BlackoutMusique.com

Author Archive

Enfin toutes folles de lui

patrick et les brutesIl y a plus d’un an, nous avions fièrement partagé sur ce blogue quelques titres issus du démo d’un nouveau combo rock-glam-punk de Montréal, Patrik et les Brutes. Si le groupe demeurait inédit, ce n’était pas le cas de la flamboyante personnalité de son chanteur Plastik Patrik, performer pailleté, DJ légendaire et adorable star du nightlife local. La mauvaise nouvelle du jour, c’est que nous ne serons plus (quasi) les seuls à promouvoir l’énergie musicale de Patrik et les Brutes… car la bonne, c’est que vous pouvez maintenant tous vous procurer leur premier album, en magasin depuis mardi dernier !

Toutes les filles sont folles de moi, une affirmation ô combien réaliste lorsqu’on s’appelle Plastik Patrik, c’est le titre alléchant de cette galette élégamment habillée de rouge, noir et blanc (tout pour nous plaire). En compagnie de ses fidèles Brutes, le chanteur à la perruque platine nous propose enfin onze titres généralement survoltés. Nous avons ainsi autant le plaisir de retrouver les  “classiques” de notre démo original dans de nouvelles versions clean cut que certaines autres chansons, découvertes et appréciées en spectacle depuis des années. À l’image de son créateur, ce premier disque marie ses textes ludiques à un enthousiasme punk old school et à sensibilité pop indéniable. Essayez de résister au charme de Pauvre Bélinda, de La Femme de ta vie ou de la chanson-titre pour voir !

Patrik et les Brutes lancent Toutes les filles sont folles de moi ce jeudi 19 novembre à la SAT (1195 boul. St-Laurent à Montréal).

5 à 7 et performance qui promettent d’être mémorables… entrée libre !

En guise de cocktail apéritif, voici le premier single de l’album, le très sucré Chez Candi. Vous pouvez obtenir plus d’infos et visionner le clip sur le site de Spectra Musique.

 

Sexe, caféïne et rock’n'roll

36669_1Xavier Caféïne, l’un des fleurons de notre scène rock québécoise, a lancé la semaine dernière son deuxième album solo intitulé Bushido. Nous vous en reparlerons sous peu, mais soulignons tout d’abord cette parution avec un petit retour dans le temps, à une époque pas si lointaine où, soi-disant, le rock était mort. Vous souvenez-vous de l’an 2000 ? À l’ère du règne du rap/hip-hop et du techno/dance, Xavier portait déjà très haut ses emblèmes garage, punk et glam. Il était plutôt unique en son genre… et nous, on était déjà fans. Fort de son premier album Mal éduqué mon amour (1997), Caféïne, qui était alors un groupe, proposait une énergie tout à fait rafraîchissante et des concerts, pailletés et sauvages, assez inoubliables.

L’objet de notre intérêt présent est le second album du groupe, le bien nommé Pornstar (2000). Ce disque, qui avait “bénéficié” d’un marketing très discret à l’époque, est totalement méconnu : un petit scandale auquel nous nous apprêtons à remédier aujourd’hui ! Pornstar est à plusieurs égards, un album de transition pour Xavier et sa bande. Mal éduqué mon amour, qui était entièrement en français, était parfait pour les partys de cégep made in Quebec; son successeur serait bilingue et revendiquerait un son trash festif davantage anglo-saxon. On pense immédiatement aux New York Dolls, qui n’auraient aucunement renié une pochette rose bonbon où le chanteur apparaît nu recouvert d’une peau de léopard. Bien sûr, la production était totalement fauchée, mais elle sonne encore aujourd’hui comme une tonne de briques.

Pornstar propose neuf titres particulièrement bruyants, totalement irrévérencieux, définitivement glam rock. Sur l’ensemble, trois chansons demeurent dans la langue de Molière : outre une langoureuse déclaration d’amour à la clope (Cigarette), on y retrouve l’attrayant Hymne à la mort, joyeux poème sur un thème pas très joyeux, le suicide. La chanson-titre de l’album, quant à elle, affiche des paroles hilarantes ainsi qu’une énergie plus que communicative – gracieuseté d’un piano et de guitares enragées. Pour terminer, amusez-vous à décrypter le texte référentiel de la perle pop qu’est Wow : on y croise autant les idoles Billy Idol et Iggy Pop que les moins regrettables Dead or Alive. So rock’n'roll is dead ? Pour Caféïne en 2000, pas vraiment on dirait.

