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Futur antérieur

Avis à tous : les auteurs de ce blogue retourneront aux platines ce vendredi lors de la soirée Future Perfect Party ! L’évènement se veut une levée de fonds pour le lancement de Mobile, plateforme de diffusion et de création explorant la relation son/image. La première de Mobile aura officiellement lieu le 21 août au café-bar de la Cinémathèque Québécoise. Mais en attendant, place au “pré-party”, une nuit de musique et de performances dont le thème est “Dance to the future / Dance back to the future” : un plongeon dans les esthétiques futuristes du passé. Au menu, prestations live, coiffures créatives et DJ sets par différents acteurs de la scène locale. Fidèles à notre réputation, nous nous chargerons des ambiances synthétiques de la new wave, minimales et robotiques.

Dans le thème de la soirée, nous avons sélectionné trois titres inspirants s’articulant autour de l’idée du futur. Kraftwerk sont évidemment ici incontournables : les pionniers de la musique électronique on en effet fait de la relation homme-machine leur thème de prédilection. Parmi l’ensemble de leur Å“uvre, le choix est vaste; nous avons choisi de vous offrir aujourd’hui Computerwelt, qui nous décrit un monde informatisé… qui nous semble aujourd’hui étrangement familier. Les possibilités de l’avenir ont également fasciné le groupe néo-romantique Visage : In The Year 2525, une reprise du duo américain Zager and Evans (1969 pour la version originale), l’illustre parfaitement. La chanson, manifeste écologiste avant l’heure, nous décrit avec pessimisme la décadence d’une humanité gouvernée par les machines en traversant les millénaires, avec pour terminus 9595. Enfin, revenons à nos chouchous espagnols Aviador Dro, dont l’Å“uvre est saturée de références aux fréquences spatiales, abris nucléaires, cyborgs et autres filles de métal. La chica de plexiglas, un de leur premiers succès, nous décrit un amour mécanique impossible, à grands coups de ces mélodies synthétiques dont ils ont le secret.

Future Perfect Party
Vendredi 30 juillet à par­tir de 21h30 au Lawless Studio loft (5445 De Gaspé /suite 408)
Avec Bernardino Femminielli, Magic Beach, Moduli TV et Jane L. Kasowicz.
Aux pla­tines : Georges Di­mi­trov & Zoé Star­child (Bla­ckout­Mu­sique.​com), Isabelle/Luci & Simon/Fer (Duchess Says), Marin César (Think About Life) et Annie Q & Von Snakes.
10$ avant minuit/15$ après minuit

De New York à Montréal

Dans le cadre de la dixième édition du festival Suoni per il Popolo, la Casa del Popolo accueille cette semaine le groupe new-yorkais Xeno & Oaklander. Nous vous avions déjà glissé un mot sur le couple formé par Sean McBride et Liz Wendelbo ainsi que sur leur implication au sein de la scène minimal wave actuelle de la Grosse Pomme. Le duo vient maintenant défendre sur scène son premier effort, Sentinelle (2009). Contrairement à de nombreuses autres formations électroniques qui se la jouent invisibles cachés derrière leurs précieux écrans de laptops, attendez-vous ici à une performance au vrai sens du terme : les quelques vidéos disponibles sur internet nous montrent plutôt les musiciens fort affairés à triturer leurs petits appareils vintage de collection !

La musique de Xeno & Oaklander ayant déjà fait l’objet d’un post précédent, profitons de l’occasion pour revisiter le vieux catalogue de l’incarnation solo de McBride, Martial Canterel. Ce projet à géométrie variable affiche une feuille de route particulièrement touffue, composée de multiples démos, enregistrements DIY et autres obscures cassettes. Parmi le matériel disponible, l’album Austerton (2007) retient aujourd’hui particulièrement notre attention par la qualité de ses compositions et de sa réalisation, moins brouillonne peut-être  qu’ailleurs. Bien plus minimaliste et froid que celui de Xeno & Oaklander, le son de Austerton est très épuré, même selon les standards du genre. Les mélodies se font discrètes et se déclinent en teintes sombres et modes mélancoliques; les influences gothiques et cold wave sont bien assimilées et les synthétiseurs scintillants ne durent qu’un temps (Corners). Voici trois pistes à découvrir.

