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Des voix et des images

camouflage voicesPour la majorité du “grand public”, l’œuvre du groupe allemand Camouflage (formé en 1984) se résume à l’immense succès The Great Commandment, particulièrement prisé sur les dancefloors à tendance gothique. Cet impeccable morceau, de surcroît single initial du groupe, a ainsi éclipsé une carrière qui, étonnamment, se poursuit jusqu’à nos jours. Il a également quelque peu éclipsé l’album qui le contenait, un chef-d’œuvre que nous vous proposons de redécouvrir aujourd’hui.

Voices & Images est le premier album du trio composé de Marcus Meyn (chant) et d’Oliver Kreyssig et  Heiko Maile (claviers). Il propose un pur son new wave synthétique et planant qui, à la parution du disque en 1988, pouvait déjà paraître quelque peu “rétro”. La principale différence avec les classiques décharnés issus de la minimal wave se situe ici dans la luxuriance des arrangements. Les harmonies de Camouflage sont en effet d’une richesse peu commune, accumulant les nappes de sons afin de créer une ambiance aussi noire que fortement mélancolique, rappelant immédiatement les belles années de Depeche Mode. À ce titre, une pièce comme Neighbours pourrait sans problème se retrouver sur Some Great Reward (1984) ou Black Celebration (1986).

Si Camouflage choisit de chanter en anglais, leur démarche musicale demeure toute germanique: froide et cérébrale, elle se distingue par une lancinante nostalgie. Face à l’imparable rythme de The Great Commandment, l’album dans son entiereté paraît assez calme. Pour ajouter une touche expérimentale à l’ensemble, plusieurs pistes sont quasi instrumentales, parsemées de sonorités subtiles et envoûtantes. L’effet, enveloppant et hypnotique, provoque une impression durable au point que chaque pièce de l’album parvient à se distinguer. En voici cependant trois qui retiennent particulièrement notre attention.

Glitter rock, 28 ans plus tard

new_york_dolls-cause_i_sez_soRevenons aujourd’hui à l’une de nos premières passions, à savoir le glam rock, avec la parution du dernier disque des New York Dolls. Oui oui, vous avez bien lu. La légendaire formation, autrefois fondée  en 1971 et dissoute six ans plus tard, s’était en effet reformée en 2004 et, dans la foulée, avait  fait paraître One Day It Will Please Us To Remember Even This. Il apparaît maintenant que cette réunion inespérée est visiblement faite pour durer : les paillettes du nouvel album Coz I Sez So le prouvent bien – notez au passage les savantes fautes d’orthographe du titre, gracieuseté de la grande période du glam (quelqu’un se souviendrait-il des excentricités grammaticales de Slade ?).

Cette nouvelle mouture des New York Dolls semble aujourd’hui la seule (et digne) représentante de l’authentique glam ou glitter rock (les français disent aussi rock décadent). Deux albums classiques (un éponyme en 1973 et le bien nommé Too Much Too Soon l’année suivante) en ont fait de véritables légendes, unanimement établies comme les ancêtres du punk. Au début des années 1970 toutefois, l’heure était aux chansons pop déglinguées et ironiques, caractérisées par un chant hargneux et des guitares hautement efficaces. L’heure était également aux platform boots ainsi qu’à l’abus d’eyeliner et de métal lamé, un look théâtral et provocateur faisant partie intégrante de la musique.

