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Archive for March, 2011

Cold War Nightlife : 26 mars

March 25th, 2011

Georges Dimitrov / Zoé Starchild

La soirée Cold War Nightlife est de retour demain soir pour l’édition du mois de mars, où nous accueillons un invité spécial en la personne de Dr. Galaktik, l’animateur de la radio web XWave Radio. Après un détour par le glam le mois dernier, attaquons maintenant la fin de semaine avec trois titres post-punk, glanés ça et là dans notre collection de curiosités. Une fois de plus du côté de la Belgique, débutons avec Program, unique piste de Rel Rex. Sous ce nom ce cache un petit détour solo pour le bassiste de Polyphonic Size, un groupe caméléon en activité de 1979 à 1991 duquel faisaient notamment partie des membres de Digital Dance ou de Front 242. La chanson a été originalement enregistrée pour B9, une compilation de musique underground belge publiée en 1981 et ayant fait l’objet d’une réédition enrichie en 2007 par l’étiquette Les Temps Modernes. Le disque est alors passé de 10 à 18 pistes et a adopté le nouveau titre de B9 Bis (Belgian Cold Wave 1979 – 1983). Dans notre univers si souvent synthétique, un titre tel que Program fait preuve d’un éclectisme rock’n'roll rafraîchissant : les guitares abrasives se conjuguent au drum machine pour créer une ambiance brute et lancinante, voix hargneuse à la Johnny Rotten à l’appui.

Moins “punk” et plus “post“, Perspective Nevski nous fait irrésistiblement songer au The Cure des premiers albums. Encore un groupe qui n’a que deux titres à son actif, publiés – l’histoire se répète – sur une obscure compilation en 1983 (Éphèmere Compilation) avant d’être réédités récemment. Moment of Hate côtoie en effet sur Des Jeunes Gens Mödernes le canon incontesté de la new wave française du tournant des années 1980. La compilation, parue en 2008, accompagnait d’ailleurs une exposition du même nom consacrée à la contre-culture de l’époque. Pour clore le tout, une chanson d’un des classiques du genre, Magazine Cut-Out Shapes, tirée de leur deuxième album, Secondhand Daylight (1979). Toujours au confluent du rock et de l’expérimentation d’avant-garde, la piste se déploie de manière quasi symphonique au fil de ses nombreuses ruptures de rythme. Pour le plaisir des danseurs avertis !

Cold War Night­life
Samedi 26 mars à par­tir de 22h00 – entrée gratuite
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : Zoé Star­child + Georges Dimitrov + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + Dr. Galaktik

Entretien avec un Enfant Terrible

March 22nd, 2011

Georges Dimitrov / Zoé Starchild

Autour de la sortie ce mois-ci du premier album de Milligram Retreat, Falun Gong (critique à venir prochainement), nous nous sommes entretenus avec le fondateur et tête dirigeante de l’étiquette Enfant Terrible, Martijn Van Gessel. Brève incursion dans l’univers de la musique d’avant-garde made in Holland.

Nous ne recevons que très peu de musique hollandaise, ici au Canada. Comment se porte votre scène locale ? L’opposition entre productions commerciales et indépendantes est-elle très marquée ?

Je suis actif dans le milieu de la musique depuis plusieurs années maintenant et j’ai collaboré à de nombreux projets, incluant mes propres productions. Évidemment, les univers musicaux que l’on pourrait qualifier de « commerciaux » et d’« indépendants » existent ici, mais je préfère ne pas utiliser ces termes… tout simplement parce ce que je ne m’intéresse généralement pas à ce que l’on nomme « l’industrie musicale » – que celle-ci soit considérée comme commerciale ou indépendante, d’ailleurs.

Selon moi, il y a très peu de personnalités ou d’événements réellement intéressants ici, et les publications musicales n’offrent que très peu d’espace à la musique qui m’interpelle.

