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B-Sides For The Masses

Pour les véritables fans d’un groupe, chaque rareté, curiosité ou exclusivité représente toujours une aubaine… et Dieu seul sait combien de fans hardcore compte Depeche Mode. Depuis ses débuts, la légende new wave ne ménage pas ses admirateurs en multipliant collections d’inédits, rééditions spéciales, enregistrements live perdus ou retrouvés : des petits bijoux qui ne ménagent ni la patience du chercheur passionné, ni son portefeuille ! Si parfois ces “primeurs” n’apportent rien de bien essentiel à une Å“uvre déjà archi-connue, on peut toutefois y dénicher quelques pépites. Ainsi les b-sides de ce que l’on pourrait nommer la “première période” du groupe, celle d’avant la déferlante commerciale de Music For The Masses (1987).

Au début des années 1990, Depeche Mode et Mute Records ont eu l’excellente idée de rééditer tous les singles du groupe depuis Speak & Spell (1981) jusqu’à Black Celebration (1986) en trois magnifiques coffrets au design ultra minimal. Chaque chanson est présentée de façon autonome comme à la grande époque du 45 tours, avec pochette d’origine et bien entendu (et c’est le plus intéressant) b-sides et autres remixes : des titres inédits et généralement très peu connus qui oscillent entre l’anecdotique et le franchement enthousiasmant. Nous avons choisi de vous en présenter trois aujourd’hui. Le premier, Ice Machine, est l’unique b-side de Dreaming Of Me, single initial du groupe. Cette mélopée littéralement glacée, avec ses rythmes crépusculaires et ses entêtants arpèges de notes hypnotiques, est un exemple de cold/minimal wave pur jus – et l’une de nos préférées sur les planchers de danse. Beaucoup plus pop, (Set Me Free) Remotivate Me et Flexible, sont tout aussi accrocheuses et dansantes – et bien plus kitsch – que leur a-sides respectives (Master And Servant et Shake The Disease).

Les trois Box Set originaux des singles de Depeche Mode sont aujourd’hui épuisés, mais ont toutefois été réédités et agrémentés de trois autres volumes couvrant les extraits des albums suivants jusqu’à Exciter (2001). Puissent-ils vous permettre de revisiter quelque peu une Å“uvre énorme qui, malheureusement, se limite bien trop souvent à une poignée de classiques entendus parfois jusqu’à la nausée…

Fragile tension

20sotuDe tous les grands dinosaures de la new wave, Depeche Mode semble presque le seul à être encore vivant. Il a survécu autant aux extravagances des années 1980 qu’aux abus dramatiques des années 1990, qui ont assisté à la très médiatique descente aux enfers du chanteur Dave Gahan. Toujours actif, le groupe publie un nouvel album tous les deux-trois ans et enchaîne les tournées mondiales. L’exploit est que malgré des critiques parfois un peu tièdes, le succès semble généralement toujours  au rendez-vous. C’est une fois de plus le cas pour le dernier-né de la formation, le bien nommé Sounds Of The Universe, qui a réussi à se classer numéro 1 un peu partout lors de sa sortie il y a quelques semaines.

Contrairement à plusieurs autres groupes issues de son époque, Depeche Mode a réussi à se défaire du fameux son “années 1980″ entièrement synthétique, autrefois si moderne et aujourd’hui si souvent décrié. Le changement de cap, amorcé avec le triomphe de Violator (1990), fut confirmé par les guitares sales de Songs Of Faith And Devotion (1993), l’album de la déchéance et de la rédemption. Les parutions suivantes se situèrent toutes dans la même direction, avec plus ou moins de succès mais toujours avec constance. Ainsi Ultra (1997), Exciter (2001) et Playing The Angel (2005) semblent-ils tracer la voie d’un groupe ayant délaissé autant la pop bonbon que le rock de stade, et dont la maturité se caractérise par un apaisement particulièrement sombre.

Tout comme ses prédécesseurs, ce nouveau Sounds Of The Universe est un disque plutôt calme malgré ses moments de haute tension. Les différents sons synthétiques, toujours très recherchés chez des musiciens d’expérience comme Depeche Mode, sont souvent aériens ou planants. Au premier abord, l’apparente uniformité des ambiances ainsi que la longueur des titres crée une certaine distance avec l’auditeur. Sounds Of The Universe est cependant un disque qui mérite plusieurs écoutes. Le fan de longue date ne sera ni surpris ni déçu d’y retrouver des classiques ayant fait la marque du groupe au fil des années : le succès imparable taillé sur mesure pour le dancefloor (Wrong), l’efficace chanson de rock brut et torturé (Miles Away / The Truth Is), et finalement la ballade intense aux relents mystiques chantée par Martin Gore (Jezebel). Des compositions toujours dominées par de magnifiques et sensuels  duos de voix, gracieusetés du couple Gahan/Gore.