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Bon Tom, Bad Tom

August 21st, 2012

Georges Dimitrov

Tom Waits

Nous n’avons pas encore eu l’occasion de vous parler du dernier opus de Tom Waits, paru l’automne dernier et ayant sa place réservée sur nos iPods depuis. Après presqu’une décennie sans matériel original, l’iconoclaste crooner est en effet revenu en force avec Bad As Me (2011), son 17e album studio. Le hiatus n’a heureusement aucunement affecté ni le talent du chanteur, ni son inventivité mélodique: composant toujours en tandem avec sa femme Kathleen Brennan (souvent oubliée), Waits a invité au sein de son cirque nombre de collaborateurs de qualité.

Marc Ribot, guitariste new-yorkais “flyé” qui orbite depuis les années 1980 dans les cercles d’avant-garde aux côtés de Waits ou John Zorn, reprend tout d’abord du service pour l’aventure. Mais c’est surtout le clash entre deux musiciens Jazz de la Nouvelle-Orléans d’une part, et Flea et Keith Richards de l’autre, qui donne une saveur particulière à l’ensemble. Les influences de l’historique Preservation Hall Jazz Band se mêlent ainsi à celles des Red Hot Chili Peppers et des Rolling Stones sous la direction du maître de cérémonie, plus rétro. Un retour vers des racines rythm & blues qui plaira sans doute aux purs et durs de la première heure.

Entre l’agressivité qu’il a pu avoir sur Bone Machine (1992) ou la mélancholie transcendant Alice (2002), Bad As Me se présente comme un disque étonnament équilibré dans son ecléctisme. L’instrumentation oscille habilement entre acoustique et électrique, le ton entre sombre et lumineux. Chicago, Get Lost ou Satisfied sont d’excellents morceaux blues with a twist, entraînants et dynamiques. Le ton se fait plus langoureux sur Raised Right Men, Talking At The Same Time ou la chanson-titre, trois pistes de fin de soirée à écouter au milieu d’un tripot enfumé. Pay Me, Last Leaf et New Year’s Eve apportent la touche de poésie nostalgique. Et, au milieu de ce parcours féérique sans réel maillon faible, la déchaînée Hell Broke Luce nous rappelle à coups de guitares sales et mitraillettes qu’à 62 ans, Waits est toujours un mauvais garçon. Un album inspiré qui fera date dans la déjà foisonnante discographie de l’artiste, où se tailler une place de choix est déjà un exploit.

Mort à Berlin (Prise 2)

August 7th, 2012

Georges Dimitrov

Death # Disco, Volume 2

Nous vous avons présenté la semaine dernière le premier volume des compilations berlinoises Death # Disco. Poursuivons donc en nous penchant aujourd’hui sur le volume deux, qui vient tout juste d’être publié au mois juin (2012). La recette qui avait fait mouche sur la première édition reste relativement inchangée ici : chansons ou version exclusives et tour d’horizon bien ficelé de groupes contemporains. L’équilibre entre les genres musicaux penche toutefois ici d’avantage vers le post-punk, les pistes électroniques à la Martial Canterel ou Silent Signals étant clairement en minorité. The Cure ou encore Siouxsie and The Banshees se dégagent ainsi comme influences importantes pour le son new-wave gothique de groupes comme Die Selektion, Tiny Boys, Frustration ou Contre Jour. Quelques pistes versent même plus directement dans le côté « punk » du post-punk, en particulier Sgnls (on pense à Magazine), Monozid ou Pinoreks. Un peu moins diversifiée, donc, cette compilation reste cependant un must pour tous les fans du genre. Tirée à 777 exemplaires, elle est encore disponible pour le moment et nous vous invitons à aller faire un tour sur le site de Death # Disco. Voici nos trois coups de cœur :

