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Archive for the 'Musique' category

Rational Youth, face B

En ce début 2011, nous vous proposons un petit retour vers l’un de nos groupes chéris, Rational Youth. À notre grand regret, la carrière discographique de la formation montréalaise se limite à trois albums, dont un véritable chef-d’oeuvre, le bien nommé Cold War Nightlife (1982). Ce disque, longtemps rarissime avant une réédition CD datant de 1997, fut suivi du confidentiel Heredity (1985) et d’un come-back plutôt obscur en 1999, To The Goddess Electricity. Bref, pas grand-chose à se mettre sous la dent pour le fan enthousiaste… qui, grâce à la magie du grand Dieu internet, réussit heureusement à retrouver l’introuvable. Voici donc un cadeau bonbon de ce début d’année, trois B-sides perdus et retrouvés nous permettant de poursuivre notre amour pour la new wave pop glacée de Rational Youth.

Le son de Rational Youth étant aussi original que bien de son époque, les références pleuvent à l’écoute de ces découvertes. Débutons avec Hot Streets. Avec sa section rythmique entêtante, ses pluies de notes étincelantes et surtout son chanté-parlé intense, le titre évoque sans peine les Pet Shop Boys, période West End Girls. The Man In Grey est quant à elle un véritable petit roman d’espionnage à elle toute seule, texte narratif à l’appui et attitude théatrale que n’aurait pas reniée le Steve Strange de Visage. Enfin, d’une évidence pop déconcertante, In Your Eyes séduit immédiatement. Son imparable mélodie virevoltante, digne des meilleurs moments de OMD, s’emparera sans contredit de votre cerveau ravi. Enjoy  !

Cold War Nightlife est de retour !

Après six mois d’absence, nous avons le plaisir de vous annoncer le retour de nos soirées Cold War Nightlife ! Ce samedi 18 décembre, nous nous emparerons des platines au troisième étage du Drugstore. À notre trio habituel avec Xavier Paradis, nous ajoutons fièrement la collaboration de DJ Mekanik, qui d’ailleurs vous avait fait danser lors de notre édition d’octobre 2009. Pour votre dose quotidienne de cold wave/post punk/glam rock, c’est donc un nouveau rendez-vous. Pour l’instant, la soirée ne revient que pour une fois seulement… mais il ne tient qu’à vous d’en refaire un événement régulier !

Fidèles à notre habitude, nous en profitons pour partager quelques curiosités obscures. Les trois groupes que nous vous présentons sont de véritables one hit wonder – la notion de hit étant évidemment toute relative dans les eaux obscures où nage ce blogue. Lorsque le tirage d’un titre s’élève à une flamboyante centaine de copies, pressée à la main dans un sous-sol, le mot “succès” prend alors un tout autre sens… Débutons donc avec Tres, formation suédoise du début des années 1980, qui nous propose sur son unique 7″ Smile On My Face une synthpop infusée de sonorités disco. Bien que les deux pistes soient fort réussies, c’est la face b qui retient surtout l’attention : Operator a le potentiel de vous poursuivre du plancher de danse jusque dans vos rêves. Déja connue par les amateurs de curiosités grâce aux célèbres compilations Flexipop, la chanson a été remise au gout du jour par nos collègues de Crispy Nuggets plus tôt cette année.

Le blogue sus-mentionné nous a également permis d’avoir un coup de cœur pour les mystérieux anglais de The Toy Shop. Avec leur single The Maze (1981), ils nous offrent une joyeuse comptine new wave aux refrains glam, dont les bizarreries sonores et vocales nous évoquent le Bowie de la même époque. Terminons avec une chanson fort bien située dans le thème de la soirée, Ich komme aus der DDR (“Je viens d’Allemagne de l’est”) des allemands Gleitzeit. Bien qu’ayant fait l’objet d’une publication indépendante en 7″, la piste est tirée de la bande originale du film ouest-allemand Nuclearvision (1982), ce qui nous pousse à croire que le groupe (sur lequel nous n’avons virtuellement aucune information) fut probablement monté expressément pour l’occasion. Au menu, une neue deutsche welle sautillante comme on les aime, assortie de paroles historiquement acerbes – “Je viens de l’Allemagne de l’Est/Et je traverse moi aussi à l’Ouest/Je deviens simplement millionnaire/Et puis j’achète l’Allemagne de l’Est“. À samedi !

