Archive for June, 2010
Nous vous présentons aujourd’hui, chers lecteurs, une nouvelle curiosité mais aussi un véritable coup de cœur : derrière l’expression Null And Void, que l’on peut traduire par “caduc”, voire “nul et non advenu” (!), se cache une obscure formation californienne du tout début des années 1980. Et le terme d’”obscur” prend tout son sens lorsqu’internet, pourtant généralement si prolixe, se retrouve quasi muet face à un groupe que nous avons découvert grâce aux indispensables compilations Flexipop. Selon Discogs, au tableau d’honneur de Null And Void s’inscriraient trois albums produits entre 1980 et 1983 : Happiness And Contempt, Montage Morte et finalement un éponyme. Nous n’avons réussi à mettre la main que sur les deux premiers. Mais déjà, quelle matière ! D’une qualité bien supérieure à la majorité de la new wave lambda que nous glanons au fur et à mesure de nos recherches, la musique de Null And Void se situe aux confins du post-punk, du glam et du synth-rock expérimental… le tout avec autant de talent que de grains de folie.
Autant l’affirmer d’emblée : Happiness And Contempt et Montage Morte, ce sont de joyeux bordels musicaux. Véritable patchwork d’influences diverses, le son de Null And Void fait immédiatement naître à notre esprit une pléthore de noms… et pas des moindres. Pour la touche expérimentale, le groupe n’hésite pas à proposer de nombreux morceaux instrumentaux (ou quasi). Ainsi, à l’écoute de pistes comme Japanese Forest MM et ses lignes de synthé languissantes, impossible de ne pas évoquer Visage ou le Bowie de Low-Heroes-Lodger. Appréciez ainsi les ambiances glaciales et le texte gothico-abscons d’Un sédatif ce soir. L’attitude punk un brin précieuse, mâtinée d’instrumentation électro, renvoie quant à elle à Magazine ou à un tout jeune Gary Numan, alors sous la houlette de son groupe Tubeway Army. Nos choix All The Old Humans et Revlon/Good Buy en sont des exemples parlants. À noter également dans le premier titre, les chœurs légèrement faux – déjà abondamment pratiqués par Brian Eno sur Here Come The Warm Jets (1974). Mais il ne faut pas non plus oublier le glam bien théâtral, façon opéra rock à la Rocky Horror Picture Show (A Party Filled with Thieves) ainsi que l’orgue déchaîné “horreur de série B” type Damned ou Cramps, que l’on retrouve dans des titres comme Dogs Of Christ.
Bref, un menu trrrrès chargé, mais bien digeste. Cette étrange musique a si peu vieilli que les titres plus pop, tels The Motorcycle Song, semblent parfois même avoir été composés au tournant des années 2000. Ainsi, si le groupe n’était pas si profondément underground, plusieurs acteurs du fameux “retour” du dance-rock eigthies pourraient allégrement être accusés de plagiat. L’original étant toujours supérieur à la copie, faites comme nous, achetez vintage et découvrez vite Null And Void !
Dans le cadre de la dixième édition du festival Suoni per il Popolo, la Casa del Popolo accueille cette semaine le groupe new-yorkais Xeno & Oaklander. Nous vous avions déjà glissé un mot sur le couple formé par Sean McBride et Liz Wendelbo ainsi que sur leur implication au sein de la scène minimal wave actuelle de la Grosse Pomme. Le duo vient maintenant défendre sur scène son premier effort, Sentinelle (2009). Contrairement à de nombreuses autres formations électroniques qui se la jouent invisibles cachés derrière leurs précieux écrans de laptops, attendez-vous ici à une performance au vrai sens du terme : les quelques vidéos disponibles sur internet nous montrent plutôt les musiciens fort affairés à triturer leurs petits appareils vintage de collection !
