Fils d’immigrés juifs ayant fui la Russie bolchévique en 1919, Lucien Ginzburg (de son vrai nom) a vécu la guerre, le Paris occupé, la fuite, les cachettes et les dénonciations. Ces profonds traumatismes lui inspirent en 1975 un album aussi enthousiasmant que terrifiant qui pousse la provocation à des sommets inégalés. Ne pouvant de par son histoire personnelle n’être taxé d’aucun antisémitisme, Gainsbourg se fait le porte-étendard de sa condition et accouche de titres particulièrement “limite” qui ne trouvent d’ailleurs preneur sur aucune radio commerciale. Rock Around The Bunker, ce sont dix chansons affichant une commune thématique nazie sous un angle humoristique décapant, une approche aussi rafraîchissante que dénonciatrice.

Forcé enfant de porter l’étoile jaune, Gainsbourg fait de ce symbole dégradant une étoile de “shérif”, jeu puéril et enfantin, dans l’entraînante Yellow Star. Les supposées bacchanales auxquelles se livraient l’armée allemande inspirent autant la chanson-titre de l’album qu’un fameux Nazi Rock. Finalement, le morceau le plus décapant serait peut-être S.S. In Uruguay, charge démente envers les anciens nazis confortablement éxilés dans certaines républiques d’Amérique latine. Rock Around The Bunker est ainsi fait : narrativement ironique et terrifiant, musicalement joyeux. Les historiettes nazies concotées par Gainsbourg se déroulent en effet sur fond de rock simple, classique et dansant, parsemé de choeurs féminins mélodiques et rigolos. Une production pop sous haute influence britannique offrant un contraste saisissant pour l’une des oeuvres  majeures de la décennie ’70, par l’un de ses créateurs les plus détonants.

Dancing on the Berlin wall

June 18th, 2009

Georges Dimitrov / Zoé Starchild

4561_87415019003_627904003_1814042_3192895_nC’est de nouveau la semaine de Cold War Nightlife, notre soirée cold wave/post punk/glam rock ! La deuxième édition aura lieu ce dimanche 21 juin, toujours au Salon Officiel. Pour souligner l’événement, nous avons décidé de poursuivre la tradition des petites découvertes pré-dancefloor en vous présentant quelques titres que nous nous promettons bien de vous faire jouer dimanche.

Premièrement, débutons avec une chanson de circonstance, la bien nommée Russian Tractors de Twice A Man. Ce groupe, fondé en 1978, est généralement reconnu comme le premier groupe cold wave suédois. Russian Tractors est tirée de leur premier album, Music For Girls (1982). D’un ton résolument sombre, la chanson crée un espace sonore post-industriel évocateur avec ses échantillonnages de voix en langue russe.

1982 nous offre également les obscurs Die Gesunden qui, au sein de la mouvance Neue Deutsche Welle, se distinguent par un son pop excentrique et chaotique à la Devo. Leur chanson Der Weg Sum Erfolg (“la voie vers le succès”) provient de leur seul et unique album éponyme.

Terminons sur une note burlesque avec les particulièrement loufoques Der Plan et leur irrésistible Gummitwist. Ce groupe de Düsseldorf, fondé en 1979, proposait à ses débuts une musique très expérimentale. Les années 1980 les virent évoluer peu à peu vers un son pop-punk non exempt d’humour, comme le prouve bien ce Gummitwist, titre survolté datant de 1984.

Cold War Nightlife
Dimanche 21 juin à partir de 21h30 au Salon Officiel (351 Roy à Montréal).
Aux platines : DJ Starchild, DJ Transmission + Xavier Paradis (Automelodi).

