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Théâtre des lumières

Nous avons le plaisir de vous annoncer une nouvelle parution pour Wierd Records, le deuxième album d’un groupe que nous connaissons bien et que nous avons déjà accompagné en musique lors de leur dernier passage à Montréal : Xeno & Oaklander. Sets & Lights sort officiellement le 11 octrobre prochain, et fait l’objet de notre premier article du mois.

Bien que jouant dans les plates-bandes habituelles du compositeur Sean McBride (aussi connu sous le nom de Martial Canterel), le disque apparait immédiatement avoir une beaucoup plus grande cohésion que son prédécesseur, Sentinelle. Des mélodies accrocheuses se déploient au-dessus d’un enregistrement qui délaisse quelque peu les ambiances par trop éthérées, parfois un peu moroses et monotones. Le couple McBride/Wendelbo ayant mis la pédale douce sur la réverbération mur à mur, il se dégage du disque un rythme pop plus soutenu, ce qui en fait leur oeuvre la plus accessible. Leur collaboration fait d’ailleurs montre d’une belle variété, les chansons en duo côtoyant des interprétations solo ainsi que des pistes instrumentales.

Les titres de Sets & Lights affichent une saveur très vintage, qui ne s’explique pas seulement par l’emploi d’équipements et de techniques d’enregistrement d’époque, mais aussi et surtout par l’écriture et de la composition. Un souffle épique estampillé new-wave fait clairement songer au romantisme allemand d’un groupe comme Alphaville, notamment grace aux accords de synthétiseur lumineux et autres arpégiateurs de circonstance. La chanson titre en ouverture est entêtante comme il se doit, succès de dancefloor aux paroles bien gothiques (“And slash their arms, and slash their eyes…”). Une piste expérimentale curieusement située juste après fait place à deux autres chansons hautement énergiques aux basses robotiques, Years Before (que nous vous offrons en écoute en primeur) et Corrupt. Le disque présente bien un passage à vide dans son milieu – nous sommes clairement moins emballés par les influences italo-disco - mais que cela ne vous empêche pas de perséverer afin d’atteindre les trois dernières pistes qui valent le “coup d’oreille”. Desert Rose et Open Walls (en écoute ici et en téléchargement sur The Fader) apportent ainsi en conclusion une jolie touche mélancholique.

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Xeno & Oaklander – Years Before

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Xeno & Oaklander – Open Walls

L’Homme-machine

Après avoir été ces dernières années sous le charme d’Exposition partie 5 - que ce soit sur les planchers de danse de Cold War Nightlife ou dans nos écouteurs -, nous attendions avec impatience la parution annoncée d’une compilation de Philippe Laurent sur l’étiquette new-yorkaise Minimal Wave. C’est maintenant chose faite depuis la fin juin : l’album Hot Bip offre un premier aperçu de la création de ce musicien français, couvrant la période 1979-1988.

D’un éparpillement de cassettes faites maison, les neuf pistes choisies se transportent ici sur vinyle, remastérisées mais encore exhalant une indéfinissable qualité DIY : mélodies et bruits, rythmes et nappes sonores s’entrecroisent dans une proposition foncièrement éclectique. On passe des basses pulsées disco aux sons industriels, à l’orgue ou aux envolées harmoniques façon Kraftwerk, souvent au sein d’une même piste. La recette fonctionne et, bien que restant très accessible, permet à l’ensemble de s’éloigner quelque peu des sentiers battus, notamment en raison du caractère instrumental des oeuvres – d’avantage des “compositions” que des chansons. Nous nous sommes entretenus avec l’artiste.

Contrairement à plusieurs rééditions récentes de vinyles et cassettes oubliés de la décennie 1980, Hot Bip est essentiellement composé de matériel inédit. Comment avez-vous été approché par Minimal Wave pour ce projet ? Cette collaboration a-t-elle soulevé des défis particuliers ?

C’est une longue histoire. Veronica Vasicka du label MW est une véritable exploratrice. Elle m’avait contacté il y a déjà plusieurs années mais, dans les secondes qui avait suivi la réception de son premier e-mail, le disque dur de mon PC est mort prématurément et j’ai perdu son nom, son adresse e-mail et le nom de son label. Ensuite, infatigable, Veronica a finalement retrouvé ma trace et nous avons commencé à travailler sur le projet Hot-Bip.

Le défi a été de retrouver mes morceaux des années 80. Certaines versions originales avaient disparu ou se trouvent sur des bandes magnétiques 4 pistes dont je ne possède plus le magnétophone.

