Skip to content

Archive for September, 2011

New wave disco à gogo

September 27th, 2011

Zoé Starchild

Il y a quelques semaines, une petite promenade matinale de week-end en famille nous a permis de tomber sur une nouvelle curiosité : dans les bacs d’une sympathique “disquerie” (une bouquinerie de disques, si si ça existe), un album intitulé A man and a machine nous tendait les bras. L’objet, élégamment orné de figures géométriques en noir, blanc et rouge, ne pouvait que nous séduire. Et le contenant annonce parfaitement le contenu. Énième hommage consacrée à l’émergence des musiques électroniques au tournant des années 1980, cette compilation au titre kraftwerkien est éditée par le label indépendant parisien Le Son du Maquis (www.maquismusic.com), visiblement spécialisé en “indie, new wave, électro”. Sans afficher une approche aussi encyclopédique que d’autres anthologistes du genre (Bippp et consorts), il faut avouer que les artisans de A man and a machine ont, mis à part les quelques fautes de frappe de la pochette, effectué un travail soigné. Et leur spectre musical ratisse large : deux disques, 31 pistes et autant d’artistes, on retrouve forcément du sympa et du moyen dans cette avalanche de sons. New wave, cold wave, industriel, disco (italo ou autre), funk tribal et bidouillages électroniques en tous genres sont au rendez-vous. Et au-delà de la pionnière Angleterre, on y retrouve toute la mouvance européenne (France, Belgique, Hollande, Italie, Suisse, Allemagne).

Au sein de la pochette, un petit encadré déplore le fait que plusieurs pionniers de l’époque (D.A.F., Soft Cell, Wall of Voodoo, Devo ou New Order pour ne pas les citer) aient répondu par leur silence aux solicitations de A man and a machine. Laissant de côté le matériel plus classique, la compilation a ainsi le mérite d’aller puiser dans un répertoire assez underground merci. Le peu de titres à succès se retrouve sur le premier disque : impossible en effet de passer à côtés de Love & Rockets (No Big Deal), Grauzone (Elsbär) ou les one hit wonders incontournables que sont Warm Leatherette (The Normal) et Money (Flying Lizards). Pour les groupes un peu plus obscurs (Fad Gadget ou Tuxedomoon), on semble s’être tournés vers des titres un peu plus recherchés que les habituels Ricky’s Hand ou No Tears : bien vu ! D’autres noms plus ou moins familiers parsèment les deux albums : Can, Wire, Throbbing Gristle, Trisomie 21, Gina X Performance, etc. Quant à Cabaret Voltaire, il arrive lorsque l’on ne l’attendait plus, c’est-à-dire à la piste 12 du second disque. Étant donné le nombre d’illustres inconnus donnant carrément dans le pastiche sonore du groupe anglais, on ne peut que se dire qu’il était temps ! Et, comme souvent dans le cas des compilations, l’équilibre de A man and a machine est finalement un peu inégal. S’égarant dans des méandres disco-kitsch assez terribles, le deuxième disque peine à maintenir un intérêt constant malgré une ouverture en rythme gracieuseté de Telex : Drama Drama, relecture à peine déguisée de Fame de David Bowie, est signée de la plume des frères Mael, alias les Sparks ! Excusez du peu !

Depuis ce premier volume, signalons que  A man and a machine 2 a vu le jour en février 2010 et que le troisième de la série date tout simplement de ce mois-ci… alors à vos collections !

Si tu aimes le soleil…

September 25th, 2011

Georges Dimitrov

À contre-pied du post précédent, plongeons-nous aujourd’hui dans la musique hautement ensoleillée de Hands and Knees. Nous vous avions déjà parlé de ce petit groupe indie originaire de Boston il y a deux ans, à l’occasion de la sortie de leur second album, Et tu, Fluffy? (2009). Voici que la bande de Joe O’Brien a récidivé en janvier denier – pour notre plus grande joie – avec Wholesome, nouveau concentré de rock joyeux à tendance rétro.

Compensant par une énergie communicative ce qu’il manque parfois en originalité, le groupe poursuit avec son pot-pourri d’influences au sein d’une démarche cette fois plus assumée, à mi-chemin entre folk américain et pop britannique (on pense aux Courteeners par exemple). Le chanteur, plaidant un retour aux sources en citant Are You Experienced ? de Jimi Hendrix et l’album blanc des Beatles (excusez du peu), avoue avoir voulu concocter un disque ou chaque chanson serait unique, une “aventure” en soi. La barre est évidemment trop haute, mais l’exercice donne tout de même lieu à une diversité stylistique où quelques pistes se démarquent du lot : Cadillac, ballade blues langoureuse par excellence, nous évoque une pléthore d’antécédents dont, au niveau local, du vieux matériel de Jean Leloup (L’Antiquaire ) ou de Caféïne (Color of love). The Ballad of Cottonball Johnny est un mini-hymne pop-punk de 1:16. Feathered Fly: entièrement a cappella. L’ombre de Johnny Cash plane au sein des duos vocaux de Fieldtrip! ou Do You Look at Everybody That Way?. I Won’t Miss You se perd dans la reverbération certifiée Magnetic Fields.