Le concert de vendredi sera également l’occasion pour vous de renouer avec l’esprit Cold War Nightlife puisque le projet de Xavier Paradis, Automelodi, sera également de la partie. Quant aux auteurs de ce blogue, ils assureront l’ambiance musicale dans la salle adjacente en compagnie de DJ Tsitso et DJ Mother. Un évènement à ne pas manquer en ce début d’été !

Xeno & Oaklander avec Automelodi et The Pink Noise
11 juin à la Casa del Popolo (4873 Blvd Saint-Laurent), 21h, 12$
www.xenoandoaklander.com
www.automelodi.com

Cold War Nightlife en Finlande

Notre soirée Cold War Nightlife a maintenant un an ! En effet, c’est le 17 mai 2009 que nous avons débuté cette belle aventure… Le tout prendra malheureusement fin – sous sa formule actuelle au Salon Officiel en tout cas – ce dimanche 16 mai. Nous vous invitons ainsi à être des nôtres une dernière fois pour célébrer tout en découvrant quelques nouvelles sonorités underground dansantes.

Pour vous annoncer cette ultime édition, faisons un détour par la Finlande, pays scandinave dont on reçoit beaucoup moins d’échos musicaux en comparaison avec leurs voisins suédois ou danois. Nous avions découvert il y a quelques mois le quatuor Organ grâce à leur chanson éponyme sur une compilation, et avions été conquis par son dynamisme burlesque et sautillant. Organ est ainsi vite devenue une piste classique de nos planchers de danse.

Un peu de recherche nous a permis de découvrir que le groupe ne fut que l’un des multiples projets de Mikko Saarela, compositeur multi-disciplinaire légendaire dans son pays. Suivant un modèle classique (on pense par exemple à Jacno), Saarela s’est tourné vers la musique électronique après des débuts punk au sein du groupe Eppu Normaali. Très célèbre en son temps et incontestablement un des plus importants groupes rock finnois, cette formation n’affiche pas moins d’une dizaine d’albums studio – le plus récent datant même de 2007.

Au tournant des années 1980, la musique de Saarela a ensuite bifurqué vers une pop beaucoup plus commerciale avec le duo Argon, dont l’album Kone Kertoo nous rappelle beaucoup le travail que Daniel Miller avait effectué avec les Silicon Teens. Le succès étant mitigé, le musicien se reprend un an plus tard avec une approche plus edgy, embrassant une synth-pop futuriste bien acidulée. Le résultat final, Organ, n’a malheureusement existé que pour le temps limité d’un unique album studio, ce qui ne l’a pas empêcher d’influencer durablement ses pairs. Nous vous recommandons ainsi chaudement Nekrofiilis et ses treize titres entêtants. En voici nos trois favorites, et à dimanche !

Cold War Night­life
Di­manche 16 mai à par­tir de 22h au Salon Of­fi­ciel (351 Roy E. à Mont­réal).
Aux pla­tines : Georges Di­mi­trov et Zoé Starchild (BlackoutMusique.​com) + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di)

L’Amour, c’est magique

Comme vous le savez déjà (et vous ne pouvez y échapper), c’est aujourd’hui la Saint-Valentin ! La fête des amoureux nous revient une fois de plus avec son lot de guimauve musicale sucrée, mais – ô joie – BlackoutMusique.com est là pour vous faire chanter l’amour de manière rigolote et décalée. Notre post de l’an dernier survolait les décennies avec cinq jolies chansons; nous prenons cette fois-ci le thème à contre-pied avec quatre titres burlesques dignes des planchers de danse de Cold War Nightlife.