Vos pièces sont essentiellement instrumentales, et d’une facture formelle parfois presque classique. Avez-vous reçu une formation musicale académique ?

Je suis autodidacte mais j’ai passé beaucoup de temps à déchiffrer des partitions de Bach, Bartok, Mozart, Wagner et autres, pour comprendre leur travail.

En ce qui concerne l’aspect formel de mes morceaux, à mon avis cela est dû au fait que c’est une musique écrite et non improvisée. Les pièces avec voix sonnent aussi comme des musiques instrumentales car, quand j’ajoute des paroles, la voix est conçue comme un instrument parmi d’autres. Même dans les morceaux les plus minimalistes, il ne s’agit pas d’un texte accompagné d’un arrangement.

Ces deux traits musicaux font évidemment penser à Jarre ou Kraftwerk. Avez-vous d’autres influences plus obscures que vous souhaiteriez partager avec nos lecteurs ?

Aucune influence à chercher du côté de J.M. Jarre. Mon approche est différente. Il faudrait plutôt regarder en effet du côté de Man Machine de Kraftwerk, mais aussi du côté du Mandarin merveilleux de Béla Bartók ou de Machine danse de Pierre Henry, je crois. Il m’est difficile de définir mes influences car j’ai toujours essayé de me détacher des mouvances afin d’avoir une démarche originale.

La musique qu’on entend sur Hot-Bip couvre la période 1979-1988. Vous vous êtes par la suite éloigné quelque peu de la composition pour devenir d’avantage un artiste multidisciplinaire. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours, et – surtout – sur vos autres projets actuels ?

En réalité, je pense que je ne me suis jamais vraiment éloigné de la composition musicale. Ma démarche artistique multidisciplinaire est globale, mes réalisations visuelles et sonores sont liées. Si on a l’impression qu’à certaines périodes je me suis éloigné de la musique c’est certainement parce que j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à trouver des labels pour produire mes enregistrements. La majorité des labels, même indépendants, se spécialisent dans une «catégorie» musicale et ne sont donc pas attirés par les compositions atypiques. Actuellement, je travaille sur des projets toujours aussi éclectiques.

La presse se plait à parler de la renaissance d’une “scène” synthétique, les étiquettes underground et soirées spécialisées se multiplient. Comment voyez-vous tout cela du haut de votre expérience de l’époque ?

Je suis ravi et je me sens totalement solidaire des gens qui organisent ces soirées à contre-courant. J’ai l’impression que les choses reprennent là où elles s’étaient arrêtées plusieurs décennies avant. J’espère aussi que les musiciens de cette scène électronique et expérimentale actuelle ne rencontreront pas la même hostilité et la même incompréhension, de la part de la presse musicale française notamment, que nous avons subi il y a une vingtaine d’années.

Hot-Bip est disponible sur vinyle et téléchargement auprès de Minimal Wave ; nous vous en proposons un extrait audio.

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Philippe Laurent – Système Clair

Cold War Nightlife : 26 mars

La soirée Cold War Nightlife est de retour demain soir pour l’édition du mois de mars, où nous accueillons un invité spécial en la personne de Dr. Galaktik, l’animateur de la radio web XWave Radio. Après un détour par le glam le mois dernier, attaquons maintenant la fin de semaine avec trois titres post-punk, glanés ça et là dans notre collection de curiosités. Une fois de plus du côté de la Belgique, débutons avec Program, unique piste de Rel Rex. Sous ce nom ce cache un petit détour solo pour le bassiste de Polyphonic Size, un groupe caméléon en activité de 1979 à 1991 duquel faisaient notamment partie des membres de Digital Dance ou de Front 242. La chanson a été originalement enregistrée pour B9, une compilation de musique underground belge publiée en 1981 et ayant fait l’objet d’une réédition enrichie en 2007 par l’étiquette Les Temps Modernes. Le disque est alors passé de 10 à 18 pistes et a adopté le nouveau titre de B9 Bis (Belgian Cold Wave 1979 – 1983). Dans notre univers si souvent synthétique, un titre tel que Program fait preuve d’un éclectisme rock’n'roll rafraîchissant : les guitares abrasives se conjuguent au drum machine pour créer une ambiance brute et lancinante, voix hargneuse à la Johnny Rotten à l’appui.

