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Synth-glam pour les “nuls”

Nous vous présentons aujourd’hui, chers lecteurs, une nouvelle curiosité mais aussi un véritable coup de cœur : derrière l’expression Null And Void, que l’on peut traduire par “caduc”, voire “nul et non advenu” (!), se cache une obscure formation californienne du tout début des années 1980. Et le terme d’”obscur” prend tout son sens lorsqu’internet, pourtant généralement si prolixe, se retrouve quasi muet face à un groupe que nous avons découvert grâce aux indispensables compilations Flexipop. Selon Discogs, au tableau d’honneur de Null And Void s’inscriraient trois albums produits entre 1980 et 1983 : Happiness And Contempt, Montage Morte et finalement un éponyme. Nous n’avons réussi à mettre la main que sur les deux premiers. Mais déjà, quelle matière ! D’une qualité bien supérieure à la majorité de la new wave lambda que nous glanons au fur et à mesure de nos recherches, la musique de Null And Void se situe aux confins du post-punk, du glam et du synth-rock expérimental… le tout avec autant de talent que de grains de folie.

Autant l’affirmer d’emblée : Happiness And Contempt et Montage Morte, ce sont de joyeux bordels musicaux. Véritable patchwork d’influences diverses, le son de Null And Void fait immédiatement naître à notre esprit une pléthore de noms… et pas des moindres. Pour la touche expérimentale, le groupe n’hésite pas à proposer de nombreux morceaux instrumentaux (ou quasi). Ainsi, à l’écoute de pistes comme Japanese Forest MM et ses lignes de synthé languissantes, impossible de ne pas évoquer Visage ou le Bowie de Low-Heroes-Lodger. Appréciez ainsi les ambiances glaciales et le texte gothico-abscons d’Un sédatif ce soir. L’attitude punk un brin précieuse, mâtinée d’instrumentation électro, renvoie quant à elle à Magazine ou à un tout jeune Gary Numan, alors sous la houlette de son groupe Tubeway Army. Nos choix All The Old Humans et Revlon/Good Buy en sont des exemples parlants. À noter également dans le premier titre, les chœurs légèrement faux – déjà abondamment pratiqués par Brian Eno sur Here Come The Warm Jets (1974). Mais il ne faut pas non plus oublier le glam bien théâtral, façon opéra rock à la Rocky Horror Picture Show (A Party Filled with Thieves) ainsi que l’orgue déchaîné “horreur de série B” type Damned ou Cramps, que l’on retrouve dans des titres comme Dogs Of Christ.

Bref, un menu trrrrès chargé, mais bien digeste. Cette étrange musique a si peu vieilli que les titres plus pop, tels The Motorcycle Song, semblent parfois même avoir été composés au tournant des années 2000.  Ainsi, si le groupe n’était pas si profondément underground, plusieurs acteurs du fameux “retour” du dance-rock eigthies pourraient allégrement être accusés de plagiat. L’original étant toujours supérieur à la copie, faites comme nous, achetez vintage et découvrez vite Null And Void !

Balkans Division

Lorsque l’on songe à la litanie de “satellites” ayant fait partie de l’empire élargi de l’URSS, la Yougoslavie est souvent oubliée. Et pour cause… ce pays socialiste, fondé au sortir de la Seconde Guerre mondiale, connut un destin bien à part de ses confrères polonais, tchèques ou hongrois. En Yougoslavie, l’homme fort du pouvoir se nommait Tito : un autocrate qui, après avoir “libéré” seul son pays (c’est-à-dire sans l’aide de l’armée rouge), allait régner seul près de quarante ans. Après avoir initialement aligné son gouvernement sur le modèle moscovite, Tito allait bien vite rompre définitivement avec Staline pour mieux créer un type d’état inédit, la seule dictature communiste “indépendante” de toute l’Europe ! Véritable patchwork de cultures différentes, la Yougoslavie de l’époque se résume bien par cette phrase éloquente de son chef : “La Yougoslavie a six républiques, cinq nations, quatre langues, trois religions, deux alphabets et un seul Parti”. Et comme cela se passe souvent dans les Balkans, ce patchwork s’est révélé une véritable poudrière. À la mort de Tito en 1980, il n’y avait plus personne pour unifier tous les peuples qui donnèrent libre cours à leur nationalisme. La montée en force et influence de la République de Serbie a d’ailleurs donné lieu en 1994 à la terrible guerre que l’on sait…

