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Petites musiques de nuit

L’étiquette Mannequin, dont nous vous avions déjà parlé en novembre à propos de la sortie de l’album conjoint de Frank (Just Frank) et Soviet Soviet, ne chôme pas en ce début d’année et s’applique à nous faire découvrir les nouveaux talents de la cold-wave italienne. Après les turinois Chromagain (une publication en collaboration avec Anna Logue Records), c’est au tour du premier album de Mushy d’arriver sur nos tablettes virtuelles. Derrière ce nom de scène se révèle Valentina F., auteure de ce one-woman project : une jeune musicienne originaire de Rome, passionnée de musique expérimentale. D’une approche plus radicale inspirée de la musique concrète et de la musique industrielle, Mushy a en sept ans évolué musicalement au sein de la scène underground italienne pour en arriver à un mode d’expression beaucoup plus nuancé et contenu.

Il y a de ces albums qu’on écoute de jour, au fil d’un marche, au soleil, dans le métro, en dansant; Faded Heart (2011) est un album de nuit. Ses pistes vaporeuses, aux antipodes d’une minimal wave rythmée à la Martial Canterel, se déroulent le plus souvent dans l’immobilité. Au-delà d’une première impression épousant inévitablement leur caractère parfois trop vague, les trames sonores gagnent en subtilité au fil des écoutes, révélant l’émotion qui était dissimulée. Si l’ensemble du disque est évocateur et d’une sombre beauté, on aurait toutefois souhaité une oeuvre peut-être plus caractérisée : les lentes harmonies jouent la carte de la mélancolie conformément aux codes du genre, tandis que les nappes de synthétiseur et les percussions lourdement réverbérées remplissent sans surprise le rôle qui leur est assigné. Un premier album à 26 ans est toutefois rarement oeuvre de maturité, et le talent de Mushy saura sans doute se préciser à l’avenir !

Deux pistes de l’album on retenu notre attention : Burn Me, dont le rythme lancinant rappelle certaines titres de Agent Side Grinder et illustre le côté sombre et gothique du disque, et la jolie She Was Elsewhere, une des rares chansons plus mélodiques. Comme toutes les parutions de Mannequin, Faded Heart est bien sûr disponible sur vinyle en édition limitée; il est cependant également possible de se procurer l’album sur CD, avec quatre pistes remixées en bonus. Du lot, la version de Newclear Waves de Losing Days nous a particulièrement accroché – trois titres à écouter, donc, mais une seule piste en téléchargement, la boutique en ligne de Mannequin attendant les amateurs.

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Mushy – Losing Days (Newclear Waves Full-On Night Remix) [5:35]

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Mushy – She Was Elsewhere [3:10]

Ça fait rire les oiseaux

Nous vous avions déjà parlé du groupe belge Telex à quelques reprises et partagé l’inénarrable Cloches et Sifflets lors d’un post de “Noël” tout aussi loufoque. Le travail du trio formé de Marc Moulin, Dan Lacksman et Michel Moers mérite toutefois qu’on s’y attarde davantage, ne serait-ce que par son caractère particulier. Au cours de sa carrière en dents de scie, le groupe a réalisé en tout six albums studio, regroupés – selon un modèle quelque peu usé – en une production originale de 1979 à 1986 et un comeback sans grand retentissement en 2006. Looking for St. Tropez, leur premier enregistrement, demeure évidemment le plus connu avec des succès tels que Moskow Diskow; ce disque mérite toutefois une discussion séparée et nous préférons aujourd’hui explorer leur répertoire subséquent, plus confidentiel.

Du travail de Telex dans les années 1980, Sex (Birds & Bees) se détache incontestablement du lot par sa relative maturité. Le deuxième (ou troisième, ou quatrième) degré propre à leur musique semble en effet ici plus maîtrisé : le rapport entre la plaisanterie et le sérieux est sensiblement équilibré et la recette “prend” malgré un éclectisme débordant. Tout s’explique d’ailleurs quand un peu de recherche nous apprend que nos amis belges ont requis les services des Sparks pour l’écriture de l’album… Musicalement, Sex (Birds & Bees) est un bordel de première classe, allant du hit funky (Drama Drama, copie carbone de Fame de David Bowie) à la chanson de crooner (Long Holiday) et à l’électro-disco façon Giorgio Moroder (Brainwash). L’instrumentation passe avec bonheur de l’électronique à l’échantillonnage et foisonne de petits bruits biscornus. Trois pistes retiennent spécialement l’attention : Sigmund Freud’s Party, fable viennoise à tendances rockabilly, la jolie Mata Hari et l’hilarante Exercise Is Good For You et ses basses robotiques.

