Archive for February, 2010
On ne présente plus Todd Haynes, l’un des réalisateurs chouchous du cinéma indépendant américain qui, en cinq films, s’est bâti une œuvre profondément originale et exigeante aux multiples influences. Son talent protéiforme ne s’épanouit cependant jamais autant que lorsqu’il parle de rock’n'roll. Impossible d’oublier le génie narratif proposé par I’m Not There (2007), où les multiples incarnations de Bob Dylan se retrouvaient figurées par six acteurs différents et autant de mondes fantasmagoriques. Cependant, notre œuvre favorite demeure incontestablement l’étincelant Velvet Goldmine, sous-estimé a sa sortie en 1998, film-culte depuis.
Tirant son titre d’un b-side de David Bowie période Ziggy Stardust, le film s’attache à décrire de manière éclatée le “rise and fall” de deux stars du glam rock, Brian Slade (interprété par Jonathan Rhys-Meyers) et Curt Wild (Ewan McGregor). Officiellement fictives, ces figures n’en empruntent pas moins la majorité de leurs traits à Bowie et Iggy Pop. À la fois vertige narratif et délire visuel, Velvet Goldmine fait le portrait d’une folle époque de la vie rêvée du rock : pari totalement réussi pour le volet cinéma, mais aussi pour l’aspect musique, sur lequel nous nous penchons aujourd’hui.
La bande originale du film est en effet un superbe patchwork fidèle à l’esprit non conventionnel de Haynes. Il ne s’agit pas ici de simplement présenter un “best of” de l’ère glam, même si certains incontournables répondent présent : Brian Eno (Needle In The Camel’s Eye), Roxy Music (Virginia Plain), T. Rex (Diamond Meadows) ou Lou Reed (Satellite Of Love). Le grand absent ? Bowie bien sûr, qui aurait (selon la légende) refusé de prêter ses pièces afin de pouvoir les consacrer ultérieurement à un projet plus personnel. Outre ces classiques, le disque propose également reprises et compositions originales, ce qui est d’autant plus précieux. Placebo nous offre ainsi sa version de 20th Century Boy de T. Rex et Teenage Fanclub, une autre mouture de Personality Crisis des New York Dolls. Shudder To Think, Grant Lee Buffalo et Pulp s’amusent quant à eux à écrire d’irrésistibles pastiches dans le plus pur esprit glam (Hot One, Ballad Of Maxwell Demon, The Whole Shebang et We Are The Boys).
De plus, deux “super-groupes” inédits ont été formés le temps de l’album. Sous le nom de The Venus In Furs (clin d’œil appuyé au Velvet Underground) se cachent ainsi Thom Yorke et Jon Greenwood (Radiohead), Paul Kimble et Andy McKay (Roxy Music) ainsi que Bernard Butler (Suede) : excusez du peu ! Dans le rôle du groupe fictif de Brian Slade, ces joyeux compères reprennent 2HB, Ladytron et Bitter-Sweet de Roxy, et offrent le micro à un Jonathan Rhys-Meyers en voix pour refaire du Brian Eno (Baby’s On Fire) ou offrir une splendide relecture des plus obscurs Steve Harley & Cockney Rebel - le numéro de Tumbling Down constitue d’ailleurs l’une des plus belles séquences du film. Enfin, le fameux Ron Asheton des Stooges se retrouve à la barre de Wylde Ratttz, “faux” groupe du “faux” chanteur Curt Wild. En bon clone d’Iggy, Ewan McGregor s’attaque au classique T.V. Eye avec force hurlements et guitares tonitruantes comme il se doit.
Tous ces titres, enregistrés spécialement pour la bande originale de Velvet Goldmine, constituent autant de pépites quasi introuvables qui feront la joie des véritables fans de glam. Inspirez-vous de la pochette du disque et faites-les jouer “at maximum volume” !
Penchons-nous aujourd’hui sur une petite curiosité montréalaise qui, malheureusement, n’a jamais réellement dépassé les cercles de l‘underground farfelu. Au tournant des années 2000, la musicienne Krista Muir crée son alter ego coloré Lederhosen Lucil, fausse tyrolienne avec tout le décorum approprié : bretelles, tresses défiant la loi de la gravité et accent germanique de circonstance. Suivront une poignée de singles et deux albums complets, Hosemusik (2002) et Tales From The Pantry (2003). Depuis, (presque) rien, même si selon le site web officiel de la chanteuse, celle-ci serait toujours en activité – sous son ancien pseudonyme ou son vrai nom.
Bien entendu, à l’époque, la scène musicale montréalaise était peut-être encore quelque peu confinée. Avec le recul, on ne peut s’empêcher de penser que si le son absurdement réjouissant de Lederhosen Lucil s’était pointé cinq ans plus tard, le retentissement aurait été bien plus grand. Car aussi simplissime et fauché qu’il peut l’être, un album comme Hosemusik respire la fraîcheur et l’inventivité. Muir propose treize chansonnettes aux influences aussi variées que le ska sympathique (Automatic Weapons Of The World), le groove urbain mâtiné de couplets r’n'b (All Good Scabs), ou l’électro-dance “dedicated to the Pet Shop Boys” (Molasses Trip). Ces comptines acidulées marquées par des claviers enfantins bénéficient de plus d’arrangements d’une simplicité désarmante mais toujours pleins d’humour, ainsi que d’une panoplie de sons marrants à la limite de la justesse dans le plus pur esprit “DIY”.