La musique de Xeno & Oaklander ayant déjà fait l’objet d’un post précédent, profitons de l’occasion pour revisiter le vieux catalogue de l’incarnation solo de McBride, Martial Canterel. Ce projet à géométrie variable affiche une feuille de route particulièrement touffue, composée de multiples démos, enregistrements DIY et autres obscures cassettes. Parmi le matériel disponible, l’album Austerton (2007) retient aujourd’hui particulièrement notre attention par la qualité de ses compositions et de sa réalisation, moins brouillonne peut-être qu’ailleurs. Bien plus minimaliste et froid que celui de Xeno & Oaklander, le son de Austerton est très épuré, même selon les standards du genre. Les mélodies se font discrètes et se déclinent en teintes sombres et modes mélancoliques; les influences gothiques et cold wave sont bien assimilées et les synthétiseurs scintillants ne durent qu’un temps (Corners). Voici trois pistes à découvrir.
Le concert de vendredi sera également l’occasion pour vous de renouer avec l’esprit Cold War Nightlife puisque le projet de Xavier Paradis, Automelodi, sera également de la partie. Quant aux auteurs de ce blogue, ils assureront l’ambiance musicale dans la salle adjacente en compagnie de DJ Tsitso et DJ Mother. Un évènement à ne pas manquer en ce début d’été !
Xeno & Oaklander avec Automelodi et The Pink Noise
11 juin à la Casa del Popolo (4873 Blvd Saint-Laurent), 21h, 12$
www.xenoandoaklander.com
www.automelodi.com
Lorsque l’on songe à la litanie de “satellites” ayant fait partie de l’empire élargi de l’URSS, la Yougoslavie est souvent oubliée. Et pour cause… ce pays socialiste, fondé au sortir de la Seconde Guerre mondiale, connut un destin bien à part de ses confrères polonais, tchèques ou hongrois. En Yougoslavie, l’homme fort du pouvoir se nommait Tito : un autocrate qui, après avoir “libéré” seul son pays (c’est-à-dire sans l’aide de l’armée rouge), allait régner seul près de quarante ans. Après avoir initialement aligné son gouvernement sur le modèle moscovite, Tito allait bien vite rompre définitivement avec Staline pour mieux créer un type d’état inédit, la seule dictature communiste “indépendante” de toute l’Europe ! Véritable patchwork de cultures différentes, la Yougoslavie de l’époque se résume bien par cette phrase éloquente de son chef : “La Yougoslavie a six républiques, cinq nations, quatre langues, trois religions, deux alphabets et un seul Parti”. Et comme cela se passe souvent dans les Balkans, ce patchwork s’est révélé une véritable poudrière. À la mort de Tito en 1980, il n’y avait plus personne pour unifier tous les peuples qui donnèrent libre cours à leur nationalisme. La montée en force et influence de la République de Serbie a d’ailleurs donné lieu en 1994 à la terrible guerre que l’on sait…
Cette longue intro historique pour bien vous planter le décor de notre sujet du jour : dans la série “new wave autour du monde”, voici maintenant la musique obscure de Dobri Isak. Le groupe, d’allégeance serbe, est fondé en 1983 et ne compte qu’un unique album à son actif, Mi plačemo iza tamnih naočara (1986). Ce titre mystérieux à nos oreilles, pouvant se traduire librement par “Nous pleurons derrière nos lunettes noires”, vous donnera rapidement une bonne idée du son proposé par le groupe. Sans grande surprise, nous avons affaire à un post-punk aux influences gothiques très marquées. Exit la fureur de vivre, bonjour les rythmes lancinants, les percussions tribales et les voix sépulcrales. Les membres de Dobri Isak ont visiblement écouté beaucoup de Joy Division et de The Cure première période. En cela, ils étaient bien de leur époque, mais compte tenu de leur background particulier, ils avaient aussi bien du toupet et de l’originalité. Édité à seulement 100 copies à l’époque, leur disque avait fait grand bruit. Et au-delà de la curiosité, il vaut vraiment la peine d’être redécouvert aujourd’hui. En voici trois extraits : face à la chanson-titre assez pop, les deux autres, avec leur son brut et “sale”, nous évoquent un Siglo XX venu de l’est.