Cold War Nightlife : 19 février

Un autre mois, une autre soirée pour danser ! Cold War Nightlife et sa sélection musicale inusitée vous attendent ce samedi 19 février : en avant-goût ce mois-ci, soyons encore une fois glam. Notre amour inconditionnel pour les Sparks nous a naturellement mené à approfondir leur production musicale des années 1980, dont nous vous avions déjà donné un aperçu avec la chanson titre de l’excellent Angst In My Pants (1982). Loin d’être un cas isolé, cet album constitue le centre d’une “trilogie” glam/pop/new wave comprenant également Whomp That Sucker (1981) et In Outer Space (1983); un retour bien apprécié à leurs racines, intercalé entre une période plus disco en collaboration avec Giorgio Moroder (1979-1980) et un son plus dance/house dans la deuxième partie de la décennie. L’irrésistible All You Ever Think About Is Sex, que nous vous présentons ici dans sa version single est un des meilleurs extraits de In Outer Space, l’album des frères Mael qui a par ailleurs obtenu le plus de succès aux États-Unis.

Bien moins connue mais tout aussi amusante, nous vous proposons aussi ce mois-ci Méchante Souris, du groupe belge Ninove. Nous avons très peu d’informations sur la formation, fondée à la fin des années 1980 par Bernard Plouvier, violoniste et chanteur éclectique, et son frère Jean-Luc, claviériste : Discogs ne répertorie que quatre pistes du groupe sur diverses compilations, et les frères Plouvier ne semblent pas avoir enregistré d’album entier. Surréaliste à souhait, la piste sautillante et échevelée laisse en tout cas libre cours aux vocalises paranoïaques du chanteur et sa souris-phobie.

Terminons enfin avec un autre classique parmi les “plaisirs coupables” de la soirée : Telephone Operator de Pete Shelley. Essentiellement connu comme fondateur et chanteur du légendaire groupe punk Buzzcocks, Shelley a poursuivi durant les années 1980 une carrière solo au succès variable. Les textes ouvertement homoérotiques de ses chansons (le compositeur ayant à ce moment publiquement avoué sa bisexualité) se sont souvent heurtés à la censure radiophonique, les empêchant sans doute  d’obtenir le retentissement qu’elles méritaient.

Cold War Night­life
Samedi 19 février à par­tir de 22h00 – entrée gratuite
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : Zoé Star­child + Georges Dimitrov + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + DJ Mekanik.

New cold York

Après un détour remarqué via son projet Xeno & OaklanderMartial Canterel est enfin de retour sur disque en solo : froide musique pour de froids mois d’hiver. L’enfant chéri new-yorkais de la nouvelle nouvelle vague minimal synth - dont nous vous avions déjà présenté le travail antérieur lors de son passage à Montréal l’été dernier – délaisse en effet ici les ambiances plus feutrées et romantiques caractérisant son travail en duo ave Liz Wendelbo. Sur You Today (2011), les arpèges de sons glacés inlassablement séquencées règnent en maîtres, les progressions harmoniques sont sombres et la musique, bien plus gothique qu’on ne se l’ose parfois avouer.

Bien que ne sortant que très peu des sentiers qu’il a lui-même battus, Sean McBride nous livre un disque solide et généralement plus accessible : en dehors de la très vaporeuse et très Jean-Michel Jarre The Empty Sand ainsi que la sombre Some Days, l’ensemble des chansons sont remarquablement rythmées et dansantes. Occupy These Terms, une des pistes les plus accrocheuses, enchaîne ainsi à des couplets nerveux un refrain aux allures épiques, le tout aux tempos frénétiques auxquels l’artiste nous a habitués. Cette vitesse toutefois, si elle contribue évidemment au caractère robotique de la musique, lui enlève aussi hélas parfois une part d’émotion : des pièces comme la très touchante Sidestreets (qui aurait n’aurait d’ailleurs aucunement détonné sur A Broken Frame de Depeche Mode) troquent avantageusement quelques BPM pour quelques instants de grâce. L’ensemble, enregistré live, reste néanmoins un tour de force technique. Au final, You Today se révèle être un album sans grande surprise, bien que pleinement satisfaisant.

