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En noir et black

Nous vous avons déjà, à travers Soviet Soviet, Ancien Régime et Mushy, donné un aperçu de la scène underground italienne ; revenenons-y aujourd’hui avec une critique en avant-première du premier album de Der Noir, à paraître la semaine prochaine sur l’étiquette RBL Music Italia.

Portant bien son nom, le groupe nous propose une musique authentiquement gothique, rejoignant une certaine résurgeance du genre musical : parfois considérée comme ringarde dans les années 2000, la musique gothique, portée par les succès de nouveaux porte-étendards tels The Soft Moon, effectue en effet un retour en grâce récent aux yeux de la critique. Et si le genre avait, dans les années 80, souvent été associé à une esthétique romantique (les frontières avec la new wave ou les “nouveaux romantiques” sont d’ailleurs souvent floues), sa mouture 2010 est souvent froide, se réclamant des ambiances glacées de la cold wave.

Ces prises de position musicales et l’esthétique vaguement S&M réminescente de D.A.F. ne sauraient d’ailleurs étonner, les membres de Der Noir ayant tous officié au préalable dans des formations allant de l’industriel au black metal. Intitulé A Dead Summer, ce disque constitue ainsi une aventure résolument plus calme pour Manuele Frau (voix), Manuel Mazzenga (guitare & basse) and Luciano Lamanna (drum machines, synthétiseurs). Les pistes sont généralement composées sur un mode planant, exploitant des superpositions de nappes de synthétiseurs et de guitares noyées dans des effets de révérbération et de délai. Si elle est envoutante, cette production s’avère quelque peu uniforme, et si des pistes comme les intenses Private Ceremony et Stranger’s Eye ou la plus électronique Dead Summer ressortent du lot, d’autres telles Lontano Dalle Rive, Cosa Vedo ou Clouds of 86 manquent parfois d’énergie et personnalité.

S’il maitrise ainsi admirablement ses ambiances noires, le groupe pêche hélàs un peu par manque d’originalité, les références à Depeche Mode (période Exciter), Bowie (les rythmes hachés évoquant fortment Outside ou Heathen), The Cure ou tant d’autres étant parfois trop évidentes. Sachant toutefois bien s’entourer, le groupe a notamment requis les services de Newclear Waves (projet d’Alessandro Adriani, l’homme derrière Mannequin) et Mushy pour le premier extrait : quelques pulsations de synthétiseur bien placées et des voix fantômatiques donnent ainsi vie à Another Day, que nous vous offrons ici en téléchargement. Saluons également au passage la réalisation léchée employant entièrement de l’équipement analogique vintage, ainsi que l’esthétique de la pochette et son joli mannequin au contraste sans visage.

Électronique nordique

Des nouvelles de la Scandinavie pour ce début d’hiver ! Nos amis hollandais d’Enfant Terrible ont mis la main à la pâte pour nous concoter une courte compilation de cold wave dansante made in Suède. Svensk Bonnasynth, disponible sur un mini 12″ depuis la mi-novembre, réunit ainsi trois artistes que reconnaitront les connaisseurs au fait des compilations passées de l’étiquette (dont nous avons entre autres discuté ici). À raison de deux pistes par groupe seulement, ce petit sampler réussit l’exploit d’offrir une pallette de sons allant du plus pop au plus sombre tout en gardant une grande unité de ton.

Kord, en ouverture et en conclusion du disque, constituent la proposition la plus ouvertement dansante : drum machines bien en évidence, mélodies accrocheuses et vocoder s’allient pour  créer un son new wave  qui touche presque au disco. Si l’influence d’Alphaville se fait sentir sur I, Sexuality, c’est un minimalisme à la New Order, répétitif mais obsédant, qui donne son énergie à Dr. Svend (offerte en écoute). Monster Apparat suivent avec un son décidément plus robotique, typique de la mouvance minimal wave des dernières années. Leurs pistes sont baties autour d’un squelette épuré basse/percussions auquel s’ajoutent plusieurs sons et bruitages variés, accompagnés de voix en arrière-plan révérbérées. Des deux pistes se démarque particulièrement Music Is Art, Not Fashion avec ses paroles scandées avec une agressivité tendant vers le punk. Les deux chansons au centre du disque (organisé en cercles concentriques) sombrent quant à elles dans le gothique électronique lent et lancinant de Adolf Filter. Klyftan Stor n’aurait pas fait tâche sur Black Celebration de Depeche Mode alors que Cherbar s’apparente à du Kraftwerk vieilli en crypte. L’esthétique et la noirceur sont d’une épuration classique : des trois groupes, c’est celui qui se rapproche le plus des habitudes plutôt dark d’Enfant Terrible.

