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Dissid(a)nce enfantine

En­fant Ter­rible, l’étiquette hollandaise derrière les excellentes parutions récentes de Agent Side Grinder et Tobias Bernstrup, se revendique de nous faire découvrir le nec plus ultra en matière de musique électronique pop expérimentale. La boite nous a ainsi concocté dans les dernières années deux compilations rassemblant des artistes actuels des quatre coins du monde, tous indépendants et sans contrat d’enregistrement à l’époque. Suite au succès de la première collection (Electronic Renaissance, 2006 – aujourd’hui épuisée), Enfant Terrible a récidivé en 2008 avec Festival der Genialen Dissidenten; c’est cette dernière que nous vous critiquons aujourd’hui.

Les onze titres répartis sur deux disques vinyle (un 33 tours et un 7″) oscillent de manière éclectique entre deux pôles stylistiques assez disparates : d’un côté des chansons sombres et gothiques flirtant avec la dark wave, de l’autre de la pop synthétique enjouée et rigolote. Des deux orientations, la seconde – bien que minoritaire – est généralement représentée ici avec plus de bonheur. Du côté dark, There’s A Sound That Always Goes Out de Agent Side Grinder en ouverture n’est certainement pas la piste la plus intéressante que le groupe ait produite malgré l’intérêt expérimental que peut susciter son synthétiseur torturé; nous restons pareillement quelque peu sceptiques face aux vociférations vocales du hollandais Vincent K. Les hongrois Nosztalgia Direktíva et les belges Le Triangle Androgyne et Code(S) viennent heureusement sauver la mise avec quelques pistes robotiques et envoûtantes, particulièrement l’excellente Waiting For The Signal et sa ligne de basse d’une lenteur obsédante.

Du côté des chansons plus légères, on nous propose Catch A Dream du groupe franco-belge Yseult Descieux (mignonne quoiqu’un peu insignifiante), de même que les deux titres qui nous ont particulièrement conquis sur cette compilation, Disco Nouveau de Jongbloed & Sofia E.R. et Coeurvert de… Coeurvert. La première a un faux air de You Spin Me Round et devrait plaire aux amateurs de nouvelle vague française à la Moderne ou Mathématiques Modernes, avec ses rythmes dansants et ses voix atones. La seconde est un morceau d’absurdité synthétique belge dans la plus pure tradition de Starter ou Comix : “encore, encore/un corps à corps/encore, encore/encore d’accord…” Un peu de minimal synth attendu mais efficace complète enfin la sélection, gracieuseté des français Dolina ou des allemands Adolf Filter (sic).

Malgré quelques inégalités inhérentes à ce type de projets, Festival der Genialen Dissidenten s’en tire en fin de compte fort honorablement et nous offre la chance de découvrir plusieurs groupes autrement inaccessibles, ce que nous ne pouvons que saluer. Amateurs de musique électronique DIY bizarre et – dans ce cas particulier – particulièrement gothique, vous serez comblés. Nous vous offrons trois pistes pour vous mettre en appétit, et vous invitons évidemment à vous diriger vers le site d’Enfant Terrible (www.enfant-terrible.nl/enfant11.htm) pour vous procurer le coffret complet pendant qu’il en reste encore quelques uns en stock (leurs éditions étant notoirement très limitées).

 
 Code(S) - Waiting For The Signal [3:41m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Jongbloed feat Sophia E.R. - Disco Nouveau [2:57m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Coeurvert - Coeurvert [2:22m]: Play Now | Play in Popup | Download

Rock de velours

On ne présente plus Todd Haynes, l’un des réalisateurs chouchous du cinéma indépendant américain qui, en cinq films, s’est bâti une Å“uvre profondément originale et exigeante aux multiples influences. Son talent protéiforme ne s’épanouit cependant jamais autant que lorsqu’il parle de rock’n'roll. Impossible d’oublier le génie narratif proposé par I’m Not There (2007), où les multiples incarnations de Bob Dylan se retrouvaient figurées par six acteurs différents et autant de mondes fantasmagoriques. Cependant, notre Å“uvre favorite demeure incontestablement l’étincelant Velvet Goldmine, sous-estimé a sa sortie en 1998, film-culte depuis.

