Archive for March, 2010
Pour les véritables fans d’un groupe, chaque rareté, curiosité ou exclusivité représente toujours une aubaine… et Dieu seul sait combien de fans hardcore compte Depeche Mode. Depuis ses débuts, la légende new wave ne ménage pas ses admirateurs en multipliant collections d’inédits, rééditions spéciales, enregistrements live perdus ou retrouvés : des petits bijoux qui ne ménagent ni la patience du chercheur passionné, ni son portefeuille ! Si parfois ces “primeurs” n’apportent rien de bien essentiel à une œuvre déjà archi-connue, on peut toutefois y dénicher quelques pépites. Ainsi les b-sides de ce que l’on pourrait nommer la “première période” du groupe, celle d’avant la déferlante commerciale de Music For The Masses (1987).
Au début des années 1990, Depeche Mode et Mute Records ont eu l’excellente idée de rééditer tous les singles du groupe depuis Speak & Spell (1981) jusqu’à Black Celebration (1986) en trois magnifiques coffrets au design ultra minimal. Chaque chanson est présentée de façon autonome comme à la grande époque du 45 tours, avec pochette d’origine et bien entendu (et c’est le plus intéressant) b-sides et autres remixes : des titres inédits et généralement très peu connus qui oscillent entre l’anecdotique et le franchement enthousiasmant. Nous avons choisi de vous en présenter trois aujourd’hui. Le premier, Ice Machine, est l’unique b-side de Dreaming Of Me, single initial du groupe. Cette mélopée littéralement glacée, avec ses rythmes crépusculaires et ses entêtants arpèges de notes hypnotiques, est un exemple de cold/minimal wave pur jus – et l’une de nos préférées sur les planchers de danse. Beaucoup plus pop, (Set Me Free) Remotivate Me et Flexible, sont tout aussi accrocheuses et dansantes – et bien plus kitsch – que leur a-sides respectives (Master And Servant et Shake The Disease).
Les trois Box Set originaux des singles de Depeche Mode sont aujourd’hui épuisés, mais ont toutefois été réédités et agrémentés de trois autres volumes couvrant les extraits des albums suivants jusqu’à Exciter (2001). Puissent-ils vous permettre de revisiter quelque peu une œuvre énorme qui, malheureusement, se limite bien trop souvent à une poignée de classiques entendus parfois jusqu’à la nausée…
Fouillons aujourd’hui dans nos vieilleries pour exhumer l’un de nos classiques, sinon NOTRE classique, qui nous accompagne sans relâche depuis plus de dix ans : j’ai nommé Time d’Electric Light Orchestra. Paru en 1981, le dixième album du super-groupe britannique mené par l’homme-orchestre Jeff Lynne est une très ambitieuse œuvre de science-fiction, un fantasme synthétique autour de l’année 2095. Après des débuts marqués au sceau du rock progressif puis un triomphe disco à la fin des seventies, Lynne succombait désormais aux rutilants attraits des claviers : Time l’album-concept fut un succès commercial – malheureusement le dernier pour le groupe, qui périclita dans les années 1980.
Avec sa pochette bien datée et ses abus volontaires de synthétiseurs sucrés, Time a objectivement un peu vieilli… Mais heureusement, sous les couleurs de l’enrobage demeurent les indéniables qualités mélodiques des compositions de Lynne. Saturé d’effets sonores, de bruits de machines et de voix robotiques, l’album est une odyssée à la gloire de l’amour dans les temps futurs. Encadrées comme il se doit par un Prologue et un Epilogue, onze chansons nous proposent toutes les humeurs : élans romantiques façon crooner (The Way Life’s Meant To Be, Rain Is Falling), plages atmosphériques (Another Heart Breaks), mais surtout pop songs futuristes bien entraînantes se retrouvent au menu.
Années 1980 ou pas, Electric Light Orchestra (ou ELO pour les intimes) a hérité de sa grande époque progressive un goût certain pour la luxuriance. Time fait ainsi le plein d’arrangements musicaux extrêmement chargés, souvent (il faut bien le dire !) d’un kitsch consommé, mais toujours hautement inventifs. Des envolées glam de Yours Truly, 2095 à l’obsédant riff de synthé de Here Is The News, nos trois sélections ci-dessous font amplement le plein de sonorités “spatiales”. Notez également une curiosité piquante, le refrain de Hold On Tight (le hit de l’époque), qui se décline… en français ! “Accroche-toi à ton rêve” nous suggère Jeff Lynne, et succombez au charme de Time !
Votre rendez-vous mensuel avec l’univers cold wave, Cold War Nightlife, se tient ce soir au Salon Officiel dès 22h. Les auteurs de BlackoutMusique.com, nouvellement heureux parents, ne seront pas cette fois avec vous aux platines : DJ Axiene, notre invité spécial du mois de mars, se joindra à Xavier Paradis pour vous faire découvrir d’obscures curiosités mécaniques et, qui sait, vous faire danser un peu ! Plutôt que de vous offrir quelques titres variés en prétexte à la soirée, nous vous présentons ce mois-ci un groupe qui fait les belles nuits de Cold War Nightlife depuis ses débuts, mais qui n’a point encore eu les honneurs d’un post ici.