Moins “punk” et plus “post“, Perspective Nevski nous fait irrésistiblement songer au The Cure des premiers albums. Encore un groupe qui n’a que deux titres à son actif, publiés – l’histoire se répète – sur une obscure compilation en 1983 (Éphèmere Compilation) avant d’être réédités récemment. Moment of Hate côtoie en effet sur Des Jeunes Gens Mödernes le canon incontesté de la new wave française du tournant des années 1980. La compilation, parue en 2008, accompagnait d’ailleurs une exposition du même nom consacrée à la contre-culture de l’époque. Pour clore le tout, une chanson d’un des classiques du genre, Magazine  : Cut-Out Shapes, tirée de leur deuxième album, Secondhand Daylight (1979). Toujours au confluent du rock et de l’expérimentation d’avant-garde, la piste se déploie de manière quasi symphonique au fil de ses nombreuses ruptures de rythme. Pour le plaisir des danseurs avertis !

Cold War Night­life
Samedi 26 mars à par­tir de 22h00 – entrée gratuite
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : Zoé Star­child + Georges Dimitrov + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + Dr. Galaktik

Entretien avec un Enfant Terrible

Autour de la sortie ce mois-ci du premier album de Milligram Retreat, Falun Gong (critique à venir prochainement), nous nous sommes entretenus avec le fondateur et tête dirigeante de l’étiquette Enfant Terrible, Martijn Van Gessel. Brève incursion dans l’univers de la musique d’avant-garde made in Holland.

Nous ne recevons que très peu de musique hollandaise, ici au Canada. Comment se porte votre scène locale ? L’opposition entre productions commerciales et indépendantes est-elle très marquée ?

Je suis actif dans le milieu de la musique depuis plusieurs années maintenant et j’ai collaboré à de nombreux projets, incluant mes propres productions. Évidemment, les univers musicaux que l’on pourrait qualifier de « commerciaux » et d’« indépendants » existent ici, mais je préfère ne pas utiliser ces termes… tout simplement parce ce que je ne m’intéresse généralement pas à ce que l’on nomme « l’industrie musicale » – que celle-ci soit considérée comme commerciale ou indépendante, d’ailleurs.

Selon moi, il y a très peu de personnalités ou d’événements réellement intéressants ici, et les publications musicales n’offrent que très peu d’espace à la musique qui m’interpelle.

D’un autre côté, certaines personnes, tout en travaillant de jour dans un emploi « normal », font partie d’un groupe, mettent sur pied une petite étiquette de disques, ou organisent de temps en temps un concert… comme moi. C’est un monde parallèle, particulier, dont la musique est totalement absente des médias traditionnels et grand public. L’industrie commerciale ignore-t-elle cette musique, ne veut-elle pas en entendre parler, ou bien est-elle incapable de l’écouter et d’en découvrir tous les talents ?

À mon avis, il y a un nombre très restreint de gens qui, avec un goût sûr et de l’audace, préfèrent travailler à faire connaître la musique plutôt que d’effectuer leur propre publicité personnelle.

Enfant Terrible se spécialise dans la découverte de nouveaux talents via la publication de compilations. Comment procédez-vous aux choix de vos artistes ?

Vous demandez au chef le secret de ses recettes ! Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je suis à la recherché de nouveaux sons. Parallèlement, j’écris sur la musique depuis plusieurs années. Je suis évidemment tombé sur des groupes qui selon moi avaient un grand potentiel. C’est ainsi que j’ai commencé, et c’est toujours le principal moteur de mon travail avec Enfant Terrible : je découvre de la musique que j’aime, et j’ai ensuite envie de donner un tremplin à ces artistes.

L’année dernière, j’ai également commencé à élargir les horizons de mes activités en abordant d’autres domaines : les arts visuels, une émission de radio (Radio Resistencia) en collaboration avec Andreas (Lesbian Mouseclicks) et Peter (Sololust), avec qui j’ai aussi fondé un magazine (Traces – aussi avec Johan de Seja).

J’ai ainsi encore davantage de moyens de promouvoir la musique que je découvre. Enfant Terrible n’est plus « seulement » une étiquette de disques, mais une véritable plateforme et une source d’information musicale.

Votre étiquette se spécialise non seulement dans la musique underground, mais elle publie également exclusivement sur vinyle. Pourquoi le choix de ce support, et est-ce viable économiquement ?

Pour moi, un CD ne représente rien. Si la musique digitale – le téléchargement de MP3 -  est un « non-produit » absolu, le CD n’en est pas loin…Je n’ai jamais envisagé de produire de la musique sur CD. Je collectionne les vinyles depuis très longtemps.