Cette longue intro historique pour bien vous planter le décor de notre sujet du jour : dans la série “new wave autour du monde”, voici maintenant la musique obscure de Dobri Isak. Le groupe, d’allégeance serbe, est fondé en 1983 et ne compte qu’un unique album à son actif, Mi plačemo iza tamnih naočara (1986). Ce titre mystérieux à nos oreilles, pouvant se traduire librement par “Nous pleurons derrière nos lunettes noires”, vous donnera rapidement une bonne idée du son proposé par le groupe. Sans grande surprise, nous avons affaire à un post-punk aux influences gothiques très marquées. Exit la fureur de vivre, bonjour les rythmes lancinants, les percussions tribales et les voix sépulcrales. Les membres de Dobri Isak ont visiblement écouté beaucoup de Joy Division et de The Cure première période. En cela, ils étaient bien de leur époque, mais compte tenu de leur background particulier, ils avaient aussi bien du toupet et de l’originalité. Édité à seulement 100 copies à l’époque, leur disque avait fait grand bruit. Et au-delà de la curiosité, il vaut vraiment la peine d’être redécouvert aujourd’hui. En voici trois extraits : face à la chanson-titre assez pop, les deux autres, avec leur son brut et “sale”, nous évoquent un Siglo XX venu de l’est.

Harmonies fantômes

Un petit retour vers 2005 aujourd’hui, une époque pas si lointaine où le rock à tendance eighties faisait son énième “grand retour”. Nous découvrions alors stellastarr* (l’étoile fait partie intégrante du nom), un quatuor de New York qui, contrairement à ses compatriotes Strokes, ne faisait pas dans le rock garage mais plutôt dans la new-new-wave mélodique. Formé en 2000, le groupe avait déjà fait paraître un premier effort éponyme en 2003. Harmonies For The Haunted (2005) eut davantage de résonance et permit au groupe de tourner avec les gloires plus ou moins éphémères du moment (Editors, The Killers). Fort de ses influences, stellastarr* risquait fort de devenir la saveur du mois… ce qu’il fut malheureusement. Après quatre ans de silence, le troisième album de la formation, Civilized (2009), connut un succès plutôt limité.

Si Harmonies For The Haunted est bien trop inégal pour être un chef-d’œuvre, il possède cependant un charme certain. L’évanescence fantomatique de sa pochette et son titre très XIXe siècle introduisent une dimension poétique plutôt originale à la musique de stellastarr*. Car si quelques pièces de l’album penchent définitivement vers le rock, la majorité de ses ambiances distille une nostalgie romantique qui n’est pas sans rappeler les meilleurs moments d’Echo And The Bunnymen ou d’A Flock Of Seagulls. L’influence de ce dernier groupe se faisait d’ailleurs sentir jusque dans la coupe de cheveux du chanteur (!) et ses envolées vocales gothico-kitsch, très théâtrales. Les pièces Lost In Time et Love And Longing, avec leurs paroles bien chargées en sémantique (la pluie, la nuit, le rêve, le temps…) sont particulièrement représentatives du côté planant et lyrique de stellastarr*. Le single Sweet Troubled Soul, quant à lui, propose une ligne de guitare rentre-dedans assez irrésistible, assortie de lyrics à propos d’une “summer child all dressed in black“. Ne vous avait-on pas dit gothique ET romantique ?

B-Sides For The Masses

Pour les véritables fans d’un groupe, chaque rareté, curiosité ou exclusivité représente toujours une aubaine… et Dieu seul sait combien de fans hardcore compte Depeche Mode. Depuis ses débuts, la légende new wave ne ménage pas ses admirateurs en multipliant collections d’inédits, rééditions spéciales, enregistrements live perdus ou retrouvés : des petits bijoux qui ne ménagent ni la patience du chercheur passionné, ni son portefeuille ! Si parfois ces “primeurs” n’apportent rien de bien essentiel à une œuvre déjà archi-connue, on peut toutefois y dénicher quelques pépites. Ainsi les b-sides de ce que l’on pourrait nommer la “première période” du groupe, celle d’avant la déferlante commerciale de Music For The Masses (1987).

