Archive for September, 2009
Après Starter il y a quelques semaines, poursuivons dans la lignée de la minimal wave suisse avec une autre formation remarquable tant par son talent que par sa confidentialité : Guyer’s Connection. Le duo électronique fut constitué en 1982 par deux adolescents, Tibor Csebits et Philippe Alioth, fatigués du rock et prêts à embrasser le fascinant monde des synthétiseurs. Malgré leur jeune âge (15 et 16 ans à l’époque), ils réussirent à auto-produire dès 1983 un album complet (Portrait) en plus d’enregistrer nombre d’autres pistes restées inédites jusqu’à leur réédition en 2005 en tant qu’album éponyme. Les deux parutions ont évidemment connu un tirage très limité sur vinyle (330 copies seulement pour Guyer’s Connection !) et en obtenir une copie aujourd’hui relève de l’exploit : nous remercions ici Death Wears White Socks pour l’accès à cette œuvre.
La musique de Guyer’s Connection, souvent épurée à la limite du dépouillement, fascine par ses mélodies d’une douce simplicité et d’une subtile mélancolie. Les Loupes, chanson plus expérimentale qu’on retrouve parmi les inédits, constitue peut-être l’exception avec le chant quelque peu plus agressif de Monique M., amie invitée pour l’occasion. C’est toutefois des pièces comme l’obsédante Hé Sabine (également inédite) ou l’instrumentale Pogo Of Techno (en ouverture de Portrait) qui représentent au mieux l’expression à la fois sombre et tendre du groupe. On s’étonne d’une maturité musicale si précoce, où les maladresses mêmes ont un charme suranné. La formation a cessé d’exister en 1985 mais ses membres ont continué à travailler au sein de nombreux projets jusqu’à aujourd’hui, ensemble ou séparément.
Reportons nous quatre ans en arrière, au début de l’été 2005. Le premier album de Franz Ferdinand dominait toutes les chaînes et pistes de danse depuis un an et s’instituait en héraut d’une énième british invasion. Tous les magazines nous promettaient le renouveau du rock anglais et les producteurs recherchaient ardemment le prochain messie, laissant dans leur sillage nombre de disques sans lendemain.
Nous tombons ainsi par hasard, un certain lundi 13 juin, sur un article du journal Voir qui nous annonce la venue d’un quintette de Newcastle : nous n’avions jamais entendu parler de Maxïmo Park mais le concert avait lieu le soir même à La Tulipe, les billets étaient abordables et notre curiosité, piquée. Quelques heures plus tard, nous attendons donc le début du spectacle dans une salle pratiquement vide : nous ne serons qu’une trentaine de chanceux peut-être à voir l’irruption sur scène d’un hurluberlu en costume de dandy, chapeau melon à l’appui. Sans se démonter face à la disparité de l’assistance, Paul Smith et sa bande ont livré une performance survoltée et inoubliable, enchaînant tous les tubes accrocheurs de deux minutes qui composent leur premier album, A Certain Trigger. L’énergie de Maxïmo Park fut en tout cas communicative et le public maigre mais vaillant d’applaudir sans relâche pour un premier rappel (entendu avec le gars des vues), un second plus surprenant (on nous offre deux b-sides obscurs) et même, chose rarissime, un troisième : “Well, we have already played all our songs…” . Et d’enchainer avec leur principal succès Apply Some Pressure pour la deuxième fois de la soirée, histoire de nous calmer enfin.
Nous en ressortîmes ainsi repus, un exemplaire de A Certain Trigger sous le bras, disque qui allait souvent occuper notre stéréo dans les mois à venir. Le groupe avait en effet réussi à atteindre un son qui, bien qu’apparenté à celui d’autres formations contemporaines, leur était propre, mitigeant brit-pop et racines punk (on pense ici surtout à The Jam). Les arrangements étaient originaux et témoignaient d’une rare recherche rythmique, assortie de progressions harmoniques et mélodiques souvent surprenantes mais toujours accrocheuses. Comme nombre de compatriotes cependant, Maxïmo Park n’ont hélas pas su soutenir cette intensité et cette urgence dans leurs albums suivants : Our Earthly Pleasures (2007) était notablement moins réussi même s’il nous a offert des perles comme Russian Litterature; quant à Quicken The Heart (2008), il fut carrément décevant. Peu importe, leur premier effort restera quand même pour nous un classique, assorti de souvenirs et à recommander chaudement : pour vous appâter, nous vous proposons la déjà mentionnée Apply Some Pressure, de même que les excellentes Once A Glimpse et The Night I Lost My Head. Bonne écoute !
