Archive for July, 2011
Les lecteurs de ce blogue seront déjà familiers avec la formation montréalaise We Are Wolves, groupe phare d’une certaine scène électro-indie de la fin des années 2000. Loin de demeurer inactifs depuis la sortie d’Invisible Violence en 2010, les deux membres survivants du groupe – Alex Ortiz et Vincent Lévesque – se sont enfin attelés à publier un premier EP de CLAASS. Projet parallèle sur scène en compagnie de Jordan Dare, DJ bien connu des amateurs d’électro façon côté obscur, CLAASS s’est fait attendre quelques années sur disque, comme le font bien souvent ces collaborations de dilettante. Le dilettantisme est souvent synonyme d’une superficialité qui, dans le monde de la pop, relève le plus souvent de l’anecdotique. C’est heureusement le contraire qui s’est produit ici, où l’enregistrement d’un cinq-pistes en dehors des sentiers battus semble avoir été un remède à l’essoufflement qu’on commençait à sentir sur le dernier album de We Are Wolves.
Reprenant là où les pistes plus techno telles que Total Solide (Total Magique, 2007) nous avaient laissé, Smile At The Void (2011) nous offre une musique qui laisse de côté une partie de son agressivité pour des ambiances électroniques plus frigides. Que ce soit façon Joy Division, une référence évidente dans Run (notre coup de coeur) ou façon Visage (on pense à Pretend, le single, dont la fin est tout droit sortie de The Damned Don’t Cry), l’influence new wave est indéniable. La touche “électro” de Jordan Dare vient néanmoins ancrer l’ensemble dans une modernité éthérée. Le EP pourrait certes avoir un peu plus d’originalité (Tension par exemple a des airs de déjà vu de Vague, sur Insvisible Violence), mais pour 4$ en téléchargement ou 10$ sur vinyle 12″, c’est un must pour tous amateurs d’électronique alternative à tendance gothique. Uniformes militaires asymétriques en option lors d’un concert près de chez vous.
Commandes et informations : http://claass.bandcamp.com/ et Machette Records.
Chers lecteurs, BlackoutMusique.com est toujours en activité : des obligations professionnelles et personnelles nous ont hélas éloigné quelque peu du passionnant hobby que constitue ce blogue, mais la période estivale à venir devrait nous laisser davantage de liberté pour partager nos découvertes avec vous.
Nous vous avions quitté en mars sur une entrevue avec Martijn Van Gessel d’Enfant Terrible. Son étiquette ne prenant quant à elle pas de vacances, nous vous parlerons aujourd’hui des deux albums publiés ces derniers mois par nos amis hollandais. Fidèle à sa mission alternative au sein d’un univers musical déjà marginal, Enfant Terrible s’enfonce encore plus loin avec ces parutions sur la voie de la musique expérimentale : par delà presque trente années d’écart, Falun Gong (2011) de Milligram Retreat et Via Del Latte (1982) de Doxa Sinsitra partagent une vision bruitiste de la musique où mélodies et accords cèdent le pas à l’inharmonique.
Adoptant un ton résolument punk et engagé, les premiers saturent leur musique de distorsion et de références anti-totalitaires. Basses, drum machines, synthétiseurs – tout est broyé et se confond souvent au sein de nappes monocordes tandis que les échantillonnages de discours quasi fascistes (THX1138 de George Lucas, dans The New Alignment) renvoient à la répression en Chine via le titre de l’album. Les huit chansons de Falun Gong se suivent et ne se ressemblent pas, en une proposition qui tient peut-être de la liberté créatrice mais qui nous semble néanmoins parfois décousue et mal maîtrisée. Inégal, donc, mais non inintéressant, ce premier album a su nous accrocher avec deux pistes (ici en écoute), l’énergique Wife et la sombrement ambiante The New Alignment.
À l’opposé de cette esthétique brouillonne teintée d’agressivité se retrouve le minimalisme glacé et précis de Doxa Sinistra. Aux cotés de Ende Shneafliet et The Actor, le groupe a fait les beaux jours de Trumpett, célèbre étiquette hollandaise underground des années 1980. Enfant Terrible avait déjà publié en 2008 une réédition de la deuxième cassette de Doxa Sinistra, Conveyer Belt, originalement parue en 1985. Avec Via Del Latte, on revient vers un style encore plus dépouillé : des 18 titres du disque, peu méritent le titre de “chansons” – bidouillages, compositions, essais et erreurs conviennent sans doute mieux. Ces synthétiseurs métalliques triturés et présentés nus, le plus souvent sans paroles et même sans basse ou batterie, constituent une écoute certes exigeante, mais témoin d’une époque où l’électronique était encore un champ ouvert à défricher. Ruhrgebiet, présentée ici, se détache du lot.
Les deux albums sont disponibles exclusivement sur vinyle chez Enfant Terrible, en tirage limité comme d’habitude.
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Milligram Retreat – Wife [4:04]
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Milligram Retreat – The New Alignment [6:50]
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Doxa Sinistra – Ruhrgebiet [2:38]