J’ai n’ai réalisé qu’un seul CD, sûrement pour me convaincre que le produit pouvait se révéler satisfaisant si on en prenait vraiment soin. Et même si j’ai beaucoup d’affection pour la compilation en question (Radio Resistencia), je trouve le résultat mitigé…. Le format n’était définitivement pas le bon, un double vinyle aurait été meilleur. Mais on apprend toujours de ses erreurs, et on essaie de s’améliorer.

Je ne produis pas seulement des albums sur vinyle, mais des vinyles en éditions limitées, et même très limitées ! Certains labels font des réimpressions d’éditions soi-disant limitées lorsqu’un de leurs titres est épuisé, ce que nous ne faisons jamais : quand un album d’Enfant Terrible devient épuisé, c’est pour toujours.

Notre « réseau » de distribution à travers les magasins de disques indépendants rend également nos albums difficiles à trouver pour le commun des mortels. Ces « difficultés » sont voulues : je souhaite que les gens s’impliquent davantage dans l’achat de leur musique. Ces disques ne sont pas trouvables partout, ils s’adressent à un public spécifique. Vous devez être au courant, être un illuminati. Mais évidemment, j’essaie de promouvoir au maximum mes artistes. Tout le monde peut s’impliquer, il ne s’agit pas d’une secte fermée !

Si je n’ai aucunement l’intention de m’adresser à un public de consommation courante, je m’intéresse énormément à MON public, les gens qui me suivent, de véritables enthousiastes. Je suis également heureux d’avoir le support de ce réseau de boutiques indépendantes qui m’aident à pouvoir procurer ma musique aux bonnes personnes.

Quant à être économiquement viable…évidemment non, mais ce n’est pas non plus le but d’Enfant Terrible. Je souhaite créer de la valeur culturelle et non des valeurs marchandes. C’est pourquoi j’ai mon emploi de jour, tout en conservant Enfant Terrible comme « passe-temps » à temps plein…

Il est indéniable que les musiques électroniques minimales et DIY du début des années 1980 sont présentement à la mode. En plus des nombreuses rééditions des artistes de l’époque, certains groupes actuels s’inspirent de ce style au point d’adopter un son quasi identique… qu’avez-vous à dire sur cette tendance ?

Pour être honnête, je crois qu’une bonne partie de cette musique des années 1980 actuellement rééditée présente un intérêt plutôt limité… C’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi, malgré la demande d’un certain public, de ne pas vendre toutes ces rééditions dans ma boutique web. Je sélectionne plutôt certains disques particuliers, intéressants à cause de la musique elle-même ou parce qu’ils possèdent une vraie valeur de document ou de collection.

Selon moi chaque disque devrait avoir cette « valeur culturelle » – et j’insiste là-dessus parce que c’est une part fondamentale de mon travail. Enfant Terrible se concentre maintenant sur des artistes contemporains qui osent réellement, et non plus sur la « zone de confort » que peut représenter les sons électro-minimaux « classiques ».

Pour les pionniers, la question du genre ne se posait pas : ils créaient de la musique simple, avec des moyens de production limités. Les véritables paysages sonores m’intéressent plus que les chansons accrocheuses destinées aux planchers de danse.

Les musiciens qui ne font que copier vulgairement les sons typiques des 80’s n’ont aucun intérêt pour moi. Je recherche plutôt des groupes qui poursuivent la tradition des pionniers de l’époque tout en développant leur propre langage personnel… d’ailleurs très souvent inspiré par le monde d’aujourd’hui et par les moyens actuels de penser et de produire la musique.

Pour terminer, que nous réserve Enfant Terrible pour 2011 ?

Nous allons clore notre collaboration avec Trumpett en effectuant une dernière réédition de musique des années 1980. Enfant20 sera un second disque de Doxa Sinistra, la réédition sur vinyle de leur premier album « Via Del Latte ». Enfant Terrible aura ainsi réédité toutes les archives de ce label hollandais des années 1980.

Peut-être de nouvelles rééditions (par exemple dans la lignée des séries Spleen et Radionome) verront-elles le jour, mais je compte me concentrer davantage sur la production d’artistes contemporains et sur la découverte de nouveaux talents, ici en Hollande. Je souhaiterai surtout continuer d’élargir le « spectre sonore » d’Enfant Terrible – aussi bien dans l’expérimental que dans les sons plus pop. Au-delà de la musique à proprement parler, je planifie également des collaborations visuelles avec les artistes Renée Van Trier et Kelly Correll Brown.

