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Dissid(a)nce enfantine

En­fant Ter­rible, l’étiquette hollandaise derrière les excellentes parutions récentes de Agent Side Grinder et Tobias Bernstrup, se revendique de nous faire découvrir le nec plus ultra en matière de musique électronique pop expérimentale. La boite nous a ainsi concocté dans les dernières années deux compilations rassemblant des artistes actuels des quatre coins du monde, tous indépendants et sans contrat d’enregistrement à l’époque. Suite au succès de la première collection (Electronic Renaissance, 2006 – aujourd’hui épuisée), Enfant Terrible a récidivé en 2008 avec Festival der Genialen Dissidenten; c’est cette dernière que nous vous critiquons aujourd’hui.

Les onze titres répartis sur deux disques vinyle (un 33 tours et un 7″) oscillent de manière éclectique entre deux pôles stylistiques assez disparates : d’un côté des chansons sombres et gothiques flirtant avec la dark wave, de l’autre de la pop synthétique enjouée et rigolote. Des deux orientations, la seconde – bien que minoritaire – est généralement représentée ici avec plus de bonheur. Du côté dark, There’s A Sound That Always Goes Out de Agent Side Grinder en ouverture n’est certainement pas la piste la plus intéressante que le groupe ait produite malgré l’intérêt expérimental que peut susciter son synthétiseur torturé; nous restons pareillement quelque peu sceptiques face aux vociférations vocales du hollandais Vincent K. Les hongrois Nosztalgia Direktíva et les belges Le Triangle Androgyne et Code(S) viennent heureusement sauver la mise avec quelques pistes robotiques et envoûtantes, particulièrement l’excellente Waiting For The Signal et sa ligne de basse d’une lenteur obsédante.

Du côté des chansons plus légères, on nous propose Catch A Dream du groupe franco-belge Yseult Descieux (mignonne quoiqu’un peu insignifiante), de même que les deux titres qui nous ont particulièrement conquis sur cette compilation, Disco Nouveau de Jongbloed & Sofia E.R. et Coeurvert de… Coeurvert. La première a un faux air de You Spin Me Round et devrait plaire aux amateurs de nouvelle vague française à la Moderne ou Mathématiques Modernes, avec ses rythmes dansants et ses voix atones. La seconde est un morceau d’absurdité synthétique belge dans la plus pure tradition de Starter ou Comix : “encore, encore/un corps à corps/encore, encore/encore d’accord…” Un peu de minimal synth attendu mais efficace complète enfin la sélection, gracieuseté des français Dolina ou des allemands Adolf Filter (sic).

Malgré quelques inégalités inhérentes à ce type de projets, Festival der Genialen Dissidenten s’en tire en fin de compte fort honorablement et nous offre la chance de découvrir plusieurs groupes autrement inaccessibles, ce que nous ne pouvons que saluer. Amateurs de musique électronique DIY bizarre et – dans ce cas particulier – particulièrement gothique, vous serez comblés. Nous vous offrons trois pistes pour vous mettre en appétit, et vous invitons évidemment à vous diriger vers le site d’Enfant Terrible (www.enfant-terrible.nl/enfant11.htm) pour vous procurer le coffret complet pendant qu’il en reste encore quelques uns en stock (leurs éditions étant notoirement très limitées).

 
 Code(S) - Waiting For The Signal [3:41m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Jongbloed feat Sophia E.R. - Disco Nouveau [2:57m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Coeurvert - Coeurvert [2:22m]: Play Now | Play in Popup | Download

Le Bruit et la fureur

Petit délai depuis notre dernier post… ceux qui nous connaissent savent déjà que l’arrivée imminente d’un nouveau petit fan de musique nous occupe quotidiennement !

Poursuivant la série de coups de cÅ“ur récents, nous vous présentons aujourd’hui le trio allemand Gorilla Aktiv : alors que Stahlnetz – dont nous vous parlions il y a quelques semaines – représentent bien le côté plus pop de la Neue Deutsche Welle, Gorilla Aktiv en illustrent parfaitement le côté plus sombre et décalé.

Leur musique, originalement parue sur trois cassettes entre 1982 et 1983, a fait dans la dernière décennie l’objet de deux rééditions : Nur Für Erwachsene a tout d’abord réuni sur un 7″ en 2003 les quatre titres de leur premier démo, le reste de leur production étant regroupée sur le LP Umsonst Ohne Risiko – “Sans risque gratuit” en 2005. Nous pouvons en remercier WSDP, une étiquette indépendante allemande dédiée, telle Minimal Wave, aux rééditions de musique minimale oubliée du début des années 1980 : son patron Frank Herges est le grand responsable du retour de Gorilla Aktiv sur les tablettes. Le tirage extrêmement limité de ces nouveaux vinyles (300 copies chacun) les rend toutefois presque aussi rares et inaccessibles que les enregistrements originaux et la présence de blogueurs comme Brotbeutel devient inestimable dans la diffusion de l’information – que ce soit pour la musique même ou l’impressionnant travail biographique.