 
 
 

Damned don’t cry

121084Les légendaires The Damned sont connus comme l’un des groupes fondamentaux du punk, c’est-à-dire de la première vague originale britannique du mouvement, celle de 1976. Au sein d’une période caractérisée par son urgence, ils ont même été les premiers à enregistrer un single, le fameux New Rose : tout un exploit pour des groupes généralement formés la veille, aux capacités musicales souvent très limitées, et dont l’essence même était d’être allergique à toute forme de contrat ou d’establishment ! S’en suivirent plusieurs classiques du genre comme Neat Neat Neat. Tout comme la plupart de leurs collègues punks dont la carrière dura plus d’une saison, le son de The Damned évolua rapidement, tirant parti de multiples influences sixties, glam (ils étaient  de la dernière tournée de T. Rex/Marc Bolan) ou théâtrales.

À la toute fin des années 1970, le groupe fut également l’un des premiers à afficher (et revendiquer) le son et l’attitude gothique. Bien plus doué pour les vocalises gracieuses et sépulcrales que pour les éructations propres au punk, le chanteur Dave Vanian arborait sur scène tous les attributs du parfait vampire : dentelles et jabots, impressionnante chevelure bicolore et maquillage de circonstance. La musique (gracieuseté des célèbres Captain Sensible et Rat Scabies, respectivement guitariste et batteur) était à l’avenant, mais elle ne fit que se raffiner avec les eighties et des disques tels que The Black Album (1980) ou Strawberries (1982).

damnedphansmallSouvent séparé, continuellement reformé, parfois sans maison de disque mais toujours culte, The Damned a également enregistré une pléthore de singles étranges éparpillés sur de nombreuses compilations. Voici quatre coups de cÅ“ur indéniables, qui surprennent toujours autant par leur profonde originalité. Si la tonitruante Nightshift apparaît à plusieurs égards héritière du punk, ses élans rockabilly trash à la The Cramps introduisent bien les plus étranges Edward The Bear et la splendide Eloise. Cette dernière chanson est l’étonnante reprise d’une ballade des années 1960 signée Paul Ryan : The Damned en livre ici une interprétation haute en couleur, à la fois symphonique et atmosphérique, submergée par le chant quasi héroïque de Dave Vanian. Cette pop échevelée, qui va bien au-delà des étiquettes de genre, c’est également celle de Grimly Fiendish, un titre gothico-ludique dont l’instrumentation particulière (claviers en folie, trompette claironnante) ne peut que susciter l’enthousiasme – nous vous en proposons ici le Spic’n'Span Mix, une curiosité séduisante.

 
 
 
 

Post-punk, tendance chic

sou_051177

Un peu de post-punk bien glacé pour terminer le mois de juillet aujourd’hui, avec l’un de nos favoris Magazine. Dans ce cas précis, l’expression “post-punk” est réellement à prendre au pied de la lettre puisque ce groupe fut fondé en 1978 par Howard Devoto, ex-Buzzcocks. Visiblement déjà lassé de la furie punk en 1977, Devoto quitte son groupe initial pour prendre une année sabbatique (!) et revenir avec un nouveau véhicule musical autrement fascinant. Magazine sera en activité jusqu’en 1981 et produira quatre albums, plus un live et un peel sessions, dans la grande tradition se son époque.

Malgré son importance, la carrière du groupe demeura généralement au sein de l’underground. Aucun hit donc pour Magazine, à l’exception peut-être de leur single d’introduction, l’énervé Shot By Both Sides. Dès le premier album Real Life (1978), Devoto, accompagné du guitariste John McGeoch (qui officiera ultérieurement pour Siouxsie & the Banshees et PIL), s’éloigne du punk pour mieux explorer des avenues  froides et expérimentales. Le nouveau son est directement inspiré d’une certaine trilogie berlinoise concoctée presque au même moment par David Bowie : agressif mais sépulcral, lourd et lancinant, marqué par des pauses instrumentales que certaines n’hésiteront pas à qualifier de “progressives” ainsi que par des textures musicales surprenantes. Et la tendance n’ira qu’en amplifiant : si Real Life demeure une collection de titres plus ou moins accrocheurs et accessibles, les disques suivants Secondhand Daylight (1979) et The Correct Use Of Soap (1980) se révèlent encore plus recherchés avec leurs changements de rythme abrupts. Magazine propose ainsi un rock à la fois abrasif et sophistiqué, dont l’originalité lui assure une fraîcheur toujours d’actualité.