En accompagnement musical à votre lecture, une chanson tirée du tout dernier 7″ édité par Enfant Terrible (Eindplaneet, 2010), un remix entraînant d’une piste de Staatseinde que nous vous avions déjà présentée ici.

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Staaseinde – Ruimtevaart Vooruit (Rude 66 Remix) [4:58]

And Cold War Nightlife goes on !

Après le succès de notre édition des Fêtes, nous avons le plaisir de vous annoncer notre retour au Drugstore sur une base mensuelle : l’aventure Cold War Nightlife se poursuit ainsi dès ce samedi 22 janvier. En découvertes musicales ce-mois, nous vous proposons tout d’abord New Illusion, une piste entraînante de l’obscur groupe suédois Seppuku, un de ces one-hit wonders que nous affectionnons tous. L’enregistrement date de 1985 et propose un son synthétique aux accents rock qui rappelle l’énergie NDW de groupes tels que Malaria.

Toujours en provenance de la péninsule scandinave vient ensuite l’hymne Maskindans de Det Gylne Triangel (“Le triangle doré”), un titre provenant de la compilation du même nom. Maskindans – Norsk Synth 1980-1988, publiée en 2009 par l’étiquette norvégienne Hommage Records, retrace en effet les belles (et mystérieuses) années de la new wave de cette froide contrée. Bien que la compilation comporte une majorité de pistes plutôt pop, Maskindans se distingue par sa noirceur et son agressivité quasi-militaire. Concluons avec Störung, un groupe hollandais en activité de 1981 à 1983. En comparaison aux deux précédentes, cette formation a une production “impressionnante” : un album complet, quelques singles, bootlegs et autres cassettes démo. Leur son post-punk aux sonorités gothiques est quelque peu inégal, mais Empire SX ressort du lot grâce à l’efficacité de sa ligne de basse distortionnée à souhait et sa batterie robotique.

Cold War Night­life
Samedi 22 janvier à par­tir de 22h00 – entrée gratuite
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : DJ Star­child + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + DJ Mekanik.

Cold War Nightlife est de retour !

Après six mois d’absence, nous avons le plaisir de vous annoncer le retour de nos soirées Cold War Nightlife ! Ce samedi 18 décembre, nous nous emparerons des platines au troisième étage du Drugstore. À notre trio habituel avec Xavier Paradis, nous ajoutons fièrement la collaboration de DJ Mekanik, qui d’ailleurs vous avait fait danser lors de notre édition d’octobre 2009. Pour votre dose quotidienne de cold wave/post punk/glam rock, c’est donc un nouveau rendez-vous. Pour l’instant, la soirée ne revient que pour une fois seulement… mais il ne tient qu’à vous d’en refaire un événement régulier !

Fidèles à notre habitude, nous en profitons pour partager quelques curiosités obscures. Les trois groupes que nous vous présentons sont de véritables one hit wonder – la notion de hit étant évidemment toute relative dans les eaux obscures où nage ce blogue. Lorsque le tirage d’un titre s’élève à une flamboyante centaine de copies, pressée à la main dans un sous-sol, le mot “succès” prend alors un tout autre sens… Débutons donc avec Tres, formation suédoise du début des années 1980, qui nous propose sur son unique 7″ Smile On My Face une synthpop infusée de sonorités disco. Bien que les deux pistes soient fort réussies, c’est la face b qui retient surtout l’attention : Operator a le potentiel de vous poursuivre du plancher de danse jusque dans vos rêves. Déja connue par les amateurs de curiosités grâce aux célèbres compilations Flexipop, la chanson a été remise au gout du jour par nos collègues de Crispy Nuggets plus tôt cette année.

Le blogue sus-mentionné nous a également permis d’avoir un coup de cœur pour les mystérieux anglais de The Toy Shop. Avec leur single The Maze (1981), ils nous offrent une joyeuse comptine new wave aux refrains glam, dont les bizarreries sonores et vocales nous évoquent le Bowie de la même époque. Terminons avec une chanson fort bien située dans le thème de la soirée, Ich komme aus der DDR (“Je viens d’Allemagne de l’est”) des allemands Gleitzeit. Bien qu’ayant fait l’objet d’une publication indépendante en 7″, la piste est tirée de la bande originale du film ouest-allemand Nuclearvision (1982), ce qui nous pousse à croire que le groupe (sur lequel nous n’avons virtuellement aucune information) fut probablement monté expressément pour l’occasion. Au menu, une neue deutsche welle sautillante comme on les aime, assortie de paroles historiquement acerbes – “Je viens de l’Allemagne de l’Est/Et je traverse moi aussi à l’Ouest/Je deviens simplement millionnaire/Et puis j’achète l’Allemagne de l’Est“. À samedi !