Débutons avec notre duo germanique préféré D.A.F., qui nous offrent avec Liebe auf den ersten Blick (“L’Amour au premier regard”) un de ces morceaux dont ils ont le secret : rythme ultra-répétitif mais hautement contagieux, paroles simplissimes (“Küss mich, Küss mich, Küss küss mich…“) et avant tout une bonne dose d’érotisme queer.

Ensuite, l’un de nos plus grands classiques : toujours sur Kimono My House (1974), les inénarrables Sparks se fendent d’un hymne à l’auto-appréciation grandiloquente. Falling In Love With Myself Again, ce sont trois minutes de splendeur débordant d’enthousiasme. Aussi glam que d’habitude et encore plus intensément théâtraux si possible, les frères Mael s’en donnent à cÅ“ur joie dans les ruptures de rythme expressives à grands renforts d’orgue et de cymbales.

Pour terminer, deux artistes français des années 1980 qui transcendent le quétaine en kitsch. Avec des textes confondants de mièvrerie légère, le crooner pop-punk belge ( ! ) Plastic Bertrand et le duo français Comix apprennent à nos oreilles ébahies que “On vit pas Sans amour” et que “L’Amour gratuit, non ça n’a pas de prix”. Comment aussi rester de glace face à la musique dont le ton burlesque ne cède en rien à celui du texte : le solo de synthétiseur central de Sans amour vaut à lui seul son pesant d’or ! Parce que l’amour, c’est aussi avec le sourire…

Un Cold War Nightlife en janvier

Le froid mois de janvier vous apportera ce dimanche une autre édition de nos soirées Cold War Nightlife ! Toujours en compagnie de Xavier Paradis, nous vous attendons au Salon Officiel dès 22h pour une nuit dédiée au son glacé et sophistiqué qui constitue notre signature.

En guise d’appât ce mois-ci, nous avons le plaisir de vous présenter une toute nouvelle compilation fraîchement concoctée par l’étiquette Minimal Wave en collaboration avec Stones Throw Records. Disponible dès le 26 janvier, The Minimal Wave Tapes nous propose une première anthologie des parutions antérieures de la maison fondée à New York par Veronica Vasicka. Spécialisée depuis 2005 dans la réédition et le remastering de musique cold wave obscure et confidentielle, Minimal Wave nous offre ici une de leurs premières parutions disponibles sur CD en plus de leur habituel format vinyle : nous y voyons une certaine tentative de popularisation d’un matériel généralement difficile d’accès. Les habitués du label et autres connaisseurs n’y trouveront ainsi pas de grandes surprises, plusieurs chansons ayant déjà figuré sur d’autres compilations comme Bippp : French synth wave 1979/1985 ou The Lost Tapes, une collection antérieure de Minimal Wave même, aujourd’hui épuisée.

Bien qu’un peu inégale, The Minimal Wave Tapes constitue une bonne initiation au genre avec quelques bons coups. Just Because du Français Martin Dupont est sûrement l’une des pistes qui se démarquent le plus : ses entrelacs de lignes mélodiques sombres et étranges alliées à un rythme hypnotique en ont déjà fait un des classiques de Cold War Nightlife. Sinon, en dehors de The Cabinet de Das Kabinette (déjà mentionnée dans un post précédent), les deux chansons qui retiennent particulièrement notre attention sont Reassurance Ritual des Hollandais Das Ding et Blurred des Britanniques Turquoise Days. La première, instrumentale, avec son son synthpop, peut aisément faire penser à la production actuelle de Tobias Bernstrup, alors que la deuxième possède un son joyeux rappelant le Depeche Mode de la période Speak & Spell.

Cold War Night­life
Di­manche 24 janvier à par­tir de 22h au Salon Of­fi­ciel (351 Roy E. à Mont­réal).
Aux pla­tines : DJ Star­child, DJ Trans­mis­sion + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di).