Au début des années 1990, Depeche Mode et Mute Records ont eu l’excellente idée de rééditer tous les singles du groupe depuis Speak & Spell (1981) jusqu’à Black Celebration (1986) en trois magnifiques coffrets au design ultra minimal. Chaque chanson est présentée de façon autonome comme à la grande époque du 45 tours, avec pochette d’origine et bien entendu (et c’est le plus intéressant) b-sides et autres remixes : des titres inédits et généralement très peu connus qui oscillent entre l’anecdotique et le franchement enthousiasmant. Nous avons choisi de vous en présenter trois aujourd’hui. Le premier, Ice Machine, est l’unique b-side de Dreaming Of Me, single initial du groupe. Cette mélopée littéralement glacée, avec ses rythmes crépusculaires et ses entêtants arpèges de notes hypnotiques, est un exemple de cold/minimal wave pur jus – et l’une de nos préférées sur les planchers de danse. Beaucoup plus pop, (Set Me Free) Remotivate Me et Flexible, sont tout aussi accrocheuses et dansantes – et bien plus kitsch – que leur a-sides respectives (Master And Servant et Shake The Disease).

Les trois Box Set originaux des singles de Depeche Mode sont aujourd’hui épuisés, mais ont toutefois été réédités et agrémentés de trois autres volumes couvrant les extraits des albums suivants jusqu’à Exciter (2001). Puissent-ils vous permettre de revisiter quelque peu une œuvre énorme qui, malheureusement, se limite bien trop souvent à une poignée de classiques entendus parfois jusqu’à la nausée…

Retour vers le futur

Fouillons aujourd’hui dans nos vieilleries pour exhumer l’un de nos classiques, sinon NOTRE classique, qui nous accompagne sans relâche depuis plus de dix ans : j’ai nommé Time d’Electric Light Orchestra. Paru en 1981, le dixième album du super-groupe britannique mené par l’homme-orchestre Jeff Lynne est une très ambitieuse œuvre de science-fiction, un fantasme synthétique autour de l’année 2095. Après des débuts marqués au sceau du rock progressif puis un triomphe disco à la fin des seventies, Lynne succombait désormais aux rutilants attraits des claviers : Time l’album-concept fut un succès commercial – malheureusement le dernier pour le groupe, qui périclita dans les années 1980.

Avec sa pochette bien datée et ses abus volontaires de synthétiseurs sucrés, Time a objectivement un peu vieilli… Mais heureusement, sous les couleurs de l’enrobage demeurent les indéniables qualités mélodiques des compositions de Lynne. Saturé d’effets sonores, de bruits de machines et de voix robotiques, l’album est une odyssée à la gloire de l’amour dans les temps futurs. Encadrées comme il se doit par un Prologue et un Epilogue, onze chansons nous proposent toutes les humeurs : élans romantiques façon crooner (The Way Life’s Meant To Be, Rain Is Falling), plages atmosphériques (Another Heart Breaks), mais surtout pop songs futuristes bien entraînantes se retrouvent au menu.

Années 1980 ou pas, Electric Light Orchestra (ou ELO pour les intimes) a hérité de sa grande époque progressive un goût certain pour la luxuriance. Time fait ainsi le plein d’arrangements musicaux extrêmement chargés, souvent (il faut bien le dire !) d’un kitsch consommé, mais toujours hautement inventifs. Des envolées glam de Yours Truly, 2095 à l’obsédant riff de synthé de Here Is The News, nos trois sélections ci-dessous font amplement le plein de sonorités “spatiales”. Notez également une curiosité piquante, le refrain de Hold On Tight (le hit de l’époque), qui se décline… en français ! “Accroche-toi à ton rêve” nous suggère Jeff Lynne, et succombez au charme de Time !

