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Sourires glacés

Les lecteurs de ce blogue seront déjà familiers avec la formation montréalaise We Are Wolves, groupe phare d’une certaine scène électro-indie de la fin des années 2000. Loin de demeurer inactifs depuis la sortie d’Invisible Violence en 2010, les deux membres survivants du groupe – Alex Ortiz et Vincent Lévesque – se sont enfin attelés à publier un premier EP de CLAASS. Projet parallèle sur scène en compagnie de Jordan Dare, DJ bien connu des amateurs d’électro façon côté obscur, CLAASS s’est fait attendre quelques années sur disque, comme le font bien souvent ces collaborations de dilettante. Le dilettantisme est souvent synonyme d’une superficialité qui, dans le monde de la pop, relève le plus souvent de l’anecdotique. C’est heureusement le contraire qui s’est produit ici, où l’enregistrement d’un cinq-pistes en dehors des sentiers battus semble avoir été un remède à l’essoufflement qu’on commençait à sentir sur le dernier album de We Are Wolves.

Reprenant là où les pistes plus techno telles que Total Solide (Total Magique, 2007) nous avaient laissé, Smile At The Void (2011) nous offre une musique qui laisse de côté une partie de son agressivité pour des ambiances électroniques plus frigides. Que ce soit façon Joy Division, une référence évidente dans Run (notre coup de coeur) ou façon Visage (on pense à Pretend, le single, dont la fin est tout droit sortie de The Damned Don’t Cry), l’influence new wave est indéniable. La touche “électro” de Jordan Dare vient néanmoins ancrer l’ensemble dans une modernité éthérée. Le EP pourrait certes avoir un peu plus d’originalité (Tension par exemple a des airs de déjà vu de Vague, sur Insvisible Violence), mais pour 4$ en téléchargement ou 10$ sur vinyle 12″, c’est un must pour tous amateurs d’électronique alternative à tendance gothique. Uniformes militaires asymétriques en option lors d’un concert près de chez vous.

Commandes et informations : http ://claass.bandcamp.com/ et Machette Records.

La Hollande, Then and Now

Chers lecteurs, BlackoutMusique.com est toujours en activité : des obligations professionnelles et personnelles nous ont hélas éloigné quelque peu du passionnant hobby que constitue ce blogue, mais la période estivale à venir devrait nous laisser davantage de liberté pour partager nos découvertes avec vous.

Nous vous avions quitté en mars sur une entrevue avec Martijn Van Gessel d’Enfant Terrible. Son étiquette ne prenant quant à elle pas de vacances, nous vous parlerons aujourd’hui des deux albums publiés ces derniers mois par nos amis hollandais. Fidèle à sa mission alternative au sein d’un univers musical déjà marginal, Enfant Terrible s’enfonce encore plus loin  avec ces parutions sur la voie de la musique expérimentale : par delà presque trente années d’écart, Falun Gong (2011) de Milligram Retreat et Via Del Latte (1982) de Doxa Sinsitra partagent une vision bruitiste de la musique où mélodies et accords cèdent le pas à l’inharmonique.

Adoptant un ton résolument punk et engagé, les premiers saturent leur musique de distorsion et de références anti-totalitaires. Basses, drum machines, synthétiseurs – tout est broyé et se confond souvent au sein de nappes monocordes tandis que les échantillonnages de discours quasi fascistes (THX1138 de George Lucas, dans The New Alignment) renvoient à la répression en Chine via le titre de l’album. Les huit chansons de Falun Gong se suivent et ne se ressemblent pas, en une proposition qui tient peut-être de la liberté créatrice mais qui nous semble néanmoins parfois décousue et mal maîtrisée. Inégal, donc, mais non inintéressant, ce premier album a su nous accrocher avec deux pistes (ici en écoute), l’énergique Wife et la sombrement ambiante The New Alignment.