Tirant son titre d’un b-side de David Bowie période Ziggy Stardust, le film s’attache à décrire de manière éclatée le “rise and fall” de deux stars du glam rock, Brian Slade (interprété par Jonathan Rhys-Meyers) et Curt Wild (Ewan McGregor). Officiellement fictives, ces figures n’en empruntent pas moins la majorité de leurs traits à Bowie et Iggy Pop. À la fois vertige narratif et délire visuel, Velvet Goldmine fait le portrait d’une folle époque de la vie rêvée du rock : pari totalement réussi pour le volet cinéma, mais aussi pour l’aspect musique, sur lequel nous nous penchons aujourd’hui.

La bande originale du film est en effet un superbe patchwork fidèle à l’esprit non conventionnel de Haynes. Il ne s’agit pas ici de simplement présenter un “best of” de l’ère glam, même si certains incontournables répondent présent : Brian Eno (Needle In The Camel’s Eye), Roxy Music (Virginia Plain), T. Rex (Diamond Meadows) ou Lou Reed (Satellite Of Love). Le grand absent ? Bowie bien sûr, qui aurait (selon la légende) refusé de prêter ses pièces afin de pouvoir les consacrer ultérieurement à un projet plus personnel. Outre ces classiques, le disque propose également reprises et compositions originales, ce qui est d’autant plus précieux. Placebo nous offre ainsi sa version de 20th Century Boy de T. Rex et Teenage Fanclub, une autre mouture de Personality Crisis des New York Dolls. Shudder To Think, Grant Lee Buffalo et Pulp s’amusent quant à eux à écrire d’irrésistibles pastiches dans le plus pur esprit glam (Hot One, Ballad Of Maxwell Demon, The Whole Shebang et We Are The Boys).

De plus, deux “super-groupes” inédits ont été formés le temps de l’album. Sous le nom de The Venus In Furs (clin d’Å“il appuyé au Velvet Underground) se cachent ainsi Thom Yorke et Jon Greenwood (Radiohead), Paul Kimble et Andy McKay (Roxy Music) ainsi que Bernard Butler (Suede) : excusez du peu ! Dans le rôle du groupe fictif de Brian Slade, ces joyeux compères reprennent 2HB, Ladytron et Bitter-Sweet de Roxy, et offrent le micro à un Jonathan Rhys-Meyers en voix pour refaire du Brian Eno (Baby’s On Fire) ou offrir une splendide relecture des plus obscurs Steve Harley & Cockney Rebel - le numéro de Tumbling Down constitue d’ailleurs l’une des plus belles séquences du film. Enfin, le fameux Ron Asheton des Stooges se retrouve à la barre de Wylde Ratttz, “faux” groupe du “faux” chanteur Curt Wild. En bon clone d’Iggy, Ewan McGregor s’attaque au classique T.V. Eye avec force hurlements et guitares tonitruantes comme il se doit.

Tous ces titres, enregistrés spécialement pour la bande originale de Velvet Goldmine, constituent autant de pépites quasi introuvables qui feront la joie des véritables fans de glam. Inspirez-vous de la pochette du disque et faites-les jouer “at maximum volume” !

 
 Shudder To Think - Ballad Of Maxwell Demon [4:47m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Grant Lee Buffalo - The Whole Shebang [4:12m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Wylde Ratttz - T.V. Eye [5:24m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 The Venus In Furs - Tumbling Down [3:29m]: Play Now | Play in Popup | Download

Allemagne de cuisine

Penchons-nous aujourd’hui sur une petite curiosité montréalaise qui, malheureusement, n’a jamais réellement dépassé les cercles de l‘underground farfelu. Au tournant des années 2000, la musicienne Krista Muir crée son alter ego coloré Lederhosen Lucil, fausse tyrolienne avec tout le décorum approprié : bretelles, tresses défiant la loi de la gravité et accent germanique de circonstance. Suivront une poignée de singles et deux albums complets, Hosemusik (2002) et Tales From The Pantry (2003). Depuis, (presque) rien, même si selon le site web officiel de la chanteuse, celle-ci serait toujours en activité – sous son ancien pseudonyme ou son vrai nom.