Au milieu de tout cela, quelques chansons ingénument pop, accrocheuses, trames sonores idéales d’un film fauché à Sundance ou d’un après-midi de shopping chez Urban Outfitters. Des chansons qui ont un air mélancholique de déjà-vu, comme retrouvées d’un album oublié qu’on avait si souvent écouté étant adolescent. Des chansons qui font plaisir, tout simplement.

Conscients peut-être qu’indie a autrefois eu une signification au-delà de la délimitation floue d’un genre musical un peu fourre-tout, Hands and Knees se passent d’étiquette et se distribuent seuls. Wholesome est à vous pour 5$ ou plus (à votre discrétion, soyons tendance), vinyles édition limitée en option: http://handsandknees.bandcamp.com/.

Obscur de lune

September 18th, 2011

Georges Dimitrov

En poursuivant notre survol des parutions musicales de la dernière année, nous pouvons difficilement passer à côté du premier disque-phare éponyme de The Soft Moon. Arrivé en catamini sur les tablettes en novembre dernier, l’album s’est rapidement imposé dans les milieux underground, salué par la critique et taillant sa place sur nombre de palmarès de fin d’année. Originaire de San Francisco, le projet évolue autour de la personne de Luis Vasquez : intialement seul dans l’aventure, le multi-instrumentiste et compositeur s’est rapidement entouré d’une groupe capable de communiquer l’énergie live que requérait l’urgence de sa musique. Il ne manquait que d’attirer l’attention d’un label de circonstance, chose faite avec Captured Tracks, étiquette brooklynoise qui fait autant dans le contemporain que la réedition.

Souvent qualifé de post-punk, cet album est actuellement une des expressions musicales les plus densément gothiques que nous ayons récemment entendues. Le ton est opressant du début jusqu’à la fin, la voix se perdant dans des méandres de réverbération et de distortion sans espoir de lumière. Les chansons se construisent en couches superposées, sons et bruits se densifiant progressivement avant d’atteindre des points de rupture, accalmies temporaires. Au sein de cette musique constamment pulsée, tout devient rythme et échos, les claquements de main dans Circles et les halètements de Sewer Sickness étant particulièrement efficaces, de même que les syllabes scandées de We Are We.

Le pot-pourri d’influences se fait évidemment sentir : on remercie Joy Division pour les batteries hypnotiques, The Editors pour les solos de guitare suraigüs en notes répétées, Bauhaus pour les lignes de basse et voix d’outre-tombe, et d’innombrables pionniers de la cold wave qui ont su intégrer des synthétiseurs acerbes et acérés à une instrumentation acoustique. Vasquez réussit toutefois à apposer une touche personnelle et moderne au produit final, notamment grâce à l’aspect un peu expérimental de la musique qui évoque (sans atteindre toutefois à leur originalité) Dark Day ou, plus près de nous, Agent Side Grinder.  Le principal reproche qu’on pourrait adresser à The Soft Moon tient probablement à son uniformité – les pièces, bien que de qualité, se ressemblent fort, et cette proposition pourrait lasser si ce n’était de sa brièveté. En onze pistes et 37 minutes, l’album réussit cependant à maintenir une enérgie captivante. L’inspiration constructiviste et suprématiste du visuel appose une touche finale qui ne peut que nous réjouir.

The Soft Moon avec John Maus et Tops
2 octobre au Il Motore (179 Jean-Talon O.), 10$ / 13$ à la porte

L’Homme-machine

September 4th, 2011

Georges Dimitrov / Zoé Starchild

Après avoir été ces dernières années sous le charme d’Exposition partie 5 - que ce soit sur les planchers de danse de Cold War Nightlife ou dans nos écouteurs -, nous attendions avec impatience la parution annoncée d’une compilation de Philippe Laurent sur l’étiquette new-yorkaise Minimal Wave. C’est maintenant chose faite depuis la fin juin : l’album Hot Bip offre un premier aperçu de la création de ce musicien français, couvrant la période 1979-1988.