Cold War Night­life
Samedi 18 décembre à par­tir de 22h00
au troisième étage du Drugstore (1366 Sainte-Catherine est à Mont­réal).
Aux pla­tines : DJ Star­child + DJ Trans­mis­sion + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di) + DJ Mekanik.

Meanwhile, back in Berlin…

Chers lecteurs, grande nouvelle : le duo allemand Jeans Team est de retour ce mois-ci avec du nouveau matériel, un nouveau blogue et une nouvelle maison de disques ! Depuis leur dernier album Kopf Auf (2006) et un CD-R de démos vendu lors de leur dernière tournée américaine en 2009, le groupe s’était en effet fait très discret sur son actualité. Nous apprenons aujourd’hui qu’ils étaient occupés à bâtir ce nouveau projet intitulé Alkomerz. À la fois étiquette, forum de discussion et outil promotionnel, le site se donne pour mission de rassembler en un seul lieu les activités de Franz Schütte, Raimo Herfort, leurs synthétiseurs et tous leurs amis. Nous soupçonnons aussi des difficultés contractuelles antérieures, étant donné que le groupe se vante d’avoir désormais le contrôle sur son catalogue entier, bientôt disponible en téléchargement sans restrictions territoriales.

En guise de première publication (sortie le 15 novembre), Alkomerz nous propose ainsi un double single de Jeans Team en format 12″. Alors que nous connaissions déjà l’excellente Cocktailständer – présentée en version démo dans un post précédent -, Totes Kino (“Cinéma mort”) s’avère être une belle continuation de leur nouveau style. En effet, les concerts et les démos récents nous avaient montrés le duo s’éloignant de l’esthétique parfois brouillonne qui caractérisait leurs premiers albums pour embrasser un son mieux cerné et plus dansant. La piste est entraînante à souhait et son refrain inlassablement répété ne nous quitte plus après quelques écoutes – quant aux myriades de petits blips et petits bruits curieux dont Jeans Team a le secret, on ne vous en parle même pas…

En plus des deux chansons-titre, le vinyle nous offre aussi un remix accompagnant chacune des “faces A” : ces exercices sont hélas souvent anecdotiques, règle malheureusement confirmée ici. Jeans Team eux-mêmes s’en tirent correctement avec une version quasi-instrumentale de presque huit minutes de Totes Kino (intitulée Kein Mensch), qui a pour qualité principale une partie centrale ralentie à un point extrême et ressemblant de façon frappante au travail de Telex. Le remix de Cocktailständer de Riley Reinhold déçoit cependant avec une sonorité “club” somme toute assez générique. Que ces faces B ne vous découragent pas cependant : la formation allemande semble entrer, avec cette parution solide, dans une nouvelle époque que nous espérons florissante. Le groupe nous a aimablement autorisé à vous offrir Totes Kino en écoute ; vous pouvez aussi jeter un coup d’œil sur un vidéoclip… pour le moins particulier de Cocktailständer, réalisé lors d’une tournée en Chine. Quant au vidéoclip de Totes Kino qu’on nous promet pour le 8 décembre, les premières images nous allèchent avec une esthétique théâtrale où le cinéma muet rencontre Klaus Nomi : à suivre. Pour vous procurer le maxi, rendez-vous au http ://alkomerz.com/shop/mail-order/.

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Jeans Team – Totes Kino [4:05m]

Analyse solo

En parcourant les parutions récentes des étiquettes spécialisées dans la réédition des classiques oubliés de la cold-wave, nous avons eu la joie de découvrir que Minimal Wave s’étaient plongés dans les vieux enregistrements de Martin Lloyd. Essentiellement connu pour son travail avec Andy Oppenheimer au sein du duo Oppenheimer Analysis, Lloyd a aussi enregistré durant les années 1980 plusieurs pistes en solo, la plupart n’ayant pas dépassé les murs de son studio. Ce sont quatre de ces pistes – enregistrées entre 1980 et 1984 dans son studio de Londres et remastérisées ici – que nous propose le label new-yorkais sur L’amant électronique, EP disponible en format vinyle depuis le mois d’août.

