Posts by Georges Dimitrov
Après être tombés par hasard cet automne sur deux vidéos promotionnelles disponibles sur YouTube, nous fûmes immédiatement conquis par le son du groupe suédois Agent Side Grinder : un mélange de post-punk à tendance gothique et d’expérimentations électroniques. Enfant Terrible, leur maison de disques basée en Hollande, nous a obligeamment fait parvenir une copie de leur plus récentes parutions. Après l’avoir écouté durant ces derniers jours, nous ne pouvons que vous confirmer notre première impression et saluer le talent du quatuor et la qualité de Irish Recording Tape. Ce premier album, qui fait suite à un 7″ éponyme paru en 2006, n’est d’ailleurs qu’un des deux disques que nous propose la formation ce mois-ci, laissant libre cours à ses instincts expérimentaux et progressifs sur The Transatlantic Tape Project.
Bien que musicalement intéressant et intriguant, ce dernier n’a pourtant pas la puissance et l’énergie concentrée des pistes de Irish Recording Tape. Les membres fondateurs Peter Fristedt et Johan Lange manipulent ici leurs vieux équipements analogiques avec doigté pour produire des ambiances sonores industrielles à base de bruits enregistrés et ré-enregistrés en boucle sur des bandes (tape loops) : une approche dont le charme ne s’est jamais démenti depuis les expérimentations de Pierre Schaffer au début des années 1950. À ces ambiances hypnotiques et minimalistes vient s’ajouter la basse électrique de Alexander Blomqvist, donnant à la musique une énergie “live” à travers des lignes héritées de Joy Division ou du premier Bauhaus. Le résultat, où se mêle une voix d’outre-tombe (gracieuseté de Kristoffer Grip) est fascinant. On oscille entre des titres plus accessibles comme Die To Live ou la très New Order-esque Life In Advance, et des pistes plus radicales comme Pulse ou Telefunk, d’une lenteur obsédante.
Nous vous offrons donc ici deux titres pour découvrir Agent Side Grinder, en écoute seulement à la demande d’Enfant Terrible. L’album, offert en vinyle uniquement, peut être acheté en ligne pour la modique somme de 16 euros : pour une édition limitée à 517 ( ? ) copies d’un disque d’une rare qualité, c’est une aubaine.
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Agent Side Grinder – Die To Live [5:10m]
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Agent Side Grinder – Pulse [3:22m]
Bien que le début des années 1980 en ait été l’age d’or, la création de musique électronique minimal wave reste aujourd’hui d’une actualité pertinente : des groupes comme Human Puppets, coup de cœur récent dont nous vous présentons aujourd’hui quelques pistes, nous le prouvent brillamment. Originaire de la Grèce – repoussant ainsi encore les limites du multiculturalisme analogique - la formation nous propose un son froid, sombre et extrêmement vintage. Les rythmes robotiques et une utilisation des synthétiseurs beaucoup plus bruitiste que mélodique les place directement dans la lignée des Experimental Products et autres Absolute Body Control, au contraire d’une approche moins gothique et plus pop qu’illustreraient par exemple Rational Youth. Des voix caverneuses et des tempos généralement endiablés complètent le portrait d’un groupe au talent très prometteur.
En dehors de quelques 7″ et apparitions sur diverses compilations, Human Puppets n’ont qu’un seul album à leur actif, Future From The Past (2006). N’ayant originalement fait l’objet que d’un tirage très limité sur vinyle, le disque est disponible depuis cette année dans une version CD enrichie de quelques pistes supplémentaires, gracieuseté du tout jeune label allemand Disorder Records. Excellent de part en part, l’album nous offre quelques pistes remarquables et par ailleurs, fort dansantes. Nous vous invitons donc à écouter l’énergique Misery On Sunday, la justement nommée Minimal Man et l’hypnotique Reise Nach Deutschland, dans une pièce sombre et enfumée avec un stroboscope si vous en avez un sous la main.
En nous plongeant récemment dans le capharnaüm de soumissions musicales reçues par notre blogue et prenant la poussière sur les tablettes virtuelles de nos disques durs, nous sommes tombés sur les forts sympathiques Hands And Knees. En activité depuis 2006, le quartette originaire de l’état du Massachusetts a fait paraître au printemps dernier son deuxième album, Et tu, Fluffy? (2009).
Mené par le chanteur Joe O’Brien, le groupe nous offre un indie rock aux influences extrêmement métissées : une touche de punk par ici, un peu de country par là, du glam et une dose de brit-pop nonchalant pour faire bonne mesure. Le résultat n’impressionne peut-être pas par son originalité, mais la formation nous offre des compositions solides interprétées avec classe et brio. Au sein d’une scène musicale remplie d’émules d’Arcade Fire écrivant une musique pseudo-angoissée par trop sérieuse, nous saluons tout spécialement l’optimisme de Hands And Knees et leurs chansons dynamiques et accrocheuses, authentiquement pop.