Cold War Night­life
Samedi 18 décembre à par­tir de 22h00
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : DJ Star­child + DJ Trans­mis­sion + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + DJ Mekanik.

Frank au pays des Soviets

Blackout Musique a aujourd’hui le plaisir de vous présenter une étiquette italienne récemment portée à notre connaissance, Mannequin. Conjuguant les fonctions de label et de mailorder, elle nous fait découvrir depuis 2008 les joies de la musique underground d’Italie et d’ailleurs en se spécialisant dans les genres cold wave, post-punk et autres minimal synth qui sont notre pain quotidien. Fidèles à l’esprit DIY, Mannequin nous propose des parutions au tirage ultra-limité pour collectionneurs avertis, le vinyle étant le support de prédilection.

Leur plus récente publication, disponible depuis le 10 octobre, est un album que se partagent deux formations au son complémentaire, Frank (Just Frank) et Soviet Soviet. Combinant des talents français et britanniques, les premiers nous proposent une cold wave fidèle tant à ses origines électroniques qu’à une urgence post-punk. Il s’agit d’un retour sur disque pour le groupe, qui a fait paraître plus tôt cette année un LP, The Brutal Wave, chez les habituels Wierd Records. Alors qu’une froideur à la The Cure prédominait sur ce premier essai, Frank (Just Frank) ont maintenant embrassé des sonorités sucrées plus pop qui ne sont pas sans rappeler un Étienne Daho.

Quant à Soviet Soviet, jeune groupe italien à la page, ils nous offrent un post-punk très sombre flirtant plus souvent qu’autrement avec le rock gothique. On pense évidemment à Bauhaus mais aussi aux plus expérimentaux Killing Joke  : murs de guitares distortionnées et voix torturées sont à l’avenant, jointes à une section rythmique agressive. Mannequin nous ont aimablement donné la possibilité de nous entretenir avec le groupe (merci à Alessandro Adriani pour la traduction à partir de l’italien !).

Votre communiqué de presse mentionne votre goût pour le son de la new wave italienne. Que pouvez vous nous dire sur cet héritage ?

Nous aimons profondément la musique produite durant cette période, même si nous ne l’avons surement pas “vécue”, étant tous nés dans les premières années de la décennie 1980. C’est un intérêt musical qui s’est récemment développé. Soyez sûrs que quelques-uns de ces sons analogues et poussiéreux des années 1980 sont très familiers à nos oreilles, mais de vivre ces années et d’avoir être submergés par ces sonorités… c’est quelque chose de complètement différent. L’intérêt et l’amour que nous avons pour plusieurs groupes des années 1980 nous ont cependant influencés indirectement et ont sûrement été une des raisons qui nous ont poussés à écrire nos propres pistes. Nous avons grandi en écoutant toutes sortes de musiques, mais ce son est celui que nous avons adopté en jouant ensemble. Ce n’était pas un choix conscient et planifié d’avance, c’était simplement naturel pour nous d’en arriver là : nous avons commencé à écrire l’esprit libre et sans a priori.

Et que pouvez-vous nous dire de la scène underground italienne actuelle ?

Il nous semble que la situation est en pleine ébullition. De nombreux groupes de talent jouent actuellement dans notre pays, et nous avons eu l’occasion et l’honneur de partager la scène avec certains d’entre eux. Plusieurs clubs accordent aussi plus d’importance à ce qui se fait dans l’underground, ce qui est très positif pour nous. Il y a aussi une attention particulière portée à certains aspects autrefois négligés, comme les DJs sets qui font maintenant partie intégrante de la programmation des spectacles. La scène musicale actuelle est très intéressante et en perpétuelle évolution.

Les musiques punk et post-punk ont une longue tradition d’engagement politique. Vous sentez-vous appartenir à cet héritage ?