Voici pour preuve quatre titres tirés des trois albums sus-mentionnés, qui représentent bien les différentes facettes étranges de Magazine. Avec sa vélocité particulière, My Tulpa se permet de reprendre quelques cendres encore fumantes du punk, alors que The Great Beautician In The Sky surprend par ses rythmes presque forains. L’intense et tourmentée Permafrost est sûrement celle qui se rapproche le plus du son berlinois de Bowie, tandis que A Song From Under The Floorboards, avec sa belle mélancolie, offre des accents presque pop.

 
 
 
 

Music for strange glam fans

brian-eno-776684Dans le genre “éminence grise du rock”, difficile de faire plus essentiel que Brian Eno. Né en 1948, l’homme-orchestre a été tour à tour chanteur, claviériste, arrangeur, producteur et collaborateur de groupes aussi essentiels et variés que les Talking Heads, U2 ou Ultravox. Sa première incarnation artistique est évidemment glam : en 1971, il se joint à la légende Roxy Music en tant qu’ingénieur du son et grand manitou du synthétiseur EMS VCS3. C’est alors l’époque du Londres à paillettes, où les précieux sons torturés du musicien (ainsi que ses extravagants costumes de scène !) font merveille. Un succès moyennement apprécié par le chanteur-diva Bryan Ferry… Après deux ans de collaborations houleuses, le divorce des deux “Briyans” est consommé et Eno s’installe en solo.

S’il est toujours encore très actif aujourd’hui, les années 1970 furent évidemment un terrain de jeu privilégié pour Brian Eno. De Londres, il passera notamment par l’Allemagne, cosignant avec David Bowie les étranges morceaux de la fameuse trilogie berlinoise (Low-Heroes-Lodger), et par New York, où ses expérimentations avec divers groupes du Lower East Side auraient donné naissance au mouvement no wave. Ajoutons également à ce palmarès un intérêt marqué pour une musique dite “savante”, minimaliste et exigeante, allant de l’ambient (le judicieusement intitulé Music For Airports en 1978) au classique contemporain (diverses collaborations avec Philip Glass). Bref, une carrière remarquable basée sur la recherche et l’avant-garde.

here_come_the_warm_jetsNous nous intéressons aujourd’hui au Brian Eno de l’après-Roxy Music, un musicien avide d’expérimentations mais toujours contaminé par l’étincellante pop glam de ses anciens comparses : cela donne le génial et tordu Here Come The Warm Jets, première parution solo de notre génie en cette belle année 1974. Féru d’expériences inédites, Eno fit le pari artistique de réunir autour de lui seize guests stars (dont des membres de King Crimson et évidemment de Roxy Music), tout d’abord choisis pour leurs “incompatibilités musicales” (!) mais apportant chacun leur touche personnelle aux multiples couches sonores de l’album. Musicalement, c’est du glam, mais du glam terriblement expérimental. La voix du chanteur novice change de texture à chaque morceau et les textes, volontairement cryptiques, s’inspirent de l’écriture automatique. Here Come The Warm Jets est un disque fascinant, chef-d’Å“uvre pour les puristes mais aussi étrangement méconnu. Ce patchwork d’influences et de sons inédits n’a pourtant pas vieilli d’une ride : ovni musical en 1973, il l’est toujours plus de trente ans plus tard… Étrange entreprise que celle de faire un choix parmi les titres d’une oeuvre très entière, mais dont l’on retiendra pourtant la légèreté pop de Cindy Tells Me, l’étrangeté nasillarde de Baby’s On Fire, les rythmes disparates jusqu’au vertige de Dead Finks Don’t Talk ainsi que l’approche rock plus radicale de la chanson-titre.

 
 
 
 

Voici venir la nuit des longs couteaux

00731454843126_SDe toute la panoplie d’artistes issus de la francophonie, difficile de trouver une figure plus fédératrice que celle de Serge Gainsbourg. Serait-ce à cause d’une carrière légendaire étendue sur quarante ans, d’une démarche aussi séduisante que provoc’, ou tout simplement à cause d’un immense et plus que singulier talent ? Bref, tout le monde semble fasciné par la vie et l’Å“uvre du grand Serge, à commencer par les jeunes minets du rock anglais (en 2006 paraissait Monsieur Gainsbourg revisited, collections de reprises par Franz Ferdinand, Placebo et autres Jarvis Cocker) et le bédéiste Joann Sfar qui lui a récemment consacré son premier long-métrage (Serge Gainsbourg vie héroïque sortira plus tard cette année).