D’emblée, nous pouvons dire que le talent de compositeur de Martin Lloyd ne se dément pas sur ce mini-album, et les amateurs de Oppenheimer Analysis se retrouveront en territoire connu. Lloyd ayant assumé les rôles principaux de musicien, bidouilleur de synthétiseurs et producteur au sein du groupe, les sonorités et les arrangements sont ici familiers et efficaces : la réalisation de la chanson titre, dansante et accrocheuse à souhait, est impeccable. Ces quatre pistes toutefois, malgré leurs qualités, nous laissent tout de même quelque peu sur notre faim.

De son propre aveu, Lloyd travaillait en étroite collaboration avec Oppenheimer et ce dernier le poussait vers une écriture moins attendue : “Travailler avec Andy m’inspirait à trouver des progressions d’accords non conventionelles [...]. Essentiellement, plus longtemps nous travaillions, meilleure devenait la pièce.” (tiré d’une entrevue réalisée en 2005 par Veronica Vasicka de Minimal Wave). Cette étrangeté que semblait insuffler à la musique son comparse nous manque, de même que sa touchante voix. En effet, ne pouvant sans doute égaler les performances vocales de Andy Oppenheimer, Martin Lloyd s’est tourné ici vers le vocoder qui joue le double rôle de palliatif et de prise de position stylistique. Ce traitement de la voix décale la mélancolie typique des chansons d’Oppenheimer Analysis vers une esthétique certes plus kitsch mais non dénuée de charme. Si L’amant Électronique (que nous vous offrons en écoute) gagne les faveurs des pistes de danse, les trois autres pistes de l’album sont plus calmes et éthérées, légèrement moins pop. Western Dreams a un faux air de Jay-Jay Johansson période Antenna (2002 – il parait que les modes suivent généralement des cycles de 20 ans… !), tandis que Half-Life et Science Fiction Man s’inscrivent dans la lignée cold wave des Experimental Products de ce monde. L’amant électronique, au tirage limité à 999 copies, est disponible sur commande à la boutique de Minimal Wave.

Frank au pays des Soviets

Blackout Musique a aujourd’hui le plaisir de vous présenter une étiquette italienne récemment portée à notre connaissance, Mannequin. Conjuguant les fonctions de label et de mailorder, elle nous fait découvrir depuis 2008 les joies de la musique underground d’Italie et d’ailleurs en se spécialisant dans les genres cold wave, post-punk et autres minimal synth qui sont notre pain quotidien. Fidèles à l’esprit DIY, Mannequin nous propose des parutions au tirage ultra-limité pour collectionneurs avertis, le vinyle étant le support de prédilection.

Leur plus récente publication, disponible depuis le 10 octobre, est un album que se partagent deux formations au son complémentaire, Frank (Just Frank) et Soviet Soviet. Combinant des talents français et britanniques, les premiers nous proposent une cold wave fidèle tant à ses origines électroniques qu’à une urgence post-punk. Il s’agit d’un retour sur disque pour le groupe, qui a fait paraître plus tôt cette année un LP, The Brutal Wave, chez les habituels Wierd Records. Alors qu’une froideur à la The Cure prédominait sur ce premier essai, Frank (Just Frank) ont maintenant embrassé des sonorités sucrées plus pop qui ne sont pas sans rappeler un Étienne Daho.

Quant à Soviet Soviet, jeune groupe italien à la page, ils nous offrent un post-punk très sombre flirtant plus souvent qu’autrement avec le rock gothique. On pense évidemment à Bauhaus mais aussi aux plus expérimentaux Killing Joke  : murs de guitares distortionnées et voix torturées sont à l’avenant, jointes à une section rythmique agressive. Mannequin nous ont aimablement donné la possibilité de nous entretenir avec le groupe (merci à Alessandro Adriani pour la traduction à partir de l’italien !).