D’un tirage limité à 320 copies, le disque est maintenant en un mois presque épuisé. Nous conseillons aux amateurs de se dépécher avant que ne disparaisse cette belle occasion de découvrir des sons nordiques underground : un territoire peu exploité où Svensk Bonnasynth s’inscrit en héritière de compilations classiques telles Maskindans.

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Kord – Dr. Svend

Scientélectrologie

Groupe fétiche de la scène alternative montréalaise, Duchess Says est de retour cette semaine sur disque avec In a Fung DAY T !, publié chez Alien8Records. Curiosité-évènement, cette sortie intrigue, le caractère déjanté du groupe n’y étant pas pour peu de chose. Trois ans après Anthologie des trois perchoirs, que nous proposent donc Annie-Claude Deschênes et sa bande, alors que la vague électro-punk s’est internationalement quelque peu essouflée ?

La réponse à cette question, en dix chansons, offre un spectre musical qui s’est plutôt assagi en présentant peut-être plus de maturité et une écriture plus contrôlée. Ce commentaire ne se veut pas nécessairement un reproche : le quatuor ne semble pas avoir échappé à l’influence croissante que la période 1979-1983 semble opérer sur la musique actuelle, et le style migre du “punk“ vers le “post-“. Les tempos se font souvent plus lents et les synthétiseurs, omniprésents – parfois avec bonheur (la séquence de basse de L’Ordre des secteurs ou la dernière minute épique de Time To Reiterate), parfois moins (Narcisse). Tubeway Army, Devo et Gang Of Four se révèlent ainsi comme des références évidentes ou, pour les connaisseurs, Gorilla Aktiv ou Palais Schaumburg.

Les pistes sont plus ressérées et s’offrent toutes dans un format de “chansons” traditionnel. Exit donc les éxpérimenations/jams sans structure claire qui jalonnaient le premier opus, de même que la majorité des hurlements désordonnés. Nous saluons ici cette évolution positive, bien que la palette sonore aurait pu être davantage renouvelée : les traitements sur la basse, les synthétiseurs et la voix oeuvrent en effet dans un registre efficace mais limité. Moins agressif et donc plus accessible, l’album offre son palmarès de pistes dansantes et accrocheuses, L’Ordre des secteurs trônant au sommet suivie de près par Antepoc ou la très gothique Substraction of Obedience. Une touche de glam transpire même à travers les accords martelés de Time to Reiterate de même que l’excellente Main District. La sauce se gâte hélàs un brin sur les trois “ballades” du disque : n’est pas Iggy Pop ou Nirvana qui veut, et Gainsbourg (un titre qui aurait pu être mieux employé), S.O.H… et Yellow Pillow tombent un peu à plat. L’énergie semblant toujours être le registre où Duchess Says est le plus à l’aise, l’émotion sera, elle, peut-être au rendez-vous dans trois autres années.

Duchess Says avec Le Monde Dans le Feu
Spectacle-lancement le 13 octobre au Club Soda (1225 Boul. St-Laurent), 15$

Si tu aimes le soleil…

À contre-pied du post précédent, plongeons-nous aujourd’hui dans la musique hautement ensoleillée de Hands and Knees. Nous vous avions déjà parlé de ce petit groupe indie originaire de Boston il y a deux ans, à l’occasion de la sortie de leur second album, Et tu, Fluffy ? (2009). Voici que la bande de Joe O’Brien a récidivé en janvier denier – pour notre plus grande joie – avec Wholesome, nouveau concentré de rock joyeux à tendance rétro.