Presque trente ans après ces folles années, les New York Dolls originaux ne sont plus que deux : le chanteur David Johansen et le guitariste Sylvain Sylvain. Les autres sont perdus dans la brume ou morts, comme le mythique guitariste Johnny Thunders, disparu au cours d’une doûteuse overdose en 2001. Au sein du cimetierre du glam, qui compte autant d’oubliés que de légendes ayant viré leur cuti depuis des lustres, les poupées de New-York font ainsi figure de dinosaures… Car loin d’avoir succombé aux sirènes de la modernité, leur musique semble au contraire avoir été figée dans le temps. Grand bien leur en fasse, car en plus de ravir les fans de la première date, une galette aussi énergique que Coz I Sez So tombe à pic alors que le son rétro-rock revient en grâce sur la scène internationale – pour preuve l’oeuvre intégrale de Franz Ferdinand. Outre la qualité moderne de la production, Coz I Sez So aurait sans problème pu être enregistré en 1973 : on y retrouve la même langueur bluesy sortie tout droit de East Village, la même voix baveuse et sexy de Johansen, la même urgence sympathique. Tout en réussissant l’exploit non négligeable de ne pas avoir l’air ridicule en “glamant” à 60 ans, les New York Dolls poussent également l’autodérision jusqu’à réenregistrer une version reggae-pop de leur classique Trash. Une attitude tout à fait rafraîchissante que l’on ne peut que saluer… rock on.

Fragile tension

20sotuDe tous les grands dinosaures de la new wave, Depeche Mode semble presque le seul à être encore vivant. Il a survécu autant aux extravagances des années 1980 qu’aux abus dramatiques des années 1990, qui ont assisté à la très médiatique descente aux enfers du chanteur Dave Gahan. Toujours actif, le groupe publie un nouvel album tous les deux-trois ans et enchaîne les tournées mondiales. L’exploit est que malgré des critiques parfois un peu tièdes, le succès semble généralement toujours  au rendez-vous. C’est une fois de plus le cas pour le dernier-né de la formation, le bien nommé Sounds Of The Universe, qui a réussi à se classer numéro 1 un peu partout lors de sa sortie il y a quelques semaines.

Contrairement à plusieurs autres groupes issues de son époque, Depeche Mode a réussi à se défaire du fameux son “années 1980″ entièrement synthétique, autrefois si moderne et aujourd’hui si souvent décrié. Le changement de cap, amorcé avec le triomphe de Violator (1990), fut confirmé par les guitares sales de Songs Of Faith And Devotion (1993), l’album de la déchéance et de la rédemption. Les parutions suivantes se situèrent toutes dans la même direction, avec plus ou moins de succès mais toujours avec constance. Ainsi Ultra (1997), Exciter (2001) et Playing The Angel (2005) semblent-ils tracer la voie d’un groupe ayant délaissé autant la pop bonbon que le rock de stade, et dont la maturité se caractérise par un apaisement particulièrement sombre.

Tout comme ses prédécesseurs, ce nouveau Sounds Of The Universe est un disque plutôt calme malgré ses moments de haute tension. Les différents sons synthétiques, toujours très recherchés chez des musiciens d’expérience comme Depeche Mode, sont souvent aériens ou planants. Au premier abord, l’apparente uniformité des ambiances ainsi que la longueur des titres crée une certaine distance avec l’auditeur. Sounds Of The Universe est cependant un disque qui mérite plusieurs écoutes. Le fan de longue date ne sera ni surpris ni déçu d’y retrouver des classiques ayant fait la marque du groupe au fil des années : le succès imparable taillé sur mesure pour le dancefloor (Wrong), l’efficace chanson de rock brut et torturé (Miles Away / The Truth Is), et finalement la ballade intense aux relents mystiques chantée par Martin Gore (Jezebel). Des compositions toujours dominées par de magnifiques et sensuels duos de voix, gracieusetés du couple Gahan/Gore.

So young, so cold

370032494Lorsqu’il est question de new wave, la France est définitivement loin de figurer en tête de liste. En marge de gros canons tels Indochine, devenus avec les années de véritables machines de la pop, la majorité de la production du genre demeura au niveau de l’anecdotique. Une poignée de singles, un public d’initiés, des groupes tout à fait tombés dans l’oubli… la synth wave française, née à l’orée des années 1980, n’aurait-elle rien laissé à la postérité ? Rien n’est moins sûr, et qui dit curiosités dit collectionneurs passionnés. Pour vous en convaincre, écoutez l’excellente compilation Bippp : French synth wave 1979/1985, parue en 2006 sur le label Born Bad. Ce disque fait suite à une autre compilation du même genre publiée deux ans auparavant (So Young So Cold : Underground French Music 1977-1983).