  • Automelodi nous offre en ouverture du disque une excellente piste exclusive, Couloir Néant. On y retrouve Xavier Paradis en grande forme avec une écriture pop d’une simplicité mélancolique, une de ses forces qui hélas se faisait plus rare sur son album éponyme (Employé Terne ou la déjà connue Buanderie Jazz faisant exception). Mention spéciale pour la basse synthétique pulsée fort entraînante et les percussions métalliques aux arômes de casseroles.
  • Crash Course in Science ne nécessitent pas vraiment de présentation, leur son industriel dansant ayant une place réservée sur les planchers de danse gothiques depuis trente ans. Ici, c’est un remix exclusif de Second Glance, un démo de la première heure (1981) qui attire l’attention. Le traitement électro – mieux réussi d’ailleurs que pour Life in Advance de Agent Side Grinder, autre remix qu’on retrouve sur ce volume deux – donne à cette piste une énergie brute qui en fait un des meilleurs morceaux de la compilation. Un titre qui risque de figurer sur nos setlists pour longtemps.
  • Nurvuss, un groupe américain de “synth-punk” (selon leurs dires), qui propose avec W.s.i.d. une chanson bizarroïde qui semble tout droit tirée de compilations farfelues telles Oh Harry You’re Such A Drag. “Who said I’m dead” sous-entend le titre et se questionne le chanteur, dans un texte absurde qui trahit sa modernité (la musique n’ayant pas détonné en 1979) : “Log into my Facebook and what do I see? My status of day: R.I.P.! / I said I’m dead, I said I’m dead, I said I’m dead, I’m going back to beeeeed!!!”. Le résultat sonore donne une assez bonne idée de ce qu’on obtiendrait si les Stray Cats s’étaient mis au minimal synth… Une proposition amusante, parce qu’on n’a pas toujours besoin de se prendre la tête !

Mort à Berlin (prise 1)

August 3rd, 2012

Georges Dimitrov

Death # Disco, Volume 1

Death # Disco est une soirée berlinoise qui promet musique post-punk et cold synth à ses fidèles sur une base mensuelle depuis son lancement à l’été 2010. Une proposition qui s’approche somme toute beaucoup de nos soirées Cold War Nightlife en vogue à l’époque, excepté le fait que les DJs Ian P. Christ et NecroPhil invitent de plus groupes et musiciens à des prestations live. Une formule classique renvoyant aux beaux jours du Batcave et compagnie, qui a permis au public allemand de découvrir un grand nombre d’artistes plébiscités sur ce bolgue: Xeno & Oaklander, Automelodi, Agent Side Grinder, Tobias BernstrupSoviet Soviet… Pour célébrer la réussite de leur entreprise – et remercier par la même occasion les groupes qui se sont prêtés au jeu et ont fait ce succès – , les organisateurs ont publié pour chacun de leur deux anniversaires une compilation célébrant la vitalité de la création contemporaine dans ces circuits underground. À l’occasion de la sortie du volume deux cet été, faisons un retour en deux temps sur ces collections intrigantes.

Le premier volume, paru le 17 juin 2011, fut distribué gratuitement au public de la soirée avant que le reste de l’édition limitée à 500 copies ne s’écoule rapidement via les boutiques spécialisées habituelles. Le tirage étant aujourd’hui officiellement épuisé, il est hélas très difficile de mettre la main sur le CD même, les amateurs devant se tourner vers une disponibilité virtuelle. Nous disons hélas, car la compilation est d’une étonnante qualité et constance pour une collection de 21 pistes de groupes disparates dont plusieurs n’étaient encore qu’au stade d’un premier EP. L’intérêt de la démarche tient surtout au fait qu’il ne s’agit pas d’un banal “best-of”, mais d’une proposition originale où la majorité des pistes sont soit carrément inédites, soit disponibles pour la première fois sur disque compact.

