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Futur antérieur

Avis à tous : les auteurs de ce blogue retourneront aux platines ce vendredi lors de la soirée Future Perfect Party ! L’évènement se veut une levée de fonds pour le lancement de Mobile, plateforme de diffusion et de création explorant la relation son/image. La première de Mobile aura officiellement lieu le 21 août au café-bar de la Cinémathèque Québécoise. Mais en attendant, place au “pré-party”, une nuit de musique et de performances dont le thème est “Dance to the future / Dance back to the future” : un plongeon dans les esthétiques futuristes du passé. Au menu, prestations live, coiffures créatives et DJ sets par différents acteurs de la scène locale. Fidèles à notre réputation, nous nous chargerons des ambiances synthétiques de la new wave, minimales et robotiques.

Dans le thème de la soirée, nous avons sélectionné trois titres inspirants s’articulant autour de l’idée du futur. Kraftwerk sont évidemment ici incontournables : les pionniers de la musique électronique on en effet fait de la relation homme-machine leur thème de prédilection. Parmi l’ensemble de leur œuvre, le choix est vaste; nous avons choisi de vous offrir aujourd’hui Computerwelt, qui nous décrit un monde informatisé… qui nous semble aujourd’hui étrangement familier. Les possibilités de l’avenir ont également fasciné le groupe néo-romantique Visage : In The Year 2525, une reprise du duo américain Zager and Evans (1969 pour la version originale), l’illustre parfaitement. La chanson, manifeste écologiste avant l’heure, nous décrit avec pessimisme la décadence d’une humanité gouvernée par les machines en traversant les millénaires, avec pour terminus 9595. Enfin, revenons à nos chouchous espagnols Aviador Dro, dont l’œuvre est saturée de références aux fréquences spatiales, abris nucléaires, cyborgs et autres filles de métal. La chica de plexiglas, un de leur premiers succès, nous décrit un amour mécanique impossible, à grands coups de ces mélodies synthétiques dont ils ont le secret.

Future Perfect Party
Vendredi 30 juillet à par­tir de 21h30 au Lawless Studio loft (5445 De Gaspé /suite 408)
Avec Bernardino Femminielli, Magic Beach, Moduli TV et Jane L. Kasowicz.
Aux pla­tines : Georges Di­mi­trov & Zoé Star­child (Bla­ckout­Mu­sique.​com), Isabelle/Luci & Simon/Fer (Duchess Says), Marin César (Think About Life) et Annie Q & Von Snakes.
10$ avant minuit/15$ après minuit

Aventures hollandaises

Les Oranjes éliminent le Brésil et se taillent une place en demi-finale pour la Coupe du monde : l’équipe hollandaise semble promise à un brillant avenir si on en croit les analystes… à moins que les Allemands ne s’en mêlent. Enfin. Nous ne sommes pas ici pour parler de sport, et si les Pays-Bas s’y entendent en foot, l’étiquette hollandaise Enfant Terrible se charge cet été de nous prouver qu’ils ne sont pas en reste question musique synthétique underground. Après s’être distingués par la publication de plusieurs compilations d’avant-garde internationale (voir notre post précédent), le label se tourne enfin vers la scène locale et nous en propose un recensement musical nec plus ultra.

Kamp Holland, c’est ainsi, selon les propres termes d’Enfant Terrible, deux vinyles d’ “électronique minimale”, “proto-elektro” ou “pop avant-garde” : la volonté de transcender les genres est affichée et revendiquée au sein de cette collection iconoclaste. L’ensemble, d’un intérêt constant à défaut d’une qualité soutenue, oscille entre des chansons dansantes de facture classique auxquelles s’opposent plusieurs pistes instrumentales. La nature plus ou moins accessible de ces dernières (on varie des rigolotes Pterodactyl Extraordinaire par Pornologic ou La Hars de Logosamphia, aux plus bruitistes Slaapstaking de Puin + Hoop et NONO de Peter Quistgard) compte d’ailleurs pour beaucoup dans l’aura expérimentale qui se dégage de prime abord à l’écoute de la compilation. Certains seront peut-être rebutés par les changements fréquents et radicaux de tempo et d’ambiance qui surviennent d’une piste à l’autre, changements qui peuvent rendre plus difficile une écoute suivie des disques; pour notre part, nous préférons saluer le courage de l’étiquette qui ose nous offrir un produit différent et authentique. À chacun ensuite d’en juger selon ses propres goûts et inclinations.