Compensant par une énergie communicative ce qu’il manque parfois en originalité, le groupe poursuit avec son pot-pourri d’influences au sein d’une démarche cette fois plus assumée, à mi-chemin entre folk américain et pop britannique (on pense aux Courteeners par exemple). Le chanteur, plaidant un retour aux sources en citant Are You Experienced ? de Jimi Hendrix et l’album blanc des Beatles (excusez du peu), avoue avoir voulu concocter un disque ou chaque chanson serait unique, une “aventure” en soi. La barre est évidemment trop haute, mais l’exercice donne tout de même lieu à une diversité stylistique où quelques pistes se démarquent du lot : Cadillac, ballade blues langoureuse par excellence, nous évoque une pléthore d’antécédents dont, au niveau local, du vieux matériel de Jean Leloup (L’Antiquaire ) ou de Caféïne (Color of love). The Ballad of Cottonball Johnny est un mini-hymne pop-punk de 1 :16. Feathered Fly : entièrement a cappella. L’ombre de Johnny Cash plane au sein des duos vocaux de Fieldtrip ! ou Do You Look at Everybody That Way ?. I Won’t Miss You se perd dans la reverbération certifiée Magnetic Fields.

Au milieu de tout cela, quelques chansons ingénument pop, accrocheuses, trames sonores idéales d’un film fauché à Sundance ou d’un après-midi de shopping chez Urban Outfitters. Des chansons qui ont un air mélancholique de déjà-vu, comme retrouvées d’un album oublié qu’on avait si souvent écouté étant adolescent. Des chansons qui font plaisir, tout simplement.

Conscients peut-être qu’indie a autrefois eu une signification au-delà de la délimitation floue d’un genre musical un peu fourre-tout, Hands and Knees se passent d’étiquette et se distribuent seuls. Wholesome est à vous pour 5$ ou plus (à votre discrétion, soyons tendance), vinyles édition limitée en option : http ://handsandknees.bandcamp.com/.

Obscur de lune

En poursuivant notre survol des parutions musicales de la dernière année, nous pouvons difficilement passer à côté du premier disque-phare éponyme de The Soft Moon. Arrivé en catamini sur les tablettes en novembre dernier, l’album s’est rapidement imposé dans les milieux underground, salué par la critique et taillant sa place sur nombre de palmarès de fin d’année. Originaire de San Francisco, le projet évolue autour de la personne de Luis Vasquez : intialement seul dans l’aventure, le multi-instrumentiste et compositeur s’est rapidement entouré d’une groupe capable de communiquer l’énergie live que requérait l’urgence de sa musique. Il ne manquait que d’attirer l’attention d’un label de circonstance, chose faite avec Captured Tracks, étiquette brooklynoise qui fait autant dans le contemporain que la réedition.

Souvent qualifé de post-punk, cet album est actuellement une des expressions musicales les plus densément gothiques que nous ayons récemment entendues. Le ton est opressant du début jusqu’à la fin, la voix se perdant dans des méandres de réverbération et de distortion sans espoir de lumière. Les chansons se construisent en couches superposées, sons et bruits se densifiant progressivement avant d’atteindre des points de rupture, accalmies temporaires. Au sein de cette musique constamment pulsée, tout devient rythme et échos, les claquements de main dans Circles et les halètements de Sewer Sickness étant particulièrement efficaces, de même que les syllabes scandées de We Are We.

Le pot-pourri d’influences se fait évidemment sentir : on remercie Joy Division pour les batteries hypnotiques, The Editors pour les solos de guitare suraigüs en notes répétées, Bauhaus pour les lignes de basse et voix d’outre-tombe, et d’innombrables pionniers de la cold wave qui ont su intégrer des synthétiseurs acerbes et acérés à une instrumentation acoustique. Vasquez réussit toutefois à apposer une touche personnelle et moderne au produit final, notamment grâce à l’aspect un peu expérimental de la musique qui évoque (sans atteindre toutefois à leur originalité) Dark Day ou, plus près de nous, Agent Side Grinder.  Le principal reproche qu’on pourrait adresser à The Soft Moon tient probablement à son uniformité – les pièces, bien que de qualité, se ressemblent fort, et cette proposition pourrait lasser si ce n’était de sa brièveté. En onze pistes et 37 minutes, l’album réussit cependant à maintenir une enérgie captivante. L’inspiration constructiviste et suprématiste du visuel appose une touche finale qui ne peut que nous réjouir.