Outre Occupy These Terms, nous vous proposons aussi la chanson-titre et premier single - l’album entier est disponible sur commande auprès de Wierd Records.

Meanwhile, back in Berlin…

Chers lecteurs, grande nouvelle : le duo allemand Jeans Team est de retour ce mois-ci avec du nouveau matériel, un nouveau blogue et une nouvelle maison de disques! Depuis leur dernier album Kopf Auf (2006) et un CD-R de démos vendu lors de leur dernière tournée américaine en 2009, le groupe s’était en effet fait très discret sur son actualité. Nous apprenons aujourd’hui qu’ils étaient occupés à bâtir ce nouveau projet intitulé Alkomerz. À la fois étiquette, forum de discussion et outil promotionnel, le site se donne pour mission de rassembler en un seul lieu les activités de Franz Schütte, Raimo Herfort, leurs synthétiseurs et tous leurs amis. Nous soupçonnons aussi des difficultés contractuelles antérieures, étant donné que le groupe se vante d’avoir désormais le contrôle sur son catalogue entier, bientôt disponible en téléchargement sans restrictions territoriales.

En guise de première publication (sortie le 15 novembre), Alkomerz nous propose ainsi un double single de Jeans Team en format 12″. Alors que nous connaissions déjà l’excellente Cocktailständer – présentée en version démo dans un post précédent -, Totes Kino (“Cinéma mort”) s’avère être une belle continuation de leur nouveau style. En effet, les concerts et les démos récents nous avaient montrés le duo s’éloignant de l’esthétique parfois brouillonne qui caractérisait leurs premiers albums pour embrasser un son mieux cerné et plus dansant. La piste est entraînante à souhait et son refrain inlassablement répété ne nous quitte plus après quelques écoutes – quant aux myriades de petits blips et petits bruits curieux dont Jeans Team a le secret, on ne vous en parle même pas…

En plus des deux chansons-titre, le vinyle nous offre aussi un remix accompagnant chacune des “faces A” : ces exercices sont hélas souvent anecdotiques, règle malheureusement confirmée ici. Jeans Team eux-mêmes s’en tirent correctement avec une version quasi-instrumentale de presque huit minutes de Totes Kino (intitulée Kein Mensch), qui a pour qualité principale une partie centrale ralentie à un point extrême et ressemblant de façon frappante au travail de Telex. Le remix de Cocktailständer de Riley Reinhold déçoit cependant avec une sonorité “club” somme toute assez générique. Que ces faces B ne vous découragent pas cependant : la formation allemande semble entrer, avec cette parution solide, dans une nouvelle époque que nous espérons florissante. Le groupe nous a aimablement autorisé à vous offrir Totes Kino en écoute; vous pouvez aussi jeter un coup d’œil sur un vidéoclip… pour le moins particulier de Cocktailständer, réalisé lors d’une tournée en Chine. Quant au vidéoclip de Totes Kino qu’on nous promet pour le 8 décembre, les premières images nous allèchent avec une esthétique théâtrale où le cinéma muet rencontre Klaus Nomi : à suivre. Pour vous procurer le maxi, rendez-vous au http://alkomerz.com/shop/mail-order/.

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Jeans Team – Totes Kino [4:05m]

Analyse solo

En parcourant les parutions récentes des étiquettes spécialisées dans la réédition des classiques oubliés de la cold-wave, nous avons eu la joie de découvrir que Minimal Wave s’étaient plongés dans les vieux enregistrements de Martin Lloyd. Essentiellement connu pour son travail avec Andy Oppenheimer au sein du duo Oppenheimer Analysis, Lloyd a aussi enregistré durant les années 1980 plusieurs pistes en solo, la plupart n’ayant pas dépassé les murs de son studio. Ce sont quatre de ces pistes – enregistrées entre 1980 et 1984 dans son studio de Londres et remastérisées ici – que nous propose le label new-yorkais sur L’amant électronique, EP disponible en format vinyle depuis le mois d’août.