Blackout fête Noël

Les Fêtes 2009 seront rock ou ne seront pas, vous promet-on avec notre soirée Cold War Nightlife qui se tiendra ce dimanche 27 décembre ! Comme d’habitude, attendez-vous à une ambiance musicale de choix avec notre mélange traditionnel de cold wave, post-punk et glam rock, avec quelques concessions ici et là à l’esprit des Fêtes. Profitons-en pour vous souhaiter un joyeux Noël en musique, gracieuseté de BlackoutMusique.com.

De notre grand dandy préféré de la chanson française sixties, Jacques Dutronc, nous avons tout d’abord un titre absurde et rigolo avec La Fille du Père Noël. Comme à son habitude, le chanteur aligne les rimes loufoques et un esprit irrévérencieux caractéristiques, servis par un rythm’n'blues chaloupé, langoureux comme il se doit.

Une dizaine d’années plus tard, les Sparks nous gratifient d’une autre épopée lyrique dont ils ont le secret. Thank God It’s Not Christmas – tirée encore une fois de leur classique Kimono My House (1974) – permet à Russell Mael d’aligner une fois de plus des notes quasi-impossibles. Glam rock progressif et symphonique avec  multiples changements de tempo au rendez-vous.

Le punk français des années 1980 et sans contredit celui de Bérurier Noir. Le groupe nous le confirme sur son EP de 1985, Joyeux merdier, qui contient les célèbres Vive le feu et Salut à toi, mais aussi une curiosité comme La Mère Noël. Dans un esprit joyeusement révolutionnaire, on nous propose ici de la “faire cuire dans la cheminée” au son de boîtes à rythmes et guitares distortionnées.

Terminons sur une note encore plus légère si possible avec une rareté d’un des plus grands pourvoyeurs de bruitages synthétiques hilarants, Telex. Le groupe new wave français nous offre Cloches et sifflets, un b-side obscur qui, s’il ne traite pas explicitement de Noël, en représente parfaitement l’esprit festif, instrumentation scintillante à l’appui. Bonne et joyeuse écoute !

Cold War Nightlife
Dimanche 27 décembre à partir de 21h30 au Salon Officiel (351 Roy E. à Montréal).
Aux platines : DJ Starchild, DJ Transmission + Xavier Paradis (Automelodi).

Cold War Nightlife : In memoriam Jacno

ColdWarFlyer07bCold War Nightlife tiendra sa septième édition ce dimanche 22 novembre, toujours au Salon Officiel. Malheureusement pas de lundi férié cette fois-ci, mais un événement spécial tout de même: nous rendons un hommage particulier à l’un des “habitués” de la playlist de la soirée, à savoir le grand Jacno. Pilier incontournable de la new wave/électropop française, le musicien-chanteur-producteur est en effet prématurément disparu le 6 novembre dernier, à seulement 52 ans.

De son vrai nom Denis Quilliard, le “jeune homme moderne”, tout d’abord dandy-punk avec les Stinky Toys, propage les joies du synthé dès 1979 avec son fameux Rectangle. Un instrumental sautillant et imparable, un immense succès commercial aussi, boosté par la mignonne pub Nesquick. Le premier album solo contient également Cercle, Triangle et Losange : on ne se refait pas ! La suite, c’est celle d’Elli & Jacno, le duo formé avec la fiancée so eighties. Le couple propose plusieurs titres accrocheurs qui combinent la froideur des synthétiseurs et la chaleur de textes légers comme du champagne. La décennie 1980 voit également Jacno produire et écrire pour plusieurs incontournables : Lio, Daniel Darc (chanteur de Taxi Girl) et Étienne Daho. Ainsi traverse-t-il toute une certaine scène française et une certaine époque aussi, qui lui collera toujours un peu à la peau malgré une carrière qui ne s’est éteinte qu’avec lui.

JacnoEn musique, voici donc les inévitables Rectangle et Main dans la main, assortis de la plus confidentielle Les Objets, tirée de French Paradoxe (2002), une chanson qui ferait presque passer Philippe Katerine pour un vilain copieur !