À l’exception d’une ou deux pistes, l’album est également d’une qualité très constante. Voici trois chansons qui nous ont particulièrement conquis : You Got Pop, You Got Style est une des plus enlevantes du disques, oscillant entre des couplets aux guitares désaccordées et un refrain rythmé; We Are The Man Who Cannot Fly nous rappelle beaucoup The Clash avec ses rythmes ska; Blue Day Moon enfin, plus mignonne, nous laisse entrevoir un côté plus lyrique du groupe. Pour plus d’informations, nous vous invitons à visiter leur site internet au www.handsandknees.net.
Après Starter il y a quelques semaines, poursuivons dans la lignée de la minimal wave suisse avec une autre formation remarquable tant par son talent que par sa confidentialité : Guyer’s Connection. Le duo électronique fut constitué en 1982 par deux adolescents, Tibor Csebits et Philippe Alioth, fatigués du rock et prêts à embrasser le fascinant monde des synthétiseurs. Malgré leur jeune âge (15 et 16 ans à l’époque), ils réussirent à auto-produire dès 1983 un album complet (Portrait) en plus d’enregistrer nombre d’autres pistes restées inédites jusqu’à leur réédition en 2005 en tant qu’album éponyme. Les deux parutions ont évidemment connu un tirage très limité sur vinyle (330 copies seulement pour Guyer’s Connection !) et en obtenir une copie aujourd’hui relève de l’exploit : nous remercions ici Death Wears White Socks pour l’accès à cette œuvre.
La musique de Guyer’s Connection, souvent épurée à la limite du dépouillement, fascine par ses mélodies d’une douce simplicité et d’une subtile mélancolie. Les Loupes, chanson plus expérimentale qu’on retrouve parmi les inédits, constitue peut-être l’exception avec le chant quelque peu plus agressif de Monique M., amie invitée pour l’occasion. C’est toutefois des pièces comme l’obsédante Hé Sabine (également inédite) ou l’instrumentale Pogo Of Techno (en ouverture de Portrait) qui représentent au mieux l’expression à la fois sombre et tendre du groupe. On s’étonne d’une maturité musicale si précoce, où les maladresses mêmes ont un charme suranné. La formation a cessé d’exister en 1985 mais ses membres ont continué à travailler au sein de nombreux projets jusqu’à aujourd’hui, ensemble ou séparément.
Reportons nous quatre ans en arrière, au début de l’été 2005. Le premier album de Franz Ferdinand dominait toutes les chaînes et pistes de danse depuis un an et s’instituait en héraut d’une énième british invasion. Tous les magazines nous promettaient le renouveau du rock anglais et les producteurs recherchaient ardemment le prochain messie, laissant dans leur sillage nombre de disques sans lendemain.
Nous tombons ainsi par hasard, un certain lundi 13 juin, sur un article du journal Voir qui nous annonce la venue d’un quintette de Newcastle : nous n’avions jamais entendu parler de Maxïmo Park mais le concert avait lieu le soir même à La Tulipe, les billets étaient abordables et notre curiosité, piquée. Quelques heures plus tard, nous attendons donc le début du spectacle dans une salle pratiquement vide : nous ne serons qu’une trentaine de chanceux peut-être à voir l’irruption sur scène d’un hurluberlu en costume de dandy, chapeau melon à l’appui. Sans se démonter face à la disparité de l’assistance, Paul Smith et sa bande ont livré une performance survoltée et inoubliable, enchaînant tous les tubes accrocheurs de deux minutes qui composent leur premier album, A Certain Trigger. L’énergie de Maxïmo Park fut en tout cas communicative et le public maigre mais vaillant d’applaudir sans relâche pour un premier rappel (entendu avec le gars des vues), un second plus surprenant (on nous offre deux b-sides obscurs) et même, chose rarissime, un troisième : “Well, we have already played all our songs…” . Et d’enchainer avec leur principal succès Apply Some Pressure pour la deuxième fois de la soirée, histoire de nous calmer enfin.
Nous en ressortîmes ainsi repus, un exemplaire de A Certain Trigger sous le bras, disque qui allait souvent occuper notre stéréo dans les mois à venir. Le groupe avait en effet réussi à atteindre un son qui, bien qu’apparenté à celui d’autres formations contemporaines, leur était propre, mitigeant brit-pop et racines punk (on pense ici surtout à The Jam). Les arrangements étaient originaux et témoignaient d’une rare recherche rythmique, assortie de progressions harmoniques et mélodiques souvent surprenantes mais toujours accrocheuses. Comme nombre de compatriotes cependant, Maxïmo Park n’ont hélas pas su soutenir cette intensité et cette urgence dans leurs albums suivants : Our Earthly Pleasures (2007) était notablement moins réussi même s’il nous a offert des perles comme Russian Litterature; quant à Quicken The Heart (2008), il fut carrément décevant. Peu importe, leur premier effort restera quand même pour nous un classique, assorti de souvenirs et à recommander chaudement : pour vous appâter, nous vous proposons la déjà mentionnée Apply Some Pressure, de même que les excellentes Once A Glimpse et The Night I Lost My Head. Bonne écoute !