Honnêtement, il n’y a aucune connexion entre notre musique et la politique. Nous avons nos propres convictions politiques, nos idées et notre vision personnelle de l’actualité de notre pays ; mais si nous sommes profondément intéressés par cet aspect des choses, nous efforçons toujours de bien distinguer politique et création. Il n’y a aucune prise de position dans nos paroles et nous ne supportons aucun parti. Soyez pourtant sûrs que nous n’en pensons pas moins et que nous ne négligeons pas non plus l’aspect critique.

Votre nom, Soviet Soviet, peut évidemment faire référence à la défunte URSS, mais également à la présence historique du communisme en Italie. Comment l’avez-vous choisi ?

Cette question revient souvent… Nous sommes bien sûr au courant de l’histoire des communismes soviétique et italiens, mais ces aspects n’ont jamais influencé notre choix de nom. Lorsque nous avons commencé à jouer ensemble, nous n’étions guidés par aucune idéologie politique. Ce nom nous est venu très spontanément, tout comme notre musique d’ailleurs. Nous aimions sa sonorité, tout simplement.

Et maintenant que vous nous avez alléchés avec cet EP, à quand un album complet ?

Merci ! Sans être sûrs de rien, nous espérons l’avoir terminé pour l’année prochaine. Nous travaillons sur du nouveau matériel et c’est un processus qui demande du temps et des efforts. Nous testons actuellement nos nouvelles compositions en studio et lors de concerts en Italie et en Europe ; il nous reste cependant beaucoup de travail à faire. Nous désirons en tout cas ardemment sa parution !

L’étiquette nous permet gracieusement de vous offrir deux pistes en écoute et en téléchargement. Quant aux fans collectionneurs de cold-wave/post-punk dernier cri, nous vous recommandons le disque disponible sur commande chez Mannequin, limité à un tirage de 500 copies en format 12″.

Futur antérieur

Avis à tous : les auteurs de ce blogue retourneront aux platines ce vendredi lors de la soirée Future Perfect Party ! L’évènement se veut une levée de fonds pour le lancement de Mobile, plateforme de diffusion et de création explorant la relation son/image. La première de Mobile aura officiellement lieu le 21 août au café-bar de la Cinémathèque Québécoise. Mais en attendant, place au “pré-party”, une nuit de musique et de performances dont le thème est “Dance to the future / Dance back to the future” : un plongeon dans les esthétiques futuristes du passé. Au menu, prestations live, coiffures créatives et DJ sets par différents acteurs de la scène locale. Fidèles à notre réputation, nous nous chargerons des ambiances synthétiques de la new wave, minimales et robotiques.

Dans le thème de la soirée, nous avons sélectionné trois titres inspirants s’articulant autour de l’idée du futur. Kraftwerk sont évidemment ici incontournables : les pionniers de la musique électronique on en effet fait de la relation homme-machine leur thème de prédilection. Parmi l’ensemble de leur œuvre, le choix est vaste ; nous avons choisi de vous offrir aujourd’hui Computerwelt, qui nous décrit un monde informatisé… qui nous semble aujourd’hui étrangement familier. Les possibilités de l’avenir ont également fasciné le groupe néo-romantique Visage : In The Year 2525, une reprise du duo américain Zager and Evans (1969 pour la version originale), l’illustre parfaitement. La chanson, manifeste écologiste avant l’heure, nous décrit avec pessimisme la décadence d’une humanité gouvernée par les machines en traversant les millénaires, avec pour terminus 9595. Enfin, revenons à nos chouchous espagnols Aviador Dro, dont l’œuvre est saturée de références aux fréquences spatiales, abris nucléaires, cyborgs et autres filles de métal. La chica de plexiglas, un de leur premiers succès, nous décrit un amour mécanique impossible, à grands coups de ces mélodies synthétiques dont ils ont le secret.

Future Perfect Party
Vendredi 30 juillet à par­tir de 21h30 au Lawless Studio loft (5445 De Gaspé /suite 408)
Avec Bernardino Femminielli, Magic Beach, Moduli TV et Jane L. Kasowicz.
Aux pla­tines : Georges Di­mi­trov & Zoé Star­child (Bla­ckout­Mu­sique.​com), Isabelle/Luci & Simon/Fer (Duchess Says), Marin César (Think About Life) et Annie Q & Von Snakes.
10$ avant minuit/15$ après minuit

De New York à Montréal

Dans le cadre de la dixième édition du festival Suoni per il Popolo, la Casa del Popolo accueille cette semaine le groupe new-yorkais Xeno & Oaklander. Nous vous avions déjà glissé un mot sur le couple formé par Sean McBride et Liz Wendelbo ainsi que sur leur implication au sein de la scène minimal wave actuelle de la Grosse Pomme. Le duo vient maintenant défendre sur scène son premier effort, Sentinelle (2009). Contrairement à de nombreuses autres formations électroniques qui se la jouent invisibles cachés derrière leurs précieux écrans de laptops, attendez-vous ici à une performance au vrai sens du terme : les quelques vidéos disponibles sur internet nous montrent plutôt les musiciens fort affairés à triturer leurs petits appareils vintage de collection !