Avec force documentation et une approche érudite, le projet Bippp se donne pour mandat de documenter toute une époque, celle de la morosité pré-Miterrand, de la consommation d’héroïne à outrance, de l’avenir incertain. En apparence, la jeunesse n’est plus en colère : le rock délaisse les guitares éructantes et les cris gutturaux pour se tourner vers la robotisation des synthétiseurs et le désenchantement de voix atones… pas toujours justes, d’ailleurs. L’ère glacière des claviers analogues s’ouvre avec la reconversion de Jacno, ex-punk qui casse la baraque en 1979 avec l’inoubliable Rectangle, instrumental électronique. Dans sa foulée, d’autres musiciens jouent et chantent géométriquement en rouge, noir et blanc, d’une froideur terrifiante. Presque aucun d’eux n’aura enregistré d’album complet, d’où le caractère disparate et forcément un peu inégal de ce Bippp. Cependant, si les morceaux choisis ne peuvent être de même valeur, ils présentent tous un intérêt certain et une atmosphère singulière : juvénilité burlesque (Touche pas mon sexe de Comix, déjà mentionné dans un post précédent), violence explosive et “limite” (Viol AF 015 de Casino Music), noirceur gothique (Le Jour se lève de Visible).

Des 14 titres de Bippp, nous en avons retenu quatre. Tout d’abord Contagion des sarcastiques À trois dans les WC, titre quasi politique et nihiliste à souhait comme le voulait l’époque. Le point de vue d’un aliéné donne à  Je t’écris d’un pays des Visiteurs du soir une froideur aussi poétique que glaçante. Un climat caractéristique qui baigne également Polaroïd/Roman/Photo de Ruth et Pretty Day de Marie Moor, deux complaintes synthétiques marquées par la fascination des machines et l’amour impossible… voilà, tout y est pour se figurer un moment historique et musical, aussi méconnu qu’inspirant.

From Russia with rock

handsome_furs-face_control-album_artEncore médiatiquement surexposée il y a à peine trois ans, la scène rock “indie” de Montréal serait, aux dires de nombreux chroniqueurs musicaux, en plein déclin. En effet, à l’exception de la locomotive Arcade Fire, la plupart des seconds albums des formations “phares” de cette scène sont plutôt passés inaperçus. La fameuse hype rock ne serait donc plus domiciliée à Montréal ? Ce n’est pas une raison pour passer sous silence l’excellent deuxième disque des Handsome Furs, Face Control.

Le groupe est formé du couple Dan Boeckner/Alexei Perry, marié à la ville comme à la scène. Contrairement à la plupart de ces duos mixtes, c’est ici Monsieur qui chante et manie la guitare. Madame, également romancière, s’occupe des claviers. Si vous pensez avoir déjà entendu cette voix particulièrement expressive, vous ne vous trompez pas : Boeckner est également le chanteur de Wolf Parade, autre sensation montréalaise dont le premier album Apologies Of The Queen Mary avait fait grand bruit lors de sa sortie en 2005. Le premier effort des Handsome Furs, Plague Park, date quand à lui de 2007. Si ce projet pouvait au départ sembler parallèle à la carrière principale de Dan Boeckner, la qualité de Face Control laisse présager une toute nouvelle orientation – d’autant plus que le second album de Wolf Parade, At Mount Zoomer (2008), n’a remporté qu’un très modeste succès.