D’un éparpillement de cassettes faites maison, les neuf pistes choisies se transportent ici sur vinyle, remastérisées mais encore exhalant une indéfinissable qualité DIY : mélodies et bruits, rythmes et nappes sonores s’entrecroisent dans une proposition foncièrement éclectique. On passe des basses pulsées disco aux sons industriels, à l’orgue ou aux envolées harmoniques façon Kraftwerk, souvent au sein d’une même piste. La recette fonctionne et, bien que restant très accessible, permet à l’ensemble de s’éloigner quelque peu des sentiers battus, notamment en raison du caractère instrumental des oeuvres – d’avantage des “compositions” que des chansons. Nous nous sommes entretenus avec l’artiste.

Contrairement à plusieurs rééditions récentes de vinyles et cassettes oubliés de la décennie 1980, Hot Bip est essentiellement composé de matériel inédit. Comment avez-vous été approché par Minimal Wave pour ce projet? Cette collaboration a-t-elle soulevé des défis particuliers?

C’est une longue histoire. Veronica Vasicka du label MW est une véritable exploratrice. Elle m’avait contacté il y a déjà plusieurs années mais, dans les secondes qui avait suivi la réception de son premier e-mail, le disque dur de mon PC est mort prématurément et j’ai perdu son nom, son adresse e-mail et le nom de son label. Ensuite, infatigable, Veronica a finalement retrouvé ma trace et nous avons commencé à travailler sur le projet Hot-Bip.

Le défi a été de retrouver mes morceaux des années 80. Certaines versions originales avaient disparu ou se trouvent sur des bandes magnétiques 4 pistes dont je ne possède plus le magnétophone.

Vos pièces sont essentiellement instrumentales, et d’une facture formelle parfois presque classique. Avez-vous reçu une formation musicale académique?

Je suis autodidacte mais j’ai passé beaucoup de temps à déchiffrer des partitions de Bach, Bartok, Mozart, Wagner et autres, pour comprendre leur travail.

En ce qui concerne l’aspect formel de mes morceaux, à mon avis cela est dû au fait que c’est une musique écrite et non improvisée. Les pièces avec voix sonnent aussi comme des musiques instrumentales car, quand j’ajoute des paroles, la voix est conçue comme un instrument parmi d’autres. Même dans les morceaux les plus minimalistes, il ne s’agit pas d’un texte accompagné d’un arrangement.

Ces deux traits musicaux font évidemment penser à Jarre ou Kraftwerk. Avez-vous d’autres influences plus obscures que vous souhaiteriez partager avec nos lecteurs?

Aucune influence à chercher du côté de J.M. Jarre. Mon approche est différente. Il faudrait plutôt regarder en effet du côté de Man Machine de Kraftwerk, mais aussi du côté du Mandarin merveilleux de Béla Bartók ou de Machine danse de Pierre Henry, je crois. Il m’est difficile de définir mes influences car j’ai toujours essayé de me détacher des mouvances afin d’avoir une démarche originale.

La musique qu’on entend sur Hot-Bip couvre la période 1979-1988. Vous vous êtes par la suite éloigné quelque peu de la composition pour devenir d’avantage un artiste multidisciplinaire. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours, et – surtout – sur vos autres projets actuels?

En réalité, je pense que je ne me suis jamais vraiment éloigné de la composition musicale. Ma démarche artistique multidisciplinaire est globale, mes réalisations visuelles et sonores sont liées. Si on a l’impression qu’à certaines périodes je me suis éloigné de la musique c’est certainement parce que j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à trouver des labels pour produire mes enregistrements. La majorité des labels, même indépendants, se spécialisent dans une «catégorie» musicale et ne sont donc pas attirés par les compositions atypiques. Actuellement, je travaille sur des projets toujours aussi éclectiques.

La presse se plait à parler de la renaissance d’une “scène” synthétique, les étiquettes underground et soirées spécialisées se multiplient. Comment voyez-vous tout cela du haut de votre expérience de l’époque?

Je suis ravi et je me sens totalement solidaire des gens qui organisent ces soirées à contre-courant. J’ai l’impression que les choses reprennent là où elles s’étaient arrêtées plusieurs décennies avant. J’espère aussi que les musiciens de cette scène électronique et expérimentale actuelle ne rencontreront pas la même hostilité et la même incompréhension, de la part de la presse musicale française notamment, que nous avons subi il y a une vingtaine d’années.

Hot-Bip est disponible sur vinyle et téléchargement auprès de Minimal Wave; nous vous en proposons un extrait audio.

Audio clip: Adobe Flash Player (version 9 or above) is required to play this audio clip. Download the latest version here. You also need to have JavaScript enabled in your browser.

Philippe Laurent – Système Clair

Wp Plugin by capn3m0