Cold War Nightlife
Dimanche 22 novembre à partir de 21h30 au Salon Officiel (351 Roy E.  à Montréal).
Aux platines : DJ Starchild, DJ Transmission + Xavier Paradis (Automelodi).

Cold War Nightlife : octobre rouge

ColdWarFlyer06-200Le long week-end de l’Action de grâce est arrivé, et avec lui l’occasion de danser une fois de plus à Cold War Nightlife le dimanche 11 octobre. Nous espérons que ce lundi de congé vous permettra  de venir apprécier notre pop glacée et sophistiquée, dans le toujours très rouge et noir décor du Salon Officiel. Nous accueillons de plus ce mois un invité spécial, DJ Mekanik, en remplacement de Xavier Paradis retenu à New York par une tournée d’Automelodi. Cold wave, post-punk, glam rock… illustrons ces trois facettes de la soirée à l’aide de quelques titres choisis.

Débutons avec Enemies Of The Earth, une chanson pop synthétique de l’artiste suédois Tobias Bernstrup. La piste date de 2007 et s’inscrit dans le récent retour en grâce de la minimal wave qui gravite autour de Wierd Records, qui ont d’ailleurs inclus le titre sur leur deuxième compilation maison. Bernstrup, qui est aussi artiste contemporain multidisciplinaire, a plusieurs singles et albums à son actif et nous prépare un nouveau disque au titre alléchant, 1984, à paraître bientôt sur l’étiquette hollandaise Enfant Terrible. Pour plus d’informations nous vous invitons à visiter son site internet www.bernstrup.com.

Beaucoup plus obscure, la deuxième chanson que nous vous proposons aujourd’hui nous vient du groupe britannique Easter And The Totem. Il s’agit d’un groupe post-punk formé au début des années 1980 et en activité sporadique jusqu’à nos jours au gré des variations de personnel. La formation, à ses débuts à tout le moins, nous offre un son apparenté à celui de Joy Division, mais encore plus radicalement minimaliste : un drum machine, quelques notes de basse, quelques accords de guitare, quelques paroles lancées dans le néant. Nothing There est tirée d’une rare compilation intéressante mais hélas quelque peu inégale, intitulée From Bromley With Love (1982) d’après leur quartier londonien d’origine; la piste apparait aussi sur le premier album du groupe, Hip Replacement (paru la même année).

Pour terminer en beauté voici un coup de cÅ“ur récent d’un groupe on ne peut plus classique, à savoir Roxy Music. Do The Strand fut le premier single de leur deuxième album For Your Pleasure (1973), et cette chanson présente toutes les caractéristiques de la grande époque glitter : départ en fanfare, montées rythmiques irrésistibles, cuivres criards, claviers martelants… et bien entendu suave voix de Bryan Ferry nous susurrant des paroles intello-obscures. Le titre fut ensuite repris dans les années 2000 par Alphaville et devrait, selon toute attente, se retrouver sur le prochain album des Scissors Sisters. Excusez du peu.

Cold War Nightlife
Dimanche 11 octobre à partir de 21h30 au Salon Officiel (351 Roy à Montréal).
Aux platines : DJ Starchild, DJ Transmission et DJ Mekanik

Philosophie musicale

n136879311597_5730Le groupe montréalais We Are Wolves nous revient ce mois-ci avec un troisième album, Invisible Violence. Un peu moins abrasive que les précédentes, cette nouvelle proposition marque un tournant davantage mélodique pour le groupe qui ne renie toutefois pas son son d’origine : guitares rock, synthétiseurs distortionnés et batteries hypnotiques sont toujours au rendez-vous. Pour souligner la parution du disque le 6 octobre prochain (sur l’étiquette Dare To Care), nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec le chanteur Alexander Ortiz.

Évidemment, nous allons parler du nouvel album. C’est le troisième… comment pourrait-on le présenter ?

Son titre en dit long. Il y avait d’abord cette expression d’« invisible violence », un concept qui me travaillait l’esprit.