Bien entendu, à l’époque, la scène musicale montréalaise était peut-être encore quelque peu confinée. Avec le recul, on ne peut s’empêcher de penser que si le son absurdement réjouissant de Lederhosen Lucil s’était pointé cinq ans plus tard, le retentissement aurait été bien plus grand. Car aussi simplissime et fauché qu’il peut l’être, un album comme Hosemusik respire la fraîcheur et l’inventivité. Muir propose treize chansonnettes aux influences aussi variées que le ska sympathique (Automatic Weapons Of The World), le groove urbain mâtiné de couplets r’n'b (All Good Scabs), ou l’électro-dance “dedicated to the Pet Shop Boys” (Molasses Trip). Ces comptines acidulées marquées par des claviers enfantins bénéficient de plus d’arrangements d’une simplicité désarmante mais toujours pleins d’humour, ainsi que d’une panoplie de sons marrants à la limite de la justesse dans le plus pur esprit “DIY”.

La musique de Lederhosen Lucil est également une preuve de plus qu’être indie ne signifie pas obligatoirement afficher une attitude “prise de tête”. Le son est ici joyeusement pop, extrêmement accrocheur, et dépasse rarement les 2 min 30 : une énergie de punkette gentille qui s’exprime bien dans les  trois chansons que nous vous présentons aujourd’hui. En ce qui nous concerne, c’est le charmant côté “chipie” de la chanteuse qui nous plaît le plus et trouve sûrement son accomplissement dans la très riot grrrl You Suck, conclusion bien rigolote de Hosemusik.

 
 Lederhosen Lucil - Cutlery [2:43m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Lederhosen Lucil - Love Bites From An EKG [2:06m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Lederhosen Lucil - You Suck [2:21m]: Play Now | Play in Popup | Download

L’Amour, c’est magique

Comme vous le savez déjà (et vous ne pouvez y échapper), c’est aujourd’hui la Saint-Valentin ! La fête des amoureux nous revient une fois de plus avec son lot de guimauve musicale sucrée, mais – ô joie – BlackoutMusique.com est là pour vous faire chanter l’amour de manière rigolote et décalée. Notre post de l’an dernier survolait les décennies avec cinq jolies chansons; nous prenons cette fois-ci le thème à contre-pied avec quatre titres burlesques dignes des planchers de danse de Cold War Nightlife.

Débutons avec notre duo germanique préféré D.A.F., qui nous offrent avec Liebe auf den ersten Blick (“L’Amour au premier regard”) un de ces morceaux dont ils ont le secret : rythme ultra-répétitif mais hautement contagieux, paroles simplissimes (“Küss mich, Küss mich, Küss küss mich…“) et avant tout une bonne dose d’érotisme queer.

Ensuite, l’un de nos plus grands classiques : toujours sur Kimono My House (1974), les inénarrables Sparks se fendent d’un hymne à l’auto-appréciation grandiloquente. Falling In Love With Myself Again, ce sont trois minutes de splendeur débordant d’enthousiasme. Aussi glam que d’habitude et encore plus intensément théâtraux si possible, les frères Mael s’en donnent à cÅ“ur joie dans les ruptures de rythme expressives à grands renforts d’orgue et de cymbales.

Pour terminer, deux artistes français des années 1980 qui transcendent le quétaine en kitsch. Avec des textes confondants de mièvrerie légère, le crooner pop-punk belge ( ! ) Plastic Bertrand et le duo français Comix apprennent à nos oreilles ébahies que “On vit pas Sans amour” et que “L’Amour gratuit, non ça n’a pas de prix”. Comment aussi rester de glace face à la musique dont le ton burlesque ne cède en rien à celui du texte : le solo de synthétiseur central de Sans amour vaut à lui seul son pesant d’or ! Parce que l’amour, c’est aussi avec le sourire…

 
 D.A.F. - Liebe auf den ersten Blick [3:57m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Sparks - Falling In Love With Myself Again [3:04m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Plastic Bertrand - Sans amour [2:59m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Comix - L'Amour gratuit [3:13m]: Play Now | Play in Popup | Download

Le Bruit et la fureur

Petit délai depuis notre dernier post… ceux qui nous connaissent savent déjà que l’arrivée imminente d’un nouveau petit fan de musique nous occupe quotidiennement !

Poursuivant la série de coups de cÅ“ur récents, nous vous présentons aujourd’hui le trio allemand Gorilla Aktiv : alors que Stahlnetz – dont nous vous parlions il y a quelques semaines – représentent bien le côté plus pop de la Neue Deutsche Welle, Gorilla Aktiv en illustrent parfaitement le côté plus sombre et décalé.