The Soft Moon avec John Maus et Tops
2 octobre au Il Motore (179 Jean-Talon O.), 10$ / 13$ à la porte

Weekend à (New York &) Rome

En survolant le catalogue passé de Mannequin, nous avons été agréablement accrochés par un split paru l’an dernier, réunissant les new-yorkais Led Er Est et les italiens Ancien Régime. Le responsable de cette parution est la tête de l’étiquette, Alessandro Adriani, qui semble s’être donné comme mission de réunir l’ancien et le nouveau continents au sein d’une internationale électronique underground – il agit d’ailleurs aussi ici à titre de réalisateur pour Ancien Régime.

Petit à petit, la prolifération récénte d’albums s’inscrivant dans la tendance électronique minimale entraîne fatalement un phénomène de saturation. Les pistes ne peuvent être toutes également inspirées et les temps morts côtoient souvent les moments poignants sur les albums. Heureusement, la concentration du matériau musical semble ici avoir eu un effet stimulant sur l’imagination des artistes : alors que Dust On Common (2009) était réussi mais un peu inégal, le travail de Led Er Est est ici nettement plus maîtrisé et précis. Laissant une plus grande place à la mélodie, leurs quatre chansons (Ants fait figure d’intermède bruitiste) accaparent l’oreille avec plus de subtilité. Lonesome XoXo possède une aura douce-amère d’un autre temps à la Guyer’s Connection, tandis que Darkness in My Soul - une reprise inspirée de Solid Space de 1982 (clip original) – nous montre une face plus touchante du groupe.

Ancien Régime ne sont d’ailleurs pas en reste et proposent un minimal synth mitigé de new wave à tendance gothique, où les boites à rythmes robotiques rencontrent des basses passées au flange façon The Cure. Alors que la plupart des artistes retiennent le côté sombre de ces illustres modèles, Ancien Régime semblent s’être souvenus que la bande de Robert Smith savait aussi être pop : si Brief Encounter et The Phantom Chariot ne s’éloignent pas trop des modèles connus, No Lights in the Elevator nous propose un kitsch rafraîchissant et entraînant qui évoque les beaux jours de Melody Club.

Soulignons enfin la grande qualité esthétique de la pochette toute en rouge, blanc et noir, gravures anciennes et touches constructivistes : si le tirage original est hélàs épuisé, quelques distributeurs en possèdent encore quelques exemplaires sur les rayons – intéressés, dépéchez-vous.

Sourires glacés

Les lecteurs de ce blogue seront déjà familiers avec la formation montréalaise We Are Wolves, groupe phare d’une certaine scène électro-indie de la fin des années 2000. Loin de demeurer inactifs depuis la sortie d’Invisible Violence en 2010, les deux membres survivants du groupe – Alex Ortiz et Vincent Lévesque – se sont enfin attelés à publier un premier EP de CLAASS. Projet parallèle sur scène en compagnie de Jordan Dare, DJ bien connu des amateurs d’électro façon côté obscur, CLAASS s’est fait attendre quelques années sur disque, comme le font bien souvent ces collaborations de dilettante. Le dilettantisme est souvent synonyme d’une superficialité qui, dans le monde de la pop, relève le plus souvent de l’anecdotique. C’est heureusement le contraire qui s’est produit ici, où l’enregistrement d’un cinq-pistes en dehors des sentiers battus semble avoir été un remède à l’essoufflement qu’on commençait à sentir sur le dernier album de We Are Wolves.