Quant aux quelques morceaux plus appropriés aux mains des DJs underground d’ici et d’ailleurs, il y en a pour tous les goûts, des pistes très pop à celles plus dark d’influence gothique (on pense à la quasi-EBM Bye Bye des Lesbian Mouseclicks – Enfant Terrible reste fidèle à lui-même). Trois nous ont tout particulièrement plu et nous vous les offrons ici en écoute : les joyeuses lignes de synthétiseur de Ruimtevaart Vooruit par Staatseinde nous renvoient à une synth-pop début 1980 à la Stahlnetz; Hunter Complex nous proposent des rythmes résolument plus disco avec une Desert que ne renierait pas Tobias Bernstrup; enfin, les amateurs de minimal wave trouveront leur compte avec Allégement de Milligram Retreat, entre basse robotique, voix éthérées et bruits de radio-transistor. Si l’aventure vous dit, vous pouvez mettre la main sur une des 623 copies limitées de Kamp Holland au www.enfant-terrible.nl/enfant17.html.

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Staatseinde – Ruimtevaart Vooruit [3:11m]

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Hunter Complex – Desert [5:08m]

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Milligram Retreat – Allégement [4:49m]

Synth-glam pour les “nuls”

Nous vous présentons aujourd’hui, chers lecteurs, une nouvelle curiosité mais aussi un véritable coup de cœur : derrière l’expression Null And Void, que l’on peut traduire par “caduc”, voire “nul et non advenu” (!), se cache une obscure formation californienne du tout début des années 1980. Et le terme d’”obscur” prend tout son sens lorsqu’internet, pourtant généralement si prolixe, se retrouve quasi muet face à un groupe que nous avons découvert grâce aux indispensables compilations Flexipop. Selon Discogs, au tableau d’honneur de Null And Void s’inscriraient trois albums produits entre 1980 et 1983 : Happiness And Contempt, Montage Morte et finalement un éponyme. Nous n’avons réussi à mettre la main que sur les deux premiers. Mais déjà, quelle matière ! D’une qualité bien supérieure à la majorité de la new wave lambda que nous glanons au fur et à mesure de nos recherches, la musique de Null And Void se situe aux confins du post-punk, du glam et du synth-rock expérimental… le tout avec autant de talent que de grains de folie.

Autant l’affirmer d’emblée : Happiness And Contempt et Montage Morte, ce sont de joyeux bordels musicaux. Véritable patchwork d’influences diverses, le son de Null And Void fait immédiatement naître à notre esprit une pléthore de noms… et pas des moindres. Pour la touche expérimentale, le groupe n’hésite pas à proposer de nombreux morceaux instrumentaux (ou quasi). Ainsi, à l’écoute de pistes comme Japanese Forest MM et ses lignes de synthé languissantes, impossible de ne pas évoquer Visage ou le Bowie de Low-Heroes-Lodger. Appréciez ainsi les ambiances glaciales et le texte gothico-abscons d’Un sédatif ce soir. L’attitude punk un brin précieuse, mâtinée d’instrumentation électro, renvoie quant à elle à Magazine ou à un tout jeune Gary Numan, alors sous la houlette de son groupe Tubeway Army. Nos choix All The Old Humans et Revlon/Good Buy en sont des exemples parlants. À noter également dans le premier titre, les chœurs légèrement faux – déjà abondamment pratiqués par Brian Eno sur Here Come The Warm Jets (1974). Mais il ne faut pas non plus oublier le glam bien théâtral, façon opéra rock à la Rocky Horror Picture Show (A Party Filled with Thieves) ainsi que l’orgue déchaîné “horreur de série B” type Damned ou Cramps, que l’on retrouve dans des titres comme Dogs Of Christ.

Bref, un menu trrrrès chargé, mais bien digeste. Cette étrange musique a si peu vieilli que les titres plus pop, tels The Motorcycle Song, semblent parfois même avoir été composés au tournant des années 2000.  Ainsi, si le groupe n’était pas si profondément underground, plusieurs acteurs du fameux “retour” du dance-rock eigthies pourraient allégrement être accusés de plagiat. L’original étant toujours supérieur à la copie, faites comme nous, achetez vintage et découvrez vite Null And Void !