Leur musique, originalement parue sur trois cassettes entre 1982 et 1983, a fait dans la dernière décennie l’objet de deux rééditions : Nur Für Erwachsene a tout d’abord réuni sur un 7″ en 2003 les quatre titres de leur premier démo, le reste de leur production étant regroupée sur le LP Umsonst Ohne Risiko – “Sans risque gratuit” en 2005. Nous pouvons en remercier WSDP, une étiquette indépendante allemande dédiée, telle Minimal Wave, aux rééditions de musique minimale oubliée du début des années 1980 : son patron Frank Herges est le grand responsable du retour de Gorilla Aktiv sur les tablettes. Le tirage extrêmement limité de ces nouveaux vinyles (300 copies chacun) les rend toutefois presque aussi rares et inaccessibles que les enregistrements originaux et la présence de blogueurs comme Brotbeutel devient inestimable dans la diffusion de l’information – que ce soit pour la musique même ou l’impressionnant travail biographique.

Musicalement, Gorilla Aktiv est avant tout un voyage teinté d’attitude punk au pays des petits sons déjantés. Qu’ils soient produits par le MS-20 de service et de nature mélodique (Das Gesicht – “Le Visage”) ou le fruit de divers morceaux de ferraille échantillonnée (Die Makse – “Le Masque”), ces bruits saturent la production d’une bonne touche de folie. De D.A.F. à Palais Schaumburg,  la bande menée par Tommi Eckart renvoie ainsi inévitablement à plusieurs de leurs contemporains – leur côté iconoclaste garantissant une originalité indéniable assortie d’une redoutable efficacité. Des pièces survoltées comme Spiegelbild (“Image miroir”) témoignent ainsi d’une rare énergie dansante quasi-hystérique à laquelle plusieurs groupes d’aujourd’hui dits disco-punk tentent tant bien que mal de parvenir… Les pistes de Gorilla Aktiv sont toutes plus sympathiques les unes que les autres – le choix, déchirant : voici les trois dont nous vous avons parlé ici, bonne chasse web pour les autres !

 
 Gorilla Aktiv - Das Gesicht [3:19m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Gorilla Aktiv - Die Maske [2:18m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Gorilla Aktiv - Spiegelbild [1:57m]: Play Now | Play in Popup | Download

Un Cold War Nightlife en janvier

Le froid mois de janvier vous apportera ce dimanche une autre édition de nos soirées Cold War Nightlife ! Toujours en compagnie de Xavier Paradis, nous vous attendons au Salon Officiel dès 22h pour une nuit dédiée au son glacé et sophistiqué qui constitue notre signature.

En guise d’appât ce mois-ci, nous avons le plaisir de vous présenter une toute nouvelle compilation fraîchement concoctée par l’étiquette Minimal Wave en collaboration avec Stones Throw Records. Disponible dès le 26 janvier, The Minimal Wave Tapes nous propose une première anthologie des parutions antérieures de la maison fondée à New York par Veronica Vasicka. Spécialisée depuis 2005 dans la réédition et le remastering de musique cold wave obscure et confidentielle, Minimal Wave nous offre ici une de leurs premières parutions disponibles sur CD en plus de leur habituel format vinyle : nous y voyons une certaine tentative de popularisation d’un matériel généralement difficile d’accès. Les habitués du label et autres connaisseurs n’y trouveront ainsi pas de grandes surprises, plusieurs chansons ayant déjà figuré sur d’autres compilations comme Bippp : French synth wave 1979/1985 ou The Lost Tapes, une collection antérieure de Minimal Wave même, aujourd’hui épuisée.

Bien qu’un peu inégale, The Minimal Wave Tapes constitue une bonne initiation au genre avec quelques bons coups. Just Because du Français Martin Dupont est sûrement l’une des pistes qui se démarquent le plus : ses entrelacs de lignes mélodiques sombres et étranges alliées à un rythme hypnotique en ont déjà fait un des classiques de Cold War Nightlife. Sinon, en dehors de The Cabinet de Das Kabinette (déjà mentionnée dans un post précédent), les deux chansons qui retiennent particulièrement notre attention sont Reassurance Ritual des Hollandais Das Ding et Blurred des Britanniques Turquoise Days. La première, instrumentale, avec son son synthpop, peut aisément faire penser à la production actuelle de Tobias Bernstrup, alors que la deuxième possède un son joyeux rappelant le Depeche Mode de la période Speak & Spell.

