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Archive for February, 2012

L’Heure de l’acier

February 22nd, 2012

Zoé Starchild

Après l’excellent Irish Recording Tape dont nous vous avions parlé ici en novembre 2009, les suédois d’Agent Side Grinder sont de retour ce mois-ci avec un troisième album officiel, Hardware. Festival de synthétiseurs analogues agrémenté de guitares rock, tubes de métal et intensité toute scandinave, Hardware a de grandes chances de se retrouver dans notre rétrospective de fin d’année. Il s’agit  encore une fois d’un disque d’une indéniable qualité, et qui a bien du mal à quitter nos platines cette semaine !

Affirmons-le tout de go : Hardware ressuscite les fantômes. La culture musicale futuristico-rétro d’Agent Side Grinder s’étale tous azimuts, et les clins d’oeil abondent. Première influence, si indiscutable qu’elle va même jusqu’à être revendiquée par le communiqué de presse : Depeche Mode. Vu la lourdeur des pulsations rythmiques, on ne parle pas ici du son sautillant qu’affectionnait la bande de Martin Gore au début des années 1980, mais bien de l’électro-rock sale et touffu des années 1990. “I’ve heard a rumor”, chantent Agent Side Grinder en ouverture de Wolf Hour, un morceau à la mélodie précieuse : les initiés auront saisi. L’empreinte musicale de Depeche Mode se fait ainsi sentir sur la quasi-totalité des pièces de Hardware. Mais l’hommage peut se révéler être à double tranchant : si Sleeping Fury évoque la puissance de Songs Of Faith And Devotion et d’Ultra (ou même de quelques titres de Dave Gahan solo et dans ce cas-ci, c’est un compliment !), certaines pièces plus tranquilles renvoient à la mélancolie un peu morne d’Exciter et des albums subséquents.

Agent Side Grinder ne se refont pas : leurs chansons s’étirent un peu en longueur, elles sont intensément dramatiques (on frise parfois la caricature sur Bring It Back), parsemées de bruits inventifs, de beats hypnotisants et d’harmonies orientalisantes (sur Look Within) bien dark. Le chant, toujours à forte tendance gothisante, est encore plus agressif. Un petit bémol toutefois : à trop singer ses idoles, surtout lorsque ce sont de véritables légendes, on s’expose au mieux à un certain manque d’originalité, au pire à un petit parfum de plagiat. Si l’épopée électronique Mag 7 respire et transpire Kraftwerk, Pyre, quant à elle, rappelle de manière terrifiante le son pourtant caractéristique de Love And Rockets - langueur lourde des basses et manège aérien de voix spectrales. Dans le cas de l’ultime piste Stranger Stranger, c’est plutôt du côté de New Order qu’il faudrait chercher, une influence que nous avions déjà notée. Encore une fois, ce ne sont pas les débutants légendaires qui nous viennent en tête, mais plutôt le groupe vétéran de Get Ready (2001). Bref, beaucoup de monde au portillon, et pourtant l’ensemble se tient très bien.

Ci-joints deux extraits de  Hardware. Le premier single, Wolf Hour, est réalisé en collaboration avec Henric de la Cour : appréciez les voix mêlées des deux chanteurs en guise de bouquet final. Autre coup de coeur, Sleeping Fury, terriblement entêtante et efficace.  Aussi pointu qu’accessible, ce troisième album représente pour Agent Side Grinder une occasion en or de conquérir un plus vaste marché, et même peut-être de traverser l’Atlantique pour une première fois !

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Agent Side Grinder – Wolf Hour

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Agent Side Grinder – Sleeping Fury

Tambour et trompette (prise 2)

February 8th, 2012

Georges Dimitrov

Nous vous avons présenté hier Synthimental Love Songs d’Ende Shneafliet, la première de deux rééditions récentes de l’étiquette néerlandaise Trumpett. Poursuivons aujourd’hui avec un autre album frappant, Newsflashes de Doxa Sinistra. Comme dans le cas d’Ende Shneafliet, il s’agit ici pour Trumpett de compléter un cycle amorcé en 2008 en collaboration avec Enfant Terrible. Des trois albums que le groupe a publié originalement sur cassette, les deux premiers (Via Del Latte - 1982, que nous vous avons présenté ici l’été dernier, et Conveyer Belt – 1985) ont en effet déjà eu droit au traitement vinyle; restait donc ce Newsflashes, enregistré en 1988 et réédité ce novembre, en tirage limité à 350 copies.