Musicalement, Gorilla Aktiv est avant tout un voyage teinté d’attitude punk au pays des petits sons déjantés. Qu’ils soient produits par le MS-20 de service et de nature mélodique (Das Gesicht – “Le Visage”) ou le fruit de divers morceaux de ferraille échantillonnée (Die Makse – “Le Masque”), ces bruits saturent la production d’une bonne touche de folie. De D.A.F. à Palais Schaumburg,  la bande menée par Tommi Eckart renvoie ainsi inévitablement à plusieurs de leurs contemporains – leur côté iconoclaste garantissant une originalité indéniable assortie d’une redoutable efficacité. Des pièces survoltées comme Spiegelbild (“Image miroir”) témoignent ainsi d’une rare énergie dansante quasi-hystérique à laquelle plusieurs groupes d’aujourd’hui dits disco-punk tentent tant bien que mal de parvenir… Les pistes de Gorilla Aktiv sont toutes plus sympathiques les unes que les autres – le choix, déchirant : voici les trois dont nous vous avons parlé ici, bonne chasse web pour les autres !

 
 Gorilla Aktiv - Das Gesicht [3:19m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Gorilla Aktiv - Die Maske [2:18m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Gorilla Aktiv - Spiegelbild [1:57m]: Play Now | Play in Popup | Download

Le bonheur selon Stahlnetz

Vous cherchiez un remède à la grisaille hivernale ? Vous le trouverez avec la musique du groupe allemand Stahlnetz, une découverte récente. Sur leur unique album de 1982 intitulé Wir sind glücklich (“Nous sommes heureux”), le groupe allemand nous offre en effet une collection de chansons pop synthétiques plus joyeuses les unes que les autres. Au sein de la fameuse Neue Deutsche Welle dont se réclament tant d’artistes, Stahlnetz se distingue des courants plus radicaux d’héritage punk pour embrasser un style plus désinvolte et léger qu’ont aussi défendu des artistes comme Falco, Peter Schilling ou Nena.

Bien que très accrocheur et distribué par une étiquette importante, le disque n’a étonnamment pas eu un grand retentissement à l’époque, ce qui n’empêcherait pas le vinyle de figurer aujourd’hui parmi la liste des plus recherchés (selon Square Dancing). La musique de Stahlnetz ne révolutionne certes pas grand-chose mais elle possède une énergie et une bonne humeur communicatives. Que ce soit avec Der Seeman und Die Stewardess, une très jolie chanson menée par une ligne mélodique irrésistible, ou avec la bien nommée Romantisch, le duo nous parle d’amour et nous fait danser avec le sourire. Quant à Schwarzes Gold, si ses bruitages burlesques à la Telex qu’on retrouve après 2:48 ne vous amusent pas, nous déclinons toute responsabilité !

 
 Stahlnetz - Der Seeman und die Stewardess [3:49m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Stahlnetz - Romantisch [3:26m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Stahlnetz - Schwarzes Gold [3:42m]: Play Now | Play in Popup | Download

Poussière d’étoiles

Xeno & Oaklander – dont nous vous avons parlé il y a quelques jours – ne sont pas les seuls new-yorkais de la famille Wierd à faire parler d’eux cet automne. Le trio Led Er Est, qui s’était comme eux distingué en dispersant quelques pistes envoûtantes sur des compilations récentes, nous propose un premier album intitulé Dust On Common.

Les deux formations partagent évidemment une passion pour les drum machines analogues, les nappes de sons synthétiques et les voix ténébreuses abusant parfois un peu d’écho. Mais là où la musique de Xeno & Oaklander était – malgré ses zones d’ombre – plus pop et mélodique, celle de Led Er Est s’inscrit dans une tendance nettement plus gothique. Les références abondent à des groupes fondamentaux de la première époque comme Bauhaus ou P.I.L. (on pense à la chanson d’ouverture Bikini Fun), de même que The Cure, dont la période 17 Seconds / Faith a clairement influencé des titres comme Destination Sanity ou I Wait For You – le côté électronique en plus.