« Invisible violence » est un titre qui a d’emblée une portée philosophique. Il charrie inévitablement un cortège d’idées, de théories, d’images, de pensées…

C’est exactement ça. C’est un amalgame de différentes idées sur l’esthétique et la résonance littéraire, d’Antonin Artaud à Nietzsche. En fait, deux chansons sont directement liées à Georges Bataille, dans la pensée et même le choix des mots. D’abord Vague, sur l’idée de transgression, de tout pousser jusqu’au paroxysme de façon à créer toujours de nouvelles lignes de transgression : le concept de vague, donc. La chanson est en anglais et le mot « vague » peut aussi se comprendre en tant qu’ambigüité. La Rue oblique s’inspire de l’érotisme de la « petite mort », toujours chez Bataille : l’extase érotique en tant que finalité de l’être. C’est Foucault avec son Histoire de la folie, Artaud : quelle est la notion du jugement de Dieu, où il nous mène, pourquoi l’être humain veut constamment pousser ses limites et ainsi se retrouver « dans » la folie et pouvoir créer en se libérant des carcans établis.

Les autres titres de l’album font constamment référence à la violence de l’insomnie, qui a été pour moi une révélation. Après mes premières lectures de Michel Cioran vers 22 ans, j’ai commencé à faire de l’angoisse ! Je lisais aussi beaucoup de Bukowski et j’étais pas mal dans ce délire-là, l’idée de l’excès, de vouloir pousser les paramètres établis par la norme, un peu le cliché du jeune adolescent… C’est dans ce genre d’angoisse et d’insomnies que tu découvres des gens comme Cioran et Artaud.

L’album est donc totalement conceptuel à travers des références littéraires – non pas de fiction, ce qui est plus courant, mais d’idées.

L’invisible violence peut être beaucoup de choses. Ça ne se limite pas à la simple agression physique ou psychologique. Plein de choses me sont arrivées en même temps : j’ai eu un enfant – la fatalité et la mort se remettent en perspective – et je suis retombé dans mes lectures philosophiques. Je me suis donc retrouvé à écrire des textes influencés par tous ces courants de pensée.

Le premier single du disque s’intitule Paloma, le prénom de ta petite fille… Il contient aussi des paroles en espagnol.

C’est justement la chanson qui a le moins à voir avec cette idée de violence… Mais bon, pour moi, la mort, l’invisible, l’amour, la violence, c’est aussi un cycle où tout va ensemble. Paloma est la première chanson qui s’est établie d’emblée pour l’album. Je ne pouvais plus brancher ma basse pour ne pas réveiller le bébé, je l’ai donc composée à la guitare semi-acoustique, pas fort ! Ma fille réagissait, je disais son nom, et je me suis retrouvé à construire un texte. L’espagnol, ça me paraissait important. Même si mon français est tout ce qu’il y a de plus québécois, j’ai grandi avec mes parents en espagnol et je voulais tout de suite intégrer le rapport au langage en ce qui concerne ma fille.

En parlant de composition, comment approchez-vous la création ? Est-ce un travail de groupe ?

En général, comme chanteur, c’est moi qui compose les textes et les rythmes, des idées de base que je propose aux autres qui réagissent et ajoutent des parties au fur et à mesure. Je construis des chansons tout ce qu’il y a de plus simples avec des vieux drum machines.

Des modèles favoris ? Pour les amateurs de synthétiseurs analogiques qui nous lisent…

Le drum machine est un vieux Ace Tone qui appartenait au père de ma blonde. Sinon, je viens de m’acheter un Wurlitzer, et il y a mon vieux SH-1000 que j’ai toujours bien aimé… Mais pour cet album, on a vraiment utilisé énormément de synthétiseurs. On s’est permis des petits côtés émotifs – pour ne pas dire cheesy -, on s’est éclatés avec les pads et les séquences à l’eau de rose. Le ARP Solina nous a particulièrement épatés, un son qui nous évoquait immédiatement David Bowie et Ziggy Stardust.

