Archive for January, 2010
Le froid mois de janvier vous apportera ce dimanche une autre édition de nos soirées Cold War Nightlife ! Toujours en compagnie de Xavier Paradis, nous vous attendons au Salon Officiel dès 22h pour une nuit dédiée au son glacé et sophistiqué qui constitue notre signature.
En guise d’appât ce mois-ci, nous avons le plaisir de vous présenter une toute nouvelle compilation fraîchement concoctée par l’étiquette Minimal Wave en collaboration avec Stones Throw Records. Disponible dès le 26 janvier, The Minimal Wave Tapes nous propose une première anthologie des parutions antérieures de la maison fondée à New York par Veronica Vasicka. Spécialisée depuis 2005 dans la réédition et le remastering de musique cold wave obscure et confidentielle, Minimal Wave nous offre ici une de leurs premières parutions disponibles sur CD en plus de leur habituel format vinyle : nous y voyons une certaine tentative de popularisation d’un matériel généralement difficile d’accès. Les habitués du label et autres connaisseurs n’y trouveront ainsi pas de grandes surprises, plusieurs chansons ayant déjà figuré sur d’autres compilations comme Bippp : French synth wave 1979/1985 ou The Lost Tapes, une collection antérieure de Minimal Wave même, aujourd’hui épuisée.
Bien qu’un peu inégale, The Minimal Wave Tapes constitue une bonne initiation au genre avec quelques bons coups. Just Because du Français Martin Dupont est sûrement l’une des pistes qui se démarquent le plus : ses entrelacs de lignes mélodiques sombres et étranges alliées à un rythme hypnotique en ont déjà fait un des classiques de Cold War Nightlife. Sinon, en dehors de The Cabinet de Das Kabinette (déjà mentionnée dans un post précédent), les deux chansons qui retiennent particulièrement notre attention sont Reassurance Ritual des Hollandais Das Ding et Blurred des Britanniques Turquoise Days. La première, instrumentale, avec son son synthpop, peut aisément faire penser à la production actuelle de Tobias Bernstrup, alors que la deuxième possède un son joyeux rappelant le Depeche Mode de la période Speak & Spell.
Cold War Nightlife
Dimanche 24 janvier à partir de 22h au Salon Officiel (351 Roy E. à Montréal).
Aux platines : DJ Starchild, DJ Transmission + Xavier Paradis (Automelodi).
Vous cherchiez un remède à la grisaille hivernale ? Vous le trouverez avec la musique du groupe allemand Stahlnetz, une découverte récente. Sur leur unique album de 1982 intitulé Wir sind glücklich (“Nous sommes heureux”), le groupe allemand nous offre en effet une collection de chansons pop synthétiques plus joyeuses les unes que les autres. Au sein de la fameuse Neue Deutsche Welle dont se réclament tant d’artistes, Stahlnetz se distingue des courants plus radicaux d’héritage punk pour embrasser un style plus désinvolte et léger qu’ont aussi défendu des artistes comme Falco, Peter Schilling ou Nena.
Bien que très accrocheur et distribué par une étiquette importante, le disque n’a étonnamment pas eu un grand retentissement à l’époque, ce qui n’empêcherait pas le vinyle de figurer aujourd’hui parmi la liste des plus recherchés (selon Square Dancing). La musique de Stahlnetz ne révolutionne certes pas grand-chose mais elle possède une énergie et une bonne humeur communicatives. Que ce soit avec Der Seeman und Die Stewardess, une très jolie chanson menée par une ligne mélodique irrésistible, ou avec la bien nommée Romantisch, le duo nous parle d’amour et nous fait danser avec le sourire. Quant à Schwarzes Gold, si ses bruitages burlesques à la Telex qu’on retrouve après 2:48 ne vous amusent pas, nous déclinons toute responsabilité !