Des années 1950 à sa mort prématurée en 1991, le dandy sulfureux aura bien entendu connu diverses révolutions de personnalité. Certains se souviennent davantage du Gainsbourg des sixties, composant de manière compulsive des ritournelles aussi pop que désespérées, interprétées par lui-même ou offertes en pâture à toutes ces stars yé-yé bien trop naîves. D’autres ne se seront pas remis des provocations puériles et troublantes de Gainsbarre, terrible alter ego d’un chanteur qui, dans les années 1980, semblait se complaire dans la solitude, l’alcool et une certaine vulgarité people. Nous préférons quant à nous nous intéresser à un Gainsbourg particulièrement inspirant : celui des années 1970, qui en quelques albums-phare révolutionna la chanson française pour la faire définitivement basculer dans l’avant-garde.

Notre objet d’aujourd’hui est le choquant Rock Around The Bunker. Fils d’immigrés juifs ayant fui la Russie bolchévique en 1919, Lucien Ginzburg (de son vrai nom) a vécu la guerre, le Paris occupé, la fuite, les cachettes et les dénonciations. Ces profonds traumatismes lui inspirent en 1975 un album aussi enthousiasmant que terrifiant qui pousse la provocation à des sommets inégalés. Ne pouvant de par son histoire personnelle n’être taxé d’aucun antisémitisme, Gainsbourg se fait le porte-étendard de sa condition et accouche de titres particulièrement “limite” qui ne trouvent d’ailleurs preneur sur aucune radio commerciale. Rock Around The Bunker, ce sont dix chansons affichant une commune thématique nazie sous un angle humoristique décapant, une approche aussi rafraîchissante que dénonciatrice.

Forcé enfant de porter l’étoile jaune, Gainsbourg fait de ce symbole dégradant une étoile de “shérif”, jeu puéril et enfantin, dans l’entraînante Yellow Star. Les supposées bacchanales auxquelles se livraient l’armée allemande inspirent autant la chanson-titre de l’album qu’un fameux Nazi Rock. Finalement, le morceau le plus décapant serait peut-être S.S. In Uruguay, charge démente envers les anciens nazis confortablement éxilés dans certaines républiques d’Amérique latine. Rock Around The Bunker est ainsi fait : narrativement ironique et terrifiant, musicalement joyeux. Les historiettes nazies concotées par Gainsbourg se déroulent en effet sur fond de rock simple, classique et dansant, parsemé de choeurs féminins mélodiques et rigolos. Une production pop sous haute influence britannique offrant un contraste saisissant pour l’une des oeuvres  majeures de la décennie ’70, par l’un de ses créateurs les plus détonants.

 
 
 
 

Des voix et des images

camouflage voicesPour la majorité du “grand public”, l’Å“uvre du groupe allemand Camouflage (formé en 1984) se résume à l’immense succès The Great Commandment, particulièrement prisé sur les dancefloors à tendance gothique. Cet impeccable morceau, de surcroît single initial du groupe, a ainsi éclipsé une carrière qui, étonnamment, se poursuit jusqu’à nos jours. Il a également quelque peu éclipsé l’album qui le contenait, un chef-d’Å“uvre que nous vous proposons de redécouvrir aujourd’hui.

Voices & Images est le premier album du trio composé de Marcus Meyn (chant) et d’Oliver Kreyssig et  Heiko Maile (claviers). Il propose un pur son new wave synthétique et planant qui, à la parution du disque en 1988, pouvait déjà paraître quelque peu “rétro”. La principale différence avec les classiques décharnés issus de la minimal wave se situe ici dans la luxuriance des arrangements. Les harmonies de Camouflage sont en effet d’une richesse peu commune, accumulant les nappes de sons afin de créer une ambiance aussi noire que fortement mélancolique, rappelant immédiatement les belles années de Depeche Mode. À ce titre, une pièce comme Neighbours pourrait sans problème se retrouver sur Some Great Reward (1984) ou Black Celebration (1986).