Cold War Night­life
Di­manche 24 janvier à par­tir de 22h au Salon Of­fi­ciel (351 Roy E. à Mont­réal).
Aux pla­tines : DJ Star­child, DJ Trans­mis­sion + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di).

 
 Martin Dupont - Just Because [5:01m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Das Ding - Reassurance Ritual [3:44m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Turquoise Days - Blurred [3:26m]: Play Now | Play in Popup | Download

Le bonheur selon Stahlnetz

Vous cherchiez un remède à la grisaille hivernale ? Vous le trouverez avec la musique du groupe allemand Stahlnetz, une découverte récente. Sur leur unique album de 1982 intitulé Wir sind glücklich (“Nous sommes heureux”), le groupe allemand nous offre en effet une collection de chansons pop synthétiques plus joyeuses les unes que les autres. Au sein de la fameuse Neue Deutsche Welle dont se réclament tant d’artistes, Stahlnetz se distingue des courants plus radicaux d’héritage punk pour embrasser un style plus désinvolte et léger qu’ont aussi défendu des artistes comme Falco, Peter Schilling ou Nena.

Bien que très accrocheur et distribué par une étiquette importante, le disque n’a étonnamment pas eu un grand retentissement à l’époque, ce qui n’empêcherait pas le vinyle de figurer aujourd’hui parmi la liste des plus recherchés (selon Square Dancing). La musique de Stahlnetz ne révolutionne certes pas grand-chose mais elle possède une énergie et une bonne humeur communicatives. Que ce soit avec Der Seeman und Die Stewardess, une très jolie chanson menée par une ligne mélodique irrésistible, ou avec la bien nommée Romantisch, le duo nous parle d’amour et nous fait danser avec le sourire. Quant à Schwarzes Gold, si ses bruitages burlesques à la Telex qu’on retrouve après 2:48 ne vous amusent pas, nous déclinons toute responsabilité !

 
 Stahlnetz - Der Seeman und die Stewardess [3:49m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Stahlnetz - Romantisch [3:26m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Stahlnetz - Schwarzes Gold [3:42m]: Play Now | Play in Popup | Download

Montréal 1978

Restons dans notre chère ville tout en remontant un peu dans le temps avec un petit portrait de figure aussi importante qu’aujourd’hui confidentielle : j’ai l’honneur de nommer Lewis Furey, chanteur, compositeur, multi-instrumentiste, metteur en scène, acteur et pygmalion essentiel au Montréal bilingue joyeusement créatif des années 1970. Outcast intello raffiné au sein d’une époque militante, Furey peut se targuer de récolter trente ans plus tard la rançon de sa gloire. Ses enregistrements, quasi introuvables, excentriques au possible, n’ont pas pris une ride : singuliers et extravagants ils étaient, singuliers et extravagants ils demeurent.

Né en 1949, Furey est tout d’abord un petit prodige du violon, qui se produit avec l’Orchestre Symphonique de Montréal à l’âge de onze ans. Après des études classiques, il se tourne vers la musique pop en 1974. Suivront trois albums solo : Lewis Furey (1974), The Humours Of Lewis Furey (1976) et The Sky Is Falling (1978). Ces disques, qui tournent autant au Québec que de l’autre côté de l’Atlantique, lui valent bientôt  une pléthore de fans français qui se réjouissent encore régulièrement sur le Net. Malheureusement pour eux et pour nous, ces albums seront les derniers, Furey se tournant rapidement vers la musique de films et la mise en scène. Cette nouvelle carrière cinématographique se révèlera cependant plutôt houleuse. Fantastica (1980) de Gilles Carle – comme acteur -  et Night Magic (1985) – comme réalisateur – sont deux exemples d’Å“uvres ambitieuses mais manquées, malgré les luxueuses musiques cabaret-burlesque de Furey. Le metteur en scène sera plus inspiré au théâtre en signant l’une des plus éclatantes moutures du classique opéra rock Starmania en 1993-1994.

The Sky Is Falling est le seul album solo de Lewis Furey que nous possédons en version CD. Cette magnifique Å“uvre théâtrale possède indéniablement une certaine décadence propre à son époque. Immédiatement, l’auditeur sera frappé par l’opulence des arrangements : instrumentation symphonique, chÅ“urs de haute voltige, voix affectée à la Bowie/Lou Reed, et paroles sexuellement chargées. Cette ostentation, héritée sans nulle doute de l’éducation classique du créateur, confère à de petites ritournelles pop une somptuosité surprenante. Conçus comme de petits opéras de poche, les trois titres que nous vous proposons sont de bons exemples du talent protéiforme de Lewis Furey : une preuve de plus que la véritable richesse bizarroïde, contrairement au conformisme hype, vieillit comme le bon vin.