Groupe américain fondé en 1982, Experimental Products est le fruit de la collaboration DIY et quelque peu chaotique de Marc Wilde et Michael Gross, deux musiciens piqués – comme tant d’autres à cette époque – par la passion des synthétiseurs analogiques et autres drum machines. Malgré une carrière qui a couvert la majeure partie de la décennie 1980, le duo n’a hélas publié en tout qu’un unique album, Prototype (1982), suivi de quelques 12″ et maxis éparpillés ici et là. Leur musique, froide, répétitive et robotique, représente une des incarnations les plus pures du genre minimal synth. Les voix atones teintées d’échos sont dans le ton des paroles au caractère souvent très neutre, à la limite de l’absurde et non dénuées d’une pointe d’humour.
Feeling Left Out, un de leur meilleurs titres tirés de l’album de 1982, nous conte ainsi l’épopée des gauchers s’unissant pour réclamer leurs droits, en des termes empruntés à une coupure de journal – vous pouvez d’ailleurs voir une reproduction de l’article, ainsi qu’une entrevue intéressante, sur le site Minimal Wave. Toujours sur le même disque, Sweet Rejection illustre le côté un peu plus mélodique du groupe, alors que des chansons comme The Addict démontrent une facette plus sombre et gothique. Pour les passionnés du vinyle, l’étiquette Vinyl On Demand ont fait en 2008 une réédition remasterisée de l’œuvre intégrale d’Experimental Products. Le tirage original est épuisé, mais vous pouvez en trouver quelques copies (assez chères cependant) sur Anna Logue Records; à défaut, l’album original vous attend en téléchargement chez nos amis Systems Of Romance. Bonne écoute.
Cold War Nightlife
Dimanche 21 mars à partir de 22h au Salon Officiel (351 Roy E. à Montréal).
Aux platines : Xavier Paradis (Automelodi) + DJ Axiene.
Enfant Terrible, l’étiquette hollandaise derrière les excellentes parutions récentes de Agent Side Grinder et Tobias Bernstrup, se revendique de nous faire découvrir le nec plus ultra en matière de musique électronique pop expérimentale. La boite nous a ainsi concocté dans les dernières années deux compilations rassemblant des artistes actuels des quatre coins du monde, tous indépendants et sans contrat d’enregistrement à l’époque. Suite au succès de la première collection (Electronic Renaissance, 2006 – aujourd’hui épuisée), Enfant Terrible a récidivé en 2008 avec Festival der Genialen Dissidenten; c’est cette dernière que nous vous critiquons aujourd’hui.
Les onze titres répartis sur deux disques vinyle (un 33 tours et un 7″) oscillent de manière éclectique entre deux pôles stylistiques assez disparates : d’un côté des chansons sombres et gothiques flirtant avec la dark wave, de l’autre de la pop synthétique enjouée et rigolote. Des deux orientations, la seconde – bien que minoritaire – est généralement représentée ici avec plus de bonheur. Du côté dark, There’s A Sound That Always Goes Out de Agent Side Grinder en ouverture n’est certainement pas la piste la plus intéressante que le groupe ait produite malgré l’intérêt expérimental que peut susciter son synthétiseur torturé; nous restons pareillement quelque peu sceptiques face aux vociférations vocales du hollandais Vincent K. Les hongrois Nosztalgia Direktíva et les belges Le Triangle Androgyne et Code(S) viennent heureusement sauver la mise avec quelques pistes robotiques et envoûtantes, particulièrement l’excellente Waiting For The Signal et sa ligne de basse d’une lenteur obsédante.
Du côté des chansons plus légères, on nous propose Catch A Dream du groupe franco-belge Yseult Descieux (mignonne quoiqu’un peu insignifiante), de même que les deux titres qui nous ont particulièrement conquis sur cette compilation, Disco Nouveau de Jongbloed & Sofia E.R. et Coeurvert de… Coeurvert. La première a un faux air de You Spin Me Round et devrait plaire aux amateurs de nouvelle vague française à la Moderne ou Mathématiques Modernes, avec ses rythmes dansants et ses voix atones. La seconde est un morceau d’absurdité synthétique belge dans la plus pure tradition de Starter ou Comix : “encore, encore/un corps à corps/encore, encore/encore d’accord…” Un peu de minimal synth attendu mais efficace complète enfin la sélection, gracieuseté des français Dolina ou des allemands Adolf Filter (sic).
Malgré quelques inégalités inhérentes à ce type de projets, Festival der Genialen Dissidenten s’en tire en fin de compte fort honorablement et nous offre la chance de découvrir plusieurs groupes autrement inaccessibles, ce que nous ne pouvons que saluer. Amateurs de musique électronique DIY bizarre et – dans ce cas particulier – particulièrement gothique, vous serez comblés. Nous vous offrons trois pistes pour vous mettre en appétit, et vous invitons évidemment à vous diriger vers le site d’Enfant Terrible (www.enfant-terrible.nl/enfant11.htm) pour vous procurer le coffret complet pendant qu’il en reste encore quelques uns en stock (leurs éditions étant notoirement très limitées).