Si Camouflage choisit de chanter en anglais, leur démarche musicale demeure toute germanique: froide et cérébrale, elle se distingue par une lancinante nostalgie. Face à l’imparable rythme de The Great Commandment, l’album dans son entiereté paraît assez calme. Pour ajouter une touche expérimentale à l’ensemble, plusieurs pistes sont quasi instrumentales, parsemées de sonorités subtiles et envoûtantes. L’effet, enveloppant et hypnotique, provoque une impression durable au point que chaque pièce de l’album parvient à se distinguer. En voici cependant trois qui retiennent particulièrement notre attention.

 
 
 

Glitter rock, 28 ans plus tard

new_york_dolls-cause_i_sez_soRevenons aujourd’hui à l’une de nos premières passions, à savoir le glam rock, avec la parution du dernier disque des New York Dolls. Oui oui, vous avez bien lu. La légendaire formation, autrefois fondée  en 1971 et dissoute six ans plus tard, s’était en effet reformée en 2004 et, dans la foulée, avait  fait paraître One Day It Will Please Us To Remember Even This. Il apparaît maintenant que cette réunion inespérée est visiblement faite pour durer : les paillettes du nouvel album Coz I Sez So le prouvent bien – notez au passage les savantes fautes d’orthographe du titre, gracieuseté de la grande période du glam (quelqu’un se souviendrait-il des excentricités grammaticales de Slade ?).

Cette nouvelle mouture des New York Dolls semble aujourd’hui la seule (et digne) représentante de l’authentique glam ou glitter rock (les français disent aussi rock décadent). Deux albums classiques (un éponyme en 1973 et le bien nommé Too Much Too Soon l’année suivante) en ont fait de véritables légendes, unanimement établies comme les ancêtres du punk. Au début des années 1970 toutefois, l’heure était aux chansons pop déglinguées et ironiques, caractérisées par un chant hargneux et des guitares hautement efficaces. L’heure était également aux platform boots ainsi qu’à l’abus d’eyeliner et de métal lamé, un look théâtral et provocateur faisant partie intégrante de la musique.

Presque trente ans après ces folles années, les New York Dolls originaux ne sont plus que deux : le chanteur David Johansen et le guitariste Sylvain Sylvain. Les autres sont perdus dans la brume ou morts, comme le mythique guitariste Johnny Thunders, disparu au cours d’une doûteuse overdose en 2001. Au sein du cimetierre du glam, qui compte autant d’oubliés que de légendes ayant viré leur cuti depuis des lustres, les poupées de New-York font ainsi figure de dinosaures… Car loin d’avoir succombé aux sirènes de la modernité, leur musique semble au contraire avoir été figée dans le temps. Grand bien leur en fasse, car en plus de ravir les fans de la première date, une galette aussi énergique que Coz I Sez So tombe à pic alors que le son rétro-rock revient en grâce sur la scène internationale – pour preuve l’oeuvre intégrale de Franz Ferdinand. Outre la qualité moderne de la production, Coz I Sez So aurait sans problème pu être enregistré en 1973 : on y retrouve la même langueur bluesy sortie tout droit de East Village, la même voix baveuse et sexy de Johansen, la même urgence sympathique. Tout en réussissant l’exploit non négligeable de ne pas avoir l’air ridicule en “glamant” à 60 ans, les New York Dolls poussent également l’autodérision jusqu’à réenregistrer une version reggae-pop de leur classique Trash. Une attitude tout à fait rafraîchissante que l’on ne peut que saluer… rock on.

 
 
 

Fragile tension

20sotuDe tous les grands dinosaures de la new wave, Depeche Mode semble presque le seul à être encore vivant. Il a survécu autant aux extravagances des années 1980 qu’aux abus dramatiques des années 1990, qui ont assisté à la très médiatique descente aux enfers du chanteur Dave Gahan. Toujours actif, le groupe publie un nouvel album tous les deux-trois ans et enchaîne les tournées mondiales. L’exploit est que malgré des critiques parfois un peu tièdes, le succès semble généralement toujours  au rendez-vous. C’est une fois de plus le cas pour le dernier-né de la formation, le bien nommé Sounds Of The Universe, qui a réussi à se classer numéro 1 un peu partout lors de sa sortie il y a quelques semaines.