À l’opposé de cette esthétique brouillonne teintée d’agressivité se retrouve le minimalisme glacé et précis de Doxa Sinistra. Aux cotés de Ende Shneafliet et The Actor, le groupe a fait les beaux jours de Trumpett, célèbre étiquette hollandaise underground des années 1980. Enfant Terrible avait déjà publié en 2008 une réédition de la deuxième cassette de Doxa SinistraConveyer Belt, originalement parue en 1985. Avec Via Del Latte, on revient vers un style encore plus dépouillé : des 18 titres du disque, peu méritent le titre de “chansons” – bidouillages, compositions, essais et erreurs conviennent sans doute mieux. Ces synthétiseurs métalliques triturés et présentés nus, le plus souvent sans paroles et même sans basse ou batterie, constituent une écoute certes exigeante, mais témoin d’une époque où l’électronique était encore un champ ouvert à défricher. Ruhrgebiet, présentée ici, se détache du lot.

Les deux albums sont disponibles exclusivement sur vinyle chez Enfant Terrible, en tirage limité comme d’habitude.

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Milligram Retreat – Wife [4:04]

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Milligram Retreat – The New Alignment [6:50]

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Doxa Sinistra – Ruhrgebiet [2:38]

Cold War Nightlife : 26 mars

La soirée Cold War Nightlife est de retour demain soir pour l’édition du mois de mars, où nous accueillons un invité spécial en la personne de Dr. Galaktik, l’animateur de la radio web XWave Radio. Après un détour par le glam le mois dernier, attaquons maintenant la fin de semaine avec trois titres post-punk, glanés ça et là dans notre collection de curiosités. Une fois de plus du côté de la Belgique, débutons avec Program, unique piste de Rel Rex. Sous ce nom ce cache un petit détour solo pour le bassiste de Polyphonic Size, un groupe caméléon en activité de 1979 à 1991 duquel faisaient notamment partie des membres de Digital Dance ou de Front 242. La chanson a été originalement enregistrée pour B9, une compilation de musique underground belge publiée en 1981 et ayant fait l’objet d’une réédition enrichie en 2007 par l’étiquette Les Temps Modernes. Le disque est alors passé de 10 à 18 pistes et a adopté le nouveau titre de B9 Bis (Belgian Cold Wave 1979 – 1983). Dans notre univers si souvent synthétique, un titre tel que Program fait preuve d’un éclectisme rock’n'roll rafraîchissant : les guitares abrasives se conjuguent au drum machine pour créer une ambiance brute et lancinante, voix hargneuse à la Johnny Rotten à l’appui.

Moins “punk” et plus “post“, Perspective Nevski nous fait irrésistiblement songer au The Cure des premiers albums. Encore un groupe qui n’a que deux titres à son actif, publiés – l’histoire se répète – sur une obscure compilation en 1983 (Éphèmere Compilation) avant d’être réédités récemment. Moment of Hate côtoie en effet sur Des Jeunes Gens Mödernes le canon incontesté de la new wave française du tournant des années 1980. La compilation, parue en 2008, accompagnait d’ailleurs une exposition du même nom consacrée à la contre-culture de l’époque. Pour clore le tout, une chanson d’un des classiques du genre, Magazine  : Cut-Out Shapes, tirée de leur deuxième album, Secondhand Daylight (1979). Toujours au confluent du rock et de l’expérimentation d’avant-garde, la piste se déploie de manière quasi symphonique au fil de ses nombreuses ruptures de rythme. Pour le plaisir des danseurs avertis !

Cold War Night­life
Samedi 26 mars à par­tir de 22h00 – entrée gratuite
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : Zoé Star­child + Georges Dimitrov + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + Dr. Galaktik

Entretien avec un Enfant Terrible

Autour de la sortie ce mois-ci du premier album de Milligram Retreat, Falun Gong (critique à venir prochainement), nous nous sommes entretenus avec le fondateur et tête dirigeante de l’étiquette Enfant Terrible, Martijn Van Gessel. Brève incursion dans l’univers de la musique d’avant-garde made in Holland.

Nous ne recevons que très peu de musique hollandaise, ici au Canada. Comment se porte votre scène locale ? L’opposition entre productions commerciales et indépendantes est-elle très marquée ?