Reprenant là où les pistes plus techno telles que Total Solide (Total Magique, 2007) nous avaient laissé, Smile At The Void (2011) nous offre une musique qui laisse de côté une partie de son agressivité pour des ambiances électroniques plus frigides. Que ce soit façon Joy Division, une référence évidente dans Run (notre coup de coeur) ou façon Visage (on pense à Pretend, le single, dont la fin est tout droit sortie de The Damned Don’t Cry), l’influence new wave est indéniable. La touche “électro” de Jordan Dare vient néanmoins ancrer l’ensemble dans une modernité éthérée. Le EP pourrait certes avoir un peu plus d’originalité (Tension par exemple a des airs de déjà vu de Vague, sur Insvisible Violence), mais pour 4$ en téléchargement ou 10$ sur vinyle 12″, c’est un must pour tous amateurs d’électronique alternative à tendance gothique. Uniformes militaires asymétriques en option lors d’un concert près de chez vous.

Commandes et informations : http ://claass.bandcamp.com/ et Machette Records.

La Hollande, Then and Now

Chers lecteurs, BlackoutMusique.com est toujours en activité : des obligations professionnelles et personnelles nous ont hélas éloigné quelque peu du passionnant hobby que constitue ce blogue, mais la période estivale à venir devrait nous laisser davantage de liberté pour partager nos découvertes avec vous.

Nous vous avions quitté en mars sur une entrevue avec Martijn Van Gessel d’Enfant Terrible. Son étiquette ne prenant quant à elle pas de vacances, nous vous parlerons aujourd’hui des deux albums publiés ces derniers mois par nos amis hollandais. Fidèle à sa mission alternative au sein d’un univers musical déjà marginal, Enfant Terrible s’enfonce encore plus loin  avec ces parutions sur la voie de la musique expérimentale : par delà presque trente années d’écart, Falun Gong (2011) de Milligram Retreat et Via Del Latte (1982) de Doxa Sinsitra partagent une vision bruitiste de la musique où mélodies et accords cèdent le pas à l’inharmonique.

Adoptant un ton résolument punk et engagé, les premiers saturent leur musique de distorsion et de références anti-totalitaires. Basses, drum machines, synthétiseurs – tout est broyé et se confond souvent au sein de nappes monocordes tandis que les échantillonnages de discours quasi fascistes (THX1138 de George Lucas, dans The New Alignment) renvoient à la répression en Chine via le titre de l’album. Les huit chansons de Falun Gong se suivent et ne se ressemblent pas, en une proposition qui tient peut-être de la liberté créatrice mais qui nous semble néanmoins parfois décousue et mal maîtrisée. Inégal, donc, mais non inintéressant, ce premier album a su nous accrocher avec deux pistes (ici en écoute), l’énergique Wife et la sombrement ambiante The New Alignment.

À l’opposé de cette esthétique brouillonne teintée d’agressivité se retrouve le minimalisme glacé et précis de Doxa Sinistra. Aux cotés de Ende Shneafliet et The Actor, le groupe a fait les beaux jours de Trumpett, célèbre étiquette hollandaise underground des années 1980. Enfant Terrible avait déjà publié en 2008 une réédition de la deuxième cassette de Doxa SinistraConveyer Belt, originalement parue en 1985. Avec Via Del Latte, on revient vers un style encore plus dépouillé : des 18 titres du disque, peu méritent le titre de “chansons” – bidouillages, compositions, essais et erreurs conviennent sans doute mieux. Ces synthétiseurs métalliques triturés et présentés nus, le plus souvent sans paroles et même sans basse ou batterie, constituent une écoute certes exigeante, mais témoin d’une époque où l’électronique était encore un champ ouvert à défricher. Ruhrgebiet, présentée ici, se détache du lot.

Les deux albums sont disponibles exclusivement sur vinyle chez Enfant Terrible, en tirage limité comme d’habitude.

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Milligram Retreat – Wife [4:04]

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Milligram Retreat – The New Alignment [6:50]

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Doxa Sinistra – Ruhrgebiet [2:38]

Petites musiques de nuit

L’étiquette Mannequin, dont nous vous avions déjà parlé en novembre à propos de la sortie de l’album conjoint de Frank (Just Frank) et Soviet Soviet, ne chôme pas en ce début d’année et s’applique à nous faire découvrir les nouveaux talents de la cold-wave italienne. Après les turinois Chromagain (une publication en collaboration avec Anna Logue Records), c’est au tour du premier album de Mushy d’arriver sur nos tablettes virtuelles. Derrière ce nom de scène se révèle Valentina F., auteure de ce one-woman project : une jeune musicienne originaire de Rome, passionnée de musique expérimentale. D’une approche plus radicale inspirée de la musique concrète et de la musique industrielle, Mushy a en sept ans évolué musicalement au sein de la scène underground italienne pour en arriver à un mode d’expression beaucoup plus nuancé et contenu.