Contrairement à plusieurs autres groupes issues de son époque, Depeche Mode a réussi à se défaire du fameux son “années 1980″ entièrement synthétique, autrefois si moderne et aujourd’hui si souvent décrié. Le changement de cap, amorcé avec le triomphe de Violator (1990), fut confirmé par les guitares sales de Songs Of Faith And Devotion (1993), l’album de la déchéance et de la rédemption. Les parutions suivantes se situèrent toutes dans la même direction, avec plus ou moins de succès mais toujours avec constance. Ainsi Ultra (1997), Exciter (2001) et Playing The Angel (2005) semblent-ils tracer la voie d’un groupe ayant délaissé autant la pop bonbon que le rock de stade, et dont la maturité se caractérise par un apaisement particulièrement sombre.

Tout comme ses prédécesseurs, ce nouveau Sounds Of The Universe est un disque plutôt calme malgré ses moments de haute tension. Les différents sons synthétiques, toujours très recherchés chez des musiciens d’expérience comme Depeche Mode, sont souvent aériens ou planants. Au premier abord, l’apparente uniformité des ambiances ainsi que la longueur des titres crée une certaine distance avec l’auditeur. Sounds Of The Universe est cependant un disque qui mérite plusieurs écoutes. Le fan de longue date ne sera ni surpris ni déçu d’y retrouver des classiques ayant fait la marque du groupe au fil des années : le succès imparable taillé sur mesure pour le dancefloor (Wrong), l’efficace chanson de rock brut et torturé (Miles Away / The Truth Is), et finalement la ballade intense aux relents mystiques chantée par Martin Gore (Jezebel). Des compositions toujours dominées par de magnifiques et sensuels  duos de voix, gracieusetés du couple Gahan/Gore.

 
 
 

So young, so cold

370032494Lorsqu’il est question de new wave, la France est définitivement loin de figurer en tête de liste. En marge de gros canons tels Indochine, devenus avec les années de véritables machines de la pop, la majorité de la production du genre demeura au niveau de l’anecdotique. Une poignée de singles, un public d’initiés, des groupes tout à fait tombés dans l’oubli… la synth wave française, née à l’orée des années 1980, n’aurait-elle rien laissé à la postérité ? Rien n’est moins sûr, et qui dit curiosités dit collectionneurs passionnés. Pour vous en convaincre, écoutez l’excellente compilation Bippp : French synth wave 1979/1985, parue en 2006 sur le label Born Bad. Ce disque fait suite à une autre compilation du même genre publiée deux ans auparavant (So Young So Cold : Underground French Music 1977-1983).

Avec force documentation et une approche érudite, le projet Bippp se donne pour mandat de documenter toute une époque, celle de la morosité pré-Miterrand, de la consommation d’héroïne à outrance, de l’avenir incertain. En apparence, la jeunesse n’est plus en colère : le rock délaisse les guitares éructantes et les cris gutturaux pour se tourner vers la robotisation des synthétiseurs et le désenchantement de voix atones… pas toujours justes, d’ailleurs. L’ère glacière des claviers analogues s’ouvre avec la reconversion de Jacno, ex-punk qui casse la baraque en 1979 avec l’inoubliable Rectangle, instrumental électronique. Dans sa foulée, d’autres musiciens jouent et chantent géométriquement en rouge, noir et blanc, d’une froideur terrifiante. Presque aucun d’eux n’aura enregistré d’album complet, d’où le caractère disparate et forcément un peu inégal de ce Bippp. Cependant, si les morceaux choisis ne peuvent être de même valeur, ils présentent tous un intérêt certain et une atmosphère singulière : juvénilité burlesque (Touche pas mon sexe de Comix, déjà mentionné dans un post précédent), violence explosive et “limite” (Viol AF 015 de Casino Music), noirceur gothique (Le Jour se lève de Visible).

Des 14 titres de Bippp, nous en avons retenu quatre. Tout d’abord Contagion des sarcastiques À trois dans les WC, titre quasi politique et nihiliste à souhait comme le voulait l’époque. Le point de vue d’un aliéné donne à  Je t’écris d’un pays des Visiteurs du soir une froideur aussi poétique que glaçante. Un climat caractéristique qui baigne également Polaroïd/Roman/Photo de Ruth et Pretty Day de Marie Moor, deux complaintes synthétiques marquées par la fascination des machines et l’amour impossible… voilà, tout y est pour se figurer un moment historique et musical, aussi méconnu qu’inspirant.