Musicalement sinon, en dehors de la surprenante Something For The Children et sa composition bruitiste, les enchaînements harmoniques et les mélodies de Led Er Est ne s’éloignent pas trop des canons du genre, se cantonnant dans l’utilisation de divers modes entendus à tendance phrygienne. Cela n’empêche pas le groupe de nous offrir des hits qui compensent en efficacité ce qu’ils manquent peut-être en originalité : l’ensemble du disque est d’une grande qualité, Port Isabel et The Unkept Area en particulier étant aussi hautement énergiques l’une que l’autre et toutes deux fort appropriées pour les pistes de danse près de chez vous. Nous vous offrons les deux titres en écoute et vous invitons à visiter le site de Wierd Records pour plus d’informations.

 
 Led Er Est - Port Isabel [4:12m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Led Er Est - The Unkept Area [3:05m]: Play Now | Play in Popup | Download

Minimalisme à deux

Terminons l’année 2009 avec une nouvelle parution tout fraîchement issue des toujours intrigantes presses de Wierd Records (NYC) : après quelques collaborations et apparitions sur diverses compilations, le duo new-yorkais Xeno & Oaklander nous offre enfin depuis novembre un premier album intitulé Sentinelle. Sean McBride, maître à penser de la nouvelle vague minimal synth new-yorkaise avec son projet Martial Canterel, travaille ici en couple avec Liz Wendelbo pour nous offrir un joli disque qui ne surprendra point les adeptes de son travail antérieur.

N’employant toujours qu’un équipement musical analogue ayant fait les beaux jours des groupes cold-wave au début des années 1980 – et lui conférant un son distinctif -, McBride tisse des ambiances musicales empreintes d’étrangeté. La musique de Xeno & Oaklander est toutefois ici moins froide, moins incisive que son travail en solo, et fortement teintée de romantisme : un peu moins de Absolute Body Control dans la recette peut-être, et un peu plus de Oppenheimer Analysis. Les nombreuses influences du projet sont d’ailleurs très présentes et incluent quelques passages obligés du genre, tels les interludes musicaux abstraits (Move I) ou les sombres pistes atmosphériques (Another). La grande qualité et l’originalité de l’écriture mélodique de McBride empêchent toutefois leurs titres plus pop de sombrer dans le cliché : la chanson titre Sentinelle, Shadow World, ou encore 4th Wall sont de véritables trouvailles, de même que Toho Picture, une jolie piste instrumentale – une des plus belles réalisations du disque à notre avis. Nous vous joignons deux pistes à titre d’illustration, et vous invitons à vous procurer l’album si vous aimez : bonne écoute et bonne année !

 
 Xeno & Oaklander - Sentinelle [3:17m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Xeno & Oaklander - Toho Picture [3:18m]: Play Now | Play in Popup | Download

Grinders & Tapes

enfant15_fr_300Après être tombés par hasard cet automne sur deux vidéos promotionnelles disponibles sur YouTube, nous fûmes  immédiatement conquis par le son du groupe suédois Agent Side Grinder : un mélange de post-punk à tendance gothique et d’expérimentations électroniques.  Enfant Terrible, leur maison de disques basée en Hollande, nous a obligeamment fait parvenir une copie de leur plus récentes parutions. Après l’avoir écouté durant ces derniers jours, nous ne pouvons que vous confirmer notre première impression et saluer le talent du quatuor et la qualité de Irish Recording Tape. Ce premier album, qui fait suite à un 7″ éponyme paru en 2006, n’est d’ailleurs qu’un des deux disques que nous propose la formation ce mois-ci, laissant libre cours à ses instincts expérimentaux et progressifs sur The Transatlantic Tape Project.

Bien que musicalement intéressant et intriguant, ce dernier n’a pourtant pas la puissance et l’énergie concentrée des pistes de Irish Recording Tape. Les membres fondateurs Peter Fristedt et Johan Lange manipulent ici leurs vieux équipements analogiques avec doigté pour produire des ambiances sonores industrielles à base de bruits enregistrés et ré-enregistrés en boucle sur des bandes (tape loops) : une approche dont le charme ne s’est jamais démenti depuis les expérimentations de Pierre Schaffer au début des années 1950. À ces ambiances hypnotiques et minimalistes vient s’ajouter la basse électrique de Alexander Blomqvist, donnant à la musique une énergie “live” à travers des lignes héritées de Joy Division ou du premier Bauhaus. Le résultat, où se mêle une voix d’outre-tombe (gracieuseté de Kristoffer Grip) est fascinant. On oscille entre des titres plus accessibles comme Die To Live ou la très New Order-esque Life In Advance, et des pistes plus radicales comme Pulse ou Telefunk, d’une lenteur obsédante.