Duo essentiellement électronique, Doxa Sinistra s’est adjoint pour cette dernière incursion en studio les services des deux guitaristes du projet expérimental hollandais Det Wiehl. Une brillante idée, qui ajoute une touche de punk déjanté façon East Village à une proposition autrement bien sombre et gothique. Stylistiquement, le disque oscille entre un industriel progressif et de la musique qu’on pourrait pratiquement qualifier d’électroacoustique. Les pistes, noyées dans une distortion permanente, alternent ainsi entre des “chansons” et des montages sonores de bruits divers entremélés de citations radiophoniques ou télévisuelles. Si nous avions qualifé leur premier disque de froid et glacé, force nous est de raviser ce jugement pour le troisième, qui se révèle d’une aggressivité continue. Qu’elles soient démesurément lentes (la chanson titre Newsflashes ou la lancinante The Sky Is The Limit) ou frénétiques, les constructions sonores dégagent une énergie qui transcende leurs aspects expérimentaux. Cette énergie se dévoile d’ailleurs autant dans des morceaux épiques comme les huit minutes de Il Spirito Di Sergio Leone que lors des deux minutes d’une International Cycling Sport.

Trois chanson se détachent de l’ensemble par leur caractère plus accessible et adapté à une piste de danse – piste underground il va sans dire. Media Bomb reprend efficacement une construction minimale à base de séquence de MS-20 popularisée par D.A.F., en lui appliquant un traitement électro-industriel: une formule gagnante qui devance les Adult de ce monde d’une bonne quinzaine d’années. Swindle et ses riffs punk nous donne une très bonne approximation de ce qu’on obtiendrait de Tom Waits si ce dernier se mettait à l’industriel. Quant à Cocoon World, elle nous entraine langoureusement à travers une épopée de voix distortionnées et de guitares désacordées.

Notons au passage que le communiqué de presse spécifie que la pochette est “imprimée en couleurs Pantone Neon, auxquelles les reproductions (à l’écran) ne rendent pas justice”. Amateurs de rose vraiment rose, à vos portefeuilles.

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Doxa Sinistra – Media Bomb

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Doxa Sinistra – Swindle

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Doxa Sinistra – Cocoon World

Tambour et trompette (prise 1)

February 7th, 2012

Georges Dimitrov

Nous avons reçu cet automne deux nouvelles parutions fort intéressantes de la part de la vénérable (fondée en 1981) étiquette néérlandaise Trumpett.  Dans les deux cas, il s’agit de rééditions tirées de leur catalogue extensif et disponibles pour la première fois en vinyle, médium à la mode. Courte chronique en deux temps (la suite sera publiée demain) de deux propositions qui s’éloignent des sentiers battus et frisent avec l’expérimental.

Le spirituellement nommé Synthimental Love Songs d’Ende Shneafliet, est le plus accessible des deux disques. Compilation plutôt que réimpression exacte d’un album existant, cette parution regroupe des pistes originalement enregistrées sur cassette entre 1981 et 1983; elle fait également suite à une première redécouverte de l’oeuvre du groupe hollandais amorcée en 2006 par Enfant Terrible, un double LP intitulé Twistin’ On The Tombstones (aujourd’hui épuisé). Après la fin de la collaboration entre les deux étiquettes (voir notre entrevue avec Enfant Terrible ici), Trumpett complète ainsi l’intégrale.

Musicalement, Ende Shneafliet se présente ici comme un curieux mélange de sonorités bizarroïdes et des mélodies mignonnes au charme simplet – un croisement entre Gorrila Aktiv et Guyer’s Connection, en quelque sorte… Les pistes, souvent instrumentales, conservent généralement une structure s’approchant de celle d’une “chanson” malgré une composition faisant la part belle aux bruitages particuliers. Statut de compilation oblige, l’album est assez éclectique et alterne des ambiances sonores variées sans pour autant perdre une certaine unité de ton. Alors que My Mother Sells Tupperware (!) en ouverture, ou la classique Symphoy Romant (J. Tesla Schnitt) explorent les territoires désormais familiers de la cold wave aux tendances minimales, Poison étonne par ses aspects industriels. Même curiosité du côté de Twistin’ On The Tombstones, sorte de proto-électro fortement compressé, un type de production assez rare au début des années 1980, qu’on retrouvait aussi par exemple chez Busy P (Rainbow Man). Quelques pistes plus ambiantes (Air Zaïre, Voices Of The Dead) complètent enfin un tableau aux touches nostalgiques, qui mérite qu’on s’y attarde.

Limité à 320 copies, le disque est disponible depuis novembre chez les distributeurs habituels, dont Enfant Terrible, Mannequin et Anna Logue.

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Ende Shneafliet – Poison

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Ende Shneafliet – Symphoy Romant (J. Tesla Schnitt)

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