D’un autre côté, certaines personnes, tout en travaillant de jour dans un emploi « normal », font partie d’un groupe, mettent sur pied une petite étiquette de disques, ou organisent de temps en temps un concert… comme moi. C’est un monde parallèle, particulier, dont la musique est totalement absente des médias traditionnels et grand public. L’industrie commerciale ignore-t-elle cette musique, ne veut-elle pas en entendre parler, ou bien est-elle incapable de l’écouter et d’en découvrir tous les talents ?

À mon avis, il y a un nombre très restreint de gens qui, avec un goût sûr et de l’audace, préfèrent travailler à faire connaître la musique plutôt que d’effectuer leur propre publicité personnelle.

Enfant Terrible se spécialise dans la découverte de nouveaux talents via la publication de compilations. Comment procédez-vous aux choix de vos artistes ?

Vous demandez au chef le secret de ses recettes ! Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je suis à la recherché de nouveaux sons. Parallèlement, j’écris sur la musique depuis plusieurs années. Je suis évidemment tombé sur des groupes qui selon moi avaient un grand potentiel. C’est ainsi que j’ai commencé, et c’est toujours le principal moteur de mon travail avec Enfant Terrible : je découvre de la musique que j’aime, et j’ai ensuite envie de donner un tremplin à ces artistes.

L’année dernière, j’ai également commencé à élargir les horizons de mes activités en abordant d’autres domaines : les arts visuels, une émission de radio (Radio Resistencia) en collaboration avec Andreas (Lesbian Mouseclicks) et Peter (Sololust), avec qui j’ai aussi fondé un magazine (Traces – aussi avec Johan de Seja).

J’ai ainsi encore davantage de moyens de promouvoir la musique que je découvre. Enfant Terrible n’est plus « seulement » une étiquette de disques, mais une véritable plateforme et une source d’information musicale.

Votre étiquette se spécialise non seulement dans la musique underground, mais elle publie également exclusivement sur vinyle. Pourquoi le choix de ce support, et est-ce viable économiquement ?

Pour moi, un CD ne représente rien. Si la musique digitale – le téléchargement de MP3 -  est un « non-produit » absolu, le CD n’en est pas loin…Je n’ai jamais envisagé de produire de la musique sur CD. Je collectionne les vinyles depuis très longtemps.

J’ai n’ai réalisé qu’un seul CD, sûrement pour me convaincre que le produit pouvait se révéler satisfaisant si on en prenait vraiment soin. Et même si j’ai beaucoup d’affection pour la compilation en question (Radio Resistencia), je trouve le résultat mitigé…. Le format n’était définitivement pas le bon, un double vinyle aurait été meilleur. Mais on apprend toujours de ses erreurs, et on essaie de s’améliorer.

Je ne produis pas seulement des albums sur vinyle, mais des vinyles en éditions limitées, et même très limitées ! Certains labels font des réimpressions d’éditions soi-disant limitées lorsqu’un de leurs titres est épuisé, ce que nous ne faisons jamais : quand un album d’Enfant Terrible devient épuisé, c’est pour toujours.

Notre « réseau » de distribution à travers les magasins de disques indépendants rend également nos albums difficiles à trouver pour le commun des mortels. Ces « difficultés » sont voulues : je souhaite que les gens s’impliquent davantage dans l’achat de leur musique. Ces disques ne sont pas trouvables partout, ils s’adressent à un public spécifique. Vous devez être au courant, être un illuminati. Mais évidemment, j’essaie de promouvoir au maximum mes artistes. Tout le monde peut s’impliquer, il ne s’agit pas d’une secte fermée !

Si je n’ai aucunement l’intention de m’adresser à un public de consommation courante, je m’intéresse énormément à MON public, les gens qui me suivent, de véritables enthousiastes. Je suis également heureux d’avoir le support de ce réseau de boutiques indépendantes qui m’aident à pouvoir procurer ma musique aux bonnes personnes.

