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Archive for October, 2009

Passé recomposé

October 30th, 2009

Georges Dimitrov

R-1777083-1252763642Bien que le début des années 1980 en ait été l’age d’or, la création de musique électronique minimal wave reste aujourd’hui d’une actualité pertinente : des groupes comme Human Puppets, coup de cœur récent dont nous vous présentons aujourd’hui quelques pistes, nous le prouvent brillamment. Originaire de la Grèce – repoussant ainsi encore les limites du multiculturalisme analogique -  la formation nous propose un son froid, sombre et extrêmement vintage. Les rythmes robotiques et une utilisation des synthétiseurs beaucoup plus bruitiste que mélodique les place directement dans la lignée des Experimental Products et autres Absolute Body Control, au contraire d’une approche moins gothique et plus pop qu’illustreraient par exemple Rational Youth. Des voix caverneuses et des tempos généralement endiablés complètent le portrait d’un groupe au talent très prometteur.

En dehors de quelques 7″ et apparitions sur diverses compilations, Human Puppets n’ont qu’un seul album à leur actif, Future From The Past (2006). N’ayant originalement fait l’objet que d’un tirage très limité sur vinyle, le disque est disponible depuis cette année dans une version CD enrichie de quelques pistes supplémentaires, gracieuseté du tout jeune label allemand Disorder Records. Excellent de part en part, l’album nous offre quelques pistes remarquables et par ailleurs, fort dansantes. Nous vous invitons donc à écouter l’énergique Misery On Sunday, la justement nommée Minimal Man et l’hypnotique Reise Nach Deutschland, dans une pièce sombre et enfumée avec un stroboscope si vous en avez un sous la main.

Pop and style

October 17th, 2009

Georges Dimitrov

HandsAndKneesEn nous plongeant récemment dans le capharnaüm de soumissions musicales reçues par notre blogue et prenant la poussière sur les tablettes virtuelles de nos disques durs, nous sommes tombés sur les forts sympathiques Hands And Knees. En activité depuis 2006, le quartette originaire de l’état du Massachusetts a fait paraître au printemps dernier son deuxième album, Et tu, Fluffy? (2009).

Mené par le chanteur Joe O’Brien, le groupe nous offre un indie rock aux influences extrêmement métissées : une touche de punk par ici, un peu de country par là, du glam et une dose de brit-pop nonchalant pour faire bonne mesure. Le résultat n’impressionne peut-être pas par son originalité, mais la formation nous offre des compositions solides interprétées avec classe et brio. Au sein d’une scène musicale remplie d’émules d’Arcade Fire écrivant une musique pseudo-angoissée par trop sérieuse, nous saluons tout spécialement l’optimisme de Hands And Knees et leurs chansons dynamiques et accrocheuses, authentiquement pop.

À l’exception d’une ou deux pistes, l’album est également d’une qualité très constante. Voici trois chansons qui nous ont particulièrement conquis : You Got Pop, You Got Style est une des plus enlevantes du disques, oscillant entre des couplets aux guitares désaccordées et un refrain rythmé; We Are The Man Who Cannot Fly nous rappelle beaucoup The Clash avec ses rythmes ska; Blue Day Moon enfin, plus mignonne, nous laisse entrevoir un côté plus lyrique du groupe. Pour plus d’informations, nous vous invitons à visiter leur site internet au www.handsandknees.net.

Cold War Nightlife : octobre rouge

October 9th, 2009

Georges Dimitrov / Zoé Starchild

ColdWarFlyer06-200Le long week-end de l’Action de grâce est arrivé, et avec lui l’occasion de danser une fois de plus à Cold War Nightlife le dimanche 11 octobre. Nous espérons que ce lundi de congé vous permettra  de venir apprécier notre pop glacée et sophistiquée, dans le toujours très rouge et noir décor du Salon Officiel. Nous accueillons de plus ce mois un invité spécial, DJ Mekanik, en remplacement de Xavier Paradis retenu à New York par une tournée d’Automelodi. Cold wave, post-punk, glam rock… illustrons ces trois facettes de la soirée à l’aide de quelques titres choisis.