Mueran Humanos

La compilation Death # Disco se démarque aussi par l’alliage qu’elle fait entre minimal synth et post-punk. La trame de fond électronique fait la part belle au rock, et les guitares ne cèdent en rien aux synthétiseurs, donnant une énergie et une chaleur bienvenues à l’ensemble. Faire un survol de la compilation piste par piste serait ici fastidieux, d’autant plus que nous vous avons présenté ailleurs plusieurs des artistes, et parfois même les chansons selectionnées. Voici plutôt trois groupes que cette compilation nous a permis de découvrir:

  • Digital Leather, projet musical de Shawn Foree, qui nous arrive de l’Arizona où il fut découvert en 2009 par l’étiquette de Jay Reatard après plusieurs albums enregistrés DIY depuis 2005. Gerbil, composée expressément pour Death # Disco, nous présente une mélodie new wave lancinante sur un fond très robotique.
  • Mueran Humanos (“Mort à l’humanité”), qui vient d’Argentine où le groupe a été fondé en 2006 comme un projet avant tout artistique par Carmen Burguess & Tomás Nochteff. Cosméticos para Cristo (“Du maquillage pour le Christ”) est tiré de leur premier album paru en même temps que la compilation, en 2011. Au menu, un post-punk energique qui, la langue aidant, évoque fortement Aviador Dro. Les célèbres hurluberlus espagnols n’étant pas assez reconnus hors de leur pays, c’est rafraîchissant de voir des groupes modernes s’en inspirer.
  • Bootblacks, un groupe de Brooklyn qui propose avec The Flood un rock goth-glam mené par une ligne de basse distortionnée impeccable. On pense au Bauhaus récent de Go Away White, un son lourd mais coupé au couteau. Si la piste était exclusive à Death # Disco au moment de la compilation, elle est depuis publiée sur le premier album éponyme du groupe, paru cette année (2012).

 

L’Enfant à deux visages

July 12th, 2012

Georges Dimitrov

Deux nouvelles parutions ce mois-ci chez Enfant Terrible, deux propositions courtes et contrastées. Europ Europ, groupe norvégien donnant dans les ambiances industrielles minimalistes post-(insérez un terme à la mode) depuis 1996, nous livre en premier lieu un mini-album (10″) de six pistes. Intitulé Mellowhasher, le projet affiche une prétention artistique par le sous-titre “curated by Enfant Terrible“, dans la lignée de la nouvelle vision de l’étiquette visant à lier musique expérimentale et arts visuels. Expérimentale, la musique d’Europ Europ l’est sûrement – pour l’aspect “art”, il faudra se contenter de pochettes personnalisées à la main pour chacune des 200 copies disponibles. Au niveau sonore, les nappes de bruits et de longues notes noyées dans la brume créent des paysages délicats et sombres fidèles à l’imagerie du groupe, qui semble souvent se produire masqué ou cagoulé. À force d’épuration cependant, le résultat finit par être un peu monotone: nous aurions apprécié un peu plus de relief, quelque chose qui aurait pu donner davantage caractère à cette musique au final somme toute impersonnelle. Un petit disque curieux donc, mais dont la démarche aurait mérité d’être plus poussée.

Voulant sans doute mieux compartimenter ses activités expérimentales et celles plus accessibles, Enfant Terrible lance une nouvelle série, un sub-label en quelque sorte. C’est ainsi sur Gooliand Elektro (d’après le nom d’une région rurale d’Hollande) que paraît Les Années Folles, petite compilation 12″ entraînante comme l’étiquette sait bien les faire. Si Europ Europ s’écoute dans le noir avec des écouteurs, c’est sur un plancher de danse qu’il faut mettre les pistes des six artistes représentés, Tobias Bernstrup en tête. Eh oui, l’artiste androgyne glam en remet avec une nouvelle chanson new-wave/disco intitulée Images of Love (version 2012). Quétaine? Oui. Irrésistible? Absolument. On adore ses mélodies accrocheuses qui nous poursuivent toute la journée après une seule écoute, de même que ses rythmes sans faille. Les autres groupes ne sont pas en reste, entre Sololust qui nous propose la très Oppenheimer Analysis The Spark, Velvet Condom (!) et ses synthétiseurs eighties sur The Stars Are Not Right ou Cute Heels avec Devon Disaster et leur racoleuse Slave Toy. Un duo montréalais, Gold Zebra, figure même sur la compilation: les musiciens derrière notre étiquette locale Visage Musique nous offrent ainsi un joli morceau d’électro avec Useless Night.