Nous vous offrons donc ici deux titres pour découvrir Agent Side Grinder, en écoute seulement à la demande d’Enfant Terrible. L’album, offert en vinyle uniquement, peut être acheté en ligne pour la modique somme de 16 euros : pour une édition limitée à 517 ( ? ) copies d’un disque d’une rare qualité, c’est une aubaine.

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Agent Side Grinder – Die To Live  [5:10m]

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Agent Side Grinder – Pulse  [3:22m]

Passé recomposé

R-1777083-1252763642Bien que le début des années 1980 en ait été l’age d’or, la création de musique électronique minimal wave reste aujourd’hui d’une actualité pertinente : des groupes comme Human Puppets, coup de cÅ“ur récent dont nous vous présentons aujourd’hui quelques pistes, nous le prouvent brillamment. Originaire de la Grèce – repoussant ainsi encore les limites du multiculturalisme analogique -  la formation nous propose un son froid, sombre et extrêmement vintage. Les rythmes robotiques et une utilisation des synthétiseurs beaucoup plus bruitiste que mélodique les place directement dans la lignée des Experimental Products et autres Absolute Body Control, au contraire d’une approche moins gothique et plus pop qu’illustreraient par exemple Rational Youth. Des voix caverneuses et des tempos généralement endiablés complètent le portrait d’un groupe au talent très prometteur.

En dehors de quelques 7″ et apparitions sur diverses compilations, Human Puppets n’ont qu’un seul album à leur actif, Future From The Past (2006). N’ayant originalement fait l’objet que d’un tirage très limité sur vinyle, le disque est disponible depuis cette année dans une version CD enrichie de quelques pistes supplémentaires, gracieuseté du tout jeune label allemand Disorder Records. Excellent de part en part, l’album nous offre quelques pistes remarquables et par ailleurs, fort dansantes. Nous vous invitons donc à écouter l’énergique Misery On Sunday, la justement nommée Minimal Man et l’hypnotique Reise Nach Deutschland, dans une pièce sombre et enfumée avec un stroboscope si vous en avez un sous la main.

 
 Human Puppets - Misery On Sunday [3:46m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Human Puppets - Minimal Man [4:10m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Human Puppets - Reise Nach Deutschland [3:33m]: Play Now | Play in Popup | Download

Pop and style

HandsAndKneesEn nous plongeant récemment dans le capharnaüm de soumissions musicales reçues par notre blogue et prenant la poussière sur les tablettes virtuelles de nos disques durs, nous sommes tombés sur les forts sympathiques Hands And Knees. En activité depuis 2006, le quartette originaire de l’état du Massachusetts a fait paraître au printemps dernier son deuxième album, Et tu, Fluffy? (2009).

Mené par le chanteur Joe O. Brian, le groupe nous offre un indie rock aux influences extrêmement métissées : une touche de punk par ici, un peu de country par là, du glam et une dose de brit-pop nonchalant pour faire bonne mesure. Le résultat n’impressionne peut-être pas par son originalité, mais la formation nous offre des compositions solides interprétées avec classe et brio. Au sein d’une scène musicale remplie d’émules d’Arcade Fire écrivant une musique pseudo-angoissée par trop sérieuse, nous saluons tout spécialement l’optimisme de Hands And Knees et leurs chansons dynamiques et accrocheuses, authentiquement pop.

À l’exception d’une ou deux pistes, l’album est également d’une qualité très constante. Voici trois chansons qui nous ont particulièrement conquis : You Got Pop, You Got Style est une des plus enlevantes du disques, oscillant entre des couplets aux guitares désaccordées et un refrain rythmé; We Are The Man Who Cannot Fly nous rappelle beaucoup The Clash avec ses rythmes ska; Blue Day Moon enfin, plus mignonne, nous laisse entrevoir un côté plus lyrique du groupe. Pour plus d’informations, nous vous invitons à visiter leur site internet au www.handsandknees.net.

 
 Hands And Knees - You Got Pop, You Got Style [2:53m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Hands And Knees - We Are The Man Who Cannot Fly [3:36m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Hands And Knees - Blue Day Moon [3:20m]: Play Now | Play in Popup | Download

Swiss Connection

guyers_connectionAprès Starter il y a quelques semaines, poursuivons dans la lignée de la minimal wave suisse avec une autre formation remarquable tant par son talent que par sa confidentialité : Guyer’s Connection. Le duo électronique fut constitué en 1982 par deux adolescents, Tibor Csebits et Philippe Alioth, fatigués du rock et prêts à embrasser le fascinant monde des synthétiseurs. Malgré leur jeune âge (15 et 16 ans à l’époque), ils réussirent à auto-produire dès 1983 un album complet (Portrait) en plus d’enregistrer nombre d’autres pistes restées inédites jusqu’à leur réédition en 2005 en tant qu’album éponyme. Les deux parutions ont évidemment connu un tirage très limité sur vinyle (330 copies seulement pour Guyer’s Connection !) et en obtenir une copie aujourd’hui relève de l’exploit : nous remercions ici Death Wears White Socks pour l’accès à cette Å“uvre.