Tout d’abord, nous vous annonçons que l’équipe de BlackoutMusique.com est invitée samedi prochain à la boutique Urban Outfitters sur la rue Saint-Denis, à Montréal. Nous y assurerons l’ambiance musicale de 14h à 17h, et vous invitons à venir faire un tour et magasiner sur vos tubes underground préférés.
Ensuite, en musique, permettez-nous de vous présenter aujourd’hui un groupe que nous avons découvert cet été en première partie du concert des New York Dolls. Difficile contrat évidemment que d’ouvrir pour un tel groupe à la stature légendaire, mais Black Joe Lewis & The Honeybears ont relevé le défi avec panache, à coups de riffs et de rock’n'roll : une performance hautement énergique culminant avec l’apparition de Sylvain Sylvain lui-même en guest star sur une de leurs chansons.
L’histoire de Black Joe Lewis est à l’image de sa musique, All-American. En 2007 encore, il travaille dans un pawn-shop au Texas, grattant quelques vielles guitares disponibles à temps perdu. Et d’un bar open-mic à l’autre, puis d’un festival à l’autre, il devient l’étoile montante de la musique soul américaine, et publie un premier album cette année. Ayant aussi bien assimilé ses classiques (Little Richard est une référence évidente) que certaines influences plus récentes (un son garage plus sale à la Gories) Tell’ em What Your Name Is! nous offre dix chansons du plus pur rythm’n'blues. Les Honeybears fournissent en outre un talentueux support musical de circonstance, cuivres à l’appui. Un seul bémol, adressé à la compagnie de disques : si vous mettez en vente des vinyles avec une option de téléchargement numérique, au moins assurez-vous que l’offre est valide au Canada… Nous vous laissons ensoleiller votre journée avec deux extraits de l’album, Big Booty Woman et Boogie.
La new wave francophone du début des années 1980 oscille souvent entre froideur et pop, à l’image de Moderne, groupe important du mouvement. Formée à Tours en 1979, la formation publiera successivement deux albums : un éponyme d’abord et L’Espionne aimait la musique ensuite, respectivement sortis en 1980 et 1981. Des deux parutions, nous vous recommandons essentiellement la première : des sonorités et compositions plus minimales ainsi que des mélodies plus touchantes parsèment cet opus alors que le deuxième s’embourbe souvent dans des arrangements plus mièvres malgré quelques perles (Switch On Bach, ou la très Jacno Eldorado).
Le choix de trois chansons à vous proposer s’avère ici une tâche assez ardue, Moderne étant un disque d’une rare constance. Pas de hits survoltés ici, mais des pièces écrites avec talent, empreintes d’une grande nostalgie. Des textes poétiques (À la recherche des dernières capitales / Pour s’offrir à leurs caresses de métal) et une production électronique impeccable (l’album fut enregistré dans les mêmes studios que Man Machine de Kraftwerk) sont au service de la douce voix de Thierry Teyssou qui nous emporte de piste en piste. Contrairement à plusieurs de leurs compatriotes contemporains auto-produits dans des conditions sub-optimales, la qualité vocale ne semble heureusement pas être ici en option, tant au niveau de l’enregistrement que de l’interprétation. Voici donc Électronique, Vers l’est et Rock’N'Roll Star pour le plaisir de vos oreilles. Pour les fans, Minimal Wave vient tout juste de publier une réédition des deux albums en vinyle, disponibles en commande limitée sur leur excellent site que nous vous invitons à visiter.
Continuons sur la lancée de notre post précédent avec quelques reprises illustrant l’importance qu’ont eue les artistes glam dans le développement des mouvements post-punk, cold wave et gothique au tournant de la décennie 1980. Que ce soit en vinyles ou en affiches, Marc Bolan, Bryan Ferry, David Bowie et consorts ont abondamment nourri l’imaginaire de la nouvelle génération : si les moyens d’expression choisis différaient, l’énergie rock brute héritée du punk demeurait la même.