Tobias Bernstrup – Images of Love (2012 Version)


Europ Europ – Hero Pilot

Ondes nucléaires

July 7th, 2012

Georges Dimitrov

Fraîchement arrivé de Rome, nous avons reçu le mois dernier le premier album “officiel” de Newclear Waves. Derrière ce jeu de mots plutôt mignon se cache la facette créatrice d’Alessandro Adriani, personnalité connue des milieux électroniques alternatifs en tant que dirigeant de l’étiquette italienne Mannequin. Après avoir travaillé dans l’ombre pour promouvoir nombre de talents contemporains – et nous ayant fais redécouvrir des classiques via des compilations comme Danza Meccanica -, le musicien s’est adjoint les services de Oksana Xiu, claviériste russe expatriée, donnant naissance à ce projet personnel.

Sans titre et relativement courte (neuf chansons et une introduction instrumentale), cette aventure sur disque n’étonnera guère les fidèles de son travail éditorial et, sans être extraordinaire, contient son lot de bons moments. Fort d’une collection impressionnante de matériel analogue, Adriani bidouille drum machines et pulsations synthétiques pour nous offrir une production léchée aux tendances gothiques marquées. Les tempos sont généralement lents; les ambiances, lourdes. Nous regrettons toutefois un peu l’absence de matériel neuf : six des dix pistes ont en effet déjà été publiées en cassette en 2009 sur un split partagé avec Opus Finis… Ce premier disque tient donc davantage de la réédition que de l’inédit, donnant certes l’occasion à un public plus large de découvrir le travail du duo (remastérisé comme il se doit, évidemment), mais laissant les fans de la première heure sur leur faim.

Nous connaissions ainsi déjà Gods of War depuis trois ans : ses sonorités lancinantes et sa voix d’outre-tombe en avaient déjà fait une piste favorite de nos sets aux soirées Cold War Nightlife. La qualité de la chanson ne se dément pas ici, et si elle reste un des points les plus forts du disque, la même formule donne lieu aussi aux jolies The Black Hand (premier extrait) et The Path of Spiders’ Nest. Les silences se heurtent même aux sons dans l’encore plus épurée Dust, digne du désespoir des ballades de Bauhaus. Si l’ensemble lorgne vers l’atmosphérique, Fading (présentée ici en “Extended noise version“) se détache par son rythme rapide et robotique et apporte, sinon une touche de lumière, du moins un changement de tempo bienvenu. Le groupe nous ayant autorisé à vous  offrir le single en téléchargement, nous y ajoutons cette piste en écoute. Pour le reste, direction Desire Records, qui publie la musique en version digitale ou en vinyle (édition limitée à 300 copies).



Newclear Waves – Fading (Extended Noise Version)

Genres musicaux

May 28th, 2012

Zoé Starchild

Petit post musique et cinéma aujourd’hui. Premièrement pour célébrer la 65e édition du Festival de Cannes qui s’est clôturé hier, et deuxièmement pour célébrer notre petit prodige provincial Xavier Dolan, sélectionné à ce même festival grâce à son immense Laurence Anyways (en salles présentement au Québec). Le troisième long-métrage de Dolan ne fera certes pas l’unanimité, tout d’abord rien que par sa longueur : à deux heures et quarante minutes, un film ne peut être “aimable” aux yeux d’une bonne majorité de la population. Ensuite par son sujet : la transsexualité, et surtout la poursuite de l’amour après le changement de genre de l’un des amants, est sans contredit encore tabou. Mais pour vous qui 1. avez l’esprit plus ouvert; et 2. qui aimez vraiment, réellement et follement le septième art, courez vite  applaudir la maestria de la mise en scène de Xavier Dolan, un réalisateur-phénomène à chérir ! Son Laurence Anyways est démentiel, outrancier, rempli de fulgurances visuelles et de dialogues au cordeau, d’une audace qui nous laisse pantois !