La musique de Guyer’s Connection, souvent épurée à la limite du dépouillement, fascine par ses mélodies d’une douce simplicité et d’une subtile mélancolie. Les Loupes, chanson plus expérimentale qu’on retrouve parmi les inédits, constitue peut-être l’exception avec le chant quelque peu plus agressif de Monique M., amie invitée pour l’occasion. C’est toutefois des pièces comme l’obsédante Hé Sabine (également inédite) ou l’instrumentale Pogo Of Techno (en ouverture de Portrait) qui représentent au mieux l’expression à la fois sombre et tendre du groupe. On s’étonne d’une maturité musicale si précoce, où les maladresses mêmes ont un charme suranné. La formation a cessé d’exister en 1985 mais ses membres ont continué à travailler au sein de nombreux projets jusqu’à aujourd’hui, ensemble ou séparément.

 
 Guyer's Connection - Hé Sabine [4:46m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Guyer's Connection - Pogo of Techno [3:12m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Guyer's Connection - Les Loupes [3:16m]: Play Now | Play in Popup | Download

Chapeau melon et brit-pop

maximopark

Reportons nous quatre ans en arrière, au début de l’été 2005. Le premier album de Franz Ferdinand dominait toutes les chaînes et pistes de danse depuis un an et s’instituait en héraut d’une énième british invasion. Tous les magazines nous promettaient le renouveau du rock anglais et les producteurs recherchaient ardemment le prochain messie, laissant dans leur sillage nombre de disques sans lendemain.

Nous tombons ainsi par hasard, un certain lundi 13 juin, sur un article du journal Voir qui nous annonce la venue d’un quintette de Newcastle : nous n’avions jamais entendu parler de Maxïmo Park mais le concert avait lieu le soir même à La Tulipe, les billets étaient abordables et notre curiosité, piquée. Quelques heures plus tard, nous attendons donc le début du spectacle dans une salle pratiquement vide : nous ne serons qu’une trentaine de chanceux peut-être à voir l’irruption sur scène d’un hurluberlu en costume de dandy, chapeau melon à l’appui. Sans se démonter face à la disparité de l’assistance, Paul Smith et sa bande ont livré une performance survoltée et inoubliable, enchaînant tous les tubes accrocheurs de deux minutes qui composent leur premier album, A Certain Trigger. L’énergie de Maxïmo Park fut en tout cas communicative et le public maigre mais vaillant d’applaudir sans relâche pour un premier rappel (entendu avec le gars des vues), un second plus surprenant (on nous offre deux b-sides obscurs) et même, chose rarissime, un troisième : “Well, we have already played all our songs…” . Et d’enchainer avec leur principal succès Apply Some Pressure pour la deuxième fois de la soirée, histoire de nous calmer enfin.

Nous en ressortîmes ainsi repus, un exemplaire de A Certain Trigger sous le bras, disque qui allait souvent occuper notre stéréo dans les mois à venir. Le groupe avait en effet réussi à atteindre un son qui, bien qu’apparenté à celui d’autres formations contemporaines, leur était propre, mitigeant brit-pop et racines punk (on pense ici surtout à The Jam). Les arrangements étaient originaux et témoignaient d’une rare recherche rythmique, assortie de progressions harmoniques et mélodiques souvent surprenantes mais toujours accrocheuses. Comme nombre de compatriotes cependant, Maxïmo Park n’ont hélas pas su soutenir cette intensité et cette urgence dans leurs albums suivants : Our Earthly Pleasures (2007) était notablement moins réussi même s’il nous a offert des perles comme Russian Litterature; quant à Quicken The Heart (2008), il fut carrément décevant. Peu importe, leur premier effort restera quand même pour nous un classique, assorti de souvenirs et à recommander chaudement : pour vous appâter, nous vous proposons la déjà mentionnée Apply Some Pressure, de même que les excellentes Once A Glimpse et The Night I Lost My Head. Bonne écoute !

 
 Maxïmo Park - Apply Some Pressure [3:20m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Maxïmo Park - Once A Glimpse [3:05m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Maxïmo Park - The Night I Lost My Head [1:52m]: Play Now | Play in Popup | Download