D’emblée, nous pouvons dire que le talent de compositeur de Martin Lloyd ne se dément pas sur ce mini-album, et les amateurs de Oppenheimer Analysis se retrouveront en territoire connu. Lloyd ayant assumé les rôles principaux de musicien, bidouilleur de synthétiseurs et producteur au sein du groupe, les sonorités et les arrangements sont ici familiers et efficaces : la réalisation de la chanson titre, dansante et accrocheuse à souhait, est impeccable. Ces quatre pistes toutefois, malgré leurs qualités, nous laissent tout de même quelque peu sur notre faim.

De son propre aveu, Lloyd travaillait en étroite collaboration avec Oppenheimer et ce dernier le poussait vers une écriture moins attendue: “Travailler avec Andy m’inspirait à trouver des progressions d’accords non conventionelles [...]. Essentiellement, plus longtemps nous travaillions, meilleure devenait la pièce.” (tiré d’une entrevue réalisée en 2005 par Veronica Vasicka de Minimal Wave). Cette étrangeté que semblait insuffler à la musique son comparse nous manque, de même que sa touchante voix. En effet, ne pouvant sans doute égaler les performances vocales de Andy Oppenheimer, Martin Lloyd s’est tourné ici vers le vocoder qui joue le double rôle de palliatif et de prise de position stylistique. Ce traitement de la voix décale la mélancolie typique des chansons d’Oppenheimer Analysis vers une esthétique certes plus kitsch mais non dénuée de charme. Si L’amant Électronique (que nous vous offrons en écoute) gagne les faveurs des pistes de danse, les trois autres pistes de l’album sont plus calmes et éthérées, légèrement moins pop. Western Dreams a un faux air de Jay-Jay Johansson période Antenna (2002 – il parait que les modes suivent généralement des cycles de 20 ans…!), tandis que Half-Life et Science Fiction Man s’inscrivent dans la lignée cold wave des Experimental Products de ce monde. L’amant électronique, au tirage limité à 999 copies, est disponible sur commande à la boutique de Minimal Wave.

NDW à pleine capacité

Dans la foulée du post précédent, poursuivons l’exploration de la nouvelle vague allemande avec un projet à la fois plus et moins conventionnel, Die Kapazität. Originaires de Hambourg, les membres du groupe embrassent en effet une instrumentation typique pour l’époque, soit un alliage électronique/acoustique où les guitares rejoignent le drum machine et les synthétiseurs. Là où la musique de Die Kapazität se distingue toutefois, c’est au sein de la composition : les mélodies disloquées, les harmonies dissonantes et les rythmes mi-robotiques mi-détraqués confèrent à l’ensemble un certain caractère d’étrangeté. Loin d’être pop, leurs chansons exultent une énergie post-punk, un hargne et une énergie surprenantes au vu des arrangements somme toute assez minimaux.

En activité de 1979 à 1983, la formation a publié un court EP sur format 12″ (Bündig, 1981) et un album, Leichte Stimmen (1982) – les deux parutions ont d’ailleurs fait l’objet d’une réédition en CD l’an dernier par l’étiquette allemande NLW, réédition disponible via plusieurs autres labels et mailorders, dont Enfant Terrible et Anna Logue. Entendons-nous : bien que de qualité, la production musicale de Die Kapazität reste inégale et le groupe demeure une curiosité pour les amateurs plutôt qu’une formation de talent ayant laissé une marque durable dans le monde musical, même underground. Que cela ne nous empêche pas cependant d’y trouver quelques pistes hautement énergiques et dansantes, plaisirs coupables pour fans avertis. Voici donc en écoute et téléchargement Musik Für Kleine Mörder Mit Blick Auf Den See (“Musique pour petits meurtres avec vue sur le lac”), Keiner Hört Auf Mao Tse Tung (“Personne n’écoute Mao Tse Tung) et Kleine Cryptic.