Les douze chansons de Face Control furent inspirés par une tournée récemment effectuée par le duo en Russie… d’où l’image plutôt inusitée de Vladimir Poutine ornant l’arrière de la pochette ! L’atmosphère parfumée de corruption, l’ambiance méfiante et les règles de sécurité héritées de l’URSS inspirèrent au couples des titres tels que Nyet Spasiba ou Passport Kontrol. Au premier abord, les admirateurs de Wolf Parade ne seront pas déboussolés par la proposition musicale des Handsome Furs. Les intonations de Boeckner, immédiatement reconnaissables, dominent des mélodies aussi pop que recherchées, parsemées de sonorités inusitées. L’omniprésence insistante du drum machine, manié par les deux membres du groupes, donne une couleur électro/industrielle à une majorité de chansons, ce qui confère au son des Handsome Furs une expression singulière. En guise d’encouragement à notre scène locale, voici donc trois extraits de Face Control dont le troisième, I’m Confused, pourrait bien à notre humble avis être sacré “chanson pop montréalaise” du printemps 2009.

Étincelles glam

p16497g4k17Nous vous mentionnions dans notre précédent post le groupe créateur de la chanson Sherlock Holmes, à savoir les Sparks. Dans le monde merveilleusement flamboyant de la musique tendance glitter, ces derniers apparaissent parfois un peu dans l’ombre face aux imposants T. Rex, Roxy Music ou autres légendes du style David Bowie. Pourtant, le duo formé en 1970 par les frères Mael (Russell au chant et Ron aux claviers) demeure l’une des voix les plus originales, intéressantes et persistantes du glam rock.

Contrairement à la plupart de leurs homologues stylistiques, les Sparks sont américains, de Los Angeles plus précisément. Tout au long d’une carrière de presque quarante ans, ils ont enregistré plus de vingt albums studio tout en influençant durablement autant de groupes que de genres différents : tout un exploit pour une formation qui a toujours travaillé au sein de l’underground et de l’avant-garde. Initialement passionnés par le rock anglais sixties, les Sparks adoptent ensuite un son glam qui ne les quittera jamais totalement, même lors des expérimentations plus électroniques des années 1980. Impossible de les écouter sans être frappé par la voix étincelante de Russell Mael, vertigineuse dans les aigus, délicatement maniérée, à nulle autre pareille. En comparaison, son frère Ron se distingue par une attitude sérieuse et stoïque (mais tout aussi théâtrale), assortie d’une petite moustache à la Hitler. Tout comme leur musique, l’approche visuelle des Sparks se définit par une recherche esthétique constante… additionnée de beaucoup d’humour. Il suffit de contempler leurs pochettes d’albums, où le duo apparaît régulièrement sous forme de couple plus ou moins loufoque, pour s’en convaincre. Avec son allure androgyne, Russell Mael ne semble craindre aucun déguisement !

Immigrés en Angleterre en 1973, les Sparks y produisent Kimono my house (1974). Cet album leur vaut un véritable succès populaire lorsque l’incroyable This Town Ain’t Big Enough For The Both Of Us se hisse contre toute attente jusqu’à la deuxième place du palmarès brittanique. Devenue depuis un classique, cette chanson est caractéristique de l’incandescence pop des Sparks : instrumentation luxuriante, paroles ironiques, prouesses vocales et singularité quasi expérimentale. La méconnue Lost And Found, véritable perle glam, est quant à elle le B-side d’Amateur Hour, autre single issu du même album : une rareté à découvrir. Enfin, pour terminer, nous vous présentons l’une des nombreuses collaborations du groupe, celle-ci avec les Rita Mitsouko. En 1988, le duo français enregistre l’un des ses albums les plus pointus, Marc et Robert, incluant deux titres où le mariage des voix de Russell Mael et Catherine Ringer fait merveille. En lieu et place du succès Singin’ In The Shower, nous avons décidé de vous présenter aujourd’hui la plus obscure Live In Las Vegas : un choix sophistiqué qui fait honneur à la démarche artistique inédite des Sparks.