Rock de velours

On ne présente plus Todd Haynes, l’un des réalisateurs chouchous du cinéma indépendant américain qui, en cinq films, s’est bâti une œuvre profondément originale et exigeante aux multiples influences. Son talent protéiforme ne s’épanouit cependant jamais autant que lorsqu’il parle de rock’n'roll. Impossible d’oublier le génie narratif proposé par I’m Not There (2007), où les multiples incarnations de Bob Dylan se retrouvaient figurées par six acteurs différents et autant de mondes fantasmagoriques. Cependant, notre œuvre favorite demeure incontestablement l’étincelant Velvet Goldmine, sous-estimé a sa sortie en 1998, film-culte depuis.

Tirant son titre d’un b-side de David Bowie période Ziggy Stardust, le film s’attache à décrire de manière éclatée le “rise and fall” de deux stars du glam rock, Brian Slade (interprété par Jonathan Rhys-Meyers) et Curt Wild (Ewan McGregor). Officiellement fictives, ces figures n’en empruntent pas moins la majorité de leurs traits à Bowie et Iggy Pop. À la fois vertige narratif et délire visuel, Velvet Goldmine fait le portrait d’une folle époque de la vie rêvée du rock : pari totalement réussi pour le volet cinéma, mais aussi pour l’aspect musique, sur lequel nous nous penchons aujourd’hui.

La bande originale du film est en effet un superbe patchwork fidèle à l’esprit non conventionnel de Haynes. Il ne s’agit pas ici de simplement présenter un “best of” de l’ère glam, même si certains incontournables répondent présent : Brian Eno (Needle In The Camel’s Eye), Roxy Music (Virginia Plain), T. Rex (Diamond Meadows) ou Lou Reed (Satellite Of Love). Le grand absent ? Bowie bien sûr, qui aurait (selon la légende) refusé de prêter ses pièces afin de pouvoir les consacrer ultérieurement à un projet plus personnel. Outre ces classiques, le disque propose également reprises et compositions originales, ce qui est d’autant plus précieux. Placebo nous offre ainsi sa version de 20th Century Boy de T. Rex et Teenage Fanclub, une autre mouture de Personality Crisis des New York Dolls. Shudder To Think, Grant Lee Buffalo et Pulp s’amusent quant à eux à écrire d’irrésistibles pastiches dans le plus pur esprit glam (Hot One, Ballad Of Maxwell Demon, The Whole Shebang et We Are The Boys).

De plus, deux “super-groupes” inédits ont été formés le temps de l’album. Sous le nom de The Venus In Furs (clin d’œil appuyé au Velvet Underground) se cachent ainsi Thom Yorke et Jon Greenwood (Radiohead), Paul Kimble et Andy McKay (Roxy Music) ainsi que Bernard Butler (Suede) : excusez du peu ! Dans le rôle du groupe fictif de Brian Slade, ces joyeux compères reprennent 2HB, Ladytron et Bitter-Sweet de Roxy, et offrent le micro à un Jonathan Rhys-Meyers en voix pour refaire du Brian Eno (Baby’s On Fire) ou offrir une splendide relecture des plus obscurs Steve Harley & Cockney Rebel - le numéro de Tumbling Down constitue d’ailleurs l’une des plus belles séquences du film. Enfin, le fameux Ron Asheton des Stooges se retrouve à la barre de Wylde Ratttz, “faux” groupe du “faux” chanteur Curt Wild. En bon clone d’Iggy, Ewan McGregor s’attaque au classique T.V. Eye avec force hurlements et guitares tonitruantes comme il se doit.

Tous ces titres, enregistrés spécialement pour la bande originale de Velvet Goldmine, constituent autant de pépites quasi introuvables qui feront la joie des véritables fans de glam. Inspirez-vous de la pochette du disque et faites-les jouer “at maximum volume” !

Allemagne de cuisine

Penchons-nous aujourd’hui sur une petite curiosité montréalaise qui, malheureusement, n’a jamais réellement dépassé les cercles de l‘underground farfelu. Au tournant des années 2000, la musicienne Krista Muir crée son alter ego coloré Lederhosen Lucil, fausse tyrolienne avec tout le décorum approprié : bretelles, tresses défiant la loi de la gravité et accent germanique de circonstance. Suivront une poignée de singles et deux albums complets, Hosemusik (2002) et Tales From The Pantry (2003). Depuis, (presque) rien, même si selon le site web officiel de la chanteuse, celle-ci serait toujours en activité – sous son ancien pseudonyme ou son vrai nom.