Il y a de ces albums qu’on écoute de jour, au fil d’un marche, au soleil, dans le métro, en dansant ; Faded Heart (2011) est un album de nuit. Ses pistes vaporeuses, aux antipodes d’une minimal wave rythmée à la Martial Canterel, se déroulent le plus souvent dans l’immobilité. Au-delà d’une première impression épousant inévitablement leur caractère parfois trop vague, les trames sonores gagnent en subtilité au fil des écoutes, révélant l’émotion qui était dissimulée. Si l’ensemble du disque est évocateur et d’une sombre beauté, on aurait toutefois souhaité une oeuvre peut-être plus caractérisée : les lentes harmonies jouent la carte de la mélancolie conformément aux codes du genre, tandis que les nappes de synthétiseur et les percussions lourdement réverbérées remplissent sans surprise le rôle qui leur est assigné. Un premier album à 26 ans est toutefois rarement oeuvre de maturité, et le talent de Mushy saura sans doute se préciser à l’avenir !

Deux pistes de l’album on retenu notre attention : Burn Me, dont le rythme lancinant rappelle certaines titres de Agent Side Grinder et illustre le côté sombre et gothique du disque, et la jolie She Was Elsewhere, une des rares chansons plus mélodiques. Comme toutes les parutions de Mannequin, Faded Heart est bien sûr disponible sur vinyle en édition limitée ; il est cependant également possible de se procurer l’album sur CD, avec quatre pistes remixées en bonus. Du lot, la version de Newclear Waves de Losing Days nous a particulièrement accroché – trois titres à écouter, donc, mais une seule piste en téléchargement, la boutique en ligne de Mannequin attendant les amateurs.

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Mushy – Losing Days (Newclear Waves Full-On Night Remix) [5:35]

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Mushy – She Was Elsewhere [3:10]

Ça fait rire les oiseaux

Nous vous avions déjà parlé du groupe belge Telex à quelques reprises et partagé l’inénarrable Cloches et Sifflets lors d’un post de “Noël” tout aussi loufoque. Le travail du trio formé de Marc Moulin, Dan Lacksman et Michel Moers mérite toutefois qu’on s’y attarde davantage, ne serait-ce que par son caractère particulier. Au cours de sa carrière en dents de scie, le groupe a réalisé en tout six albums studio, regroupés – selon un modèle quelque peu usé – en une production originale de 1979 à 1986 et un comeback sans grand retentissement en 2006. Looking for St. Tropez, leur premier enregistrement, demeure évidemment le plus connu avec des succès tels que Moskow Diskow ; ce disque mérite toutefois une discussion séparée et nous préférons aujourd’hui explorer leur répertoire subséquent, plus confidentiel.

Du travail de Telex dans les années 1980, Sex (Birds & Bees) se détache incontestablement du lot par sa relative maturité. Le deuxième (ou troisième, ou quatrième) degré propre à leur musique semble en effet ici plus maîtrisé : le rapport entre la plaisanterie et le sérieux est sensiblement équilibré et la recette “prend” malgré un éclectisme débordant. Tout s’explique d’ailleurs quand un peu de recherche nous apprend que nos amis belges ont requis les services des Sparks pour l’écriture de l’album… Musicalement, Sex (Birds & Bees) est un bordel de première classe, allant du hit funky (Drama Drama, copie carbone de Fame de David Bowie) à la chanson de crooner (Long Holiday) et à l’électro-disco façon Giorgio Moroder (Brainwash). L’instrumentation passe avec bonheur de l’électronique à l’échantillonnage et foisonne de petits bruits biscornus. Trois pistes retiennent spécialement l’attention : Sigmund Freud’s Party, fable viennoise à tendances rockabilly, la jolie Mata Hari et l’hilarante Exercise Is Good For You et ses basses robotiques.