De New York à Montréal

Dans le cadre de la dixième édition du festival Suoni per il Popolo, la Casa del Popolo accueille cette semaine le groupe new-yorkais Xeno & Oaklander. Nous vous avions déjà glissé un mot sur le couple formé par Sean McBride et Liz Wendelbo ainsi que sur leur implication au sein de la scène minimal wave actuelle de la Grosse Pomme. Le duo vient maintenant défendre sur scène son premier effort, Sentinelle (2009). Contrairement à de nombreuses autres formations électroniques qui se la jouent invisibles cachés derrière leurs précieux écrans de laptops, attendez-vous ici à une performance au vrai sens du terme : les quelques vidéos disponibles sur internet nous montrent plutôt les musiciens fort affairés à triturer leurs petits appareils vintage de collection !

La musique de Xeno & Oaklander ayant déjà fait l’objet d’un post précédent, profitons de l’occasion pour revisiter le vieux catalogue de l’incarnation solo de McBride, Martial Canterel. Ce projet à géométrie variable affiche une feuille de route particulièrement touffue, composée de multiples démos, enregistrements DIY et autres obscures cassettes. Parmi le matériel disponible, l’album Austerton (2007) retient aujourd’hui particulièrement notre attention par la qualité de ses compositions et de sa réalisation, moins brouillonne peut-être  qu’ailleurs. Bien plus minimaliste et froid que celui de Xeno & Oaklander, le son de Austerton est très épuré, même selon les standards du genre. Les mélodies se font discrètes et se déclinent en teintes sombres et modes mélancoliques; les influences gothiques et cold wave sont bien assimilées et les synthétiseurs scintillants ne durent qu’un temps (Corners). Voici trois pistes à découvrir.

Le concert de vendredi sera également l’occasion pour vous de renouer avec l’esprit Cold War Nightlife puisque le projet de Xavier Paradis, Automelodi, sera également de la partie. Quant aux auteurs de ce blogue, ils assureront l’ambiance musicale dans la salle adjacente en compagnie de DJ Tsitso et DJ Mother. Un évènement à ne pas manquer en ce début d’été !

Xeno & Oaklander avec Automelodi et The Pink Noise
11 juin à la Casa del Popolo (4873 Blvd Saint-Laurent), 21h, 12$
www.xenoandoaklander.com
www.automelodi.com

Balkans Division

Lorsque l’on songe à la litanie de “satellites” ayant fait partie de l’empire élargi de l’URSS, la Yougoslavie est souvent oubliée. Et pour cause… ce pays socialiste, fondé au sortir de la Seconde Guerre mondiale, connut un destin bien à part de ses confrères polonais, tchèques ou hongrois. En Yougoslavie, l’homme fort du pouvoir se nommait Tito : un autocrate qui, après avoir “libéré” seul son pays (c’est-à-dire sans l’aide de l’armée rouge), allait régner seul près de quarante ans. Après avoir initialement aligné son gouvernement sur le modèle moscovite, Tito allait bien vite rompre définitivement avec Staline pour mieux créer un type d’état inédit, la seule dictature communiste “indépendante” de toute l’Europe ! Véritable patchwork de cultures différentes, la Yougoslavie de l’époque se résume bien par cette phrase éloquente de son chef : “La Yougoslavie a six républiques, cinq nations, quatre langues, trois religions, deux alphabets et un seul Parti”. Et comme cela se passe souvent dans les Balkans, ce patchwork s’est révélé une véritable poudrière. À la mort de Tito en 1980, il n’y avait plus personne pour unifier tous les peuples qui donnèrent libre cours à leur nationalisme. La montée en force et influence de la République de Serbie a d’ailleurs donné lieu en 1994 à la terrible guerre que l’on sait…

Cette longue intro historique pour bien vous planter le décor de notre sujet du jour : dans la série “new wave autour du monde”, voici maintenant la musique obscure de Dobri Isak. Le groupe, d’allégeance serbe, est fondé en 1983 et ne compte qu’un unique album à son actif, Mi plačemo iza tamnih naočara (1986). Ce titre mystérieux à nos oreilles, pouvant se traduire librement par “Nous pleurons derrière nos lunettes noires”, vous donnera rapidement une bonne idée du son proposé par le groupe. Sans grande surprise, nous avons affaire à un post-punk aux influences gothiques très marquées. Exit la fureur de vivre, bonjour les rythmes lancinants, les percussions tribales et les voix sépulcrales. Les membres de Dobri Isak ont visiblement écouté beaucoup de Joy Division et de The Cure première période. En cela, ils étaient bien de leur époque, mais compte tenu de leur background particulier, ils avaient aussi bien du toupet et de l’originalité. Édité à seulement 100 copies à l’époque, leur disque avait fait grand bruit. Et au-delà de la curiosité, il vaut vraiment la peine d’être redécouvert aujourd’hui. En voici trois extraits : face à la chanson-titre assez pop, les deux autres, avec leur son brut et “sale”, nous évoquent un Siglo XX venu de l’est.