Mais ce qui nous occupe plus particulièrement ici, c’est la musique. Et dans Laurence Anyways , son utilisation est proprement prodigieuse. L’action du film-fleuve se déroulant sur dix années, à cheval entre les années 1980 et 1990, la bande-son est à l’avenant. Mais même si les grands succès se succèdent, Dolan ne convoque pas uniquement les chansons en temps que marqueurs temporels. Choisies avec recherches, elles accompagnent le personnage principal dans sa quête initiatique en créant des univers magnétiques, prenants, entiers. Le réalisateur n’hésite pas à donner à la musique le premier rôle dans de fabuleuses séquences qui feront date, comme dans cet extravagant bal au son de Fade to Grey de Visage. Dans Laurence Anyways, la pop made in Quebec de Jean Leloup, Julie Masse ou Mitsou côtoie allègrement des sons alternatifs beaucoup plus récents comme ceux de Fever Ray. Mais une place de coeur est accordée à la cold/new wave à travers deux pépites obscures de deux groupes célébrissimes. Tout d’abord Duran Duran : le super “groupe de stade” dont la musique relève davantage de la power pop pour midinette 80′s que de la froideur glacée. Pourtant, leur deuxième album Rio (1982) contenait une entêtante ballade à la mélodie inquiétante : The Chauffeur. Étonnant, non ? Quant à The Cure, ils proposaient sur notre favori Faith (1981) un énième hymne symphonique à la déprime : The Funeral Party, aussi envoûtant que ténébreux. Deux trésors que nous vous proposons de redécouvrir aujourd’hui, seuls ou accompagnés de magnifiques images. On dit merci qui ? Merci Xavier Dolan !

 

La Police et la joie martiale

May 25th, 2012

Georges Dimitrov

Nous n’avons plus besoin de vous présenter la musique de Martial Canterel sur ce blogue, mais laissez-nous vous annoncer son prochain concert: l’homme fort de la minimal wave new-yorkaise sera la tête d’affiche de l’évènement The Cold Assault ce samedi à Montréal. Comme il se déplace souvent en duo ces derniers temps au sein de Xeno & Oaklender, il s’agira ici d’une occasion d’apprécier sa création en solo.

Deux formations montréalaises se chargeront d’ouvrir le concert, Police des Moeurs et Spastic Joy. Les premiers, trio synthpop selon sa propre définition, nous offrent une musique électronique doucement nostalgique qui puise sans vergogne dans le répertoire de la cold-wave française des années 1980, des groupes comme Moderne ou Les Visiteurs du Soir en tête. Une influence d’ailleurs revendiquée par des titres comme Il vient d’un pays qui n’existe pas, tiré de leur premier EP éponyme, paru sur Visage Musique l’an dernier (2011). Si les pistes dansantes – comme la très Vive la Fête Monde fallacieux ou le nouveau single N’en parlons plus – paraissent au premier abord efficaces, les chansons plus lentes semblent avoir plus de profondeur et éviter davantage le déjà vu. Nous vous proposons ainsi Un Monde sans évasion possible, ode mélancolique d’une production délicate, rafraîchissante en ces temps de surcompression.

Les seconds, Spastic Joy, sont un duo formé de Menes et Rubin Vitriol, que vous avez pu voir ces dernières années aux platines d’une soirée obscure dans un loft près de chez vous. God’s Lover, premier opus édité en cassette chez Clan Destine Records, lorgne essentiellement du côté du post-punk: beaucoup de guitares et basses reverbérées et des tempos lents pour un son évidemment placé sous le signe de The Cure, mais qui évoque aussi beaucoup The Jesus and Mary Chain. Un étonnant côté lumineux se dégage en effet de l’album qu’on aurait attendu plus dense – une subtile touche indie due à une utilisation plus que de coutume d’harmonies majeures. D’ailleurs, si l’aigu féminin détonne parfois un peu, la voix masculine se révèle d’une belle profondeur sur des titres comme The Mission (le principal extrait). Au final, l’ensemble se présente comme une production un peu inégale et inexpérimentée, mais sincère dans son esprit DIY. Quelques jolies trouvailles s’en détachent, Hello Goodbye et Lebensborn en tête. Notons au passage la présence dans le projet de Xavier Pardis d’Automelodi, qui signe ici la réalisation.