Poland calling

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Ce n’est pas un scandale, mais tout de même un fait : lorsqu’un groupe rock souhaite faire une carrière mondiale, il chante en anglais. Avec l’emploi de la “langue internationale”, les marchés s’ouvrent, le succès s’étend, et aussi (et surtout) les disques sont disponibles hors du marché local. En effet, pas toujours facile de se procurer du rock émergent en italien, finlandais ou japonais – à moins, bien sûr, de faire des recherches exhaustives sur place. C’est pourquoi il nous fait grand plaisir de vous présenter aujourd’hui un cas particulier venu d’Europe de l’est : Cool Kids Of Death est un groupe polonais qui, malgré leur nom dans la langue de Shakespeare, chante… en polonais.

Nous avons découvert le groupe simplement en synchronisant Eska Rock, sympathique station de radio de Varsovie. Formé en 2001, il a quatre albums à son actif, le seul en notre possession étant 2006, paru la même année. La musique de Cool Kids Of Death est un rock assez radical mâtiné d’influences punk et post-punk. Le chant agressif de Krzysztof Ostrowski domine des guitares parfois hurlantes et toujours à l’avant-plan, créant des chansons très énergiques mais toujours mélodiques et dansantes. Et les paroles sont paraît-il à l’avenant : les membres du groupe sont en effet reconnus en Pologne pour incarner la voix publique de Generacja Nic (Generation Nothing), un “mouvement” social exprimant la colère et la frustration des jeunes du pays, englués dans les complications bureaucratiques et économiques de l’après-communisme. Les trois titres que nous vous présentons aujourd’hui sont tous tirés de 2006, le troisième disque du groupe, qui prouve que Cool Kids Of Death présente plusieurs qualités non négligeables : une musique inspirée, un discours pertinent, et l’indiscutable originalité d’exprimer leur fureur rock dans leur langue maternelle. Na zdrowie !

Musique de nuit

crystalstiltsL’une des meilleures découvertes de la scène rock underground de 2008 fut sans conteste les Crystal Stilts. Initialement formé en 2003, ce groupe de New York a tout d’abord fait paraître deux EPs avant son premier album, le bien nommé Alight Of Night (2008). Ce disque, très bien accueilli par la critique, se retrouva sur de nombreux “tops de l’année”. On comprend pourquoi: une fois appréciée, la musique enveloppante des Crystal Stilts est difficile à délaisser.

Aussi atmosphérique que pop, Alight Of Night distille des ambiances mélancoliques et tendues rappelant immédiatement à notre mémoire les grands noms du cold-wave : Joy Division bien sûr, mais aussi le The Cure de la première époque et Magazine. Les Crystal Stilts reprennent ainsi les basses hypnotiques et des claviers pleins de nuages qui ont fait la gloire de cette époque. Ils reprennent aussi parfois une certaine urgence agressive propre au post-punk, mais toujours tempérée par la langueur et le spleen. L’album est ainsi composé de mélopées glauques et langoureuses mais aussi de perles tranquillement pop faisant parfois la part belle à une utilisation inspirée de la distorsion. Au-dessus de ces multiples masses mélodique brille la voix du chanteur Brad Hargett, lointaine et voilée, à la manière du Jim Reid de Jesus and Mary Chain.

Toutes ces influences prestigieuses paraissent toutefois parfaitement digérées par le groupe, dont la musique s’élève toujours au-dessus du pastiche. Les trois chansons choisies représentent bien les différentes facettes du premier effort des Crystal Stilts : d’une noirceur atmosphérique avec Graveyard Orbit, énergiques avec le rythme lancinant de la chanson éponyme Crystal Stilts, et enfin délicats et raffinés avec la plus pop Prismatic Room.

Nouveaux courtisans au royaume de la pop

the-courteeners-st-jude-431605La tradition semble désormais bien établie: chaque fois qu’un groupe rock-pop-indie (rayez la mention inutile) voit le jour sous le ciel brumeux de la Grande-Bretagne, les comparaisons avec les chantres du “nouveau rock” pleuvent. Qui plus est, ces comparaisons, envahissantes et handicapantes, se font toujours au détriment des nouveaux venus qui se voient illico reprocher de ne pas avoir réalisé leur disque cinq ans plus tôt ! Trêve de débats inutiles: contrairement à  la majorité des journalistes musicaux, les auteurs de ce blogue ne croient pas que l’essence du rock britannique date de la naissance de Franz Ferdinand. Car si la flamboyance du quintette écossais peut parfois faire du tort à ses voisins, elle n’en réduit pas leur pertinence pour autant…