Punk mécanique

Petit flashback aujourd’hui vers la scène alternative allemande du tournant des années 1980, où la fameuse Neue Deutsche Welle était encore en formation, écartelée entre ses composantes punk (et post-punk) et ses prototypes de pop électronique. Au milieu du joyeux bordel musical qui régnait alors à Berlin-ouest se profile une figure marquante, celle de Alexander Hacke : anarchiste à tout faire, musicien iconoclaste, il passe à la postérité avec son groupe mythique industriel/expérimental Einstürzende Neubauten. Loin de se restreindre à cette seule formation, le très prolifique artiste n’a jamais cessé son implication dans des projets extrêmement variés, allant du documentaire d’art au cabaret futuriste en collaboration avec les Tiger Lillies. Remontons toutefois maintenant à ses racines punk, alors qu’il était guitariste, dès 1979, du groupe Mekanïk Destruktïw Kommandöh.

Ce projet, nommé d’après l’album de 1973 du groupe progressif français Magma, s’est surtout distingué par ses performances scéniques dont on peut imaginer le caractère enflammé. Le quatuor nous laisse néanmoins en héritage quelques enregistrements éparpillés, de qualité variable. Distribué sur cassette en 1979, leur premier (et unique) album – Der Weg Zum Frieden (Le Chemin vers la paix) – nous propose une musique punk authentique, assez expérimentale et bruyante. Très difficile à se procurer, le disque vient heureusement de faire l’objet d’un réédition en vinyle cette année par l’étiquette punk allemande Rotten Totten : tirage limité à 200 copies, pour collectionneurs avertis.

Le passage aux années 1980 voit cependant la formation prendre une tangente plus accessible – et à notre avis plus attrayante. Les quatre pistes qui composent leur court EP Berlin (1982) – EP qui a d’ailleurs aussi été édité sous le titre Der Tag Schlägt Zu (La Journée de grève) – nous font en effet songer au punk entraînant de Bérurier Noir. Bien mieux produite et réalisée, la musique rythmée et dansante est portée par les mélodies folklorico-balkanesques du saxophone, accessoire indispensable semble-t-il au temps et au lieu. Les textes sont provocateurs et engagés comme il se doit (“Die babies von heute sind die soldaten von morgen” – Les bébés d’aujourd’hui sont les soldats de demain) et on n’oublie pas un clin d’œil artistique au peintre constructiviste Lissistzky par une pochette reprenant le célèbre tableau Battez les Blancs avec le triangle rouge.

Un back to school terrible

Après une pause estivale, BlackoutMusique.com vous revient pour la rentrée et, comme d’habitude, nous avons plusieurs découvertes musicales à partager ! Débutons aujourd’hui en accordant une place à deux formations émergentes qui viennent de publier leur premier EP cet été, et dont la distribution est assurée par l’étiquette hollandaise Enfant Terrible.

Venant des Pays-Bas, les Lesbian Mouseclicks sont en fait un duo électronique formé, contrairement à ce que le nom pourrait laisser entendre, par les deux musiciens Andreas Geursen et Peeter Baarends. Réunis en 2005 autour de bidouillages sonores réalisés sur ordinateur à partir d’échantillons de films pornographiques (d’où l’appellation), les deux comparses ont évolué au cours des cinq dernières années en acquérant maturité, synthétiseurs et expérience de scène. Le résultat, Low Dig Recording Sessions, nous propose un son électronique mêlant des influences plus minimales avec une réalisation puisant dans le répertoire synthpop. La piste que nous vous offrons en écoute, Picture On Your Wall, saura sans doute faire le bonheur de nombreux gothiques se déhanchant sur des lumières stroboscopiques en des clubs obscurs. Le EP, publié par Wharf Records, est offert sur vinyle en format 12″, limité à 250 copies. Pour les intéressés : Enfant Terrible Mailorder.