 
 Lewis Furey - Jacky Paradise [3:17m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Lewis Furey - Waiting On You [2:56m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Lewis Furey - Desire Machine [3:31m]: Play Now | Play in Popup | Download

Poussière d’étoiles

Xeno & Oaklander – dont nous vous avons parlé il y a quelques jours – ne sont pas les seuls new-yorkais de la famille Wierd à faire parler d’eux cet automne. Le trio Led Er Est, qui s’était comme eux distingué en dispersant quelques pistes envoûtantes sur des compilations récentes, nous propose un premier album intitulé Dust On Common.

Les deux formations partagent évidemment une passion pour les drum machines analogues, les nappes de sons synthétiques et les voix ténébreuses abusant parfois un peu d’écho. Mais là où la musique de Xeno & Oaklander était – malgré ses zones d’ombre – plus pop et mélodique, celle de Led Er Est s’inscrit dans une tendance nettement plus gothique. Les références abondent à des groupes fondamentaux de la première époque comme Bauhaus ou P.I.L. (on pense à la chanson d’ouverture Bikini Fun), de même que The Cure, dont la période 17 Seconds / Faith a clairement influencé des titres comme Destination Sanity ou I Wait For You – le côté électronique en plus.

Musicalement sinon, en dehors de la surprenante Something For The Children et sa composition bruitiste, les enchaînements harmoniques et les mélodies de Led Er Est ne s’éloignent pas trop des canons du genre, se cantonnant dans l’utilisation de divers modes entendus à tendance phrygienne. Cela n’empêche pas le groupe de nous offrir des hits qui compensent en efficacité ce qu’ils manquent peut-être en originalité : l’ensemble du disque est d’une grande qualité, Port Isabel et The Unkept Area en particulier étant aussi hautement énergiques l’une que l’autre et toutes deux fort appropriées pour les pistes de danse près de chez vous. Nous vous offrons les deux titres en écoute et vous invitons à visiter le site de Wierd Records pour plus d’informations.

 
 Led Er Est - Port Isabel [4:12m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Led Er Est - The Unkept Area [3:05m]: Play Now | Play in Popup | Download

Minimalisme à deux

Terminons l’année 2009 avec une nouvelle parution tout fraîchement issue des toujours intrigantes presses de Wierd Records (NYC) : après quelques collaborations et apparitions sur diverses compilations, le duo new-yorkais Xeno & Oaklander nous offre enfin depuis novembre un premier album intitulé Sentinelle. Sean McBride, maître à penser de la nouvelle vague minimal synth new-yorkaise avec son projet Martial Canterel, travaille ici en couple avec Liz Wendelbo pour nous offrir un joli disque qui ne surprendra point les adeptes de son travail antérieur.

N’employant toujours qu’un équipement musical analogue ayant fait les beaux jours des groupes cold-wave au début des années 1980 – et lui conférant un son distinctif -, McBride tisse des ambiances musicales empreintes d’étrangeté. La musique de Xeno & Oaklander est toutefois ici moins froide, moins incisive que son travail en solo, et fortement teintée de romantisme : un peu moins de Absolute Body Control dans la recette peut-être, et un peu plus de Oppenheimer Analysis. Les nombreuses influences du projet sont d’ailleurs très présentes et incluent quelques passages obligés du genre, tels les interludes musicaux abstraits (Move I) ou les sombres pistes atmosphériques (Another). La grande qualité et l’originalité de l’écriture mélodique de McBride empêchent toutefois leurs titres plus pop de sombrer dans le cliché : la chanson titre Sentinelle, Shadow World, ou encore 4th Wall sont de véritables trouvailles, de même que Toho Picture, une jolie piste instrumentale – une des plus belles réalisations du disque à notre avis. Nous vous joignons deux pistes à titre d’illustration, et vous invitons à vous procurer l’album si vous aimez : bonne écoute et bonne année !

 
 Xeno & Oaklander - Sentinelle [3:17m]: Play Now | Play in Popup | Download

 
 Xeno & Oaklander - Toho Picture [3:18m]: Play Now | Play in Popup | Download