Je suis actif dans le milieu de la musique depuis plusieurs années maintenant et j’ai collaboré à de nombreux projets, incluant mes propres productions. Évidemment, les univers musicaux que l’on pourrait qualifier de « commerciaux » et d’« indépendants » existent ici, mais je préfère ne pas utiliser ces termes… tout simplement parce ce que je ne m’intéresse généralement pas à ce que l’on nomme « l’industrie musicale » – que celle-ci soit considérée comme commerciale ou indépendante, d’ailleurs.

Selon moi, il y a très peu de personnalités ou d’événements réellement intéressants ici, et les publications musicales n’offrent que très peu d’espace à la musique qui m’interpelle.

D’un autre côté, certaines personnes, tout en travaillant de jour dans un emploi « normal », font partie d’un groupe, mettent sur pied une petite étiquette de disques, ou organisent de temps en temps un concert… comme moi. C’est un monde parallèle, particulier, dont la musique est totalement absente des médias traditionnels et grand public. L’industrie commerciale ignore-t-elle cette musique, ne veut-elle pas en entendre parler, ou bien est-elle incapable de l’écouter et d’en découvrir tous les talents ?

À mon avis, il y a un nombre très restreint de gens qui, avec un goût sûr et de l’audace, préfèrent travailler à faire connaître la musique plutôt que d’effectuer leur propre publicité personnelle.

Enfant Terrible se spécialise dans la découverte de nouveaux talents via la publication de compilations. Comment procédez-vous aux choix de vos artistes ?

Vous demandez au chef le secret de ses recettes ! Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je suis à la recherché de nouveaux sons. Parallèlement, j’écris sur la musique depuis plusieurs années. Je suis évidemment tombé sur des groupes qui selon moi avaient un grand potentiel. C’est ainsi que j’ai commencé, et c’est toujours le principal moteur de mon travail avec Enfant Terrible : je découvre de la musique que j’aime, et j’ai ensuite envie de donner un tremplin à ces artistes.

L’année dernière, j’ai également commencé à élargir les horizons de mes activités en abordant d’autres domaines : les arts visuels, une émission de radio (Radio Resistencia) en collaboration avec Andreas (Lesbian Mouseclicks) et Peter (Sololust), avec qui j’ai aussi fondé un magazine (Traces – aussi avec Johan de Seja).

J’ai ainsi encore davantage de moyens de promouvoir la musique que je découvre. Enfant Terrible n’est plus « seulement » une étiquette de disques, mais une véritable plateforme et une source d’information musicale.

Votre étiquette se spécialise non seulement dans la musique underground, mais elle publie également exclusivement sur vinyle. Pourquoi le choix de ce support, et est-ce viable économiquement ?

Pour moi, un CD ne représente rien. Si la musique digitale – le téléchargement de MP3 -  est un « non-produit » absolu, le CD n’en est pas loin…Je n’ai jamais envisagé de produire de la musique sur CD. Je collectionne les vinyles depuis très longtemps.

J’ai n’ai réalisé qu’un seul CD, sûrement pour me convaincre que le produit pouvait se révéler satisfaisant si on en prenait vraiment soin. Et même si j’ai beaucoup d’affection pour la compilation en question (Radio Resistencia), je trouve le résultat mitigé…. Le format n’était définitivement pas le bon, un double vinyle aurait été meilleur. Mais on apprend toujours de ses erreurs, et on essaie de s’améliorer.

Je ne produis pas seulement des albums sur vinyle, mais des vinyles en éditions limitées, et même très limitées ! Certains labels font des réimpressions d’éditions soi-disant limitées lorsqu’un de leurs titres est épuisé, ce que nous ne faisons jamais : quand un album d’Enfant Terrible devient épuisé, c’est pour toujours.

Notre « réseau » de distribution à travers les magasins de disques indépendants rend également nos albums difficiles à trouver pour le commun des mortels. Ces « difficultés » sont voulues : je souhaite que les gens s’impliquent davantage dans l’achat de leur musique. Ces disques ne sont pas trouvables partout, ils s’adressent à un public spécifique. Vous devez être au courant, être un illuminati. Mais évidemment, j’essaie de promouvoir au maximum mes artistes. Tout le monde peut s’impliquer, il ne s’agit pas d’une secte fermée !