La musique de Lederhosen Lucil est également une preuve de plus qu’être indie ne signifie pas obligatoirement afficher une attitude “prise de tête”. Le son est ici joyeusement pop, extrêmement accrocheur, et dépasse rarement les 2 min 30 : une énergie de punkette gentille qui s’exprime bien dans les trois chansons que nous vous présentons aujourd’hui. En ce qui nous concerne, c’est le charmant côté “chipie” de la chanteuse qui nous plaît le plus et trouve sûrement son accomplissement dans la très riot grrrl You Suck, conclusion bien rigolote de Hosemusik.
Comme vous le savez déjà (et vous ne pouvez y échapper), c’est aujourd’hui la Saint-Valentin ! La fête des amoureux nous revient une fois de plus avec son lot de guimauve musicale sucrée, mais – ô joie – BlackoutMusique.com est là pour vous faire chanter l’amour de manière rigolote et décalée. Notre post de l’an dernier survolait les décennies avec cinq jolies chansons; nous prenons cette fois-ci le thème à contre-pied avec quatre titres burlesques dignes des planchers de danse de Cold War Nightlife.
Débutons avec notre duo germanique préféré D.A.F., qui nous offrent avec Liebe auf den ersten Blick (“L’Amour au premier regard”) un de ces morceaux dont ils ont le secret : rythme ultra-répétitif mais hautement contagieux, paroles simplissimes (“Küss mich, Küss mich, Küss küss mich…“) et avant tout une bonne dose d’érotisme queer.
Ensuite, l’un de nos plus grands classiques : toujours sur Kimono My House (1974), les inénarrables Sparks se fendent d’un hymne à l’auto-appréciation grandiloquente. Falling In Love With Myself Again, ce sont trois minutes de splendeur débordant d’enthousiasme. Aussi glam que d’habitude et encore plus intensément théâtraux si possible, les frères Mael s’en donnent à cœur joie dans les ruptures de rythme expressives à grands renforts d’orgue et de cymbales.
Pour terminer, deux artistes français des années 1980 qui transcendent le quétaine en kitsch. Avec des textes confondants de mièvrerie légère, le crooner pop-punk belge ( ! ) Plastic Bertrand et le duo français Comix apprennent à nos oreilles ébahies que “On vit pas Sans amour” et que “L’Amour gratuit, non ça n’a pas de prix”. Comment aussi rester de glace face à la musique dont le ton burlesque ne cède en rien à celui du texte : le solo de synthétiseur central de Sans amour vaut à lui seul son pesant d’or ! Parce que l’amour, c’est aussi avec le sourire…
Petit délai depuis notre dernier post… ceux qui nous connaissent savent déjà que l’arrivée imminente d’un nouveau petit fan de musique nous occupe quotidiennement !
Poursuivant la série de coups de cœur récents, nous vous présentons aujourd’hui le trio allemand Gorilla Aktiv : alors que Stahlnetz – dont nous vous parlions il y a quelques semaines – représentent bien le côté plus pop de la Neue Deutsche Welle, Gorilla Aktiv en illustrent parfaitement le côté plus sombre et décalé.
Leur musique, originalement parue sur trois cassettes entre 1982 et 1983, a fait dans la dernière décennie l’objet de deux rééditions : Nur Für Erwachsene a tout d’abord réuni sur un 7″ en 2003 les quatre titres de leur premier démo, le reste de leur production étant regroupée sur le LP Umsonst Ohne Risiko – “Sans risque gratuit” en 2005. Nous pouvons en remercier WSDP, une étiquette indépendante allemande dédiée, telle Minimal Wave, aux rééditions de musique minimale oubliée du début des années 1980 : son patron Frank Herges est le grand responsable du retour de Gorilla Aktiv sur les tablettes. Le tirage extrêmement limité de ces nouveaux vinyles (300 copies chacun) les rend toutefois presque aussi rares et inaccessibles que les enregistrements originaux et la présence de blogueurs comme Brotbeutel devient inestimable dans la diffusion de l’information – que ce soit pour la musique même ou l’impressionnant travail biographique.
Musicalement, Gorilla Aktiv est avant tout un voyage teinté d’attitude punk au pays des petits sons déjantés. Qu’ils soient produits par le MS-20 de service et de nature mélodique (Das Gesicht – “Le Visage”) ou le fruit de divers morceaux de ferraille échantillonnée (Die Makse – “Le Masque”), ces bruits saturent la production d’une bonne touche de folie. De D.A.F. à Palais Schaumburg, la bande menée par Tommi Eckart renvoie ainsi inévitablement à plusieurs de leurs contemporains – leur côté iconoclaste garantissant une originalité indéniable assortie d’une redoutable efficacité. Des pièces survoltées comme Spiegelbild (“Image miroir”) témoignent ainsi d’une rare énergie dansante quasi-hystérique à laquelle plusieurs groupes d’aujourd’hui dits disco-punk tentent tant bien que mal de parvenir… Les pistes de Gorilla Aktiv sont toutes plus sympathiques les unes que les autres – le choix, déchirant : voici les trois dont nous vous avons parlé ici, bonne chasse web pour les autres !