Ainsi, saluons bien bas la venue de The Courteeners. Formé en 2006 au sein de la toujours prolifique ville de Manchester, le groupe a fait paraître son premier album St. Jude en avril dernier. C’est seulement maintenant que ce disque fort bien reçu traverse l’Atlantique. Pour notre plus grand bonheur, la musique des Courteeners reprend à peu près tout ce que l’on aime dans la très longue lignée qu’échafaude la pop anglaise depuis les années 1960. Bien sûr, les influences pleuvent, se répondent et se juxtaposent : dans le chant légèrement rauque et agressif de Liam Fray, l’on peut entrevoir les belles années du punk; dans la flamboyance des orchestrations se dessine le brit pop à tendance glam cher à Pulp; la préciosité des mélodies évoque sans vergogne Belle et Sebastian… quant à la mélancolie douce qui se dégage de l’ensemble, elle est sans conteste héritée des grands frères les Smiths. Le roi Morrissey lui-même aurait d’ailleurs officiellement adoubé The Courteeners, d’abord en interprétant leur single What took you so long ? puis en les invitant sur scène pour sa prochaine tournée nord-américaine.

Bref, du terrain connu mais du bonbon. Les trois titres choisis sont évidemment tirés de St. Jude, premier effort qui devrait d’ailleurs avoir un successeur au cours de la prochaine année. Si Cavorting fut le premier single du groupe en 2007, What took you so long ? fut celui qui obtint le plus grand succès au palmarès anglais. La troisième chanson Please don’t est quant à elle un véritable coup de coeur, un petit bijou de nostalgie ensoleillée particulièrement réussi… et si profondément anglais.

Ah ! Melody

2027211Après des dizaines et des dizaines d’années de refrains accrocheurs, de riffs assassins et de chants mélodieux, il faut bien se rendre à l’évidence: la magie de la pop, les scandinaves l’ont dans le sang. De la grande époque du disco 70 avec Abba à celle du dance 90 avec Aqua, les hits venus de l’Europe du nord s’additionnent à la chaîne, affichant sans relâche un savoir-faire impeccable… additionné d’une bonne dose de sucre. Mais ne boudons pas notre plaisir: si cette pop venue du froid revendique un entrain et une démarche artistique accrocheuse souvent à la limite du mauvais goût, il est généralement impossible de rester de glace face à l’efficacité de ses mélodies.

C’est tout à fait dans cette lignée que l’on retrouve un groupe demeurant encore peu connu en Amérique du nord malgré trois albums à leur actif : Melody Club. Venue de Suède et formée en 2000, cette formation propose un son irrésistible d’une qualité impressionnante. Aussi disco que synthétique, leur musique semble écrite pour provoquer chez l’auditeur une addiction quasi incurable… Rythmes imparables, paroles simples ponctuées de oh yeah, envolées de synthétiseurs et esthétique androgyno-glam : voici une recette à haute teneur en frivolité qui réussit l’exploit de transcender le manvais goût par la qualité de sa production et de son écriture. Voici sans contredit la vraie pop dans toute sa splendeur, colorée à l’extrême, tonitruante et rafraîchissante.

Melody Club étant une véritable usine à hits, faire un choix parmi leurs titres s’avère difficile; nous vous présentons cependant trois chansons particulièrement séduisantes. Palace Station (single initial du groupe) et Electric sont tirés du premier album Music Machine, paru en 2002. Fever Fever, titre à la production encore plus calibrée “grand public”, nous vient quant à lui du troisième disque Scream (2006). Et ce n’est pas fini: le site internet officiel indique en effet que le groupe enregistre actuellement son quatrième album. En attendant, voici ces quelques sucreries et bonne année 2009 !

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