The Cold Assault: Police des Moeurs, Spastic Joy et Martial Canterel
Soirée dansante animée par les DJs Mékanik & Arnaud Laszlo
26 mai à La Elástica (4602, boul. St-Laurent, 3e étage), 8$

Film noir

May 17th, 2012

Georges Dimitrov

BlackoutMusique.com se refait une beauté pour l’été! Enfin de retour après une session universitaire pour ainsi dire mouvementée, nous vous présentons notre nouveau site au design épuré – et compatible avec tous gadgets portatifs qu’il vous plaira d’utiliser pour nous lire sur la route.

Nos horaires chargés et notre petit mélomane en devenir nous ayant plus accaparés ces derniers temps, les albums s’amoncellent sur nos tablettes. Entamons donc sans plus tarder le dépoussiérage avec l’album éponyme de Frank Alpine, paru en novembre dernier (2011) chez Wierd Records. Râtissant habituellement les talents new-yorkais, la maison de disque change ici de côte pour faire une incursion dans la scène underground de Los Angeles, souvent méconnue. Dans l’imagination populaire, la composition de cold wave est semble-t-il plus appropriée à l’ombre des gratte-ciels qu’à celle des palmiers… La face cachée du glamour hollywoodien recèle toutefois une scène punk vibrante depuis les années 1980, de laquelle est issu Rich Moreno, homme-orchestre derrière le projet.

Musicalement, ce premier opus exploite les sentiers déjà connus de la musique synthétique ultra-minimale, au sein d’une approche robotique et bruitiste où l’on serait bien en peine de chercher une mélodie accrocheuse ou une texte qui va au delà d’un leitmotiv inlassablement scandé. Une proposition sonore qui s’approche du travail de Human Puppets par exemple – sans en avoir toute l’énergie -, ou qui nous rappelle certaines pistes instrumentales d’Experimental Products. Mais là où plusieurs artistes récents se dédient à une collection toujours plus pointue d’instruments vintage analogues, Frank Alpine ne produit qu’avec des machines Casio de série. Une démarche peut-être inusitée mais ici efficace, car le traitment que fait Moreno de ces synthétiseurs lo-fi est à mille lieux d’un son 8-bit éculé (Crystal Castles…) : seul un grain sonore qui teinte la production comme une vielle pellicule peut, pour une oreille avertie, vendre la mèche. Si certaines pistes se révèlent parfois un peu longues – les huit chansons de l’album approximant toutes cinq minutes et plus – le disque referme quelques belles surprises, dont Heart is Grey et Night Sky, en écoute ci-dessous.


Frank Alpine – Heart is Grey


Frank Alpine – Night Sky

La Permanence des objets

March 2nd, 2012

Georges Dimitrov

La musique couverte sur ce blogue originant souvent d’outre-atlantique ou de chez nos voisins du sud, les occasions d’annoncer un concert particulier à Montréal se font rares. Que les fans locaux de minimal wave se réjouissent toutefois à la persepective de Permanent Wave Vol. 2, soirée-concert se tenant samedi, le 3 mars. Il s’agit de la deuxième édition de cette série qui nous avait déjà fait danser à l’Escogriffe en mars dernier au son d’Automelodi, Chevalier Avant-Garde et Low Factor.

Demain soir, c’est quatre groupes live et de la musique dansante de circonstance avant et après qui nous attendent au Jackie & Judy, petite salle intime à deux pas du Mile-End. Automelodi, bien sûr, sont de la partie avec le matériel de leur premier album éponyme (2010), encore peu entendu à Montréal. Une performance à domicile avant de s’envoler pour les lointaines contrées texanes pour porter les couleurs locales à SXSW. Notons aussi la présence de Frank (Just Frank), groupe franco/new-yorkais dont nous vous avons déjà parlé ici en à l’occasion de la sortie de leur split EP sur l’étiquette italienne Mannequin. Il s’agit de la première venue du trio qui, on l’espère, nous envoutera avec ses mélodies synthétiques teintées de mélancholie post-punk façon The Cure. Deux groupes joignant Montréal et Vancouver complètent l’affiche, Cosmetics (Captured Tracks) et Brusque Twins (Visage Musique) : deux autres propositions bâties à coups de drum machines robotiques et synthétiseurs vintage.