Si je n’ai aucunement l’intention de m’adresser à un public de consommation courante, je m’intéresse énormément à MON public, les gens qui me suivent, de véritables enthousiastes. Je suis également heureux d’avoir le support de ce réseau de boutiques indépendantes qui m’aident à pouvoir procurer ma musique aux bonnes personnes.

Quant à être économiquement viable…évidemment non, mais ce n’est pas non plus le but d’Enfant Terrible. Je souhaite créer de la valeur culturelle et non des valeurs marchandes. C’est pourquoi j’ai mon emploi de jour, tout en conservant Enfant Terrible comme « passe-temps » à temps plein…

Il est indéniable que les musiques électroniques minimales et DIY du début des années 1980 sont présentement à la mode. En plus des nombreuses rééditions des artistes de l’époque, certains groupes actuels s’inspirent de ce style au point d’adopter un son quasi identique… qu’avez-vous à dire sur cette tendance ?

Pour être honnête, je crois qu’une bonne partie de cette musique des années 1980 actuellement rééditée présente un intérêt plutôt limité… C’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi, malgré la demande d’un certain public, de ne pas vendre toutes ces rééditions dans ma boutique web. Je sélectionne plutôt certains disques particuliers, intéressants à cause de la musique elle-même ou parce qu’ils possèdent une vraie valeur de document ou de collection.

Selon moi chaque disque devrait avoir cette « valeur culturelle » – et j’insiste là-dessus parce que c’est une part fondamentale de mon travail. Enfant Terrible se concentre maintenant sur des artistes contemporains qui osent réellement, et non plus sur la « zone de confort » que peut représenter les sons électro-minimaux « classiques ».

Pour les pionniers, la question du genre ne se posait pas : ils créaient de la musique simple, avec des moyens de production limités. Les véritables paysages sonores m’intéressent plus que les chansons accrocheuses destinées aux planchers de danse.

Les musiciens qui ne font que copier vulgairement les sons typiques des 80’s n’ont aucun intérêt pour moi. Je recherche plutôt des groupes qui poursuivent la tradition des pionniers de l’époque tout en développant leur propre langage personnel… d’ailleurs très souvent inspiré par le monde d’aujourd’hui et par les moyens actuels de penser et de produire la musique.

Pour terminer, que nous réserve Enfant Terrible pour 2011 ?

Nous allons clore notre collaboration avec Trumpett en effectuant une dernière réédition de musique des années 1980. Enfant20 sera un second disque de Doxa Sinistra, la réédition sur vinyle de leur premier album « Via Del Latte ». Enfant Terrible aura ainsi réédité toutes les archives de ce label hollandais des années 1980.

Peut-être de nouvelles rééditions (par exemple dans la lignée des séries Spleen et Radionome) verront-elles le jour, mais je compte me concentrer davantage sur la production d’artistes contemporains et sur la découverte de nouveaux talents, ici en Hollande. Je souhaiterai surtout continuer d’élargir le « spectre sonore » d’Enfant Terrible – aussi bien dans l’expérimental que dans les sons plus pop. Au-delà de la musique à proprement parler, je planifie également des collaborations visuelles avec les artistes Renée Van Trier et Kelly Correll Brown.

En accompagnement musical à votre lecture, une chanson tirée du tout dernier 7″ édité par Enfant Terrible (Eindplaneet, 2010), un remix entraînant d’une piste de Staatseinde que nous vous avions déjà présentée ici.

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Staaseinde – Ruimtevaart Vooruit (Rude 66 Remix) [4:58]

Petites musiques de nuit

L’étiquette Mannequin, dont nous vous avions déjà parlé en novembre à propos de la sortie de l’album conjoint de Frank (Just Frank) et Soviet Soviet, ne chôme pas en ce début d’année et s’applique à nous faire découvrir les nouveaux talents de la cold-wave italienne. Après les turinois Chromagain (une publication en collaboration avec Anna Logue Records), c’est au tour du premier album de Mushy d’arriver sur nos tablettes virtuelles. Derrière ce nom de scène se révèle Valentina F., auteure de ce one-woman project : une jeune musicienne originaire de Rome, passionnée de musique expérimentale. D’une approche plus radicale inspirée de la musique concrète et de la musique industrielle, Mushy a en sept ans évolué musicalement au sein de la scène underground italienne pour en arriver à un mode d’expression beaucoup plus nuancé et contenu.