Cold War Nightlife en Finlande

Notre soirée Cold War Nightlife a maintenant un an ! En effet, c’est le 17 mai 2009 que nous avons débuté cette belle aventure… Le tout prendra malheureusement fin – sous sa formule actuelle au Salon Officiel en tout cas – ce dimanche 16 mai. Nous vous invitons ainsi à être des nôtres une dernière fois pour célébrer tout en découvrant quelques nouvelles sonorités underground dansantes.

Pour vous annoncer cette ultime édition, faisons un détour par la Finlande, pays scandinave dont on reçoit beaucoup moins d’échos musicaux en comparaison avec leurs voisins suédois ou danois. Nous avions découvert il y a quelques mois le quatuor Organ grâce à leur chanson éponyme sur une compilation, et avions été conquis par son dynamisme burlesque et sautillant. Organ est ainsi vite devenue une piste classique de nos planchers de danse.

Un peu de recherche nous a permis de découvrir que le groupe ne fut que l’un des multiples projets de Mikko Saarela, compositeur multi-disciplinaire légendaire dans son pays. Suivant un modèle classique (on pense par exemple à Jacno), Saarela s’est tourné vers la musique électronique après des débuts punk au sein du groupe Eppu Normaali. Très célèbre en son temps et incontestablement un des plus importants groupes rock finnois, cette formation n’affiche pas moins d’une dizaine d’albums studio – le plus récent datant même de 2007.

Au tournant des années 1980, la musique de Saarela a ensuite bifurqué vers une pop beaucoup plus commerciale avec le duo Argon, dont l’album Kone Kertoo nous rappelle beaucoup le travail que Daniel Miller avait effectué avec les Silicon Teens. Le succès étant mitigé, le musicien se reprend un an plus tard avec une approche plus edgy, embrassant une synth-pop futuriste bien acidulée. Le résultat final, Organ, n’a malheureusement existé que pour le temps limité d’un unique album studio, ce qui ne l’a pas empêcher d’influencer durablement ses pairs. Nous vous recommandons ainsi chaudement Nekrofiilis et ses treize titres entêtants. En voici nos trois favorites, et à dimanche !

Cold War Night­life
Di­manche 16 mai à par­tir de 22h au Salon Of­fi­ciel (351 Roy E. à Mont­réal).
Aux pla­tines : Georges Di­mi­trov et Zoé Starchild (BlackoutMusique.​com) + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di)

Movida Valenciana, prise 2

Les membres de Tomates Electricos – dont on vous parlait la semaine dernière – ont été assez prolifiques et leur production musicale a dépassé la courte longévité de ce projet pour se faire entendre au sein d’un nombre assez respectable d’autres formations. D’après les information que nous avons pu rassembler sur www.movidavalenciana.com, le glas du groupe fut sonné en 1981 par le départ du clavieriste principal, José Luis Macías, parti tenter sa chance avec Glamour : un quintette new wave plus commercial suscitant l’intérêt des producteurs qui y voyaient l’occasion de proposer une réplique nationale aux Spandau Ballet, Japan et autres Duran Duran de ce monde. Sans surprise, le succès fut au rendez-vous, costumes et attitude “nouveau romantique” de circonstance à l’appui; la réussite radiophonique de Imagenes, le premier single de 1981, mena à l’enregistrement en 1983 de l’album du même nom. L’ensemble ne brille certes pas par son originalité, mais la chanson titre est un morceau de pop coupable à savourer.