Bien entendu, à l’époque, la scène musicale montréalaise était peut-être encore quelque peu confinée. Avec le recul, on ne peut s’empêcher de penser que si le son absurdement réjouissant de Lederhosen Lucil s’était pointé cinq ans plus tard, le retentissement aurait été bien plus grand. Car aussi simplissime et fauché qu’il peut l’être, un album comme Hosemusik respire la fraîcheur et l’inventivité. Muir propose treize chansonnettes aux influences aussi variées que le ska sympathique (Automatic Weapons Of The World), le groove urbain mâtiné de couplets r’n'b (All Good Scabs), ou l’électro-dance “dedicated to the Pet Shop Boys” (Molasses Trip). Ces comptines acidulées marquées par des claviers enfantins bénéficient de plus d’arrangements d’une simplicité désarmante mais toujours pleins d’humour, ainsi que d’une panoplie de sons marrants à la limite de la justesse dans le plus pur esprit “DIY”.

La musique de Lederhosen Lucil est également une preuve de plus qu’être indie ne signifie pas obligatoirement afficher une attitude “prise de tête”. Le son est ici joyeusement pop, extrêmement accrocheur, et dépasse rarement les 2 min 30 : une énergie de punkette gentille qui s’exprime bien dans les  trois chansons que nous vous présentons aujourd’hui. En ce qui nous concerne, c’est le charmant côté “chipie” de la chanteuse qui nous plaît le plus et trouve sûrement son accomplissement dans la très riot grrrl You Suck, conclusion bien rigolote de Hosemusik.

Montréal 1978

Restons dans notre chère ville tout en remontant un peu dans le temps avec un petit portrait de figure aussi importante qu’aujourd’hui confidentielle : j’ai l’honneur de nommer Lewis Furey, chanteur, compositeur, multi-instrumentiste, metteur en scène, acteur et pygmalion essentiel au Montréal bilingue joyeusement créatif des années 1970. Outcast intello raffiné au sein d’une époque militante, Furey peut se targuer de récolter trente ans plus tard la rançon de sa gloire. Ses enregistrements, quasi introuvables, excentriques au possible, n’ont pas pris une ride : singuliers et extravagants ils étaient, singuliers et extravagants ils demeurent.

Né en 1949, Furey est tout d’abord un petit prodige du violon, qui se produit avec l’Orchestre Symphonique de Montréal à l’âge de onze ans. Après des études classiques, il se tourne vers la musique pop en 1974. Suivront trois albums solo : Lewis Furey (1974), The Humours Of Lewis Furey (1976) et The Sky Is Falling (1978). Ces disques, qui tournent autant au Québec que de l’autre côté de l’Atlantique, lui valent bientôt une pléthore de fans français qui se réjouissent encore régulièrement sur le Net. Malheureusement pour eux et pour nous, ces albums seront les derniers, Furey se tournant rapidement vers la musique de films et la mise en scène. Cette nouvelle carrière cinématographique se révèlera cependant plutôt houleuse. Fantastica (1980) de Gilles Carle – comme acteur -  et Night Magic (1985) – comme réalisateur – sont deux exemples d’œuvres ambitieuses mais manquées, malgré les luxueuses musiques cabaret-burlesque de Furey. Le metteur en scène sera plus inspiré au théâtre en signant l’une des plus éclatantes moutures du classique opéra rock Starmania en 1993-1994.

The Sky Is Falling est le seul album solo de Lewis Furey que nous possédons en version CD. Cette magnifique œuvre théâtrale possède indéniablement une certaine décadence propre à son époque. Immédiatement, l’auditeur sera frappé par l’opulence des arrangements : instrumentation symphonique, chœurs de haute voltige, voix affectée à la Bowie/Lou Reed, et paroles sexuellement chargées. Cette ostentation, héritée sans nulle doute de l’éducation classique du créateur, confère à de petites ritournelles pop une somptuosité surprenante. Conçus comme de petits opéras de poche, les trois titres que nous vous proposons sont de bons exemples du talent protéiforme de Lewis Furey : une preuve de plus que la véritable richesse bizarroïde, contrairement au conformisme hype, vieillit comme le bon vin.