Débutons avec Enemies Of The Earth, une chanson pop synthétique de l’artiste suédois Tobias Bernstrup. La piste date de 2007 et s’inscrit dans le récent retour en grâce de la minimal wave qui gravite autour de Wierd Records, qui ont d’ailleurs inclus le titre sur leur deuxième compilation maison. Bernstrup, qui est aussi artiste contemporain multidisciplinaire, a plusieurs singles et albums à son actif et nous prépare un nouveau disque au titre alléchant, 1984, à paraître bientôt sur l’étiquette hollandaise Enfant Terrible. Pour plus d’informations nous vous invitons à visiter son site internet www.bernstrup.com.

Beaucoup plus obscure, la deuxième chanson que nous vous proposons aujourd’hui nous vient du groupe britannique Easter And The Totem. Il s’agit d’un groupe post-punk formé au début des années 1980 et en activité sporadique jusqu’à nos jours au gré des variations de personnel. La formation, à ses débuts à tout le moins, nous offre un son apparenté à celui de Joy Division, mais encore plus radicalement minimaliste : un drum machine, quelques notes de basse, quelques accords de guitare, quelques paroles lancées dans le néant. Nothing There est tirée d’une rare compilation intéressante mais hélas quelque peu inégale, intitulée From Bromley With Love (1982) d’après leur quartier londonien d’origine; la piste apparait aussi sur le premier album du groupe, Hip Replacement (paru la même année).

Pour terminer en beauté voici un coup de cœur récent d’un groupe on ne peut plus classique, à savoir Roxy Music. Do The Strand fut le premier single de leur deuxième album For Your Pleasure (1973), et cette chanson présente toutes les caractéristiques de la grande époque glitter : départ en fanfare, montées rythmiques irrésistibles, cuivres criards, claviers martelants… et bien entendu suave voix de Bryan Ferry nous susurrant des paroles intello-obscures. Le titre fut ensuite repris dans les années 2000 par Alphaville et devrait, selon toute attente, se retrouver sur le prochain album des Scissors Sisters. Excusez du peu.

Cold War Nightlife
Dimanche 11 octobre à partir de 21h30 au Salon Officiel (351 Roy à Montréal).
Aux platines : DJ Starchild, DJ Transmission et DJ Mekanik

Sexe, caféïne et rock’n'roll

October 6th, 2009

Zoé Starchild

36669_1Xavier Caféïne, l’un des fleurons de notre scène rock québécoise, a lancé la semaine dernière son deuxième album solo intitulé Bushido. Soulignons cette parution avec un petit retour dans le temps, à une époque pas si lointaine où, soi-disant, le rock était mort. Vous souvenez-vous de l’an 2000 ? À l’ère du règne du rap/hip-hop et du techno/dance, Xavier portait déjà très haut ses emblèmes garage, punk et glam. Il était plutôt unique en son genre… et nous, on était déjà fans. Fort de son premier album Mal éduqué mon amour (1997), Caféïne, qui était alors un groupe, proposait une énergie tout à fait rafraîchissante et des concerts, pailletés et sauvages, assez inoubliables.

L’objet de notre intérêt présent est le second album du groupe, le bien nommé Pornstar (2000). Ce disque, qui avait “bénéficié” d’un marketing très discret à l’époque, est totalement méconnu : un petit scandale auquel nous nous apprêtons à remédier aujourd’hui ! Pornstar est à plusieurs égards, un album de transition pour Xavier et sa bande. Mal éduqué mon amour, qui était entièrement en français, était parfait pour les partys de cégep made in Quebec; son successeur serait bilingue et revendiquerait un son trash festif davantage anglo-saxon. On pense immédiatement aux New York Dolls, qui n’auraient aucunement renié une pochette rose bonbon où le chanteur apparaît nu recouvert d’une peau de léopard. Bien entendu, la production était totalement fauchée, mais elle sonne encore aujourd’hui comme une tonne de briques.