Quant à être économiquement viable…évidemment non, mais ce n’est pas non plus le but d’Enfant Terrible. Je souhaite créer de la valeur culturelle et non des valeurs marchandes. C’est pourquoi j’ai mon emploi de jour, tout en conservant Enfant Terrible comme « passe-temps » à temps plein…

Il est indéniable que les musiques électroniques minimales et DIY du début des années 1980 sont présentement à la mode. En plus des nombreuses rééditions des artistes de l’époque, certains groupes actuels s’inspirent de ce style au point d’adopter un son quasi identique… qu’avez-vous à dire sur cette tendance ?

Pour être honnête, je crois qu’une bonne partie de cette musique des années 1980 actuellement rééditée présente un intérêt plutôt limité… C’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi, malgré la demande d’un certain public, de ne pas vendre toutes ces rééditions dans ma boutique web. Je sélectionne plutôt certains disques particuliers, intéressants à cause de la musique elle-même ou parce qu’ils possèdent une vraie valeur de document ou de collection.

Selon moi chaque disque devrait avoir cette « valeur culturelle » – et j’insiste là-dessus parce que c’est une part fondamentale de mon travail. Enfant Terrible se concentre maintenant sur des artistes contemporains qui osent réellement, et non plus sur la « zone de confort » que peut représenter les sons électro-minimaux « classiques ».

Pour les pionniers, la question du genre ne se posait pas : ils créaient de la musique simple, avec des moyens de production limités. Les véritables paysages sonores m’intéressent plus que les chansons accrocheuses destinées aux planchers de danse.

Les musiciens qui ne font que copier vulgairement les sons typiques des 80’s n’ont aucun intérêt pour moi. Je recherche plutôt des groupes qui poursuivent la tradition des pionniers de l’époque tout en développant leur propre langage personnel… d’ailleurs très souvent inspiré par le monde d’aujourd’hui et par les moyens actuels de penser et de produire la musique.

Pour terminer, que nous réserve Enfant Terrible pour 2011 ?

Nous allons clore notre collaboration avec Trumpett en effectuant une dernière réédition de musique des années 1980. Enfant20 sera un second disque de Doxa Sinistra, la réédition sur vinyle de leur premier album « Via Del Latte ». Enfant Terrible aura ainsi réédité toutes les archives de ce label hollandais des années 1980.

Peut-être de nouvelles rééditions (par exemple dans la lignée des séries Spleen et Radionome) verront-elles le jour, mais je compte me concentrer davantage sur la production d’artistes contemporains et sur la découverte de nouveaux talents, ici en Hollande. Je souhaiterai surtout continuer d’élargir le « spectre sonore » d’Enfant Terrible – aussi bien dans l’expérimental que dans les sons plus pop. Au-delà de la musique à proprement parler, je planifie également des collaborations visuelles avec les artistes Renée Van Trier et Kelly Correll Brown.

En accompagnement musical à votre lecture, une chanson tirée du tout dernier 7″ édité par Enfant Terrible (Eindplaneet, 2010), un remix entraînant d’une piste de Staatseinde que nous vous avions déjà présentée ici.

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Staaseinde – Ruimtevaart Vooruit (Rude 66 Remix) [4:58]

Petites musiques de nuit

March 10th, 2011

Georges Dimitrov

L’étiquette Mannequin, dont nous vous avions déjà parlé en novembre à propos de la sortie de l’album conjoint de Frank (Just Frank) et Soviet Soviet, ne chôme pas en ce début d’année et s’applique à nous faire découvrir les nouveaux talents de la cold-wave italienne. Après les turinois Chromagain (une publication en collaboration avec Anna Logue Records), c’est au tour du premier album de Mushy d’arriver sur nos tablettes virtuelles. Derrière ce nom de scène se révèle Valentina F., auteure de ce one-woman project : une jeune musicienne originaire de Rome, passionnée de musique expérimentale. D’une approche plus radicale inspirée de la musique concrète et de la musique industrielle, Mushy a en sept ans évolué musicalement au sein de la scène underground italienne pour en arriver à un mode d’expression beaucoup plus nuancé et contenu.