Danser la guerre

June 13th, 2009

Georges Dimitrov

aviadordro1yb4Au début de la décennie 1980, le phénomène cold wave/post-punk eut en Europe une résonance internationale dont l’existence est souvent ignorée. En s’éloignant des filières habituelles tournant autour de Londres, Paris et Berlin, on découvre une myriade de groupes belges, suisses, scandinaves, est-européens ou autres. En Espagne, la chute du régime franquiste à la fin des années 1970 a ouvert la voie à une révolution culturelle touchant la plupart des arts : héritière des idéologies punk, La Movida bouleverse le paysage créatif espagnol, du cinéma (Almodóvar) à la musique en passant par la photographie ou la bande dessinée underground. Nourris aux sons Devo et Kraftwerk, de même qu’aux avant-gardes surréalistes, dadaïstes et futuristes, Aviador Dro se mêtent en quête de jalonner la musique électronique ibérique.

Le groupe – dont le nom complet est El Aviador Dro y sus Obreros Especializados (“L’Aviateur Dro et ses ouvriers spécialisés”, un hommage au poète futuriste Francesco Balilla Pratella) – est fondé vers 1979, mais ce n’est qu’en 1982 que paraît un premier 7″ officiel, La Chica de Plexiglas. Nul ne voulant éditer ces jeunes hurluberlus, Aviador Dro se tourne vers l’autoproduction et fonde sa propre compagnie de disques (D.R.O.) qui deviendra le plus grand label indépendant en Espagne. S’ensuit une longue et brillante carrière qui se poursuit encore aujourd’hui, marquée par de nombreux changements de formation et une évolution du style musical rappelant quelque peu celle de Depeche Mode : avec les années, le groupe passera d’une pop mignonne à une maturité plus sombre, plus rock et flirtant avec l’industriel.

AviadorBailaDifficile évidemment de faire un choix dans l’abondante discographie (plus de 20 parutions), d’une grande constance. Pour vous faire découvrir différentes facettes du groupe, voici trois titres représentatifs : Programa en espiral (1982), leur quatrième single, est une très jolie chanson illustrant le côté naïf et ludique de leurs premières compositions; un an plus tard, Baila la guerra (1983) nous propose un hymne new wave d’une énergie hautement communicative, au propos futuristes; enfin, entre The Clash et Magazine, La unica solucion es la venganza (1986) démontre l’héritage punk de Aviador Dro. Une discographie très complète (et illustrée) peut-être consultée ici : http://www.aliencenter.de/nuclearsi/en_indexdiscografia.htm.

Des voix et des images

June 11th, 2009

Zoé Starchild

camouflage voicesPour la majorité du “grand public”, l’œuvre du groupe allemand Camouflage (formé en 1984) se résume à l’immense succès The Great Commandment, particulièrement prisé sur les dancefloors à tendance gothique. Cet impeccable morceau, de surcroît single initial du groupe, a ainsi éclipsé une carrière qui, étonnamment, se poursuit jusqu’à nos jours. Il a également quelque peu éclipsé l’album qui le contenait, un chef-d’œuvre que nous vous proposons de redécouvrir aujourd’hui.

Voices & Images est le premier album du trio composé de Marcus Meyn (chant) et d’Oliver Kreyssig et  Heiko Maile (claviers). Il propose un pur son new wave synthétique et planant qui, à la parution du disque en 1988, pouvait déjà paraître quelque peu “rétro”. La principale différence avec les classiques décharnés issus de la minimal wave se situe ici dans la luxuriance des arrangements. Les harmonies de Camouflage sont en effet d’une richesse peu commune, accumulant les nappes de sons afin de créer une ambiance aussi noire que fortement mélancolique, rappelant immédiatement les belles années de Depeche Mode. À ce titre, une pièce comme Neighbours pourrait sans problème se retrouver sur Some Great Reward (1984) ou Black Celebration (1986).

Si Camouflage choisit de chanter en anglais, leur démarche musicale demeure toute germanique: froide et cérébrale, elle se distingue par une lancinante nostalgie. Face à l’imparable rythme de The Great Commandment, l’album dans son entiereté paraît assez calme. Pour ajouter une touche expérimentale à l’ensemble, plusieurs pistes sont quasi instrumentales, parsemées de sonorités subtiles et envoûtantes. L’effet, enveloppant et hypnotique, provoque une impression durable au point que chaque pièce de l’album parvient à se distinguer. En voici cependant trois qui retiennent particulièrement notre attention.

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