Est-ce que les nombreuses tournées effectuées depuis la sortie de Total Magique ont influencé votre façon de composer ?

C’est peut-être les disques qu’on écoutait qui l’ont fait… Du John Lennon, le Plastic Ono Band, Leonard Cohen, j’ai redécouvert le vieux Indochine et Duran Duran : on n’a pas écouté d’électro qui « rentre dedans ».

Pourtant, depuis le deuxième album, de spectacle en spectacle, on sentait vraiment monter l’intérêt des médias, jusqu’à une sorte de « hype ». Cela a-t-il apporté du nouveau pour la réalisation du troisième album ?

Je crois que c’est juste une question d’environnement. Il y a certains groupes qui deviennent importants avec leur temps, qui ont une influence sur d’autres formations, qui en influencent d’autres à leur tour, comme un réseau. Mais on a eu accès à des bourses, et c’est la première fois qu’on a vraiment eu un studio pour enregistrer, avec un horaire pour les répétitions. Et on a travaillé avec Radwan Ghazi Moumneh (réalisateur et producteur d’Invisible Violence), qui vient d’une autre scène et qui a une toute autre approche de la musique. Il a joué avec des groupes punk hardcore comme The Black Hands ou Curst, et son projet personnel, Jerusalem In My Heart, est un des plus intéressants à Montréal selon moi.

Nous sommes à deux semaines du lancement d’Invisible Violence, comment vous sentez-vous ?

Nerveux, la pression monte. Il y a beaucoup de chansons à la guitare et comme je suis bassiste à la base, j’ai de nouveaux défis. J’ai très hâte de voir ce que les gens vont en penser, c’est album assez différent des deux précédents !

Pour vous donner un aperçu de ce qui vous attend, nous vous joignons le premier extrait Paloma, en écoute seulement (les liens vers les chansons ont été retirés sur demande).

We Are Wolves
Lancement le 15 octobre (supplémentaire le 16 octobre) au National (1220 Ste-Catherine E.), 18$
www.wearewolves.net

Audio clip: Adobe Flash Player (version 9 or above) is required to play this audio clip. Download the latest version here. You also need to have JavaScript enabled in your browser.


We Are Wolves – Paloma [4:40m]

Pop minimale pour week-end automnal

ColdWarFlyer05200Le joli de mois de septembre s’amorce avec la longue fin de semaine de la fête du travail, et la soirée Cold War Nightlife sera là ce dimanche 6 septembre pour vous faire danser sans complexes.  Comme à notre habitude, nous vous présentons quelques morceaux de choix pour vous mettre en appétit.

Das Kabinette, qui sont anglais comme leur nom ne l’indique pas, nous fournissent en premier la sombre The Cabinet. Il s’agit de l’unique composition du groupe, dont les paroles font explicitement référence au classique du cinéma expressionniste allemand Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1919) : une histoire d’automates et de savant fou dans un décor particulièrement triangulaire.

Partageant les obscurités sonores de la piste précédente mais avec un rythme plus entraînant, nous offrons ensuite Video Boys de Circuit 7, une autre formation britannique à la très brève carrière : deux singles et une apparition sur une compilation résument leur parcours (téléchargez le tout sur Systems of Romance). Les envolées de saxophones datées côtoient ici allégrement des percussions mécaniques sombrement distorsionnées.

Terminons avec un artiste beaucoup plus contemporain, qui nous vient de l’”écurie” new-yorkaise Wierd Records. Martial Canterel, une des nombreuses incarnations musicales de Sean McBride, nous propose un son totalement glacé et sophistiqué sur Windscreen (2008). Collectionneur féru de vieux synthétiseurs analogues, McBride s’en sert pour nous envouter avec des arpèges tourbillonnantes au sein de progressions harmoniques subtiles et inusitées.

Cold War Nightlife
Dimanche 6 septembre à partir de 21h30 au Salon Officiel (351 Roy à Montréal).
Aux platines : DJ Starchild, DJ Transmission + Xavier Paradis (Automelodi).