Restons dans notre chère ville tout en remontant un peu dans le temps avec un petit portrait de figure aussi importante qu’aujourd’hui confidentielle : j’ai l’honneur de nommer Lewis Furey, chanteur, compositeur, multi-instrumentiste, metteur en scène, acteur et pygmalion essentiel au Montréal bilingue joyeusement créatif des années 1970. Outcast intello raffiné au sein d’une époque militante, Furey peut se targuer de récolter trente ans plus tard la rançon de sa gloire. Ses enregistrements, quasi introuvables, excentriques au possible, n’ont pas pris une ride : singuliers et extravagants ils étaient, singuliers et extravagants ils demeurent.
Né en 1949, Furey est tout d’abord un petit prodige du violon, qui se produit avec l’Orchestre Symphonique de Montréal à l’âge de onze ans. Après des études classiques, il se tourne vers la musique pop en 1974. Suivront trois albums solo : Lewis Furey (1974), The Humours Of Lewis Furey (1976) et The Sky Is Falling (1978). Ces disques, qui tournent autant au Québec que de l’autre côté de l’Atlantique, lui valent bientôt une pléthore de fans français qui se réjouissent encore régulièrement sur le Net. Malheureusement pour eux et pour nous, ces albums seront les derniers, Furey se tournant rapidement vers la musique de films et la mise en scène. Cette nouvelle carrière cinématographique se révèlera cependant plutôt houleuse. Fantastica (1980) de Gilles Carle – comme acteur - et Night Magic (1985) – comme réalisateur – sont deux exemples d’œuvres ambitieuses mais manquées, malgré les luxueuses musiques cabaret-burlesque de Furey. Le metteur en scène sera plus inspiré au théâtre en signant l’une des plus éclatantes moutures du classique opéra rock Starmania en 1993-1994.
The Sky Is Falling est le seul album solo de Lewis Furey que nous possédons en version CD. Cette magnifique œuvre théâtrale possède indéniablement une certaine décadence propre à son époque. Immédiatement, l’auditeur sera frappé par l’opulence des arrangements : instrumentation symphonique, chœurs de haute voltige, voix affectée à la Bowie/Lou Reed, et paroles sexuellement chargées. Cette ostentation, héritée sans nulle doute de l’éducation classique du créateur, confère à de petites ritournelles pop une somptuosité surprenante. Conçus comme de petits opéras de poche, les trois titres que nous vous proposons sont de bons exemples du talent protéiforme de Lewis Furey : une preuve de plus que la véritable richesse bizarroïde, contrairement au conformisme hype, vieillit comme le bon vin.
Xeno & Oaklander – dont nous vous avons parlé il y a quelques jours – ne sont pas les seuls new-yorkais de la famille Wierd à faire parler d’eux cet automne. Le trio Led Er Est, qui s’était comme eux distingué en dispersant quelques pistes envoûtantes sur des compilations récentes, nous propose un premier album intitulé Dust On Common.
Les deux formations partagent évidemment une passion pour les drum machines analogues, les nappes de sons synthétiques et les voix ténébreuses abusant parfois un peu d’écho. Mais là où la musique de Xeno & Oaklander était – malgré ses zones d’ombre – plus pop et mélodique, celle de Led Er Est s’inscrit dans une tendance nettement plus gothique. Les références abondent à des groupes fondamentaux de la première époque comme Bauhaus ou P.I.L. (on pense à la chanson d’ouverture Bikini Fun), de même que The Cure, dont la période 17 Seconds / Faith a clairement influencé des titres comme Destination Sanity ou I Wait For You – le côté électronique en plus.
Musicalement sinon, en dehors de la surprenante Something For The Children et sa composition bruitiste, les enchaînements harmoniques et les mélodies de Led Er Est ne s’éloignent pas trop des canons du genre, se cantonnant dans l’utilisation de divers modes entendus à tendance phrygienne. Cela n’empêche pas le groupe de nous offrir des hits qui compensent en efficacité ce qu’ils manquent peut-être en originalité : l’ensemble du disque est d’une grande qualité, Port Isabel et The Unkept Area en particulier étant aussi hautement énergiques l’une que l’autre et toutes deux fort appropriées pour les pistes de danse près de chez vous. Nous vous offrons les deux titres en écoute et vous invitons à visiter le site de Wierd Records pour plus d’informations.