Les légendaires The Damned sont connus comme l’un des groupes fondamentaux du punk, c’est-à-dire de la première vague originale britannique du mouvement, celle de 1976. Au sein d’une période caractérisée par son urgence, ils ont même été les premiers à enregistrer un single, le fameux New Rose : tout un exploit pour des groupes généralement formés la veille, aux capacités musicales souvent très limitées, et dont l’essence même était d’être allergique à toute forme de contrat ou d’establishment ! S’en suivirent plusieurs classiques du genre comme Neat Neat Neat. Tout comme la plupart de leurs collègues punks dont la carrière dura plus d’une saison, le son de The Damned évolua rapidement, tirant parti de multiples influences sixties, glam (ils étaient de la dernière tournée de T. Rex/Marc Bolan) ou théâtrales.
À la toute fin des années 1970, le groupe fut également l’un des premiers à afficher (et revendiquer) le son et l’attitude gothique. Bien plus doué pour les vocalises gracieuses et sépulcrales que pour les éructations propres au punk, le chanteur Dave Vanian arborait sur scène tous les attributs du parfait vampire : dentelles et jabots, impressionnante chevelure bicolore et maquillage de circonstance. La musique (gracieuseté des célèbres Captain Sensible et Rat Scabies, respectivement guitariste et batteur) était à l’avenant, mais elle ne fit que se raffiner avec les eighties et des disques tels que The Black Album (1980) ou Strawberries (1982).
Souvent séparé, continuellement reformé, parfois sans maison de disque mais toujours culte, The Damned a également enregistré une pléthore de singles étranges éparpillés sur de nombreuses compilations. Voici quatre coups de cœur indéniables, qui surprennent toujours autant par leur profonde originalité. Si la tonitruante Nightshift apparaît à plusieurs égards héritière du punk, ses élans rockabilly trash à la The Cramps introduisent bien les plus étranges Edward The Bear et la splendide Eloise. Cette dernière chanson est l’étonnante reprise d’une ballade des années 1960 signée Paul Ryan : The Damned en livre ici une interprétation haute en couleur, à la fois symphonique et atmosphérique, submergée par le chant quasi héroïque de Dave Vanian. Cette pop échevelée, qui va bien au-delà des étiquettes de genre, c’est également celle de Grimly Fiendish, un titre gothico-ludique dont l’instrumentation particulière (claviers en folie, trompette claironnante) ne peut que susciter l’enthousiasme – nous vous en proposons ici le Spic’n'Span Mix, une curiosité séduisante.
Le joli de mois de septembre s’amorce avec la longue fin de semaine de la fête du travail, et la soirée Cold War Nightlife sera là ce dimanche 6 septembre pour vous faire danser sans complexes. Comme à notre habitude, nous vous présentons quelques morceaux de choix pour vous mettre en appétit.
Das Kabinette, qui sont anglais comme leur nom ne l’indique pas, nous fournissent en premier la sombre The Cabinet. Il s’agit de l’unique composition du groupe, dont les paroles font explicitement référence au classique du cinéma expressionniste allemand Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1919) : une histoire d’automates et de savant fou dans un décor particulièrement triangulaire.
Partageant les obscurités sonores de la piste précédente mais avec un rythme plus entraînant, nous offrons ensuite Video Boys de Circuit 7, une autre formation britannique à la très brève carrière : deux singles et une apparition sur une compilation résument leur parcours (téléchargez le tout sur Systems of Romance). Les envolées de saxophones datées côtoient ici allégrement des percussions mécaniques sombrement distorsionnées.
Terminons avec un artiste beaucoup plus contemporain, qui nous vient de l’”écurie” new-yorkaise Wierd Records. Martial Canterel, une des nombreuses incarnations musicales de Sean McBride, nous propose un son totalement glacé et sophistiqué sur Windscreen (2008). Collectionneur féru de vieux synthétiseurs analogues, McBride s’en sert pour nous envouter avec des arpèges tourbillonnantes au sein de progressions harmoniques subtiles et inusitées.
Cold War Nightlife
Dimanche 6 septembre à partir de 21h30 au Salon Officiel (351 Roy à Montréal).
Aux platines : DJ Starchild, DJ Transmission + Xavier Paradis (Automelodi).