Pornstar propose neuf titres particulièrement bruyants, totalement irrévérencieux, définitivement glam rock. Sur l’ensemble, trois chansons demeurent dans la langue de Molière : outre une langoureuse déclaration d’amour à la clope (Cigarette), on y retrouve l’attrayant Hymne à la mort, joyeux poème sur un thème pas très joyeux, le suicide. La chanson-titre de l’album, quant à elle, affiche des paroles hilarantes ainsi qu’une énergie plus que communicative – gracieuseté d’un piano et de guitares enragées. Pour terminer, amusez-vous à décrypter le texte référentiel de la perle pop qu’est Wow : on y croise autant les idoles Billy Idol et Iggy Pop que les moins regrettés Dead or Alive. So rock’n'roll is dead ? Pour Caféïne en 2000, pas vraiment on dirait.

Philosophie musicale

October 2nd, 2009

Georges Dimitrov / Zoé Starchild

n136879311597_5730Le groupe montréalais We Are Wolves nous revient ce mois-ci avec un troisième album, Invisible Violence. Un peu moins abrasive que les précédentes, cette nouvelle proposition marque un tournant davantage mélodique pour le groupe qui ne renie toutefois pas son son d’origine : guitares rock, synthétiseurs distortionnés et batteries hypnotiques sont toujours au rendez-vous. Pour souligner la parution du disque le 6 octobre prochain (sur l’étiquette Dare To Care), nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec le chanteur Alexander Ortiz.

Évidemment, nous allons parler du nouvel album. C’est le troisième… comment pourrait-on le présenter ?

Son titre en dit long. Il y avait d’abord cette expression d’« invisible violence », un concept qui me travaillait l’esprit.

« Invisible violence » est un titre qui a d’emblée une portée philosophique. Il charrie inévitablement un cortège d’idées, de théories, d’images, de pensées…

C’est exactement ça. C’est un amalgame de différentes idées sur l’esthétique et la résonance littéraire, d’Antonin Artaud à Nietzsche. En fait, deux chansons sont directement liées à Georges Bataille, dans la pensée et même le choix des mots. D’abord Vague, sur l’idée de transgression, de tout pousser jusqu’au paroxysme de façon à créer toujours de nouvelles lignes de transgression : le concept de vague, donc. La chanson est en anglais et le mot « vague » peut aussi se comprendre en tant qu’ambigüité. La Rue oblique s’inspire de l’érotisme de la « petite mort », toujours chez Bataille : l’extase érotique en tant que finalité de l’être. C’est Foucault avec son Histoire de la folie, Artaud : quelle est la notion du jugement de Dieu, où il nous mène, pourquoi l’être humain veut constamment pousser ses limites et ainsi se retrouver « dans » la folie et pouvoir créer en se libérant des carcans établis.

Les autres titres de l’album font constamment référence à la violence de l’insomnie, qui a été pour moi une révélation. Après mes premières lectures de Michel Cioran vers 22 ans, j’ai commencé à faire de l’angoisse ! Je lisais aussi beaucoup de Bukowski et j’étais pas mal dans ce délire-là, l’idée de l’excès, de vouloir pousser les paramètres établis par la norme, un peu le cliché du jeune adolescent… C’est dans ce genre d’angoisse et d’insomnies que tu découvres des gens comme Cioran et Artaud.

L’album est donc totalement conceptuel à travers des références littéraires – non pas de fiction, ce qui est plus courant, mais d’idées.

L’invisible violence peut être beaucoup de choses. Ça ne se limite pas à la simple agression physique ou psychologique. Plein de choses me sont arrivées en même temps : j’ai eu un enfant – la fatalité et la mort se remettent en perspective – et je suis retombé dans mes lectures philosophiques. Je me suis donc retrouvé à écrire des textes influencés par tous ces courants de pensée.