Des trois groupes que nous vous présentons aujourd’hui, Absolute Body Control ont sans doute adopté la démarche la plus radicale avec leur Baby’s On Fire (1981) glacée et électronique. Tirée de leur premier album éponyme, la chanson évacue toute la langueur des inflexions de Brian Eno au sein d’un cynisme robotique. Le pionnier de la cold wave française Charles De Goal nous présente quant à lui sur son album Algorythmes (1980) une Hang On To Yourself où la distorsion des guitares de Bowie laisse place à un son sec et cru façon The Cure 1979. Le groupe Bauhaus enfin, qui se passe de présentation, est passé maître dans l’art des reprises avec notamment la célèbre Ziggy Stardust. Nous préférons toutefois vous offrir aujourd’hui la moins usée Telegram Sam, où la bande de Peter Murphy s’attaque à T. Rex de manière encore plus théâtrale, si possible.
Les visiblement très prolifiques membres du groupe montréalais Wolf Parade semblent inépuisables au sein de leurs nombreuses formation parallèles : après les Handsome Furs, nous vous présentons aujourd’hui Sunset Rubdown, projet du chanteur Spencer Krug. En activité depuis 2005, le groupe nous revient en force cette année avec un nouvel album dont le titre, Dragonslayer, est à la mesure du caractère épique de la musique.
Krug et ses comparses nous proposent un rock indie à forte tendance progressive et qui a l’heureux avantage de s’inspirer plus du glam rock que de lancinantes ballades folk. La comparaison avec des groupes comme Arcade Fire semble inévitable, mais là où leurs collègues mystiques tombent parfois dans la déprime ou la prétention, Sunset Rubdown réussit toujours à garder un enthousiasme communicatif et jovial. En comparaison avec leur album précédent (Random Spirit Lover, 2007) où des perles comme l’irrésistible The Mending Of The Gown cotoyaient de longues expérimentations sonores parfois fort confuses, Dragonslayer est beaucoup plus clair, dirigé et accessible. Apparentées à la fois à la vieille Angleterre et au XXIe siècle, les mélodies et progressions harmoniques de Krug se distinguent toujours par une approche modale teintée de médiévalisme, donnant à certaines chansons un caractère hors du temps. La distorsion des guitares arrive cependant toujours à point pour nous empêcher de sombrer dans la nostalgie, gardant la musique au sein d’un équilibre précaire, parfois avec quelques longueurs, parfois de manière très touchante.
Trois pistes illustrent magnifiquement cet album : la très belle Silver Moons, la très pop Paper Lace et la très épique Nightingale / December Song. Le groupe et ses virtuoses divagations musicales vous attendent en concert pour deux soirs cette fin de semaine, nous vous invitons évidemment à ne pas manquer l’occasion si vous êtes à Montréal.
Sunset Rubdown avec Elfin Saddle et The Witchies
11 et 12 juillet au Il Motore (179 Jean-Talon O.), 15$


Bien que la plupart des groupes cold wave du début des années 1980 n’aient fait que passer sur la scène musicale le temps d’un 7″ ou deux, quelques uns se distinguent par un réel talent et une créativité qui leur a permis d’acquérir une certaine longévité. Parmi ceux-ci, nous vous présentons aujourd’hui Absolute Body Control, une formation belge de plus à ajouter au palmarès. Avec un style musical sombre, minimal et épuré comme il se doit, ces jeunes émules de Kraftwerk on réussi à faire paraître et diffuser trois excellents albums, tous sur cassette faute d’un contrat d’enregistrement en bonne et due forme. Nous avons choisi de vous offrir ici une chanson tirée de chaque parution afin d’illustrer l’évolution de leur son.
Weaving Hands ouvre le premier album éponyme, paru en 1981. Ajoutées au chant angoissé de Dirk Ivens (qui sonne comme la réincarnation d’un Ian Curtis), la production lo-fi et la mélancolie des mélodies confèrent à cet opus un côté résolument sombre. Un an plus tard parait Numbers, un deuxième album à caractère plus expérimental : de nature entièrement instrumentale, les pistes de la cassette sont simplement numérotées de 01 à 16. La collection est forcément inégale, quelques “chansons” étant parfois un peu trop minimales : l’auditeur attend en vain que la pièce réalise son plein potentiel. D’autres pistes sont par contre de véritables petites perles, telles que 04 que nous vous présentons ici.
Absolute Body Control revient à des composition plus traditionnelles pour une dernière parution originale, Figures (1983). La production est ici plus léchée; les arrangements et les textures, plus complexes et subtils. Plusieurs titres valent ici le détour et nous vous offrons Love At First Sight, gothique et désespérée à souhait. Les cassettes sont évidemment aujourd’hui quasi introuvables : pour les fans absolus toutefois, Vinyl On Demand on fait paraître il y a deux ans une intégrale de leur œuvre sur cinq disques vinyle; pour les autres, le deuxième album est disponible en téléchargement sur Systems Of Romance.