Il y a de ces albums qu’on écoute de jour, au fil d’un marche, au soleil, dans le métro, en dansant ; Faded Heart (2011) est un album de nuit. Ses pistes vaporeuses, aux antipodes d’une minimal wave rythmée à la Martial Canterel, se déroulent le plus souvent dans l’immobilité. Au-delà d’une première impression épousant inévitablement leur caractère parfois trop vague, les trames sonores gagnent en subtilité au fil des écoutes, révélant l’émotion qui était dissimulée. Si l’ensemble du disque est évocateur et d’une sombre beauté, on aurait toutefois souhaité une oeuvre peut-être plus caractérisée : les lentes harmonies jouent la carte de la mélancolie conformément aux codes du genre, tandis que les nappes de synthétiseur et les percussions lourdement réverbérées remplissent sans surprise le rôle qui leur est assigné. Un premier album à 26 ans est toutefois rarement oeuvre de maturité, et le talent de Mushy saura sans doute se préciser à l’avenir !

Deux pistes de l’album on retenu notre attention : Burn Me, dont le rythme lancinant rappelle certaines titres de Agent Side Grinder et illustre le côté sombre et gothique du disque, et la jolie She Was Elsewhere, une des rares chansons plus mélodiques. Comme toutes les parutions de Mannequin, Faded Heart est bien sûr disponible sur vinyle en édition limitée ; il est cependant également possible de se procurer l’album sur CD, avec quatre pistes remixées en bonus. Du lot, la version de Newclear Waves de Losing Days nous a particulièrement accroché – trois titres à écouter, donc, mais une seule piste en téléchargement, la boutique en ligne de Mannequin attendant les amateurs.

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Mushy – Losing Days (Newclear Waves Full-On Night Remix) [5:35]

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Mushy – She Was Elsewhere [3:10]

Rubans magnétiques

Petit retour aujourd’hui vers la Hollande avec un projet particulier faisant l’objet d’une réédition toute récente chez Minimal Wave, le label new-yorkais qui déterre pour le plus grand bonheur de nos oreilles toutes ces obscures formations (surtout européennes), pionnières de la pop synthétique du début des années 1980. Tear Apart Tapes fut à l’époque l’étiquette de disques personnelle de Danny Bosten, l’homme-orchestre derrière Das Ding, formation new wave expérimentale. À la fois musicien et producteur, la carrière de Bosten ne déroge pas aux règles du genre : une formation en arts visuels, trois albums de 1982 à 1985, un succès confidentiel… et une poignée de fans transis qui le poursuivent sur le net trente ans plus tard. Sur son obscur label, il enregistrait sa propre musique et celle de ses amis. Du pain béni pour Minimal Wave qui, après avoir réédité un album complet de Das Ding en 2008 (H.S.T.A.), poursuit le flambeau avec un 7″ intitulé simplement Tear Apart Tapes.

L’objet collector est court : trois titres, un de Das Ding (Standing In The Hall), un d’une intrigante formation nommée Les Yeux interdits (Prison) et enfin Kill Me de Lab 80, inédit que Bosten aurait enregistré à  l’époque avec son frère. Le disque est déjà épuisé ( !), mais la magie du net nous a également permis de mettre la main sur une cassette originale de Tear Apart Tapes comprenant quant à elle six chansons, trois de Das Ding et trois des Yeux interdits. La proposition est finalement peu ou prou la même, c’est-à-dire un son synthétique sobre… et sombre. On ressort les grands classiques : voix lointaines et désincarnées, sections rythmiques répétitives à l’extrême, mélopées funèbres martelées de notes hypnotiques. Bref, un cocktail que certains trouveront terriblement expérimental tandis que d’autres le jugeront particulièrement apte à certaines pistes de danse ! Si la musique déjantée de Das Ding évoque les très très arty Cabaret Voltaire (notamment sur l’étrange Signature avec son rythme improbable et ses folles réverbérations de voix multiples), Les Yeux interdits qui, comme leur nom ne l’indique pas, chantent bien en hollandais, penchent davantage vers le dancefloor gothique.