Votre communiqué de presse mentionne votre goût pour le son de la new wave italienne. Que pouvez vous nous dire sur cet héritage ?

Nous aimons profondément la musique produite durant cette période, même si nous ne l’avons surement pas “vécue”, étant tous nés dans les premières années de la décennie 1980. C’est un intérêt musical qui s’est récemment développé. Soyez sûrs que quelques-uns de ces sons analogues et poussiéreux des années 1980 sont très familiers à nos oreilles, mais de vivre ces années et d’avoir être submergés par ces sonorités… c’est quelque chose de complètement différent. L’intérêt et l’amour que nous avons pour plusieurs groupes des années 1980 nous ont cependant influencés indirectement et ont sûrement été une des raisons qui nous ont poussés à écrire nos propres pistes. Nous avons grandi en écoutant toutes sortes de musiques, mais ce son est celui que nous avons adopté en jouant ensemble. Ce n’était pas un choix conscient et planifié d’avance, c’était simplement naturel pour nous d’en arriver là : nous avons commencé à écrire l’esprit libre et sans a priori.

Et que pouvez-vous nous dire de la scène underground italienne actuelle ?

Il nous semble que la situation est en pleine ébullition. De nombreux groupes de talent jouent actuellement dans notre pays, et nous avons eu l’occasion et l’honneur de partager la scène avec certains d’entre eux. Plusieurs clubs accordent aussi plus d’importance à ce qui se fait dans l’underground, ce qui est très positif pour nous. Il y a aussi une attention particulière portée à certains aspects autrefois négligés, comme les DJs sets qui font maintenant partie intégrante de la programmation des spectacles. La scène musicale actuelle est très intéressante et en perpétuelle évolution.

Les musiques punk et post-punk ont une longue tradition d’engagement politique. Vous sentez-vous appartenir à cet héritage ?

Honnêtement, il n’y a aucune connexion entre notre musique et la politique. Nous avons nos propres convictions politiques, nos idées et notre vision personnelle de l’actualité de notre pays ; mais si nous sommes profondément intéressés par cet aspect des choses, nous efforçons toujours de bien distinguer politique et création. Il n’y a aucune prise de position dans nos paroles et nous ne supportons aucun parti. Soyez pourtant sûrs que nous n’en pensons pas moins et que nous ne négligeons pas non plus l’aspect critique.

Votre nom, Soviet Soviet, peut évidemment faire référence à la défunte URSS, mais également à la présence historique du communisme en Italie. Comment l’avez-vous choisi ?

Cette question revient souvent… Nous sommes bien sûr au courant de l’histoire des communismes soviétique et italiens, mais ces aspects n’ont jamais influencé notre choix de nom. Lorsque nous avons commencé à jouer ensemble, nous n’étions guidés par aucune idéologie politique. Ce nom nous est venu très spontanément, tout comme notre musique d’ailleurs. Nous aimions sa sonorité, tout simplement.

Et maintenant que vous nous avez alléchés avec cet EP, à quand un album complet ?

Merci ! Sans être sûrs de rien, nous espérons l’avoir terminé pour l’année prochaine. Nous travaillons sur du nouveau matériel et c’est un processus qui demande du temps et des efforts. Nous testons actuellement nos nouvelles compositions en studio et lors de concerts en Italie et en Europe ; il nous reste cependant beaucoup de travail à faire. Nous désirons en tout cas ardemment sa parution !

L’étiquette nous permet gracieusement de vous offrir deux pistes en écoute et en téléchargement. Quant aux fans collectionneurs de cold-wave/post-punk dernier cri, nous vous recommandons le disque disponible sur commande chez Mannequin, limité à un tirage de 500 copies en format 12″.