Lost in Space

Profitons du froid mois de décembre pour exhumer de nos tiroirs brit-pop une très joyeuse formation, Space. Le son du groupe anglais, actif de 1993 à 2005, n’a jamais réellement réussi à traverser l’Atlantique… what a shame ! Car aux côtés des Supergrass, Blur et autres Super Furry Animals (autres combos britanniques de la même période ayant connu passablement plus de succès), Space remporte assurément la palme du plus loufoque, et presque sûrement celle du plus sympathique. De leurs trois albums studio, nous avons le plaisir d’en posséder deux : Spiders (1996) et Tin Planet (1998) – l’ultime Suburban Rock’n'roll (2004), échec sans appel, étant nettement moins fascinant. Comme leurs dates de sorties le prouvent bien, ces disques ont fait les beaux jours de la “grande” époque du brit-pop. Ils s’y rapportent évidemment, mais s’en éloignent peut-être encore davantage par l’avalanche pléthorique des influences musicales proposées.

Tout d’abord, le chanteur et guitariste Tommy Scott fera éclater à vos oreilles ébahies l’une des voix les plus méchamment british jamais endisquées : cet accent des bas-fonds de quelque quartier obscur pourra même vous rappeller ça et là les meilleurs élans de Johnny Rotten. Le registre musical, quant à lui, s’étend du brit pop mignon à un son totalement échevelé à tendance glam, en passant par des morceaux punk gentil mais toujours théâtraux. Ajoutez à la recette certaines expérimentations électro-rave (!) et un attachement évident pour l’intensité langoureuse des crooners les plus dégoulinants, et vous obtiendrez un cocktail détonnant façon soundtrack kitsch. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce patchwork rétro fonctionne à cent à l’heure et établit sans conteste Space comme l’un de nos feel-good-groups favoris. Découverte et attachement garantis avec trois (très) petits exemples de ce que ces énièmes excentriques anglais vous proposent : redoutables élans symphoniques de Me And You Vs The World, humour déjanté de Kill Me et romantisme “franksinatresque” de The Unluckiest Man In The World.

Sucrés synthés suédois

ET002_cvr_300Nous vous parlions récemment de Tobias Bernstrup, dernier avatar en date de la longue lignée des chantres suédois de la pop synthétique: une tradition qui, comme nous le mentionnions il y a presque un an à propos de Melody Club, semble remonter aux beaux jours du disco. L’artiste est édité sur le même label qu’Agent Side Grinder, Enfant Terrible, charmant pourvoyeur de primeurs pour ce blogue. Son nouveau EP s’intitule 1984 et comporte quatre titres, dont la déjà connue Enemies Of The Earth dans une version plus lente. Quatre titres, quatre modèles du genre : aussi sucrée que votre taux de diabète le permet, la musique de Bernstrup incarne le rêve parfait de tous les dancefloors de ce monde. Impossible de résister à ces beats terrifiants d’efficacité, catégorie plaisirs coupables.

Vous vous ennuyiez de la “power new wave” du début des années 1980 et de ses chanteurs aux voix cristallines ? Nous trouverez en Tobias Bernstrup le digne héritier des Marian Gold (Alphaville) et autres Morten Harket (A-Ha). Ces vocalistes venus du froid partagent un même sens de la mélodie et un même amour des effets, disons… “expressifs”. Ruptures rythmiques, chœurs féminins enflammés et cascades de notes synthétiques parsèment en effet 1984 pour la plus grande joie de ceux osant proclamer leur amour pour un certain eurotrash de qualité. “Klaus Nomi des années 2000″ selon son label, Bernstrup puise ainsi avec plaisir dans les plates-bandes du dance des trente dernières années, nettement pour le meilleur. En voici deux exemples (en écoute seulement) : 1984 bien entendu, et la bien nommée Data Love. Jouissance assurée pour les amateurs.

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Tobias Bernstrup – 1984 [3:52m]

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Tobias Bernstrup – Data Love [3:39m]