Les membres restants de Tomates Electricos embrassèrent au sein de Fanzine un son plus électronique, dominé par les sonorités plus raw du duo classique Korg – KR-55 aux rythmes et MS-20 à la basse. Comme pour leur groupe précédent, le succès ne vint hélas que sur scène : des performances électrisantes parmi les plus spectaculaires de l’époque, nous rapporte-t-on, mais aucun enregistrement commercial. Il ne nous reste aujourd’hui que trois démos en format cassette, que nous offre gracieusement l’inimitable équipe de Mutant Sounds, et une réédition sur vinyle en 2008 par Synth Pop Spain Records, les mêmes qui ont ensuite produit Telefono rojo de Tomates Electricos.

Si la qualité du travail de Fanzine est globalement impressionnante, deux pistes se distinguent tout particulièrement du lot par leur inventivité musicale et leurs rythmes hautement efficaces et entraînants. Llegas tarde est un coup de cœur instantané et nous prouve qu’une chanson peut être énergique et dansante sans rien sacrifier en  beauté : tout comme chez Aviador Dro, nous retrouvons ici une sensibilité mélodique alliant paradoxalement une facette joyeuse quasi épique et un côté touchant teinté de mélancolie. Romantisme new wave ? Passion de l’âme ibérique ? La ligne mélodique de la partie centrale est en tout cas magnifique et vous poursuivra certainement écoute après écoute. Il existe plusieurs enregistrements de Llegas tarde qui diffèrent subtilement au niveau des sonorités et du mixage : nous vous offrons ici le premier, notre préféré. Noches de fiesta est peut-être quant à elle peut-être un peu moins touchante, mais il est impossible de rester de glace face à sa ligne de basse très Jean-Michel Jarre époque Magnetic Fields : un tempo effréné, des riffs imparables de guitare électrique et quelques modulations bien senties en fin de pièce complètent le tableau pour bien faire honneur au titre de la pièce. La Movida ? Si…

Harmonies fantômes

Un petit retour vers 2005 aujourd’hui, une époque pas si lointaine où le rock à tendance eighties faisait son énième “grand retour”. Nous découvrions alors stellastarr* (l’étoile fait partie intégrante du nom), un quatuor de New York qui, contrairement à ses compatriotes Strokes, ne faisait pas dans le rock garage mais plutôt dans la new-new-wave mélodique. Formé en 2000, le groupe avait déjà fait paraître un premier effort éponyme en 2003. Harmonies For The Haunted (2005) eut davantage de résonance et permit au groupe de tourner avec les gloires plus ou moins éphémères du moment (Editors, The Killers). Fort de ses influences, stellastarr* risquait fort de devenir la saveur du mois… ce qu’il fut malheureusement. Après quatre ans de silence, le troisième album de la formation, Civilized (2009), connut un succès plutôt limité.

Si Harmonies For The Haunted est bien trop inégal pour être un chef-d’œuvre, il possède cependant un charme certain. L’évanescence fantomatique de sa pochette et son titre très XIXe siècle introduisent une dimension poétique plutôt originale à la musique de stellastarr*. Car si quelques pièces de l’album penchent définitivement vers le rock, la majorité de ses ambiances distille une nostalgie romantique qui n’est pas sans rappeler les meilleurs moments d’Echo And The Bunnymen ou d’A Flock Of Seagulls. L’influence de ce dernier groupe se faisait d’ailleurs sentir jusque dans la coupe de cheveux du chanteur (!) et ses envolées vocales gothico-kitsch, très théâtrales. Les pièces Lost In Time et Love And Longing, avec leurs paroles bien chargées en sémantique (la pluie, la nuit, le rêve, le temps…) sont particulièrement représentatives du côté planant et lyrique de stellastarr*. Le single Sweet Troubled Soul, quant à lui, propose une ligne de guitare rentre-dedans assez irrésistible, assortie de lyrics à propos d’une “summer child all dressed in black“. Ne vous avait-on pas dit gothique ET romantique ?

The Spanish Connection

Une fois de plus, nous vous convions à une soirée dédiée à toutes les musiques sortant de l’ordinaire qui font le bonheur de ce blogue : l’édition d’avril de Cold War Nightlife aura lieu ce dimanche, toujours au Salon Officiel. Un choix éclaté de cold wave, post-punk et glam rock vous y attendra comme d’habitude. Question musique, nous vous avions présenté il y a quelques mois le très talentueux groupe espagnol Aviador Dro; ces jeunes (à l’époque) hurluberlus n’étant certes pas les seuls représentants hispanophones au sein du mouvement new wave underground qui a sévi en Europe au début des années 1980, voici quelques trouvailles parmi l’œuvre de leurs “collègues”.