NDW à pleine capacité

Dans la foulée du post précédent, poursuivons l’exploration de la nouvelle vague allemande avec un projet à la fois plus et moins conventionnel, Die Kapazität. Originaires de Hambourg, les membres du groupe embrassent en effet une instrumentation typique pour l’époque, soit un alliage électronique/acoustique où les guitares rejoignent le drum machine et les synthétiseurs. Là où la musique de Die Kapazität se distingue toutefois, c’est au sein de la composition : les mélodies disloquées, les harmonies dissonantes et les rythmes mi-robotiques mi-détraqués confèrent à l’ensemble un certain caractère d’étrangeté. Loin d’être pop, leurs chansons exultent une énergie post-punk, un hargne et une énergie surprenantes au vu des arrangements somme toute assez minimaux.

En activité de 1979 à 1983, la formation a publié un court EP sur format 12″ (Bündig, 1981) et un album, Leichte Stimmen (1982) – les deux parutions ont d’ailleurs fait l’objet d’une réédition en CD l’an dernier par l’étiquette allemande NLW, réédition disponible via plusieurs autres labels et mailorders, dont Enfant Terrible et Anna Logue. Entendons-nous : bien que de qualité, la production musicale de Die Kapazität reste inégale et le groupe demeure une curiosité pour les amateurs plutôt qu’une formation de talent ayant laissé une marque durable dans le monde musical, même underground. Que cela ne nous empêche pas cependant d’y trouver quelques pistes hautement énergiques et dansantes, plaisirs coupables pour fans avertis. Voici donc en écoute et téléchargement Musik Für Kleine Mörder Mit Blick Auf Den See (“Musique pour petits meurtres avec vue sur le lac”), Keiner Hört Auf Mao Tse Tung (“Personne n’écoute Mao Tse Tung) et Kleine Cryptic.

Punk mécanique

Petit flashback aujourd’hui vers la scène alternative allemande du tournant des années 1980, où la fameuse Neue Deutsche Welle était encore en formation, écartelée entre ses composantes punk (et post-punk) et ses prototypes de pop électronique. Au milieu du joyeux bordel musical qui régnait alors à Berlin-ouest se profile une figure marquante, celle de Alexander Hacke : anarchiste à tout faire, musicien iconoclaste, il passe à la postérité avec son groupe mythique industriel/expérimental Einstürzende Neubauten. Loin de se restreindre à cette seule formation, le très prolifique artiste n’a jamais cessé son implication dans des projets extrêmement variés, allant du documentaire d’art au cabaret futuriste en collaboration avec les Tiger Lillies. Remontons toutefois maintenant à ses racines punk, alors qu’il était guitariste, dès 1979, du groupe Mekanïk Destruktïw Kommandöh.

Ce projet, nommé d’après l’album de 1973 du groupe progressif français Magma, s’est surtout distingué par ses performances scéniques dont on peut imaginer le caractère enflammé. Le quatuor nous laisse néanmoins en héritage quelques enregistrements éparpillés, de qualité variable. Distribué sur cassette en 1979, leur premier (et unique) album – Der Weg Zum Frieden (Le Chemin vers la paix) – nous propose une musique punk authentique, assez expérimentale et bruyante. Très difficile à se procurer, le disque vient heureusement de faire l’objet d’un réédition en vinyle cette année par l’étiquette punk allemande Rotten Totten : tirage limité à 200 copies, pour collectionneurs avertis.

Le passage aux années 1980 voit cependant la formation prendre une tangente plus accessible – et à notre avis plus attrayante. Les quatre pistes qui composent leur court EP Berlin (1982) – EP qui a d’ailleurs aussi été édité sous le titre Der Tag Schlägt Zu (La Journée de grève) – nous font en effet songer au punk entraînant de Bérurier Noir. Bien mieux produite et réalisée, la musique rythmée et dansante est portée par les mélodies folklorico-balkanesques du saxophone, accessoire indispensable semble-t-il au temps et au lieu. Les textes sont provocateurs et engagés comme il se doit (“Die babies von heute sind die soldaten von morgen” – Les bébés d’aujourd’hui sont les soldats de demain) et on n’oublie pas un clin d’œil artistique au peintre constructiviste Lissistzky par une pochette reprenant le célèbre tableau Battez les Blancs avec le triangle rouge.