Cosmetics, Automelodi, Brusque Twins et Frank (Just Frank)
Soirée dansante animée par DJ Permanent Wave Fred
3 mars au Jackie & Judy (6512, avenue du Parc), 8$

L’Heure de l’acier

February 22nd, 2012

Zoé Starchild

Après l’excellent Irish Recording Tape dont nous vous avions parlé ici en novembre 2009, les suédois d’Agent Side Grinder sont de retour ce mois-ci avec un troisième album officiel, Hardware. Festival de synthétiseurs analogues agrémenté de guitares rock, tubes de métal et intensité toute scandinave, Hardware a de grandes chances de se retrouver dans notre rétrospective de fin d’année. Il s’agit  encore une fois d’un disque d’une indéniable qualité, et qui a bien du mal à quitter nos platines cette semaine !

Affirmons-le tout de go : Hardware ressuscite les fantômes. La culture musicale futuristico-rétro d’Agent Side Grinder s’étale tous azimuts, et les clins d’oeil abondent. Première influence, si indiscutable qu’elle va même jusqu’à être revendiquée par le communiqué de presse : Depeche Mode. Vu la lourdeur des pulsations rythmiques, on ne parle pas ici du son sautillant qu’affectionnait la bande de Martin Gore au début des années 1980, mais bien de l’électro-rock sale et touffu des années 1990. “I’ve heard a rumor”, chantent Agent Side Grinder en ouverture de Wolf Hour, un morceau à la mélodie précieuse : les initiés auront saisi. L’empreinte musicale de Depeche Mode se fait ainsi sentir sur la quasi-totalité des pièces de Hardware. Mais l’hommage peut se révéler être à double tranchant : si Sleeping Fury évoque la puissance de Songs Of Faith And Devotion et d’Ultra (ou même de quelques titres de Dave Gahan solo et dans ce cas-ci, c’est un compliment !), certaines pièces plus tranquilles renvoient à la mélancolie un peu morne d’Exciter et des albums subséquents.

Agent Side Grinder ne se refont pas : leurs chansons s’étirent un peu en longueur, elles sont intensément dramatiques (on frise parfois la caricature sur Bring It Back), parsemées de bruits inventifs, de beats hypnotisants et d’harmonies orientalisantes (sur Look Within) bien dark. Le chant, toujours à forte tendance gothisante, est encore plus agressif. Un petit bémol toutefois : à trop singer ses idoles, surtout lorsque ce sont de véritables légendes, on s’expose au mieux à un certain manque d’originalité, au pire à un petit parfum de plagiat. Si l’épopée électronique Mag 7 respire et transpire Kraftwerk, Pyre, quant à elle, rappelle de manière terrifiante le son pourtant caractéristique de Love And Rockets - langueur lourde des basses et manège aérien de voix spectrales. Dans le cas de l’ultime piste Stranger Stranger, c’est plutôt du côté de New Order qu’il faudrait chercher, une influence que nous avions déjà notée. Encore une fois, ce ne sont pas les débutants légendaires qui nous viennent en tête, mais plutôt le groupe vétéran de Get Ready (2001). Bref, beaucoup de monde au portillon, et pourtant l’ensemble se tient très bien.

Ci-joints deux extraits de  Hardware. Le premier single, Wolf Hour, est réalisé en collaboration avec Henric de la Cour : appréciez les voix mêlées des deux chanteurs en guise de bouquet final. Autre coup de coeur, Sleeping Fury, terriblement entêtante et efficace.  Aussi pointu qu’accessible, ce troisième album représente pour Agent Side Grinder une occasion en or de conquérir un plus vaste marché, et même peut-être de traverser l’Atlantique pour une première fois !

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Agent Side Grinder – Wolf Hour

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Agent Side Grinder – Sleeping Fury