La musique de Xeno & Oaklander ayant déjà fait l’objet d’un post précédent, profitons de l’occasion pour revisiter le vieux catalogue de l’incarnation solo de McBride, Martial Canterel. Ce projet à géométrie variable affiche une feuille de route particulièrement touffue, composée de multiples démos, enregistrements DIY et autres obscures cassettes. Parmi le matériel disponible, l’album Austerton (2007) retient aujourd’hui particulièrement notre attention par la qualité de ses compositions et de sa réalisation, moins brouillonne peut-être  qu’ailleurs. Bien plus minimaliste et froid que celui de Xeno & Oaklander, le son de Austerton est très épuré, même selon les standards du genre. Les mélodies se font discrètes et se déclinent en teintes sombres et modes mélancoliques ; les influences gothiques et cold wave sont bien assimilées et les synthétiseurs scintillants ne durent qu’un temps (Corners). Voici trois pistes à découvrir.

Le concert de vendredi sera également l’occasion pour vous de renouer avec l’esprit Cold War Nightlife puisque le projet de Xavier Paradis, Automelodi, sera également de la partie. Quant aux auteurs de ce blogue, ils assureront l’ambiance musicale dans la salle adjacente en compagnie de DJ Tsitso et DJ Mother. Un évènement à ne pas manquer en ce début d’été !

Xeno & Oaklander avec Automelodi et The Pink Noise
11 juin à la Casa del Popolo (4873 Blvd Saint-Laurent), 21h, 12$
www.xenoandoaklander.com
www.automelodi.com

Cold War Nightlife en Finlande

Notre soirée Cold War Nightlife a maintenant un an ! En effet, c’est le 17 mai 2009 que nous avons débuté cette belle aventure… Le tout prendra malheureusement fin – sous sa formule actuelle au Salon Officiel en tout cas – ce dimanche 16 mai. Nous vous invitons ainsi à être des nôtres une dernière fois pour célébrer tout en découvrant quelques nouvelles sonorités underground dansantes.

Pour vous annoncer cette ultime édition, faisons un détour par la Finlande, pays scandinave dont on reçoit beaucoup moins d’échos musicaux en comparaison avec leurs voisins suédois ou danois. Nous avions découvert il y a quelques mois le quatuor Organ grâce à leur chanson éponyme sur une compilation, et avions été conquis par son dynamisme burlesque et sautillant. Organ est ainsi vite devenue une piste classique de nos planchers de danse.

Un peu de recherche nous a permis de découvrir que le groupe ne fut que l’un des multiples projets de Mikko Saarela, compositeur multi-disciplinaire légendaire dans son pays. Suivant un modèle classique (on pense par exemple à Jacno), Saarela s’est tourné vers la musique électronique après des débuts punk au sein du groupe Eppu Normaali. Très célèbre en son temps et incontestablement un des plus importants groupes rock finnois, cette formation n’affiche pas moins d’une dizaine d’albums studio – le plus récent datant même de 2007.

Au tournant des années 1980, la musique de Saarela a ensuite bifurqué vers une pop beaucoup plus commerciale avec le duo Argon, dont l’album Kone Kertoo nous rappelle beaucoup le travail que Daniel Miller avait effectué avec les Silicon Teens. Le succès étant mitigé, le musicien se reprend un an plus tard avec une approche plus edgy, embrassant une synth-pop futuriste bien acidulée. Le résultat final, Organ, n’a malheureusement existé que pour le temps limité d’un unique album studio, ce qui ne l’a pas empêcher d’influencer durablement ses pairs. Nous vous recommandons ainsi chaudement Nekrofiilis et ses treize titres entêtants. En voici nos trois favorites, et à dimanche !

Cold War Night­life
Di­manche 16 mai à par­tir de 22h au Salon Of­fi­ciel (351 Roy E. à Mont­réal).
Aux pla­tines : Georges Di­mi­trov et Zoé Starchild (BlackoutMusique.​com) + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di)