Il y a de ces albums qu’on écoute de jour, au fil d’un marche, au soleil, dans le métro, en dansant; Faded Heart (2011) est un album de nuit. Ses pistes vaporeuses, aux antipodes d’une minimal wave rythmée à la Martial Canterel, se déroulent le plus souvent dans l’immobilité. Au-delà d’une première impression épousant inévitablement leur caractère parfois trop vague, les trames sonores gagnent en subtilité au fil des écoutes, révélant l’émotion qui était dissimulée. Si l’ensemble du disque est évocateur et d’une sombre beauté, on aurait toutefois souhaité une oeuvre peut-être plus caractérisée : les lentes harmonies jouent la carte de la mélancolie conformément aux codes du genre, tandis que les nappes de synthétiseur et les percussions lourdement réverbérées remplissent sans surprise le rôle qui leur est assigné. Un premier album à 26 ans est toutefois rarement oeuvre de maturité, et le talent de Mushy saura sans doute se préciser à l’avenir !

Deux pistes de l’album on retenu notre attention : Burn Me, dont le rythme lancinant rappelle certaines titres de Agent Side Grinder et illustre le côté sombre et gothique du disque, et la jolie She Was Elsewhere, une des rares chansons plus mélodiques. Comme toutes les parutions de Mannequin, Faded Heart est bien sûr disponible sur vinyle en édition limitée; il est cependant également possible de se procurer l’album sur CD, avec quatre pistes remixées en bonus. Du lot, la version de Newclear Waves de Losing Days nous a particulièrement accroché – trois titres à écouter, donc, mais une seule piste en téléchargement, la boutique en ligne de Mannequin attendant les amateurs.

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Mushy – Losing Days (Newclear Waves Full-On Night Remix) [5:35]

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Mushy – She Was Elsewhere [3:10]

Rubans magnétiques

March 3rd, 2011

Zoé Starchild

Petit retour aujourd’hui vers la Hollande avec un projet particulier faisant l’objet d’une réédition toute récente chez Minimal Wave, le label new-yorkais qui déterre pour le plus grand bonheur de nos oreilles toutes ces obscures formations (surtout européennes), pionnières de la pop synthétique du début des années 1980. Tear Apart Tapes fut à l’époque l’étiquette de disques personnelle de Danny Bosten, l’homme-orchestre derrière Das Ding, formation new wave expérimentale. À la fois musicien et producteur, la carrière de Bosten ne déroge pas aux règles du genre : une formation en arts visuels, trois albums de 1982 à 1985, un succès confidentiel… et une poignée de fans transis qui le poursuivent sur le net trente ans plus tard. Sur son obscur label, il enregistrait sa propre musique et celle de ses amis. Du pain béni pour Minimal Wave qui, après avoir réédité un album complet de Das Ding en 2008 (H.S.T.A.), poursuit le flambeau avec un 7″ intitulé simplement Tear Apart Tapes.

L’objet collector est court : trois titres, un de Das Ding (Standing In The Hall), un d’une intrigante formation nommée Les Yeux interdits (Prison) et enfin Kill Me de Lab 80, inédit que Bosten aurait enregistré à  l’époque avec son frère. Le disque est déjà épuisé (!), mais la magie du net nous a également permis de mettre la main sur une cassette originale de Tear Apart Tapes comprenant quant à elle six chansons, trois de Das Ding et trois des Yeux interdits. La proposition est finalement peu ou prou la même, c’est-à-dire un son synthétique sobre… et sombre. On ressort les grands classiques : voix lointaines et désincarnées, sections rythmiques répétitives à l’extrême, mélopées funèbres martelées de notes hypnotiques. Bref, un cocktail que certains trouveront terriblement expérimental tandis que d’autres le jugeront particulièrement apte à certaines pistes de danse ! Si la musique déjantée de Das Ding évoque les très très arty Cabaret Voltaire (notamment sur l’étrange Signature avec son rythme improbable et ses folles réverbérations de voix multiples), Les Yeux interdits qui, comme leur nom ne l’indique pas, chantent bien en hollandais, penchent davantage vers le dancefloor gothique.

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