Le premier single du disque s’intitule Paloma, le prénom de ta petite fille… Il contient aussi des paroles en espagnol.

C’est justement la chanson qui a le moins à voir avec cette idée de violence… Mais bon, pour moi, la mort, l’invisible, l’amour, la violence, c’est aussi un cycle où tout va ensemble. Paloma est la première chanson qui s’est établie d’emblée pour l’album. Je ne pouvais plus brancher ma basse pour ne pas réveiller le bébé, je l’ai donc composée à la guitare semi-acoustique, pas fort ! Ma fille réagissait, je disais son nom, et je me suis retrouvé à construire un texte. L’espagnol, ça me paraissait important. Même si mon français est tout ce qu’il y a de plus québécois, j’ai grandi avec mes parents en espagnol et je voulais tout de suite intégrer le rapport au langage en ce qui concerne ma fille.

En parlant de composition, comment approchez-vous la création ? Est-ce un travail de groupe ?

En général, comme chanteur, c’est moi qui compose les textes et les rythmes, des idées de base que je propose aux autres qui réagissent et ajoutent des parties au fur et à mesure. Je construis des chansons tout ce qu’il y a de plus simples avec des vieux drum machines.

Des modèles favoris ? Pour les amateurs de synthétiseurs analogiques qui nous lisent…

Le drum machine est un vieux Ace Tone qui appartenait au père de ma blonde. Sinon, je viens de m’acheter un Wurlitzer, et il y a mon vieux SH-1000 que j’ai toujours bien aimé… Mais pour cet album, on a vraiment utilisé énormément de synthétiseurs. On s’est permis des petits côtés émotifs – pour ne pas dire cheesy -, on s’est éclatés avec les pads et les séquences à l’eau de rose. Le ARP Solina nous a particulièrement épatés, un son qui nous évoquait immédiatement David Bowie et Ziggy Stardust.

Est-ce que les nombreuses tournées effectuées depuis la sortie de Total Magique ont influencé votre façon de composer ?

C’est peut-être les disques qu’on écoutait qui l’ont fait… Du John Lennon, le Plastic Ono Band, Leonard Cohen, j’ai redécouvert le vieux Indochine et Duran Duran : on n’a pas écouté d’électro qui « rentre dedans ».

Pourtant, depuis le deuxième album, de spectacle en spectacle, on sentait vraiment monter l’intérêt des médias, jusqu’à une sorte de « hype ». Cela a-t-il apporté du nouveau pour la réalisation du troisième album ?

Je crois que c’est juste une question d’environnement. Il y a certains groupes qui deviennent importants avec leur temps, qui ont une influence sur d’autres formations, qui en influencent d’autres à leur tour, comme un réseau. Mais on a eu accès à des bourses, et c’est la première fois qu’on a vraiment eu un studio pour enregistrer, avec un horaire pour les répétitions. Et on a travaillé avec Radwan Ghazi Moumneh (réalisateur et producteur d’Invisible Violence), qui vient d’une autre scène et qui a une toute autre approche de la musique. Il a joué avec des groupes punk hardcore comme The Black Hands ou Curst, et son projet personnel, Jerusalem In My Heart, est un des plus intéressants à Montréal selon moi.

Nous sommes à deux semaines du lancement d’Invisible Violence, comment vous sentez-vous ?

Nerveux, la pression monte. Il y a beaucoup de chansons à la guitare et comme je suis bassiste à la base, j’ai de nouveaux défis. J’ai très hâte de voir ce que les gens vont en penser, c’est album assez différent des deux précédents !

Pour vous donner un aperçu de ce qui vous attend, nous vous joignons le premier extrait Paloma, en écoute seulement (les liens vers les chansons ont été retirés sur demande).

We Are Wolves
Lancement le 15 octobre (supplémentaire le 16 octobre) au National (1220 Ste-Catherine E.), 18$
www.wearewolves.net


We Are Wolves – Paloma [4:40m]

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