Un back to school terrible

Après une pause estivale, BlackoutMusique.com vous revient pour la rentrée et, comme d’habitude, nous avons plusieurs découvertes musicales à partager ! Débutons aujourd’hui en accordant une place à deux formations émergentes qui viennent de publier leur premier EP cet été, et dont la distribution est assurée par l’étiquette hollandaise Enfant Terrible.

Venant des Pays-Bas, les Lesbian Mouseclicks sont en fait un duo électronique formé, contrairement à ce que le nom pourrait laisser entendre, par les deux musiciens Andreas Geursen et Peeter Baarends. Réunis en 2005 autour de bidouillages sonores réalisés sur ordinateur à partir d’échantillons de films pornographiques (d’où l’appellation), les deux comparses ont évolué au cours des cinq dernières années en acquérant maturité, synthétiseurs et expérience de scène. Le résultat, Low Dig Recording Sessions, nous propose un son électronique mêlant des influences plus minimales avec une réalisation puisant dans le répertoire synthpop. La piste que nous vous offrons en écoute, Picture On Your Wall, saura sans doute faire le bonheur de nombreux gothiques se déhanchant sur des lumières stroboscopiques en des clubs obscurs. Le EP, publié par Wharf Records, est offert sur vinyle en format 12″, limité à 250 copies. Pour les intéressés : Enfant Terrible Mailorder.

Dans un registre plus tranquille et surtout venant de bien plus loin, nous vous présentons également aujourd’hui le groupe turc Kim Ki O. Contrairement à ce que les médias souvent trop américano ou euro-centristes nous laissent parfois soupçonner, le duo féminin nous prouve qu’il existe une scène underground bien active à Istanbul. Avec Dans, la formation nous donne six pistes aux influences très variées : un son que l’étiquette qualifie de indie lo-fi et qui a reçu des échos favorables de la critique. Aux drum machines secs se joignent des nappes planantes de synthétiseurs, des lignes de basse façon The Cure (dont l’influence se fait nettement sentir sur toute leur musique) et une certaine aura de mélancolie qui nous rappelle un peu The Organ. Nous aimons beaucoup la piste instrumentale 27.01, Berlin, inspirée ; quant à Bu Şarkıyı Çok Seversin Sen, elle illustre leur facette plus rythmée et pop. Pour plus d’information ou pour commander le vinyle : http ://www.enfant-terrible.nl/enfant18.html. Bonne écoute !

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Lesbian Mouseclicks – Picture On Your Wall [4:25m]

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Kim Ki O – 27.01, Berlin [3:50m]

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Kim Ki O – Bu Şarkıyı Çok Seversin Sen [4:12m]

Futur antérieur

Avis à tous : les auteurs de ce blogue retourneront aux platines ce vendredi lors de la soirée Future Perfect Party ! L’évènement se veut une levée de fonds pour le lancement de Mobile, plateforme de diffusion et de création explorant la relation son/image. La première de Mobile aura officiellement lieu le 21 août au café-bar de la Cinémathèque Québécoise. Mais en attendant, place au “pré-party”, une nuit de musique et de performances dont le thème est “Dance to the future / Dance back to the future” : un plongeon dans les esthétiques futuristes du passé. Au menu, prestations live, coiffures créatives et DJ sets par différents acteurs de la scène locale. Fidèles à notre réputation, nous nous chargerons des ambiances synthétiques de la new wave, minimales et robotiques.

Dans le thème de la soirée, nous avons sélectionné trois titres inspirants s’articulant autour de l’idée du futur. Kraftwerk sont évidemment ici incontournables : les pionniers de la musique électronique on en effet fait de la relation homme-machine leur thème de prédilection. Parmi l’ensemble de leur œuvre, le choix est vaste ; nous avons choisi de vous offrir aujourd’hui Computerwelt, qui nous décrit un monde informatisé… qui nous semble aujourd’hui étrangement familier. Les possibilités de l’avenir ont également fasciné le groupe néo-romantique Visage : In The Year 2525, une reprise du duo américain Zager and Evans (1969 pour la version originale), l’illustre parfaitement. La chanson, manifeste écologiste avant l’heure, nous décrit avec pessimisme la décadence d’une humanité gouvernée par les machines en traversant les millénaires, avec pour terminus 9595. Enfin, revenons à nos chouchous espagnols Aviador Dro, dont l’œuvre est saturée de références aux fréquences spatiales, abris nucléaires, cyborgs et autres filles de métal. La chica de plexiglas, un de leur premiers succès, nous décrit un amour mécanique impossible, à grands coups de ces mélodies synthétiques dont ils ont le secret.