Ça fait rire les oiseaux

Nous vous avions déjà parlé du groupe belge Telex à quelques reprises et partagé l’inénarrable Cloches et Sifflets lors d’un post de “Noël” tout aussi loufoque. Le travail du trio formé de Marc Moulin, Dan Lacksman et Michel Moers mérite toutefois qu’on s’y attarde davantage, ne serait-ce que par son caractère particulier. Au cours de sa carrière en dents de scie, le groupe a réalisé en tout six albums studio, regroupés – selon un modèle quelque peu usé – en une production originale de 1979 à 1986 et un comeback sans grand retentissement en 2006. Looking for St. Tropez, leur premier enregistrement, demeure évidemment le plus connu avec des succès tels que Moskow Diskow ; ce disque mérite toutefois une discussion séparée et nous préférons aujourd’hui explorer leur répertoire subséquent, plus confidentiel.

Du travail de Telex dans les années 1980, Sex (Birds & Bees) se détache incontestablement du lot par sa relative maturité. Le deuxième (ou troisième, ou quatrième) degré propre à leur musique semble en effet ici plus maîtrisé : le rapport entre la plaisanterie et le sérieux est sensiblement équilibré et la recette “prend” malgré un éclectisme débordant. Tout s’explique d’ailleurs quand un peu de recherche nous apprend que nos amis belges ont requis les services des Sparks pour l’écriture de l’album… Musicalement, Sex (Birds & Bees) est un bordel de première classe, allant du hit funky (Drama Drama, copie carbone de Fame de David Bowie) à la chanson de crooner (Long Holiday) et à l’électro-disco façon Giorgio Moroder (Brainwash). L’instrumentation passe avec bonheur de l’électronique à l’échantillonnage et foisonne de petits bruits biscornus. Trois pistes retiennent spécialement l’attention : Sigmund Freud’s Party, fable viennoise à tendances rockabilly, la jolie Mata Hari et l’hilarante Exercise Is Good For You et ses basses robotiques.

Cold War Nightlife : 19 février

Un autre mois, une autre soirée pour danser ! Cold War Nightlife et sa sélection musicale inusitée vous attendent ce samedi 19 février : en avant-goût ce mois-ci, soyons encore une fois glam. Notre amour inconditionnel pour les Sparks nous a naturellement mené à approfondir leur production musicale des années 1980, dont nous vous avions déjà donné un aperçu avec la chanson titre de l’excellent Angst In My Pants (1982). Loin d’être un cas isolé, cet album constitue le centre d’une “trilogie” glam/pop/new wave comprenant également Whomp That Sucker (1981) et In Outer Space (1983) ; un retour bien apprécié à leurs racines, intercalé entre une période plus disco en collaboration avec Giorgio Moroder (1979-1980) et un son plus dance/house dans la deuxième partie de la décennie. L’irrésistible All You Ever Think About Is Sex, que nous vous présentons ici dans sa version single est un des meilleurs extraits de In Outer Space, l’album des frères Mael qui a par ailleurs obtenu le plus de succès aux États-Unis.

Bien moins connue mais tout aussi amusante, nous vous proposons aussi ce mois-ci Méchante Souris, du groupe belge Ninove. Nous avons très peu d’informations sur la formation, fondée à la fin des années 1980 par Bernard Plouvier, violoniste et chanteur éclectique, et son frère Jean-Luc, claviériste : Discogs ne répertorie que quatre pistes du groupe sur diverses compilations, et les frères Plouvier ne semblent pas avoir enregistré d’album entier. Surréaliste à souhait, la piste sautillante et échevelée laisse en tout cas libre cours aux vocalises paranoïaques du chanteur et sa souris-phobie.