Dans un registre plus tranquille et surtout venant de bien plus loin, nous vous présentons également aujourd’hui le groupe turc Kim Ki O. Contrairement à ce que les médias souvent trop américano ou euro-centristes nous laissent parfois soupçonner, le duo féminin nous prouve qu’il existe une scène underground bien active à Istanbul. Avec Dans, la formation nous donne six pistes aux influences très variées : un son que l’étiquette qualifie de indie lo-fi et qui a reçu des échos favorables de la critique. Aux drum machines secs se joignent des nappes planantes de synthétiseurs, des lignes de basse façon The Cure (dont l’influence se fait nettement sentir sur toute leur musique) et une certaine aura de mélancolie qui nous rappelle un peu The Organ. Nous aimons beaucoup la piste instrumentale 27.01, Berlin, inspirée; quant à Bu Şarkıyı Çok Seversin Sen, elle illustre leur facette plus rythmée et pop. Pour plus d’information ou pour commander le vinyle : http://www.enfant-terrible.nl/enfant18.html. Bonne écoute !

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Lesbian Mouseclicks – Picture On Your Wall [4:25m]

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Kim Ki O – 27.01, Berlin [3:50m]

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Kim Ki O – Bu Şarkıyı Çok Seversin Sen [4:12m]

Aventures hollandaises

Les Oranjes éliminent le Brésil et se taillent une place en demi-finale pour la Coupe du monde : l’équipe hollandaise semble promise à un brillant avenir si on en croit les analystes… à moins que les Allemands ne s’en mêlent. Enfin. Nous ne sommes pas ici pour parler de sport, et si les Pays-Bas s’y entendent en foot, l’étiquette hollandaise Enfant Terrible se charge cet été de nous prouver qu’ils ne sont pas en reste question musique synthétique underground. Après s’être distingués par la publication de plusieurs compilations d’avant-garde internationale (voir notre post précédent), le label se tourne enfin vers la scène locale et nous en propose un recensement musical nec plus ultra.

Kamp Holland, c’est ainsi, selon les propres termes d’Enfant Terrible, deux vinyles d’ “électronique minimale”, “proto-elektro” ou “pop avant-garde” : la volonté de transcender les genres est affichée et revendiquée au sein de cette collection iconoclaste. L’ensemble, d’un intérêt constant à défaut d’une qualité soutenue, oscille entre des chansons dansantes de facture classique auxquelles s’opposent plusieurs pistes instrumentales. La nature plus ou moins accessible de ces dernières (on varie des rigolotes Pterodactyl Extraordinaire par Pornologic ou La Hars de Logosamphia, aux plus bruitistes Slaapstaking de Puin + Hoop et NONO de Peter Quistgard) compte d’ailleurs pour beaucoup dans l’aura expérimentale qui se dégage de prime abord à l’écoute de la compilation. Certains seront peut-être rebutés par les changements fréquents et radicaux de tempo et d’ambiance qui surviennent d’une piste à l’autre, changements qui peuvent rendre plus difficile une écoute suivie des disques; pour notre part, nous préférons saluer le courage de l’étiquette qui ose nous offrir un produit différent et authentique. À chacun ensuite d’en juger selon ses propres goûts et inclinations.

Quant aux quelques morceaux plus appropriés aux mains des DJs underground d’ici et d’ailleurs, il y en a pour tous les goûts, des pistes très pop à celles plus dark d’influence gothique (on pense à la quasi-EBM Bye Bye des Lesbian Mouseclicks – Enfant Terrible reste fidèle à lui-même). Trois nous ont tout particulièrement plu et nous vous les offrons ici en écoute : les joyeuses lignes de synthétiseur de Ruimtevaart Vooruit par Staatseinde nous renvoient à une synth-pop début 1980 à la Stahlnetz; Hunter Complex nous proposent des rythmes résolument plus disco avec une Desert que ne renierait pas Tobias Bernstrup; enfin, les amateurs de minimal wave trouveront leur compte avec Allégement de Milligram Retreat, entre basse robotique, voix éthérées et bruits de radio-transistor. Si l’aventure vous dit, vous pouvez mettre la main sur une des 623 copies limitées de Kamp Holland au www.enfant-terrible.nl/enfant17.html.

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Staatseinde – Ruimtevaart Vooruit [3:11m]

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Hunter Complex – Desert [5:08m]

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Milligram Retreat – Allégement [4:49m]

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