Future Perfect Party
Vendredi 30 juillet à par­tir de 21h30 au Lawless Studio loft (5445 De Gaspé /suite 408)
Avec Bernardino Femminielli, Magic Beach, Moduli TV et Jane L. Kasowicz.
Aux pla­tines : Georges Di­mi­trov & Zoé Star­child (Bla­ckout­Mu­sique.​com), Isabelle/Luci & Simon/Fer (Duchess Says), Marin César (Think About Life) et Annie Q & Von Snakes.
10$ avant minuit/15$ après minuit

Aventures hollandaises

Les Oranjes éliminent le Brésil et se taillent une place en demi-finale pour la Coupe du monde : l’équipe hollandaise semble promise à un brillant avenir si on en croit les analystes… à moins que les Allemands ne s’en mêlent. Enfin. Nous ne sommes pas ici pour parler de sport, et si les Pays-Bas s’y entendent en foot, l’étiquette hollandaise Enfant Terrible se charge cet été de nous prouver qu’ils ne sont pas en reste question musique synthétique underground. Après s’être distingués par la publication de plusieurs compilations d’avant-garde internationale (voir notre post précédent), le label se tourne enfin vers la scène locale et nous en propose un recensement musical nec plus ultra.

Kamp Holland, c’est ainsi, selon les propres termes d’Enfant Terrible, deux vinyles d’ “électronique minimale”, “proto-elektro” ou “pop avant-garde” : la volonté de transcender les genres est affichée et revendiquée au sein de cette collection iconoclaste. L’ensemble, d’un intérêt constant à défaut d’une qualité soutenue, oscille entre des chansons dansantes de facture classique auxquelles s’opposent plusieurs pistes instrumentales. La nature plus ou moins accessible de ces dernières (on varie des rigolotes Pterodactyl Extraordinaire par Pornologic ou La Hars de Logosamphia, aux plus bruitistes Slaapstaking de Puin + Hoop et NONO de Peter Quistgard) compte d’ailleurs pour beaucoup dans l’aura expérimentale qui se dégage de prime abord à l’écoute de la compilation. Certains seront peut-être rebutés par les changements fréquents et radicaux de tempo et d’ambiance qui surviennent d’une piste à l’autre, changements qui peuvent rendre plus difficile une écoute suivie des disques ; pour notre part, nous préférons saluer le courage de l’étiquette qui ose nous offrir un produit différent et authentique. À chacun ensuite d’en juger selon ses propres goûts et inclinations.

Quant aux quelques morceaux plus appropriés aux mains des DJs underground d’ici et d’ailleurs, il y en a pour tous les goûts, des pistes très pop à celles plus dark d’influence gothique (on pense à la quasi-EBM Bye Bye des Lesbian Mouseclicks – Enfant Terrible reste fidèle à lui-même). Trois nous ont tout particulièrement plu et nous vous les offrons ici en écoute : les joyeuses lignes de synthétiseur de Ruimtevaart Vooruit par Staatseinde nous renvoient à une synth-pop début 1980 à la Stahlnetz ; Hunter Complex nous proposent des rythmes résolument plus disco avec une Desert que ne renierait pas Tobias Bernstrup ; enfin, les amateurs de minimal wave trouveront leur compte avec Allégement de Milligram Retreat, entre basse robotique, voix éthérées et bruits de radio-transistor. Si l’aventure vous dit, vous pouvez mettre la main sur une des 623 copies limitées de Kamp Holland au www.enfant-terrible.nl/enfant17.html.

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Staatseinde – Ruimtevaart Vooruit [3:11m]

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Hunter Complex – Desert [5:08m]

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Milligram Retreat – Allégement [4:49m]