Terminons enfin avec un autre classique parmi les “plaisirs coupables” de la soirée : Telephone Operator de Pete Shelley. Essentiellement connu comme fondateur et chanteur du légendaire groupe punk Buzzcocks, Shelley a poursuivi durant les années 1980 une carrière solo au succès variable. Les textes ouvertement homoérotiques de ses chansons (le compositeur ayant à ce moment publiquement avoué sa bisexualité) se sont souvent heurtés à la censure radiophonique, les empêchant sans doute  d’obtenir le retentissement qu’elles méritaient.

Cold War Night­life
Samedi 19 février à par­tir de 22h00 – entrée gratuite
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : Zoé Star­child + Georges Dimitrov + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + DJ Mekanik.

New cold York

Après un détour remarqué via son projet Xeno & OaklanderMartial Canterel est enfin de retour sur disque en solo : froide musique pour de froids mois d’hiver. L’enfant chéri new-yorkais de la nouvelle nouvelle vague minimal synth - dont nous vous avions déjà présenté le travail antérieur lors de son passage à Montréal l’été dernier – délaisse en effet ici les ambiances plus feutrées et romantiques caractérisant son travail en duo ave Liz Wendelbo. Sur You Today (2011), les arpèges de sons glacés inlassablement séquencées règnent en maîtres, les progressions harmoniques sont sombres et la musique, bien plus gothique qu’on ne se l’ose parfois avouer.

Bien que ne sortant que très peu des sentiers qu’il a lui-même battus, Sean McBride nous livre un disque solide et généralement plus accessible : en dehors de la très vaporeuse et très Jean-Michel Jarre The Empty Sand ainsi que la sombre Some Days, l’ensemble des chansons sont remarquablement rythmées et dansantes. Occupy These Terms, une des pistes les plus accrocheuses, enchaîne ainsi à des couplets nerveux un refrain aux allures épiques, le tout aux tempos frénétiques auxquels l’artiste nous a habitués. Cette vitesse toutefois, si elle contribue évidemment au caractère robotique de la musique, lui enlève aussi hélas parfois une part d’émotion : des pièces comme la très touchante Sidestreets (qui aurait n’aurait d’ailleurs aucunement détonné sur A Broken Frame de Depeche Mode) troquent avantageusement quelques BPM pour quelques instants de grâce. L’ensemble, enregistré live, reste néanmoins un tour de force technique. Au final, You Today se révèle être un album sans grande surprise, bien que pleinement satisfaisant.

Outre Occupy These Terms, nous vous proposons aussi la chanson-titre et premier single - l’album entier est disponible sur commande auprès de Wierd Records.

And Cold War Nightlife goes on !

Après le succès de notre édition des Fêtes, nous avons le plaisir de vous annoncer notre retour au Drugstore sur une base mensuelle : l’aventure Cold War Nightlife se poursuit ainsi dès ce samedi 22 janvier. En découvertes musicales ce-mois, nous vous proposons tout d’abord New Illusion, une piste entraînante de l’obscur groupe suédois Seppuku, un de ces one-hit wonders que nous affectionnons tous. L’enregistrement date de 1985 et propose un son synthétique aux accents rock qui rappelle l’énergie NDW de groupes tels que Malaria.

Toujours en provenance de la péninsule scandinave vient ensuite l’hymne Maskindans de Det Gylne Triangel (“Le triangle doré”), un titre provenant de la compilation du même nom. Maskindans – Norsk Synth 1980-1988, publiée en 2009 par l’étiquette norvégienne Hommage Records, retrace en effet les belles (et mystérieuses) années de la new wave de cette froide contrée. Bien que la compilation comporte une majorité de pistes plutôt pop, Maskindans se distingue par sa noirceur et son agressivité quasi-militaire. Concluons avec Störung, un groupe hollandais en activité de 1981 à 1983. En comparaison aux deux précédentes, cette formation a une production “impressionnante” : un album complet, quelques singles, bootlegs et autres cassettes démo. Leur son post-punk aux sonorités gothiques est quelque peu inégal, mais Empire SX ressort du lot grâce à l’efficacité de sa ligne de basse distortionnée à souhait et sa batterie robotique.

Cold War Night­life
Samedi 22 janvier à par­tir de 22h00 – entrée gratuite
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : DJ Star­child + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + DJ Mekanik.