On ne trouve malheureusement pas d’information sur Klan X, qui nous offrent la très entrainante Alarma General sur la compilation DIY None Night of Flexipop 4. La piste, avec sa basse synthétique robotique et ses envolées de guitare, est hélas être leur seul enregistrement sur lequel nous avons pu mettre la main. Un tant soit peu plus prolifiques mais tout aussi méconnus, les Tomates Electricos sont un groupe de Valence fondé en 1981 par Miguel Ángel Galán (synthétiseurs), Francisco Galán (guitare), José Luis Macías (synthétiseurs) et José Godofredo (drum machines). Phénomène éphémère et essentiellement live, le groupe ne nous a essentiellement laissé qu’une compilation, Viajes (“Voyages”), rassemblent quelques démos et enregistrements en concert.

Telefono rojo semble être un de leur principaux succès et vient d’être récemment réédité par Synth Pop Spain Reccords sur un vinyle… rouge. Nous vous joignons aussi No te pongas histerico (“Ne sois pas hystérique”), chanson aux lignes de synthétiseur assez joyeuses, rappelant fortement le travail de Depeche Mode sur Speak & Spell : la boîte à rythmes primitive et la performance vocale, disons… inexpérimentée, doivent y être pour quelque chose. L’aventure ne s’arrête pas là toutefois, les membres de Tomates Electricos ayant été impliqués au sein de nombreuses formations de l’époque, la plus connue étant l’excellente Fanzine – on vous en reparle bientôt. Le 7″ de Telefono Rojo peut être commandé chez Anna Logue Records ou Mannequin.

Cold War Night­life
Di­manche 18 avril à par­tir de 22h au Salon Of­fi­ciel (351 Roy E. à Mont­réal).
Aux pla­tines : Georges Dimitrov (BlackoutMusique.com) + Xa­vier Pa­ra­dis (Au­to­me­lo­di)

B-Sides For The Masses

Pour les véritables fans d’un groupe, chaque rareté, curiosité ou exclusivité représente toujours une aubaine… et Dieu seul sait combien de fans hardcore compte Depeche Mode. Depuis ses débuts, la légende new wave ne ménage pas ses admirateurs en multipliant collections d’inédits, rééditions spéciales, enregistrements live perdus ou retrouvés : des petits bijoux qui ne ménagent ni la patience du chercheur passionné, ni son portefeuille ! Si parfois ces “primeurs” n’apportent rien de bien essentiel à une œuvre déjà archi-connue, on peut toutefois y dénicher quelques pépites. Ainsi les b-sides de ce que l’on pourrait nommer la “première période” du groupe, celle d’avant la déferlante commerciale de Music For The Masses (1987).

Au début des années 1990, Depeche Mode et Mute Records ont eu l’excellente idée de rééditer tous les singles du groupe depuis Speak & Spell (1981) jusqu’à Black Celebration (1986) en trois magnifiques coffrets au design ultra minimal. Chaque chanson est présentée de façon autonome comme à la grande époque du 45 tours, avec pochette d’origine et bien entendu (et c’est le plus intéressant) b-sides et autres remixes : des titres inédits et généralement très peu connus qui oscillent entre l’anecdotique et le franchement enthousiasmant. Nous avons choisi de vous en présenter trois aujourd’hui. Le premier, Ice Machine, est l’unique b-side de Dreaming Of Me, single initial du groupe. Cette mélopée littéralement glacée, avec ses rythmes crépusculaires et ses entêtants arpèges de notes hypnotiques, est un exemple de cold/minimal wave pur jus – et l’une de nos préférées sur les planchers de danse. Beaucoup plus pop, (Set Me Free) Remotivate Me et Flexible, sont tout aussi accrocheuses et dansantes – et bien plus kitsch – que leur a-sides respectives (Master And Servant et Shake The Disease).

Les trois Box Set originaux des singles de Depeche Mode sont aujourd’hui épuisés, mais ont toutefois été réédités et agrémentés de trois autres volumes couvrant les extraits des albums suivants jusqu’à Exciter (2001). Puissent-ils vous permettre de revisiter quelque peu une œuvre énorme qui, malheureusement, se limite bien trop souvent à une poignée de classiques entendus parfois jusqu’à la nausée…